‹ Voyage en Turquie et à ConstantinopleChapitre 8 sur 10 · L-.=.l,:sa:,G00glc · texte numérisé non relu

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rniHe habitante , qni presque tous soilt Bulgares. Ils fobriquent dans cette Tille ^plusieurs aHicl«8 qui sont renoBamés eu Turquie : l'ua est un dràj .grossier de laide, l'autte des canons de iusil rayéà» qui isont très estimés. Mais ce qui est plus enrapport arec leurs mceui^ pastorales, c'est la pnPparatimi de l'faaile essentielle appelée attà rm'aii far de roses. Une grândc étendue de terrain auprès de Selymnîa est culUvéç en jardins poQr cet objet j et l'abondance des rosiers qui s'y trouvent ajoute encore à la beauté de cepajs. L'Angleterre . consomme une grande partie du produit de cette industrie , et c'est à de simples pasteurs que nous sommes redevables du plus exquis et du plus élégant parfum de la nature.

De tous les hommes des champs que j'aie bt- • mais rencontrés , les Bulgares sont les plus sîÀpies , les plus obligeants , les plus afiàbles. Ilâ forment ua contraste frappant avec les Turcs^j^ rudes et grossiers , qui sont mêlés parmi eux , et qui s'en distinguent par les nuances les plus prononcées. Nous rencontrions souvent sur notre route des groupes des uns et des autres, toujours séparés , quoique employés aux mêmes occupatiwis. On reconnaît les Turcs à leurs turbans î leurs ceintures , leurs pistolets et leurs coutelas , mais encore plus' par leur aspect féroce, la rudesse de leur manière , et un air de mépris et d'insou-

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çjaDce qui nous repoussait et nous éloigaùt d'eus. Jamais ils ne détoumaient^leors buffles du chemin pour nous laisser la facilité de passer , jamais ils ne montraient la moindre disposition à être polis. ou obligeants envers nous : au contraire , ils paraissaient satisfaits quand ils nous avaient forcés de nous jeter dans un bourbier ou de nous embarrasser dans des halliers. On ne pouvait penser à entrer dans leurs habitations. Si nous nous en approchions pour demander du laitage ou simplement de l'eau , nous nous exposions k recevoir un coup de poignard ou de pistolet.

On distingae les Bulgares par leur bonnet brun en peau de mouton ; ils ont une casaque courte d'étoffe de laine brune sans teinture, que leitrs femmes filent et fabriquent , des pantalons d'étoffe blanche , et des sandales de cuir liées sur - 1^ coude-pied avec des courroies; ils ne portent ni pistolets, ni coutelas, ni aucune arme, offensive. On les remarque surtout par leur contenance et leur manière d'agir : la première est ouverte , franche et bienveillante , et la seconde est si cha- ' ritable et si cordiale , que tous les Bulgares que nous rencontrions semblaient nous accueillir comme des amis. Quand leurs bujfiès ou leurs ambas embarrassaientlaroute,i]s5*empre5S3ientdelesdétoumer; et, s'ils nous voyaient dans un mauvais

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pas , ils sç hâtaient de venir à notre aide. Leurs maisons nous étaient ouvertes , et notre arrivée était un sujet de joie pour leur famille. Ce que nous leur donnions en compensation ne méritait ' pas ce nom, et je suis disposé à croire que, si nous ne leur avions rien offert, ils ne nous auraient rien demandé. On n'aperçoit jamais les femmes turques ; les femmes bulgares, au contraire, prennent part à tous les soins domestiques. Elles nous traitaient avec la même cordialité qu'elles auraient montrée à leurs frères. Leur habillement est fort propre et paraît être conmiode : il se compose d'un jupon et d'un corps de jupe en étoffe bleue foncée, avec une bordure de couleur claire, et d'une chemise de fil et coton qui (lescend,beaucoup plus bas que le jupon , et qui forme un grand nombre de plis autour du cou et des bras, avec des bordures ressemblant à la dentelle. Les femmes mariées se couvrent la tête d'un mouchoir, dont un coin pend sur leurs épaules ; les filles ont la tête découverte, et ornent leurs, cheveux de différentes pièces de monnaie : toutes portent des boucles d'oreille, des bracelets et des bagues, même dès l'âge de trois à quatre ans; eUes ont Iqs pieds nus. Elles sonttrèsindusirieuses, et portent toujours la quenouille et le fuseau. Elles nous demandaient souvent des aiguilles, et je regrettai beaucoup de n'avoir pas apporté avec moi des ci-

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seaux et d'autres petits ustensiles de ^wmés y qid auraient éxé pour elles d'un grand pris. Les vil* lages des Bulgares se composent ordinairement de quarante à cinquante maisons placées çlt et là, saàs oirdre ni régularité. Les maisons , qui sont un treillis enduit de terre , sont propres et commodes dansTintërieur, où l'oit n'est point tourmente par la fdmce, par les moucherons ni parles odeurs désagréables qui blessent le riche dans là demeure du pauvre. Dans une partie de l'habî-^ tatioa se trouvent toujours des sacs de laine , d'étoffe ou un tapis.' Xes Bulgares paraissent jomr de tout ce qai rend ia vie Iworease : un climat doux, un sol fertile, un pays agréable, des troupeaux, du blé, du vin, du bois et des eaux limpides.

La langue qu'ils parlent n*a pas le moindre rapport avec celle des Turcs, des Grecs, des juifs ou des Arméniens , avec qm ils se trouvent constamment; ils l'ont apportée avec eux de la Sarraatie , et c'est un dialecte de l'esclavon, ressemblant à la langue russe plus qu'à aucune autre. Lorsqu'ils s'établirent dans ces contrées ils embrassèrent le ^ristianîsme ; ils sont restés depuis membres de l'église grecque , et sont soumis au patriarche grec de Constantinople, qui nomme leurs évêques. Ceux-ci sont toujours des Grecs , et , par une prëfêrence naturelle , ils ont établi

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leur, langue parlicuUére comme celle du service de l'église, au midi et au nord des Balkans. Quand le service divin ne se fait pas en grec, il est cétébré dans l'ancien langage écrit ; et , comme les Bulgares modernes n'entendent ni l'un ni l'autre , l'office divin est célébré pour eiik dans ime lan- ~ gue inconnue. Même dans le petit nombre d'écoles qui sont établies dans les villes, les livres dont on «e sert sont des 'livres grecs , bien que cette langue n'ait &it aucun progrès parmi le peuple : il en résulte que les Bulgares sont dans l'ignorance. La langue qu'ils parient est purement orale , n'ayant jamais été réduite en règles grammaticales. On m'a dit que récemment on avait imprimé quelques livres dans cette langue , mais je n'en ai point rencontré ; ceux que j'ai vus dans les écoleà étaient grecs, et ceus que j'ai trouvés dans les églises étaient esclavons. Il y a , en général , un prêtre pour deux ou trois villages ; il remplit les devoirs religieux dans chacun d'eux , suivant les^ circonstances ; mais , à l'exception de quelques t endroits, on ne trouve parmi lea Bulgares ni églises, ni écoles, ni livres; et, si ce n'est l'bomme tenant boutique, qui en général est un Grec, il est i prenable que personne dans les viHages que j'ai \ visités ne sait lire ni écrire. Comme les peuples de l'âge d'or, qui ,

SpoDte 1U3, tine l^Gd«m rectumqua tenebant,

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le criiqe est inconnu parmi eux , et le voyageur

qui traverse leur pays est non seulement à l'abri des ,e£fets du vice , mais éprouve toute la bonté qui est le résultat des plus aimables vertus.

Nous partîmes dans la matinée , et arrivâmes bientôt sur la côte, d'où l'on aperçoit le Danube. Au-dessous de moi était la ville de Rutachuk, 8*é-

• tendant le long des bords de ce fleuve , qui a deux milles de largeur , et qui court à travers ua pays plat et sans vie, aussi loin que l'œil peut s'étendre vers la mer ; en ligne droite , elle n'est éloignée de Butschuk que de quatre-vingt-dix milles , et pour s'y rendre il faut trois jours d'une navigation larorisée par le vent , à cause des sinuosités du fleuve. De l'autre côté du Danube est Giurgewo, plongée dans les tristes marais de la Yalachie. Nous descendîmes une côte rapide^ et entrâmes dans la ville de Rutscbuk par une porte de belle apparence , otnée de trophées et de cottes d'armes. Des deux côtés s'étendait le rempart,

^^ allant jusqu'au fleuve et protégé par un fossé.

;' Cette fortification ne paraît pas susceptible d'êlre

défendue, bien qu'elle ait résisté aux Busses, qui

/ne prirent \% place qu'avec beaucoup de difficulté. Après avoir passé un marché , qui était rempli de troupeaux et de blé-maïs , nous arrivâmes à une seconde porte , flanquée de palissades formant la deuxième enceinte de la ville , qui ne parait

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pas plas difficile ài surmonter que la première. Nous parcourûmes alors des rues irrégulières , et arrivâmes au quai. Nous galopions comme des courriers, tandis que tous les chiens, au nombre de plus d'une centaine , nous pour-' suivaient en aboyant. C'est avec ce cortège que nous arrivâmes à la maison de poste, placée auprès du bac.

