DE L INFLUENCE DK I. ORIENT SLR L ART MODERNE
Ravenne s'ensevelit dans une plaine dont le niveau monte sans cesse. L'Adriatique est maintenant à plus de six kilomètres des murs. On ne peut voir depuis la ville ni les voiles rouges des barques de pèche, ni les grandes lames blanches qui déferlent à perte de vue sur les bas-fonds. La Pinède, que l’on traverse pour y arriver, met dans
RAVESNE
le paysage l’ombre vantée de ses pins. La ville est petite, tranquille. Les siècles byzantins l'ont imprégnée d’une odeur forte qui s’est conservée à travers les âges jusqu’à nous. L’attention n’y est pas distraite par les œuvres modernes ou par les architectures de la Renaissance; les unes et les autres sont de peu d’éclat. Ravenne est encore byzantine et nous dit Justinien, Odoacre, Thcodora. De tout le moyen âge aboli en ces murs, il ne reste qu'un souvenir, mais fulgurant : Dante vécut ici ses dernières années, et il y mourut.
Des marais entourent la ville. Le sol cultivé est coupé de canaux qui se croisent. Les terres lavées des montagnes et des vallées, apportées par les bouches du fleuve, ont gagné lentement sur la mer. Le terrain est imprégné d'eau. Elle soulève le sol, envahit les anciennes cryptes, monte dans les églises et les baptistères où le pavé se trouve exhaussé ici de quatre pieds, là de six, là de huit. On voit le moment où, grâce à cette montée lente, on aura les mosaïques des coupoles à portée de la main. Combien de siècles faudra-t-il pour que la Ravenne byzantine soit une ville mangée non par la mer, mais par l'étreinte de la terre puissante ?
Il y a, à Ravenne, huit églises des v e et vi* siècles, le baptistère des Orthodoxes, celui des Ariens, le mausolée de Thcodoric et son palais, le mausolée de Galla Placidia. Chaque église a des plaques, ambons, clôtures, chancels du v e au ix e siècle.
l'iNFLEENCE DE L'ORIENT
Des mosaïques revêtent les murs, et le musée est . riche en monuments contemporains.
Si l'on veut se figurer la civilisation artistique Je ces quelques siècles de l'histoire du monde, c'est ici, plutôt qu'à Constantinople, qu'il faut venir.
Ces monuments ont eu sur la formation des stvlos
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du moyen âge autant et plus d'influence que l'ensemble magnifique des palais et des temples qu'éleva la Rome païenne.
Faisons donc le tour des églises ravennales et, pour plus de clarté dans ce chapitre important, ne suivons pas la manière d'un guide qui s'éparpille à tout moment, mais employons, pour une fois, la manière dogmatique et didactique.
ARCHITECTURE
Les basiliques de Ravcnne diffèrent de celles de Rome par plus d'un point. Extérieurement elles n’ont pas de portique : les nefs ne sont pas coupées par un transept, mais terminées chacune par une petite abside — plan tri-absidial ; elles se complètent généralement d 'une tour ou campanile. Enfin les murs extérieurs sont divisés en surface par des bandes murales réunies par des arcs.
Cela est tout à fait typique ; on désigne ce procédé sous le nom de bandes lombardes. Elles eurent un succès inouï dans l'architecture féodale, improprement appelée romane. C'est un élément byzantin
ARCHITECTURE
qui a été propagé par les Lombards. On peut fixer avfcc précision la date où il apparaît : b» baptistère des Orthodoxes (commencé avant 396} est le premier monument dont les murs soient divisés de cette manière. Pendant l'époque de la domination des Goths le mémo système fut appliqué. Le baptistère des Ariens est tout semblable. Si l’on veut conserver le nom d'art gothique, c'est à cette période (493-539) qu’il s’applique proprement, et ses monuments sont S. Apollinaire Nuovo, le Palais et le Mausolée de Théodoric, S. Spirito avec le baptistère des Ariens. Après Eavennc. les bandes lombardes furent appliquées sur d'innombrables églises, palais et tours jusqu'au xiT siècle, en France, en Italie et en Allemagne.
A l’intérieur de la basilique, les colonnes sont faites pour leur place ; il n’y a plus réemploi de matériaux anciens, comme on le voit toujours à Rome. De plus, la colonne joue un rôle nouveau. Aux temps romains, elle n'avait d’autre raison d’être que décorative ; elle ne portait pas. Le système romain était de voûtes sur murs pleins, très lai •ges pour soutenir la poussée des voûtes. La colonne, soit qu'elle supportât un fronton, soit qu'elle prît place dans un portique, n'était pas un membre organique de l'architecture. Elle pouvait être ou n'êlrepas. Dans l'architecture byzantine, au contraire, clic prend une importance nouvelle. Elle est en fonction ; elle porte. La voûte et la colonne.
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