‹ Voyage idéal en ItalieChapitre 12 sur 99 · L’ART CHRÉTIEN · texte numérisé non relu

L’ART CHRÉTIEN

ROM K

Il y a dans le roman de N. Hawthorne, Transformation, une description du Colisée tel qu'il était il y a trente ans encore, lorsque Rome était papale. Une grande croix noire s’élevait au centre du cirque, dont le pourtour était garni d'autels. Les pèlerins s'y rendaient, priant devant chaque autel où était représentée une scène de la Passion, et finalement baisaient la croix noire, gagnant à chaque baiser sept années d'indulgence et sept années de rémission des peines du purgatoire.

Le gouvernement actuel a nettoyé l'arène. Le Colisée n’a plus rien qui rappelle le christianisme ;

LES CATACOMBES

il est romain et antique. Les Papes avaient un sens plus fin de la réalité. Sur cette place, en effet, l'Eglise avait souffert et grandi. Rien n’était plus légitime que la Croix se dressant là où tant de martyrs avaient été tués, au centre des gradins où s'affolait le peuple de Rome. Si le Colisée était resté dans sa forme papale, il eût été le premier monument devant lequel nous eût conduit la seconde partie du Voyage idéal, car nous y eussions touché à la fois les deux moments de l'histoire, la fin du monde antique et l'aurore des temps nouveaux. La société romaine livrait les sectaires aux bétes, mais les sectaires savaient pourquoi ils mouraient : leur mort publique et ignominieuse leur gagnait le ciel. Les Romains déjà, qui s’étonnaient de leur fermeté, n'avaient plus grandes raisons de vivre et n'en vovaient aucunes de mourir.

Le Colisée n’ayant plus rien à nous dire de ce qu'il a vu autrefois, il faut chercher ailleurs. Notre première visite sera pour les Catacombes.

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11 y en a plusieurs. Les plus importantes sont celles de S. Calliste sur la Via Appia. Des Pères les montrent. Espérons que vous n’aurez pas un guide importun qui profitera de ce que vous êtes sans défense pour faire un cours d'apologétique catholique romaine.

l’art chrétien

Le mvstère des Catacombes reste entier. Dès &

que l’on a descendu les quelques marches qui les séparent du sol, on entre dans l’étonnement. L’obscurité, l’étroitesse des couloirs, leur longueur, leurs sinuosités, l'impossibilité de s’orienter, de savoir où l’on va, comment revenir, les niches creusées le long des corridors et les ossements que l'on y voit; tout produit une impression profonde. C’est là que les premiers chrétiens ensevelissaient leurs morts. Imaeinez une réunion au

temps des persécutions : une foule de gens, des esclaves, des affranchis, des Juifs convertis, des grands, arrivant isolés, au crépuscule, se hâtant vers les escaliers dérobés, suivant ces couloirs sombres qui courent sous terre, se croisent et s’enchevêtrent dans une inextricable confusion. Le culte était dit dans une chapelle funéraire ; la lumière de l’autel brillait seule dans la nuit étouffée de ces cryptes où ne pénétraient aucuns bruits du dehors ; la voix du prêtre résonnait sourdement sous les voûtes basses : sitôt les restes des martyrs placés dans un sarcophage et les dernières prières dites, la foule retrouvait. Dieu sait comment, les sorties dans la campagne sous les étoiles. L’étendue des catacombes de S. Calliste est telle que plus tard un Pape en lit fermer presque toutes les galeries, car souvent les pèlerins aux tombes vénérées s'égaraient et, impuissants à retrouver la bonne voie, restaient enfouis aux profondeurs sépulcrales de ce labyrinthe.

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Les murs sont parfois décorés à fresque; les sarcophages sculptés. La décoration qu'ils reçoivent, d’aspect pompéien, est surtout symbolique, avec, du reste, comme l’on pouvait s’y attendre, des survivances païennes, des souvenirs mythologiques, des traditions anciennes (représentations de métiers, scènes de la vie de tous les jours, etc.). Mais le symbole domine l’art chrétien dès sa naissance. Il n’existe que par et pour des idées. De toutes celles que le christianisme apportait au monde, celle de la résurrection s’affirme avec le plus de constance. C’est Jonas revenant à la vie après avoir été avalé par la baleine ; c’est Lazare sortant du tombeau, la grappe de vigne, le paon, qui disent l’immortalité. Puis le Bon Berger ramenant une brebis perdue, l’Onintc, image de l’âme; le miracle de la multiplication des pains; le poisson, anagramme grec de Jésus-Christ fils de Dieu Sauveur. Il faut regarder ces images avec patience; elles ne cherchent pas à plaire ; les auteurs n’ont cherché qu’à les rendre compréhensibles; le sens leur importait plus que la valeur plastique.

Je signalerai seulement la partie ornementale de cette décoration. Il y a là déjà des éléments qui nous intéresseront plus tard. Nous en verrons l’immense développement et l’influence qu’ils ont exercée sur la formation des plus grands styles décoratifs que le monde moderne ait connus, le roman et le gothique. Si les catacombes de S. Calliste n’ont pas épuisé votre curiosité, allez voir

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celles des S. Nérée-et-Achillée voisines, dans la rue delle Sotte Chiese, celles de S. Prétextai, de S. Domitille, celles de S. Aicnès. où l'on arrive facilement de Rome. La ville en était entourée, et le chiffre que donne de Rossi, 246 hectares superficiels et ST6 kilomètres de galeries, dit l’importance qu'avaient ces cimetières chrétiens.

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