Là se termine la poste turque ; Ik aussi nous quittâmes nos chevaux et notre second guide.

C'était un pauvre diable , qui relevait de maladie , et tellement adonné au vin qu'il dépensait à boire tout cs qu'il possédait. Il était presque nu. La première fois que je le vis monter à cheval , je crus qu'il serait hors d'état de faire le voyage; mais, aussitôt qu'il était sur la selle , il chantait , riait , et courait avec une ardeur que je ne pouvais contenir , assemblant les chevaux avec promptitude , et surtout fumant sa pipe avec une adresse que tous les guides à cheval sont ambitieux d'acquérir.

11 fallait que Mustapha montrât mon fîrman au pacha ) et je. me proposai de l'accompagner pour voir ce commandant , ainsi que la ville ; mais j'eus beaucoup de peine à l'y faire consentir. 11 lui répugnait de passer , aux yeux d'un tore, pour le drogman d'un Franc. A la parte

i56 VOYAGE

du palais du pacha , qui ressemble à une iii»^rable ferme, je fus accosté par un homme qui portait im chapeau de paille blaoc , on habit court , des bas de soie et des souliers fort bien Êiits. C'est une chose si rare de rencontrer dans ces contrées nn Franc qui a conserré intact le costume 'de son pays , que nous nous esamÎQ&mes arec uoe égale surprise. Il me dit en italien qu'il était de Smyme, qu'il se rendait de Salonique à fiudiare^, et, qu'il était arrêté dans cette' ville par la peste qui exerçait ses rivages aux environs. lime demanda ensuite , avec beaucoup de volubiKtë, qui j'étais, d'odje venais et où j'allais, ajoutant qu'il avait cru être le seul Franc qui se trouvât dans ces contrées éloignées. Lorsque je lui dis , que je vofilais me rendre sur-le-champ à Bucharest , il chercha à m'en dissuader, en me feisant le tableau des ravages de la peste ; mais il ne put me faire partager sa terreur, et comnie Mustapha revenait en ce moment avec le firman , examiné et signé, je lui fis mes adieux et nous nous rendîmes au bac.

La ville de Rutschuk ^t très considérable.

On dit qu'elle contient de dix-huit à vingt mille maisons , qui sont très-remarquables par VeSel. singulier que produisent de loin leurs hauteâ cht^minées blanches. Elle est bâtie sur les kords-du Danube, et presque toutes les rues ont une pente

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vers le deoTe. Elle esf entourée île mats ie trois c6lës , et oarerte en partie du côté du D:mube. Les Grecs, les juifs et les Arméniens occupent environ sept mille maison^ et font, arec la Yalachie, un commerce très actif.

Comme j'ùaîs alors sur le théâtre de la guerre qBÎ a eu lieu entre les Russes et les Turca, peutêtre Urà-t-on ici avec intérêt quelques détails sur les événements qu'elle amena. £n 1 8o5, les Turcs, gouvernés par le bon , mais faible Sélim , étaient dians une situation critique : leurs provinces du dehors étaient insurgées ; le peupiei était méc<»itent au dedans. Fatigué ,, barcej^ par les demandes des grandes puissances européennes , SéUm avait cédé à la Russie, paj* le traité de Yassi en 1-773, un droit extraordinaire d'inbervention dans les provinces de la Valachie et de la Moldavie. Il avaitété convenu que les bospodars de ce&proviia>ces continueraient lenrsfonctiDnspendantseptans, et qu'ills n'en pmirrraîent être dépouillés qu'avec le consentement de la Russie. Cependant les Turcs ne furent pas fidèles à. cette denuère clause, i^es bospoda^ fuient déposés avantfe temps j et loKsque les dusses firent des: reproches à la Forte, le Bosphore leur fut fermé. Offensés de ce procédé,. ilS' chargèrent le général Michelson de faire leurs réclamalions à la' fête de soixante mille hommes quï traversèrent le J^icster, prirent

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Beoder et Cbotzim sans obstacles , et entrèrent dans Yassi, capitale de la Moldavie. De là, ib se dirigèrent sur Bucharest, capitale de la Valachie ; ce lut là seulement .qu'ils trouvèrent des forces turques eu état de résister. Elles étaient envoyées par Mustapha-Bai ractar, ayan de Butschuk. Cependant elles furent mises en déroute. Lorsque rapproche de Tarmée Russe fut connue , les habitants de Bucharest se soulevèrent , attaquèrent les Turcs à l'improviste, et, avec le secours d'une avant-garde russe, les chassèrent de la ville, où ils laissèrent quinze cents des leurs. Le général Michelson entra dans Bucharest, et prit possession de la Bessarabie, de la Moldavie et de la Valachie. Il détruisit toutes les forteresses turques qui se trouvaient au nord du Danube , à l'exception de Giui^ewo, et se prépara k passer de l'autre côté.

On leva à la hâte une armée à Andrinople,que Ton composa des troupes des prbvinces de l'Asie, et qu'on dirigea , avec les janissaires, sur le Danube. Ceux-ci se révoltèrent pendant la route, et massacrèrent plusieurs officiers qui avaient voulu introduire parmi eux la discipline militaire ; de sorte que, lorsqu'ils furent sur le lien du combat, ils étaient si mal organisés que leurs efforts contre' les Russes furent vains , et que ceux-ci restèrent tranquilles possesseurs des provinces , jusqu'en

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1810. Mais, pendant ce temps, les deux armées s'étaient élevées à deux cent mille hommes , et engagèrent la lutte la plus sanglante.

Les Russes passèrent le Danube en trois endroits. Leiir route directe eut été de Giurgewo à Rustchuk ; mais le passage était impossible sur ce point, non seulement parce que les abords étaient très escarpés, mais encore parce qu'ils étaient défendus par les batteries turques. Ils franchirent le fteuve plus haut, à Ostrova, près de Widdin,etensuiteàHir8ovaetToutourkaj, après quoi ils assiégèrent Rutschuk. Les assiégés firent une vigoureuse résistance; et les Busses furent obligée de se retirer après avoir perdu six mille hommes. .Kaminsky attaqua de son côté le camp retranché qu'on avait établi à Schumla ; mais il fut aussi repoussé. Les Turcs, qui sont étrangers àla discipline militaire et à la tactique qu'on doit suivre en pleine campagne, sont très redoutables lorsqu'on lesattaque derrière leurs remparts; c'est àcetteépoquequ'ilspublièrentle bulletin mémorable où ils dirent que le nombre des têtes dès infidèles que le bras musulman avait abattues était si considérable, qu'il suffirait pour construire un pont sur lequel les fidèles pourraient passer dans l'autre monde. C'est à la courageuse défense de ces deux places et aux pertes que les ' Russes avaient essuyées auparavant qu'on attribue gé-

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néralement la ttialheurcuse issue de k catnpîi-

gne.

Dans le mois de septembre , Kamiosky laissa Laugeron detaat Rutscbuk, et alla, avec les forces dont il pouvait dispoàer, attaquer ks Turcs ^ Bâyne. Ils se défendirent endësespërés; cepea^ dânt ils furent mia en déroute et -perdirent envi- VOn TÏngt mille hommes. Rutsehuk fut forcé de sfi rendre, avec k flotille qui était dans le port, ainsi que Guii^wo, qui était sur l'autre côté du Damibe. Pour détourner l'attention de la Russie, les Turcs envoyèrent twe flotte dans la Mer- Noire et menacèrent la Crimée ; mais les Russes , peu effrayés de cette manœuvre^ concentrèrent leurs fot(XB daas la Bulgarie, et le grand-visjr fut obligé de se retirer défibre le Batkan et d<e prendre position à Andrinople , laissant cependant Jta forteresse de Yarna sur k côte , et celle de Scbumla sur la base des montagnes , défendues pav une garnison quS ks reûdaitimprenabks.

Le faibk Selim et son successeur Mustapha avaient été étranglés. Mahmoud, qui était aloiîs sDT k trône , déploya cette vigueur qu'il a toujours montrée. Il planta, l'étendard du Prophète k Ikud-PaclKi , immense plaine à deux lieues de Gonstantiiaopk, et il rendit un hatci-shcrifif qui ordonnait à tous ks musulmans de s'y raUier. Il eut bieaï-ôt une armée considérable , qu'il mit

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SOUS le commandement d'un nouveau grand-visir, et il revint à Conslantînople. Le nouveau vîsir Ahmed'Aga était un homme d'une grande énergie, et qui s'était distingué par la défense d'Ibrail. Il descendit aussitôt des montagnes , força les corps détachés que les Russes avaient laissés en Bulgarie à repasser le Danube , et attaqua vi^ goureusementilutschuk, qui était défendue par le général Kutusow. Les Russes, harcelés par Ahmed-Aga , transportèrent les habitants de Rutschuk de l'autre côté du.ileuve, mirent le feu aux quatre coins de la ville, et se retirèrent. Les Turcs, se précipitèreuL dans Rutschuk , éteignirent les flamme6,et s'y établirent. Le grand-visir, encouragé par les succès qu'il venait d'obtenir sur L'armée russe, résolut de la poursuivre au-delà du Danube , qu'il tenta de franchir sur trois points, à Widdin , à Ralschuk et à Silistrie. 11' réussit à Widdin , et débarqua trente mille hommes dans la Yalachie. Ses efforts corent le même succès à Rutschuk ; il s'empara d'une grande lie sur le Danube, appelée Slobodsé , et, plein de confiance ', . il fit passer une grande partie de son armée de l'autre côté du Seuve , et l'établît dans un camp retranché. Pendant ce temps , Kutusow ne resta pas oisif. Lorsqu'il vit que le grand - visir avait franchi le Danube, 'il envoya huit mille hommes, sous les

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i6a VOtAGE

ordres du général Markof, pour attaqoer le

eainp que le grand -risir avait laissé sur l'autre

rive.

