‹ Voyage idéal en ItalieChapitre 4 sur 99 · SA PLES · texte numérisé non relu

SA PLES

même cœur le pays de France qui, à des beautés naturelles plus variées que celles de l’Italie. joint la richesse d'un passé d'art qui ne le cède à aucun autre?

Dans l'étude d’un musée, chacun a sa méthode ou celle de Bnedekcr. Voici la mienne pour les musées antiques.

Je débute par les chefs-d’œuvre. Y a-t-il une •ouvre grecque originale ou une copie ancienne, y a-t-il un F’raxitèle, un Scopas, ou un Lysippe, j'y cours, et le reste vient à son heure. C'est ainsi que j'assure ma première impression, la bonne. Je ne m'énerve pas devant des pièces médiocres qui m'empêcheraient de goûter le modèle de la même ardeur fraîche. De l'original ou de laplus ancienne copie, je descends aux copies secondaires qui peuvent avoir encore bien du charme et bien des raisons d'intérêt. Lorsque je les ai étudiées, je retourne au type premier et je m'étonne à chaque fois de le trouver plus beau encore qu'il 11e m'avait paru, et, le comparant à toutes les œuvres intéressantes, mais incomplètes, que je viens d'examiner, j'arrive à voir clairement pourquoi il est unique et vraiment chef-d'œuvre. Il y a peut-être dix ou douze bustes d'Homère dans les galeries italiennes, mais c'est celui de Naples qu'il faut voir en premier et auquel on revient après tous les autres. Les œuvres de second plan s'ordonnent par rapport à l’œuvre maîtresse.

Cette méthode suppose, il est vrai, qu’on prépare

LE MONDE ANTIQUE

ses visites auxmuséeset qu'on a feuilleté quelques histoires de la sculpture grecque.

Je recommande comme guide aux musées antiques, le Cicerone de Jacob Burckhardt. Ce professeur suisse fut un des nobles esprits historiques do ce siècle; la pénétration de son intelligence et l'immensité de son savoir sont éiralemenl admirables.

Au Musée national, les premières heures seront consacrées au fronton du temple de Locris déjà vu, à quelques bas-reliefs grecs que l'on trouvera dans la salle VII, enlin à la galerie des chefsd'œuvre. où sont le buste d’Homère, la Vénus

Cal/i/jt/f/e, aux jambes si belles, le Faune et F Enfant, l'émouvant fragment qu’est dans sa délicatesse la Psyché t/e Papoue, le torse de Bacchus, d’autres encore. Le jour suivant serait donné aux bronzes, parmi lesquels il y a de merveilleuses choses : ce sont le Mercure assis, le Ha échu* harhu. le Satyre ivre , les Athlètes qui cherchent

à se saisir, la Hère ni ce. Y Ecouteur, les Danseuses

d* Ilerculantan. tous les chefs-d'œuvre que les notices de Burckhardt situent en peu de mots.

Une troisième visite suffira pour les autres salles du rez-de-chaussée, bustes et dieux, où les répliques médiocres d œuvres très belles sont nombreuses. On verra, ce jour-là. le Taureau Fatnèse. groupe trop célèbre et trop restauré auquel nous n'avons pris aucun plaisir, non plus qu'à Y Hercule rebondi de la même collection, qui lui fait pendant.

PO.MPÉI

La matinée suivante sera pour les fresques provenant de Pompéi. Ici l'intérêt change ; il est plus de curiosité que d’art. II faut un peu de patience pour suivre pièce à pièce ces mylhologics, rendues pour la plupart assez froides par la médiocrité de l'exécution. Cependant c’est une excellente préparation à la journée de Pompéi. Ouclqucs-unes de ces peintures ont. en outre, une réelle valeur d'art.

Enfin, pour se faire une collection de types romains, on étudiera la salle dite des Empereurs, dont les visages accentués peupleront pour vous la solitude de Pompéi.

pompéi

Tout a été dit sur Pompéi et les poètes sont à consulter autant que les savants.

Une première visite dans le silence de cette ville vraiment morte est grandement émouvante. Les

lieux parlent d'cux-mômcs et il suffit de les parcourir pour qu’ils vous en racontent long sur les autrefois disparus, sur la vie privée et publique des citoyens romains et sur le sens décoratif d une époque où, bien que I on y collectionnât déjà des objets anciens, des œuvres égyptiennes, des bibelots, il y avait une unité de goût qui se montre dans les moindres fragments sculptés ou peints, dans les objets les plus usuels.

