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NAPLES ET POMPÉI

Nous passons quelques jours à Naples. Cette ville bruyante, qui se mire aux eaux d’un des plus beaux golfes du monde, est une excellente station d’étude pour Fart antique, non seulement par le Musée national et Pompéi voisine, mais à cause de

LE MONDE ANTIODK

son noble paysage et des grands souvenirs qu'elle évoque. Nous aurions pu débuter par Rome, mais une fois sortis de Pacstum et du monde grec, l'antiquité est pour nous sensiblement au même plan et il importe peu de commencer par l'une ou par l'autre de ces deux cités.

A Naples, il est également important d’être éloigné des quartiers populaires et d'avoir une vue étendue sur le irolfc: aussi installe/.-vous dans la

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ville haute. Lorsqu'on rentre fatigué le soir, il faut pouvoir passer à sa fenêtre une heure de complet repos.

Ce sont des minutes exquises où l’esprit se délasse dans la contemplation. Au loin on voit monter les nuages: ils s’élèvent du point où l'horizon se confond avec les Ilots et voguent en masses

glorieuses, arrondies et dorées à la conquête des plaines infinies «lu ciel. Au-dessous d'eux, partis du même lointain quô rougissent les dernières lueurs ducouchant. de larges vaisseaux s'avancent, maîtres puissants des pâturages de la mer. Leurs voiles blanches se gonflent aux mêmes souffles .qui emportent les nuages. Les uns et les autres luttent de vitesse pour gagner la terre ou nous sommes. Les nuées dévorent peu à peu l’azur qu elles envahissent, tandis que, sous les mâts pliants, les proues avides paissent sans cesse les vagues moutonneuses.

A droite, près de vous, Pausilippe étage des villas en terrasse, qui descendent la colline couron-

SAPLES

née de pins-parasols ombrageant le tombeau de Virgile. En face, les montagnes peu élevées se dessinent, qui séparent le golfe de Naples de celui de Salerne: à la pointe, Sorrcnle. sur une falaise; plus loin Capri se laisse deviner, ile de rêve échafaudant ses rocs dans les vapeurs d'argent du crépuscule; puis, au fond de la baie, des villes paresseuses se baignent aux flots bleus, ourlés de blanc sur le rivage; et c'est le mamelon conique du Vésuve, qu'escaladent à mi-hauteur d'insouciantes maisons, puis enlin, Naples, tout entière, pâmée à vos pieds.

Des souvenirs classiques bercent vos pensées. Près d’ici, au cap Misène,

.Klcrnuiuque Icnel per ssecula nomen.

débarqua le pieux et triste Enéc. après avoir laissé Didon aux rives de Carthage, lamentant jusques au bûcher son infortune et appelant encore le héros charmant, mais si correct, qui Pa abandonnée. Virgile a vécu de préférence en ces lieux :

Man tua mt* uenuiU Calalnâ raputîre. I»:net nunr Partheuope.

Non loin d’ici dortPompéi. aux deux tiers recouverte du linceul de cendres qui nous a conservé l'empreinte iidèle des corps qu’il enveloppait.

Ce paysage est tel qu'il fut. C'est la même atmosphère de douceur. le même azur des Ilots, les mêmes liimcs des rivages et des collines. La

IC I.I-: MONO K ANTIQCK

nuit vient, el le ciel, d’une éternelle jeunesse, fait fleurir encore pour nous les étoiles que les anciens dénommèrent. L'Ourse, comme jadis, à gauche, s'illumine; à droite réapparaît Orion. à la ceinture étincelante; au-dessus de nos tètes, à la place accoutumée où les fixa Jupiter, ce sont les Dioscures voisins, chers aux navigateurs. La grande respiration de la mer monte comme autrefois à intervalles réguliers, et l'on voit flamboyer sur le flanc de la montagne la bouche rouge du Vésuve. En face de ces lieux qui n’ont point changé, l'esprit remonte sans peine le cours des âges jusqu'aux heures où Pline l’Ancien commandait en chef la flotte impériale stationnée au cap Misène.

Nous sommes ici en terre latine.

Si l’on donne six matinées, de dix heures à midi et demi au Musée, on en tirera l'essentiel. A Pompéî deux visites suffisent.

Ce n’est pas le but du Voyage it/éal de prendre le lecteur par la main et de le mener devant chaque statue. 11 se propose de marquer les étapes successives du voyage, et, à chaque étape, les monuments d'art propres à créer l’idée la plus forte de l’époque étudiée.

Le reste a été admirablement fait; nul pays n’a été fouillé et décrit avec plus d'amour, et par les artistes, et par les historiens, et par les littérateurs. — Quand nous mettrons-nous à parcourir du

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