Les Turcs forment leur camp saris aucune régularité. La tente du général est placée au milieu , sur une ëminence , et deTient le point de ralliement autour duquel les troupes Tiennent se ranger sans ordre. C'est là leur dernier retranchement. Les Russes investirent le camp turc , pénétrèrent jusqu'à la tente du général , et forcèrent l'ennettii à se réfugier dans Rtttschuk , où il reçut le feu de l'artillerie qu'il avail abandonnée. Le généraL Langeron dirigea en outre cent pièces de canon sur un au- Vre poînt. Le visir , instruit de cet échec , se jeta dans une barque , et atteignit heureusement l'autre bord : mais les Russes se servirent de leur flottille po^ir empêcher toute communication entre les diverses parties de l'armée turque. Ils attaquèrent 'et prirent l'ile de Slo-^ bodsé , et dirigèrent l'artillerie qu'ils y troo^ Gèrent contre le camp retranché des troupes restées sur la rive gauche du Danube , oA elles • ne pouvaient plus recevoir ni secours ni munitions. Enfin , après avoir supporté toutes Sortes de privations , et s'être nourris pendant long - temps de la Chair de leurs' chevaux, , les Ttircs perdirent tout espoir , et fnrent forcés de

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m ten^e. Les aseauta qu'ils avaient eu à soute-air leur avaient enlevé dix mille hommes. Ceux qui étaient entrés dans la Valachie par Widdin m retirèrent sur là rive droite du Danube , et le gmnd-visir concentra dans Rmachuk les renforts qu'il avait reçus ; mais ils n'étaient pas assez considérables pour le porter à re&iser les proposilioiis d'accommodement que fit la Russie , qui se trouvait dans une situation -critique, à cause de l'invasion des Français. Par la p»ii de Bucharest , en 1,813 , la Russie étendit ses frontières du Niestcr jusqu'au Pruth, et fbt mise en possession de tout le territoire qui ae trouve entre les deux fleuves, c'est-à-dire de k Bessarabie et d'une grande partie de la Moldavie.

Les Busses évacuèrent les provinces de la Yalachie et de la Moldavie, qu'ils avaient occupées pendant sept ans, et n'y sont jamais rentrés depuis. Cependant il parait qu'ils vont renouveler, leurs tentatives , et l'on croit généralement ^'ils wrmoateroBt tous les obstacles; mais, si l'on en juge d'après les événements de la dernière campagne y oii doit penser autrement. Ils avaient profité d'un moment où la Turquie était sans forces, et s'étaient avancés, presque sans opposilioa , jusqu'au Danube : c'est là qu'ils furent aftrétés. Après une lutte sangLinte , qui avait

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dure six ans , ils se trouvaient encore sur les^ bords de ce fleuve. Toutes les fois cpi'ils ont Toulu le franchir , . ils ont été repoussés , et une seule ville à peine fortifiée , qui , défendue par des troupes européennes , semblerait ne devoir opposer aucun obstacle ^ a sufB pom* les arrêter.

En supposant qu'ils puissent forcer cette barrière artificielle, ils en rencontreront une naturelle qui est bien plus formidable : ce sont les montagnes du Balkan. Il y a cinq routes praticables à travers ces monts escarpés : unt; de Sophie à Tartar-Bazargic ; deux de Temova , par Keisanlik: et Selymnia ; et deux de Schumla, par Carnabat et Haidhos. Les trois premières conduisent à Ândrinople, et les deux autres à CoQstantinople ; celles de Temova sont les plus difficiles , parce qu'elles passent par des chaînes de montagnes presque inaccessibles. La route que l'on a pratiquée par Haidbos est la plus fréquentée, parce que la brèche qui est faite dans la montagne facilite plus que partout ailleurs les moyens de la gravir. Malgré tous ces obstacles , aucun de ces passages n'est 'impraticable pour les spahis turcs , espèce de cavalerie privilégiée , à qui on a concédé des tertains. héréditaires , à coudition que les hommes qui en font partie prendraient les armes lorsqu'on les appellerait. A

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la mort de ceux qai n'ont point d'enfants mâles , les terres sont dévolues an commandant , qui les donne à d'autres , aux mêmes condî-- ,tions , de sorte que ce corps est toujours au complet. Il .est composé de soixante légions. Les spahis sont ~^ut-étre la meilleure cavalerie qu'on puisse trouver dans le monde pour gravir les montagnes. Cependant rien ne parait moins favorable à leur aplomb et h leurs évolutions que l'équipement qu'ils ont. Leurs selles sont de lourdes masses de bois , qui ressemblent à des bâts pointus devant et derrière ; les courroies de leurs étriers sont très courtes ; l'étwcr se compose d'une plaque de fer, comme celle d'une pelle à feu ; Ils se servent dés angles de cette plaque pour exciter leurs chevaux , parce qu'ils ne portent pas d'éperons. Ce pesant appareil n'est assujetti sur le cheval que par des lanières de cuir très faibles. Sur ce siège incommode et mal assuré , le Turc s'assied de manière quQ ses genoux touchent son mento'n, et il est impossible de voir des cavaliers plus hardis et plus adroits dans les chemins dangereux et escarpés. Lorsqu'ils sont en corps ils se rangent près-; que sans ordre , et cependant avec une régularité suiprenante. C'est sur les terrains inégaux , et dans 1rs passages des montagnes qui seraicut impraticables pour un cavalier cnropéou , qu'ils

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iee VOYAGE

sont le plus utiles. On appelle quelques légions de code cavalerie delhia , ou fous, à cause die leur impétuosité. Si jamais les Russes Tuot jusqu'au Balkan , ils éprouveront sans aucun doute que de pareilles troupes peuvent opposer une grande résistance à l'armée la mieux disci- ;^née.

Ils rencontreront un autre obstacle dans le climat. La seule saison où l'on puisse faire une eKpédilion dans ces montagnes efet le printemps. A cette époque le pays est superbe ; l'eau qui coule dans les rivières est limpide, les fourrages sont abondants , et l'air élastique et salubre. Mais en été les rivières tarissent , la végétation dis'pa'raît, le sol est aride et brûlant, les rayons du so^ leil sont insupportables le jour, et la rosée froide qui tombé la nuit est très dangereuse. Dans lels temps anciens et modernes , les armées qui sfe sont trouvées dans ces pays pendant cette saison en ont éprouvé les fôcheux effets. Passer ces moutA'gnes en biver est une entreprise encore plus périlleuse : la terre , amollie par la pluie , cède sous le poids de l'artillerie ; les raVins sont remplis de neige , les défilés sont comblés par des torrents ; pour les traverser , il n'y a que des ponts de bois que le moindre poids fait écrouler. Ces montagnes peuvent être défendues , contre une anrtée entière, par une poignée d'hommes; elles sont

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comme -dutaiil. de forteresses , derrière lesquellee les Turcs comballeut avec succès. Quelques villages délabrés ne peuvent servir d'asjIe.Les BuS' ses savent eux-mêmes rombteD ces obstack's sont difficiles à surmonter. Dans leur dernière campagne , ils étaient en possession du pays situé entre le Balkan et le Danube , à l'exccp-r tion de Taroa , Nyssa et Schumia , où les Turcs s'étaient retranchés ; leur armée était forte de cent mille hommes bi^D équipés , au pied de la montagne, et cependant lia n'ont jamais tenté de. la gravir.

Les Turcs paraissent ne pas redouter l'appro* che de l'ennemi de ce côté de la capitale : il^ comptent sur le rempart protecteur du Balkan ; ils n'ont fortifié aucun passage , et je ne me rappelle pas avoir vu une seule forteresse de Schumla à Constantinople. Ils ne craignent qu'une inva^ sion par mer : aussi les Dardanelles et le Bo^hore ressemblent-ils à une immense forteresse , depuis la mer de Marmara jusqu'à la Mer-Nmre..

Lorsqu'en 1821 les Turcs craignirent une rup- Uire avec la Russie , tous les remparts furent réparés , et on éleva de nouvelles batteries sur tous les points de la côte. Cependant ces batteries ne pourraient, résister si elles étaient attaquées par terre , car le sol au-dessus des bords du Bosphore les domine de toutes parts; et si un débanjuc-

i6S VOYAGE

mcDt pouvait être effectue par derrière , ce qui , dit-on, était le projet des Russes dans la dernière campagne, les forteresses seraient bientôt, abandonnées. Il semble que la puissance turque en Europe marche à grands pas vers sa ruine, qu'elle »e pourra éviter , ni même reculer de quelque temps , malgré les efforts convulsifs qu'elle fait pour s'y soustraire.

Lorsque je considérais l'immense territoire que je venais de parcourir , la fertilité du sol , l'abondance des ressources, la quantité d'objets qu'il produit , et les moyens inépuisables qu'il a , de produire, encore ; lorsque je comptais les superbes villes d'Andrinople, de Schumla, de Kutschuk , et la multitude de villages dispersés dans cette enceinte, et que je pensais quej;^tait la plus faible partie d'un vaste empire' qui s'étend sur trois parties du globe , et-dont le pouvoir absolu peut disposer de toutes les ressources , il me semblait voir un lion esdormi , qui n'avait qu'à s'éveiller et à faire un seul mouvement pour écraser ses ennemis. Mais lorsque, d'un autre côté, j'examinais l'état actuel de ce beau pays , ses ressources négligées , ses plaines ctésertes et iucultes , ses villes en ruines , sa population décroissant d'année en année , et non seulement tous vestiges de travail humain, mais encore d'existence humaine, s'effaçant louG les Jours; tandis que je voyais, au

coutraire, tous les peuples enviroaDauts ^ire de rapides progrès dans les arts et la vie civile, et les Turcs rester seuls stationnaires , ne différaut de leurs ancêtres de l'Asie que parce qu'ils ont perda cette féroce énergie qui les caractérisait , alors j'étais porté à croire qOe le lion n'était pas endornii , mais qu'il était mourant , et qu'après quelques violentes convulsions il ne se reléTerait plus.

Ce qui frappe le plus le voyageur q(ii parcourt la Turquie , c'est l'état de dépopulation de cet empire. On trouve souvent de 'grandes étendues de terrain sans maisons , sans culture , sans un seul habitant. Ce décroissement de la population n'est pas aussi visible dans les grandes' villes ; cependant il a lieu dans une plus grande proportion. Dans les vingt dernières années, Constantinople a perdu plus de la moitié de sa population. Dans l'espace de dix-huit mois, trois révolutions ont éclaté. Deux sultans et environ trente mille habitants en ont été victimes. Elles furent suivies de la peste, qui, en 1813, a enlevé de deux à trois cent mille individus; il est connu de tout le t^nde que pendant un temps l'on a enseveli jusqu'à mille personnes par jour. Le jardinier du palais anglais m'a dit qu'il était le seul survivant d'une famille de treize personnes.

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170 VOtAGE

£& 1821 , l'insurrectioa grecque éclata. La pc^ilation (tu FaQal et de qoelcjnes autres en-*, droits était d'eaviroa quarante mille ftmes ; il M reste à peine la mollié. -En 1837, lesjani»saires furent cxtermiDés : on peut ëvalner les pertes des deux partis à trente mille homm€B. Si on ajoute à ces événements les fréquents io-^ cendies, dont deux eurent lieu pendant mon séjour à Constantinople , et détruisirent quinze mille maisons ; lés guerres que la Turquie a eu à soutenir contre la Russie et la Grèce , et les effets continuels de la peste, qui ne s'éteint jamais entièrement, on jugera qu'il n'y a p^s d'exagération à dire que , dans l'espace de vingt ans , une ville d'Europe a perdu trois à quatre cent mille habitants par des causes presque étrangères aux autres villes : les incendies , la peste et les guerres civiles. Les Turcs, quoique naturellement robustes et Vigoureux, ont des habitudes peufavorables à la population, La vie sédentaire , la polygamie , l'usage immodéré de l'opium ,' du café et du tabac, et d'autres coutumes encore plus lunestcs à la propagation, apportent tant d'obstacles à l'accroissement des familles, qnjle nombre des naissances ne s'élève pas de beaucoup au-dessus de celai des morts naturelles , et ne peut suffire h. compenser celles qui sont causées par les événements. Les compagnes enviroqnantes sont sans cesse mi-

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«es à coatributiun|K>ur combler le Vide qui-Ae fait daUB la capitale. C'est en vain que DHeu leur a dit , « Produisez, multipliez et peuplez la terre» , en leur donnant touB les Moyens d'obëir à cette , admirable loi , un physique agréable , une con- Btitution robuste , un climat tempéré et un sol fvrtile 5 leurs penchants dépravés' et leurs ha^ bitudcs anti- sociales ont neutralisé les bienlàils de la Providence. On voit la vie s'éteindre dans le plus beau pays de l'Europe , et la race humaine diminuer de jour en jour sur le sol le plus trapable de nourrir une grande population.

Des bateaux font ordinairement le trajet de Rutschuk à l'autre rive deux fois par jour, le matin Et le soir ; mais ce n'est qtte lorsqu'ils ont assez de passagers pour retirer (dix-huit piastres de leur course. Je les donnai, et noue partîmes sur-le-champ. Le Danube est très bourbeux. Le courant entraîne sans cesse des masses d'une argile blanchâtre qui tapisse les bords , et qui rend les eanx très seles. En avançant dans le fleuve nous vîmes les remparts de Rutschuk sur le rivage. L'endroit qui était le mieux gardé est un rocher qui domine le lieu où l'on débarque ; mais les Rnstes l'ont en=domniagé , let il n'a pas été réparé. Les autres fortifications «ont tout simplement des bastions qui s'étendent très loin , le long des bonis cscar-'

pés du Danube, qui offreat sur ce poiat des rochers et des précipices difficiles à franchir ponr les barbares du Nord qui tenteraient de passer le fleuve. Lorsqu'on est à une égale distauce des deux bords , on est frappé du contraste que présente l'aspect de l'un et de l'autre. On ne peut rien voir de plus ravissant que les plaines qui bordent le rivage du sud. Elles sont couvertes de vignes en si gitinde quantité que les Busses ne se nourrissaient que de raisin lorsqu'ils y établirent leur camp. Derrière les vignes^ le terrain s'élève graduellement et offre à l'œil des bois touffus j des terres défrichées, ou couvertes d'abondantes moissons, et de superbes pâturages où paissent de nombreux troupeiaux. Des villages sont dispersés sur ces riches coteaux , et , aussi loin que la vue peut s'étendre , elle est charmée par le plus riant tableau. Le nord , au contraire, offre un pays plat et nu , une nature morte ; l'œil y cherche en vain un vallon, des arbres, un village; il n'y découvre que des marais stériles , exhalant des miasmes pestilentiels. Il est naturel que des tribus du Nord aient voulu quitter ces tristes régions pour venir habiter les riches contrées du Mi4Ï- Mais les habitants de ce côté ont tout mis en œuvre pour repousser les hordes de Sarmates, de Scythes, de Huns, de Vandales, de Goths et de Russes , qui , de tout temps , ont

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essaye d'y venir Faire des établissements perma-' nents.

J'étais alors près de l'endroit oà Darius effectua le passage de ses troupes; entreprise qui me parut d'une grande difficulté, et avoir nécessité une rare habileté. Après ayoir construit un pont sur le Bosphore, il envoya par mer i^n corps d'Ioniens, d'Ëoliens et d'habitants de l'Hellespont , à l'embouchure de rister ( le bas du panube ) , arec ordre d'y construire un autre pont. Ils l'exécutèrent en effet, et il le trouva prêt lorsqu'il arriva par terre avec son armée. Il franchit le fleuve, s'avança jusqu'au Tanaïs, en suivant les câtes de rEuxin;et, au retour delà campagne, il trouva le pont en bon état, malgré tousjes efforts que l'ennemi avait fftits pour ledétruire. A présent, le Danube est trop large eu cet endroit elle courant trop rapide pour pouvoir renouveler cette tentative ; mais plus bas il se rétrécit et n'a guère qu'un mille de largeur. On a jeté plusieurs fois des ponts de bateaux sur ce point. Hérodote dit que la flotte mit deux jours pour venir de la mer , jusqu'à l'endroit où Itf rivière se divise , ce qui semblerait être à la h«i(eur de Silistrie, c'est-àdire soixante milles au-dessus de l'Ëuxin ; il est donc très probable que c'est là que Darius fit passer son armée.

Au bout d'une heuire nous arrivâmes de l'autre

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câté^ et nous débarquâmes i Gioi^ewo. Celto< ville se trouve derrière la grande île de Slobodsé, plus bas que Ratachuk. Elle » une forteresse remarquable , QOQ âeuleaient parce qu'elle est la' seule que les Turcs possèdent sur la rive septentrionale, mai^ eucoi« pajce qu'elli^ peut paWf pour le modèle lé plus parfait dés fortifications qu'ils ont élevées dans toutleur empire. Nous arriviiiues à Giurgewo par un braa de ^la rivière qu'on peut appeler un canal ; et , après avoir paâfié la forteresse, dont lesguérîtes placées sur les remparts ressemblent aux minarets desmcwqqées, Bousde^eodimes sur un quai ou platôtsiiranbaoc dfvase, £tu baH de la ville. Cette ei^ce de quaiétaft encombré de ehariota vahqucs , chargés des produits du pay^, dont on remplissfut pluneura ba- UWjL pour les transporter de l'autre côté du Qeu-^ re< Ces objets qonsistaient prifieîpaJ«nu:Qt ei^ tntôobes de bufiles séchëea au soleil , qu'cm t]^-, pelle iMi4ferm9Hâ, en saucisses plates en forme de fer à cberal, et en bloea de sel 4e roc* Ce sel foasàle est d'une qtialîté Uen supérieure à celui^ qu'on tire des mines de C^sbire. En morceaux, il est d'un bleu transparent comme la ^ace , et , lorsqu'il est ei^ poudre , il est aujssi blanc que la neige> Cependant on ne le raffine pas , comme il est nécessaire de le faire pour le nôtre avant -de remplo}'er aux usages de la «uisiûC ; on l'écrase

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seutemeot ausai £n que possible. C'est un article important du commerce de ce paya. On le Tend en gros morceaux comme des pierres decoBstnictioD > et chacun le broie chez soi.

Mustapha ayant montré son Hrnian au pacha, dont k rësidence est dans la forteresse , nous montâmes dana un chariot et nous nous fîmes conduire à la maison de poste. La manière de vayagei* dans ce pays est vraiment sinj^ulière. On nous amena un chariot iaît de plusieurs douves, d'environ trois pieds de haut, deux de lai^e, et tout au plus <[uatre de long. L'intérieur était garni d'une natte d'osier et rempli de foin. Cette espèce de voiture roafc sur quatite petites roues d'environ douze pouces dç diamètre, et feites d'un seul morceau de bois. J'attachai mon porte'-manteau à la planche de derrière, pour m'y appuyer; et, après être entré, non sans peine, daua cette espèce de boite , je fus obligé , pour m'étendre , de mettre mes jambes en dehors , eatre les roues de devant , an risqtie de me les faire briser. On attela à cette macbine roulante quatre chevaux , qui y furent attachés avtc de très petites cordes. Uji postillon , ou aurrogee , portant une veste d'une espèce de flanelle blanche j une culotte et un bonnet de la mêmb couleur, monta sur un des chevaux de derrière. II n'avait pour guides qu'une simple corde très mince, qui

était attachée k la tête du premier cheral , et au bout Ae bquelle était une boucle qu'il se passa~^ autour du cou. Lorsque je fus monté, il lança ses chevaux au grand galop, on faisant claquer son fottet çt en poussant des cris prolongés et très désagréable. Mon '■ Tartare me soÎTait <lan8 une yoiture semblable, ' et schi postilloD commençait à crier lorsque le mien cessait. Nous entendimesces hurlements- Ingubnes pendant toute la route.

Nous faisions de huit à dix milles par heure.

Le pays que nous traversions avait un triste aspect. £n deux heures , nous arrivâmes à Bangaska , m'i nous nous arrêtâmes. Ce village me donna une idée parËute des résidences d'hiver des hordes de Sarmates. Les Yalaques semblent avoir peu modifié des costumes de leois ancêtres. . Ils sont babilles de peaux de mouton , telles qu'ils les retirent de dessus les animaux. Leurs buttes sont sons la terre, et'on n'en aperçoit que le toit , où sont pratiquées plusieurs ouvertures pour laisser un passage à la filmée, au jour et à l'air. Elles sont entouréei d'un treillage d'osier comme celles des Bulgares.' On y- entre par «n escalier creusé endehorsidu treillage. Une de celles dans Jesquellcs j'entrai était une boutique de marchand de vins. Elle avait un cellier rempli de muids, et plusieurs autres chambres communiquant les unes dans lee

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autres. On y sentait une odeur de cave très désagréable. Ces huttes seraient très propres à défendre les Samoîèdes contre les rigueurs des hivers de Sibérie , sur les bords de TObi ; mais je ne m'attendais pas aies trouver sur ceux du Danube. La Yalachie possède une quantité considérable de chevaux , tandis qae dans la Bulgarie nous n'^n avions trouvé que dans It» maisons de poste. On prétend que les Yalaques ont conservé one coutume des Sarmates, leurs ancêtres, de saigner les chevaux et d'en boire le sang mêlé avec du lait : a Sanguinem lacté mixtum bovmo.it Mais, malgré toutes les informations que j'ai prlsesdans diverses parties de ce pays, je n'ai pu rencontrer personne qui eût cette habitude. Quoique le sol de Bangaaita ne soit pas montagneux, il est cependant très élevé, et penchant vers le Danube , que nous avions à cinq ou six milles au-dessous de nous.Dece poiotle fleuve était visibleàune grande distance , entourant une lie très étendue , et couverte d'arbres, les seuls qu'on pût apercevoir^ do quelque côté qu'on portât la vue.

11 y a trois postes, de cinq heures chacune, de Giurgewo h fiuchaiest. On met ordinairement quinze heures à les faire ; mais nous marchions eomme des courriers porteurs de dépêches, et nous trouvions des chevaux prêts à toutes les postes. En conséquence , nous arrivâmes à Ko-

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nian sur Its cinq heures H à Bucharest à huit iunpes du soir, après avoir Kit quarante-cinq milles. i.e premier indice de noire entrée dans la capitale futtebniit singulier des rouesdc nosehariots dan& les rues : ils semblaient rouler dans une cfaaxabre. Nous nous arrêtâmes à la porte d'une aubei^ te-> Bue par unAUcmaïkl. Je restai dans la rue, tandis que Mustapha eAtra pour nous procurer un logBment. Il Ait long-temps absent, «t me con- -fipma à son retour les nouvelles que j'avais apprises à Rutschuk.

L*aubei^ était fermée ; il eut beaucoup de peine à er^rer, et encore plus à obtenir qu^on noua reçàt, car la pe^te exçrçait ses ravages dans la ville, et répandait partout l'alarme et la terreur. La chancellerie et tons les endroits publics étaient fermés , ks marchands avaient cessé leurà afiâires, tous ceux qui avaient pu s'éloigner étaient sortis de laviUë, etlesautrssse tenaient barricadés dans leurs maisons , ne parlant à qui qœ ce fût. JLe baron Ottenféls avait eu la bonté de me donner à Constantioople des lettres pour M. Hakenau , consal autrichien ii Bucharest. Je les lui envoyai : ilrae répondit svïr-le-champpoarm'engager à sortir .de la ville le plus tôt possible , et me fît dire que son drf^man viendrait méprendre k lendemain matin pour hâter mon départ.

Dans la matinée , le drogman vint en effet

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aVec unt'.voHure pour me eondoire au consulat. ba première chose qui frappa mes regards dans le«Tues fut le nombre estraordinaire de brillants équipages roulant dans toutes les directions , ou «'arrêtant ans portes des maisons. Ce loxe me pa-rUt nouveau : Bepufe long-temps je n'avais yu que; lebarubaâ qu'on rencQntre dans les rues de Përa. Les boyar<l$ mettent beaucoup de vanité k avoir une belle voiture , et ils dépensent pour cela de trèsgroseessorames.Un boyard, dans son car'rœse, s'enveloppe d'une riche pelisse , et porte sur la tétc un énorme calpac , ou bonnet d'une forme Singulière', couvert de velours vert ou écarlale. Sur le devant est le condijcteUT, dont la mise contraste singulièrement avec celle de son maître. C'est ordinairement un grand gaillard bien sale , ' portant une grande redingote grise, coiffé d'un' large chapeau , et ayant les cheveux en désordre sur la figure et les épaules.Les Valaquea semblent aVoir cmpruntë'aux Busses ce mélange barbare de lUxe et dé misère. D'après la quantité de voitures que j'aperçus dans la rue, je crus qu'il y avait cercle public à la cour. Au contraire, toutes les affaires étaient suspendues ; mais telle est la vanité des boyards, qu'ils ne peuvent résister au désir d'étaler leur opulence, même en temps de peste. On a regardé avec raison la beauté et la commodité des mallc-postcs et des diligences anglakes

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comme une preuve de cet esprit public ^ui a autant à cœur la commodité générale que celle deB

' Hidiridus en particulier. Rien ne montre plus le manque total de ce sentiment à Bucharest, que le contraste qui existe entre les misérables voitures publiquesetces riches carrossAqueles particuliers entretiennent à grandsfraispourseËtire transporter d'une maison à une'autre. ;•

Mon comp^Don, promenait avec attention ses regards autour de lui , et semblait briguer des saluts. 11 divisa ei^ imx. classes les boyards qu'il rencontra , mégalo * et mikro **; ilsalua prafon^ dément les meg^^los, et fit un signe de tête familier aux mikros. Il ces^. ce manège pour me montrer Les maisons où il y avait la peste : elles étaient eR

^ grand nombre ; les portes et les volets des fenêtres en étaient ft^pijéep. Il me sembla cependant extraordinaire que^ ^1 la peste exerçait réellement d'aussi terribles ravages, les Grecs, qui ordinairement craignent le plus ce fléau, restassent tran-^ . quillement dans une ville oiï on disait que pres^ que toutes les familles en étaient a}:teîntes. . Lorsque nous arrivâmes à la maison du consul, je subis une longue fumigation, après quoi je fus admis. M. Hakeqau me serra cordialement la main , sans songer que je pouvais avoir gagné la peste, ou plutôt sa bonté hospitalière le Itii : •Grand. ** Petit.

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fit oublier. 11 me dit qu'il avait fait partir sa femme et sa famille , qui étaient alors en quarantaine à la Tour-Rouge , et qu'il en aurait certuinemeut &iit autant si son devoir le lui eût permis. 11 regretta de ne pouvoir ni'inviter à res^ ter à Bucharest, me remit une lettre pour le gouverneur dé Transylvanie , le baron Szustek, qni résidait à Hermanstadt, dans laquelle il le priait d'abrégerle temps de ma quarantaine. En quittant M. Hakenau, je me rendis cheï M. Meitani, sur lequel j'avais une lettre de crédit. Il était barricadé comme les autres ; cependant il me reçut , et mè payaenpiastres.Ilm'enToya la forme du reçu que je devais taire ; mais , lorsque je V^^s écrit , son conuuis fut bien embarrassé pour le recevoir de moi sans y toucher;. Il trouva enfin clans la chambre une cuiller de fer, et , tirant de sa poche un morceau de toile cirée , il enferma dedans mon reçu au moyen du morceau de fer, et se' tint ensuite éloigné, en évitant de se placer dans le courant d'air. On pourrait trouver quelque chose de ridicule dans cette terreur à les affreux effets de cetle' maladie ne la justifiaient pas aux yeux de ceux qui en ont été témoins. Après avoir visité tout ce qui méritait d'être vu dans la ville, nous remontâmes dans nos chariots , qui nous attendaient à la porte de l'auberge.

Xa ville de Bucharesl , capitale actuelle de la

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Vplachie , e^t bâtie suc les bords dp la 0omiiitza, pfetite rivière qui se jette dans le Dsinube, audessous de Hutscbuk; elle conlientenviron quatrevingt mille habitants. On j voit autant d'Européens que d'Orientaux ; une moitié porte des chapeaux et des habits , l'autre des calpacs e( de» pelisses. Dans un quar^er on voit de brillants équipages tires par des rhevai;s; daps iinautre, ce sont de lourds arubas traiûés pair des buffles. Il n'y a point de mosquées ni dp muezzims qui appellent le peuple- à l^i prière du bau( des minar rets; maie il y a des églises grecqqes , surmontée» de dômes semblables à ceiix des mosquées; le» prêtres aQnoDtïçnt l'office divin avec des maillets dont ils frappent une petite planche.

Ce qu'il y a de plus remarquable h. Bucharcsl , c'est la manière dont les rues sont pavées. Du Danube jusqu'à Bucharest on trouve à peine un caillou ou un arbre; mais de Bucharest )ug->-. qu'aux monfs Krapacb, la plus grande partie du pays est couverte de rochers et de bois ; et il est difficile de s'expliquer pourquoi , ayant le chois entre la pierre et le bois, tes habitants de Buchar pest ont donné la préférence «u dernier pour garnir leurs rues : peutûtre Its boyards trouvent -ils plus doux de rouler sur un sol plancheyé.

L'ancienne capitale de la Valachie était TcrgOr Vist. Elle était située sur un sol aride eotouré de

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Ibrâts; mais, en 1698, le célèbre voïvode Bessarahba tranisféra le siëf^r; tlù f^ouVernement dans la «ipitale actuelle^ qtii n'était qu'un simple village situe dans tin marais appartenant à un boyard appelé Buchor, iCa^ la ville a pris celui de Bucharest. Cette ville renferme maintenant trois cent soixànlë-six églises , vingt monastères , et trente khans , ou hôtelleries orientales^ très con^' ^érables. Malgré cela on regrette l'ancienne cck

- pitale. La nature maréccigeuse du sol ne peutétrc corrigée : îl j a sous le plancher des rues de lar-, ges hiisséans de iànge stagnante , qu'on avitit en le projet de feire écouler dans la rivière ; mais l'égalité du sol et la nonchalance des habitants j ont' mis obstacle! C'est avec beaucoup de raison que les habitants appellent leurs rues ponii ( des poQls) j car elles ne sont, à proprement dire, que des ponts flottants sur des rivières de boue. En hiver elle jaillit à travers les séparations des plan*

* ches mal jointes, et en été elle s'échappe en nua* ges de pousâère noire. Dans toutes les saisons elle exhale une odeur fétide et des miasmes délétères qui engendrent des fièvres et la peste.

Les maisons sont généralement construites en briques, recouvertes en dedans et en dehors d'une couche de plâtré ; et , quoique' les habitants sacheni faire les briques , qu'ils emploient pour les murs , ils ignorent la manière de fabriquer les

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tuiles pour les toHs. Toutes les ptaisoDS sont couvertes avecdes lattes debois.,

Âutrefpisks boyards, iinitaDl les Scythes leurs ancêtres, arai^nt coutume dene jamaissorlirqn'à cheval. U n'y-a guère-que trente ans qu'ils ont pris la molle habitude de se faire traîner dans ' des voitures -, et cet usage est si-conforme à lenr caractère -efféminé , qu'ils ne se rendraient pas à pied d'un côté delà rue à l'autre. La ville abonde en tavernes, et, poury attirer lesconsommatenors , on -voit quantité de femmes qui dansent et qui -chantent (Uns là salle où l'on se réunit. C'est dans ces sortes de lieux que les boyards, quittant leurs familles, vont passer leurs soirées au milieu des femmes les plus éhontées. Le nombre'de ces malheureuses est plus grand à fiocharest que dans toute autre ville du monde. On a proposé de leur faire payer un droit , qui , dit-on , formerait le principal revenu de la ville : on croit que ce projet sera exécuté. *

En sortant des faubourgs de fiucharest , nous trouvâmes plusieurs grands édifices en ruines, qui paraissaient avoir été dévastés récemment : je pensai que ces ravages avaient été causés par tes Turcs ; mais j'appris , au contraire , qu'ils étaient l'ouvrage des Russes en 1806. Les Turcs , qu'on avait accusés d'avoir détruit un grand nombre de maisons à Bucharest , lorsque les hétairisU»

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en sortirent, n'en ont endommagé que quelques unes, qui ont été rebâties.

Le temps, qai, à l'exception de quelques jours, avait été si beau jusqu'alors, changea subitement'; h peine eûmes-nous quitté fiucharest qu'il tomba des torrents de pluie mâée de neige. Comme nous ne pouvions rentrerdans la Tiik,nouseontinuâmcs notre route , avec l'intention de oons-arréter dans' un village sile mauvais tempscoDlinoait. Jecommençaîs alors & sentir tous les désagréments de notre manière de voyager : les routes étaient couvertes de neige , qui fondait et formait une boue claire, dans laquelle les chevaux galopaient, et dont ils remplissaient mon charriot ; j'en lus . bientôt couvert des pieds à la tête. Mais ce n'était là qu'un léger inconvénient , en comparaison de celui que j'allais éprouver. Les cahots de cette maudite machine , tirée avec rapidité sur un terrain inégal , étaient si violents, <|ue j'en ressentais de cuisantes douleurs dans tous les membres. J'espérais en vain que je m'y habituerais au bout de quelques henres de marche : au contraire , je gagnai un mal de tête si violent , qne je me déterminai à m'arréter h la première maison qne nous rencontrerions. Ce ne fut qu'au bout de trois heures que nous arrivâmes à Bolentina, où nous devions changer de chevaux. Je dis que je voulais rester dans la maison de poste , mais on m'apprit

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que la. peste était venue jtisqii'au village. Rester dans un lieu infecté eût été tn'dter tout espinr de Toàr abréger luo quarantaine , sans compter le dooger extrême de coBcher dans une chamhre in- 'fectée de la contagion, et peut-être auprès do corps d'un pestifépé. C^endant Mii^pha ne partagea point <nes craintes ; lui qui, dans les autres occaaions, se montnait si timide, avait une obsUnatimi, qu'on pouvait aj^ler turque, au sujet de la peste. 11 avait été le premier^ dans toutes les villes que nous avions parcourues , à presser mon départ } cette fois ce fut lui qui m'engagea ,^ rester , seulement , disait-il , pour juger à la pes(£ était réellement dans Bolentina. Néanmoins il ne put me convaincre , et nous partîmes sans délai. Ifons fCunes obligés de marcher la nuit entière ,> trouvant la peste dans tous les villages que noua traversâmes.

. Nous arrivâmes enfin à six heures du matin près de la ville de Fétesfa , comme le jour commençait. Nous fûmes arrêtés par une barrière. On nous dit qu'il fallait subir une quarantaine, parce qu'on ne laiseait entrer aucun voyageur venant des villes qui.pas^ient pourêtre infectées. Nqus craignîmes d'abord d'être obli^ de rester ■ aux portes de Pétesh, ou de retourner sur nos pas ; mais Mustapha fît valoir notre prétendue qualité de courrier , montra ce qu'il appelait n0s dépê^

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cheS) et on lïous ouvrit les portes- Mon mal de té'te était devenu si insupportable, que j'aurais élé coi^traint de ni'arrèter , lors même que h peste e^t été dans la ville. Nous eûmes le bonbtur de trouver une belle chambre , fort propre , derrière la boutitjue d'un Grec. Je pris une tasse de café , je m'étepdis sur an coussin auprès d'un poêle , et, après une heure de sommeil, je me ré-, veillai en parfaite santé.

La ville ^e Pelesh renferme environ mille maisons , dont plusieurs appartiennent aHK boyards. Elles ont toutes unecoar entourée d'une palissade* et sont d'une très belle apparence. La Ville est située au pied des. monts 1 Krapach. Ce n'était plus le pays plqt que nous venions de parcourir ; ' c'était au cootraireTin terrain couvert de monta-»gnes, cimronnées de bois touffus, au milieu desquels on apercevait des châteaux, des monastères et des églises. Les paysans avaient aussi changé de caractère et de costume. Ils avaient Ufl-aîr de satisfaction et d'indépendance européenne. Les turbans et ks bonnets de flanelle blanche avaient di^aru ; ils étaient remplacés par des habits bruns et des chapeaux de feutre.

Le soir, ijpus traversâmes l'Argish, qui s'unit à la Domnitza au-dessouede Bucbarest, et va tomber dans le Danube. Nous trouvâmes, sur les , bords de cette rivière, la ville de Custo ', ouCnrlé-

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d'Ai^ish^aoclenoe résidence des princes de la Valachie. X^es monts Krapach se divisent là eu^deus branches, et entourent un plateau immense, oii est sltné le romantique pays de la Haute- Valachie. A l'extrémité de ce territoire , et à l'angle où les montagne^ sont le plus rapprocbëes, est l'ancienne capitale de la Yaïachie. Ce n'est plus maintenant qn'une petite rille ,' qui n'a conservé de son ancienne splendeur que la beauté de sa position et ' son église. Sur ime émînence , au-dessus de la TÏlle, est situé un grand monaistèire de foriiie quadrangulaire. Aii centre de ce quadrangte , est une église construite et décorée par les anciens prmces de Valachie , et considérée actuellement comme l'orgueil et l'ornement du pays. Je me rendis au couvent pour le visiter. J'y fus reçu avec politesse par un prêtre portant exactement le costume des papaa. grecs, mais qui ne parlait que' Tesclavon. Cependant il comprit le mot (xXcffM, et fut chercher la clé de l'église. EUe est bâtie en pierres, de granit gris , semblables aux pierres de Portland , sur le modèle de toutes les églises grecques. C'est un édifice carré, surmonté d'un dôme allongé en forme d'obélisque ; k chacun des angles sont quatre petits dômes qui semblent être sur le point de tomber. Ce singulier effet est produit par une bande tournée en spirale depuis la base jusqu'au sommet, et qui leur donne '

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Tair de pencher, quoiqu'ils soieot parfeitement pe^ndiculaires. L'intérieureet très propre, omë de sculptures dorées et de tableaux de saintfi d'un goût plus quam grœca. NoD seulement, ks' mun intérieurs en sont couverts , mais encore on en voit jusqu'au sommet des dômes. Rhudo et d'autres voÏTodes ainsi que leurs.femmesr sqnt.pfUcés -au milieu des saints et des vierges martyrs. Ou distingue entre tous saint Démétritts qui est le patron de l'église.

Je ne pus passer près de Bimniksans le visiter. Cet endroit est très célèbr» par le cOmhat de Drageêchan qui a eu lieu dans son voisinage, et qui est un des [dus beaux faits d'armes de la Orèce moderne.

Ypsilaati, ne recevant pas de ta Yalachie et de la Moldavie l'appui qn'il en attendait, fut forcé de battre en retraite devant Ira Turcs, et vint prendre poation à Tergovist, ancienne capitale de la Yalacbie. 11 fut encore chassé de ce point, traversa la Haute- Yalachie , passa l'Oit , et vint s'établir à Rinmik, petite ville située sut cette rivière , non loin des monts Krapach, qui séparent cette province de la Transylvanie et du territoire autrichien. 11 fut poursuivi jusque là par un corps, de Tui^ très supérieur en nombre. On délibéra dans l'armée grecque si on attendrait des renforts 6u si on livrerait immédiatementle combat.

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ils rejoigairent YpoUauti . C'était un spectacle tout il la fois singulier et iatéressant que de voir ces jeunes geD,s akandoonant voloutairement , d'un emnmun accord , leurs collèges et leurs occupa- UoBs dans les différentes Tilles d'Italie, de Russie «t d*Àlkiai^;ae , et partir seuls, ou par petites baodes , des poipts les plus élMfftéa de l'Europe pour se réunir à un endroit conTenu, et former une armée. Ils s'enrôlèrent dans un corps appelé la troupe' sacrée, upoç Xo^ot, et ils prouvèrent par lieur conduite qu'ils méritaient ce titre, aussi bien que les Thébains aux jours d'Épaminondas. Ils écririrent sur leurs étendards : Oeoeneç » iXnAopuc (rarart on liberté) , et l'inscriptioa des-bouclieis des Spartiates : itman ttit itea (ou avec ou dessus) *. Aucun d'eux n'avait, avant cette époque, prouvé de fatigue ni manié une arme; cepeivdant ils enduraient les priratipns et les fatigues de ladiscipline avec soumisâon et courage, donnant ' aux autres un exemple qui n*était qu'imparfaitement suivi. Ypsilanti ' avait environ cinq cents hommes de ce corps , et c'était sur eux qu'il comptait principalement.

* J'ai vu souvent ces inscriptions sur les élendards. grecs, et particulièrement la seconde ; en effet, le corps du poite-étendard qui meurt en défendant son drapeau est enveloppé dedans comme dans un drap mortuaire , Mjt porté ainsi au tombeau.

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Cette petite armée, originairement si peu nomhrëuËe, était encore affaiblie par l'absence du prince Cantacuzène, qui, avec un fort détachement, avait été s'opposer à la marche du pacha d'Ibraïl sur le Danube. Il restait donc environ cinq mille hommes, avec un eorps de cavalerie Amaute et .quelques pièces de campagne en fer, qui avaient été autrefois des canons de navires. Le nombre des troupes turques était presque deux fois plus élevé; il s'y trouvait quinze cents hommes de cavalerie bien équipés, dont un corps de delfais. J'ai déjà dit ce que c'était que ces troupes.

Le combat commença à' dix heures du -matin, le 19 juin idai. Après quelques décharges de la petite artillerie des Grecs, les Turcs se jetèrent sur le corps de la troupe sacrée , qui la défendait avec son courage accoutumé. Ils furent repoussés parles baïonnettes , qui donnaient à ce corps un grand avantage sur l'ennemi, dans la mêlée, parce que, les Turcs n'en avaient pas-à leurs mousquets, et que leurs yatigans, ou espèce de couteaux de chasse, étiient trop courts. Ceux-ci reculèrent en désordre ; mais ils revinrent bientôt h la charge , et furent de nouveau repoussés. Ypsilanti , pensant que le moment décisif était arrivé, ordonna à sa cavalerie de se porter sur le derrière de l'armée turque,' i5

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tandis cpj'eUe se reUrdit confusémept. Si cet ordre avait été snivi , les ennemis n'auraient pu se rallier, et les Grecs eussent remporté nne victoire éclatante. Mais la cavalerie était commandée par Karavia, qui avait si fortement conseillé de livrer le combat. Au lieu d'obéir aux ordres du général, et , d'attaquer les Turcs en déroute, ce corps, guidé- par son infôme chef, tourna ses armes contre les Grecs , et les mit en fuite. Tous les efforts pour remédier à ce désastre furent infructueux : la terreur panique, ou la trahison de la cavalerie , se communiqua à l'iafant^rié , qui se précipita dans l'Oit et le traversa h la nage , laissant la troupe sacrée presque seule sur le champ de bataille. Ce fut alors que la cavalerie turque se précipita sur ce petit corps , et l'enveloppa de tous côtés. Cependant , quoique dans une situation aussi terrible , ces jeunes gens conservèrent leur ordre jusqu'au dernier moment^ et tinrent leurs rangs serrés. Ils repoussèrent pendant quelque temps les cfforis de l'ennemi. Enfin ^ les pistolets firent ce que les sabres n'avaient pu faire : après les avoir aflàiblîs p^r des déchaînes répétées , les Turcs exterminèrent ceux qui étaient restés. 11 en périt plus de quatre cents sur le champ de bataille, et presque tous ceux qui purent échapper au carnage moururent de

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leurs blessures ; de sorte qu'à peine un seul homme de cetle troupe admirable , qui faisait l'orçueil de la Grèce, a-t-il survécu à cette sanglante journée. Josqu'-à présent personne n'a osé élever un tombeau sur le lieu où ils reçurent la mort ; mais ils viveut immortels dans la-mémoire de leurs compatriotes; et, lorsque l'Angleterre et ses alliés auront replacé là Grèce au rang des nations de l'Europe chrétienne , on doit croire qu'un monument sera élevé en leur honneur dans la plaine de Drageschan.

Le malheureux commandant de cette déplorable expédition tourna ses pas vers le seul chemin qui lui restait pour échapper aux Turcs : il prit le défilé de Bothentborm ou la Tour-Rouge, qui' conduit du territoire turc au territoire autrichien. Avant de partir , il publia une adresse, dans laquelle il comblait d'éloges les Grecs courageux qui étaient restés fidèles à la cause qu'ils ^vaieot embrassée, et où il couvrait d'opprobre et. d'exécration tous ceux qui l'avaient trahie , et surtout Karavia. Il voulait traverser la Transylvanie, et se réunir aux insui^és qui commençaient à prendre les armes en Morée : en conséquence , il traversa le défilé, et arriva an poète autrichien, avec quelques uns de ses compagnons , dans Ht plus grande détresse.. Ceux-ci s'arrêtèrent de l'autre

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côté d'un torrent qui forme la frontière : là ils reçurent Tordre de mettre bas les armes ; mais les Grecs , ne voulant pas se confier aus mains autrjchiçnnes, s'échappèrent du côlé des montagnes; les uns se rendirent en Morëe, les autres en fiessaraf)ie. Ypsilanti, accompagné de son frère, dans un kihitka , s'avança avec confiance jusqu'au poste autrichien , portant un habit bien , sans ëpée et sans épaulettes, ni rien qui put indiquer qu'fl élait niililaîre, espérant passer pour un voyageur ordinaire. Il fut reçu, par l'officier qui commandait le détachement , avec une cordialité apparente, et conduit à Bbthënthurm, sans s'arrêter, comme c'est l'usage , pour subir une quarantaine : là il disparut ; mais on a su, avec certitude, tjn'il avait été conduit sur-le-diamp à la forte^ resse de Mullenbacb en Transylvanie, de \h à celle de Mongatz en Hongrie , et enfin à Thercsienstadt en Bohême. Tout cela fut fait si secrètement^ qu'un sergent qui faisait 'partie de son escorte, et qui avait dépensé quelque argent pour lui, m'a dit qyll n'avait jamais su où il pourrait le trouver pour $e faire rembourser. 11 languit dans ces afTreusQS prisons pendant sept ans : et , lorsqu'enfin les portes lui en furent ouvertes , .ce fut seulement pour aller mourir. La privation de la libevté avait détruit sa santé, et son cœur était brisé par l'infortune. Il voulait se cendre à Yé-

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rone; mais il mourut à Vienne , âgé •seulement de, trente-cinq ans. Son fidèle compagnon Georgakî atleodit la mort moins long-temps. Apr& aToir fui, à travers la campagne, jusqu'au Pruth; ayec quelques uns de ses compagnons, il entra "* dans un couvent qui se trouvait situé d'une manière avantageuse sur les bords de la rivière, et il en fit une forteresse : il s'y maintint fjuelque temps , jusqu'à ce quç presque toute sa petite garnison eut été mise en pièces par les Turcs. Ceux qui survécurent furent faits prisonniers : Georgaki et quatre de ses compagnon^ furent de ce nombre, et amenés au mois de juillet suivant à Constantinople, où je les vis e:ié' cuter.

Comme je passais un jour dans la grande rue de Péra, j'aperçus une foule considérable de gens qui accouraient de divers côtés. Bientôt je vis des soldats qui traînaient un homme dont les vêtements étaient déchirés , et qui avait les bras liés derrière le dos. Quand il fut arriyé à la plaèe formée par la rencontre de plusieurs rue^ , on le laissa respirer un moment : il paraissait épuisé de fatigue, mais non point abattu. Après quelques instants il se redressa , et prit un air fier et intrépide. Au même moment , un Turc , venant par arrière lui , acq^ d'un kinskal , glaive recourbé , et très ^guisé dans sa partie concave ,

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d'un seul-coup lui trancha la léte. SotTant Tusage d'Orient , sou corps fut jeté au. milieu de la rue ,' pour devenir la pâture des chiens et des Tautours; mais, comme lé palais ^de l'ambassade anglaise était situé dans cette me , où habitaient beaucoup d'Anglais et de Francs, Sou Exe, lord Strangford adressa à la Porte des représentations , auxquelles on fit droit sur-lechamp. Le corps du malbeurens Georgaki fut enlevé et jeté à la mer, et pareille exécution ne s'est plus renouvelée dans ce- quartier. Si Geoigaki eût succombé avec la troupe sacrée à Brages- ' chan, il aurait évité cette fin ignominieuse ; mais l'histoire nous apprend que la mort d'un patriote est a^ssi honorable quand il périt sur l'échafaud que lorsqu'il perd la vie sur un champ de bataille.

11 était fort tard quand nous arrivâmes au village de Salatruk , au commencement du défilé qui traverse les monts Krapack. Malgré le bruit qni courait que la peste était partout , nous trouvâmes qu'elle ne s'était point étendue dans cette direction ; de sorte que nous nous détérmioàmes à passer la nuit dans la maison de poste. Nous trouvâmes une cabane, détachée de la maison, qui était réservée aux voyageurs, et qui ressemblait aux cbaunùèr^. des Bulgares; sans en avoir les agréments : on y trouvait toutefois

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un poêle , el lin banc dont je 'profitai comniG d'un lit.

Nous avions douze heures de marcïje à faire le lendemain pour arriver à la quarantaine, où je désirais parvenir de bonne heure, pour tâcher de gagner un jour. II était tombé beaucoup de neige pendant la nuit, ce qiù rendit les cahots de mon petit chariot plas supportables. Nous entrâmes .dans le grand défilé de la Tour-Bouge, qui , à travers les monts Krapach, conduit de la Valachie à la Transylvanie , et nous nous trouvâmes dans le cœur de ces montagnes. Au jour , le tableau dont nous étions entourés avait an caractère sublime. Des précipices couverts de bois jusqu'à leur sommet , et d'une hauteur immense , dominaient la vallée ; tantôt c'était un rocher couvert d'une masse de neige , tantôt un bois épais où le soleil ne pouvait pénétrer. Des hêtres , des bouleaux , des peupliera , occupaient la région inférieure, tandis que les pins verdoyants en couvraient la partie la plos élevée.

A huit heures du matin , nous arrivâmes au village de Repora, où était la poste, situé sur une montagne élevée , appelée Kozay, et qui s'élève brusquement au-dcssos de la vallée. La route tourne autour de sa base, de sorte qu'on voit cette haute montagne sous ses différents aspects. Nous

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nous arrêtâmes pour déjeuner daos la musçu de poste de Répom ; et comme je me disposais à âtcr moDmaDteaUjUnhommeseprésentapourm'aider.

Nous avions entendu dire que la peste était dans ce village. En regardant cet homme, j'aperçus qu'il avait au-dessous de la m&choire une tumeur énorme, grosse comme la \ête d'uo enfant. Je me reculai par un mouvement naturel , pour éviter le contact. Le maître de poste dit aussitôt à cet homme en latin, •ScffORs (éloignertoi) ^ et, «'adressant aussitôt à moi, il me dit dans son même latin : TiimornoH eétipesH, Domine, esti gnntha. ( cette tumeur n'est point la peste , Monsieur, c'est un goitre ). Je trouvai, en ce lieu, que les paysans parbient latin, et qu'ils étaient affligé^ des goitres des Alpes. Ces tumeurs y paraissaient si communes, que sur sept personnes qui se trouvaient dans la maison de poste, il y en avait cinq, y compris nos deux postillons, qui en étaient affectées. Un instant après , un très pâtit homme, ayant l'apparence d'uri nain , se présenta dans la maison j il avait un air stupide, et paraissait ne pouvoir prononcer que des sons inarticulés; il portait seulement sa main à ea bouche pour in^ diquer qu'il avait faim. Je demandai au maitre de poste si ces nains étaient nombreux ; il me répondit : Sunt vtulti, innutnerahile ( il y en a beaucoup , ils sont innombrables ). De sorte que

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je trouvai les goitres et les crétins des Alpes dans vin pays où je oe croyais pas qu'ils eussent jamais existé. On ne Toît rien de pareil dans la chaîne des Balkaps, où l'humidité de l'atmosphère se résout en pïuie ; tandis que ces infirmités sont communes dans d'autres montagnes, qui ne sont' qu'à deux cent milles de distance , où les vapeurs tdinbent" en neige. Il semble que cette circonstance soit une preuve de plus en faveur de Topinion populaire qui attribue les goitres a l'usage de Feau de neige dissoute', comme breuvage.

Cependant, à Brousse, en Asie, où l'eau que l'on boit pendant toute Tannée provient de la neige du mont Olympe, celte maladie est inconnue.

.La maison de poste était en très mauvais ordre, et formait on grand contraste avec nos agréables gites parmi les Bulgares.- Les vivres y étalent de mauvaise qualité ; mais Mustapha', jqni avait prévu cette circonstance, avait apporté on jambon de Bucharest. Une jeune femme m'offrit des pommesetdes poires; jelui présentai, à mon tour, une tasse de café qu'elle reçut d'une ' manière très gracieuse, après m'avoir baisé la main. Ce caft était le prfemier qu'elle eût jamais goûté, et, malgré toutesadéférence pour moi,ceIa lui parMt si mauvais qu'elle ne put le boire. Je demandai ai^iHiaitre de poste si cette jeune femmS était sa

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