Le plan de la ville, bien plus au cordeau et à

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l'américaine qu’on ne pourrait croire, le forum, les temples, les théâtres et les bains, les boutiques et les fours, tout est intéressant, et cent fois la comparaison s’impose entre ce que les habitants d'une ville romaine de trente mille âmes demandaient d’une cité et, d’autre part, ce que nos ancêtres au moven âge ou les Italiens modernes mettaient et mettent dans l’organisation d’un groupement semblable.

Dans l'antiquité, à la base de la vie sociale, on trouve la famille. Le chef de famille est le prêtre du dieu-lare : sa maison est le temple de ce dieu familial. Toul vient de là. Une famille, un dieu, une maison; l’idée d’appartement s’accordait mal avec les croyances religieuses. Pompéi ne renferme que des maisons particulières, petites ou grandes: la cohabitation dans le même bâtiment, règle de notre société actuelle, était exceptionnelle. Les Italiens n’ont pas su conserver de la maison antique le jardin intérieur et le plainpicd des appartements. Dans les climats méridionaux, le péristyle est précieux pendant onze mois de l’année. Il fait suite à l'atrium dont la disposition est, en petit, la même. Sur ces deux jardins ouverts donnaient les différentes pièces de la maison, les salons, les salles à manger, les chambres à coucher dont l’cxiguité étonne; mais, comme l'on passait seize heures au moins sur vingt-quatre en plein air et qu’on ne faisait absolument que dormir dans les cuhicula , l’aération

I'OMPÉI

«•tait moins necessaire que pour nos chambres, qui sont des pièces d'habitation. En outre, je ne pense pas que les portes on fussent closes sur le péristyle : il est probable qu’un léger rideau les fermait pour l’ordinaire. Derrière la maison, ou sur les cotés extérieurs se trouvaient l'appartement des esclaves et les cuisines.

Sûus le péristyle décoré de fresques et supporté par des colonnes de stuc, le Romain coulait des heures paisibles. Au centre, sous le manteau bleu foncé du ciel, c elait le jardin, quelques llcurs, quelques buis entourant des hermès taillés dans une pierre dure ; des fontaines où des cygnes de marbre, maintenus par de petits génies, lançaient de lins jets d’eau dont les gouttes s'égrenaient aux bassins de porphyre ; une table posée

sur de massives chimères. Au mur. derrière lui.

des amours polissons vendangeaient une vigne dont les enroulements mêmes étaient lascifs.

Paris enlaçait Hélène ; Vénus attirait Mars dans

ses beaux bras: Diane allait retrouver Endvmion, tandis que, dans les mosaïques du sol, des poissons faisaient étinceler l'or fluide de leurs écailles.

Voilà une installation parfaitement adaptée au climat voluptueux de l’Italie méridionale. Le ciel n'a pas changé, mais la maison a perdu depuis l'antiquité ce qui en faisait le principal agrément.

De même au point «le vue des divertissements publics, la ville moderne est au-dessous de l'ancienne. Quelle figure feraient Dijon. Avignon,

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ou même Rouen, avec à peine leurs cinq mois de saison théâtrale ctpeut-être l'exceptionnalité d'un cirque forain emplissant, trois semaines durant, la ville de ses fanfares et de ses cavalcades, en face de Pompéi, avec ses deux théâtres, l'un de plein air, l'autre couvert, et son amphithéâtre immense où toute la population s'accommodait ? — J'admets toutes réserves sur la qualité des émotions que l'on offrait au public dans ce dernier, où les jeux n'étaient rien moins qu'innocents.

Il est certain aussi que la voirie était supérieure chez les Romains. Le service des eaux était mieux compris qu'il ne l'est dans aucune ville du monde. Rome, qui fait couler une eau si abondante dans ses nombreuses fontaines, n'emploie pas le cinquième de ce que consommait la ville impériale.

Pompéi, dans sa seule partie découverte, a trois bains publics. Les Thermes, poussés à ce degré de luxe et de confort, sont une invention vraiment romaine. Tout y était réuni qui sert à développer le corps et à l'entretenir en parfaite santé ; on y trouvait une palestre où l'on s’exerçait à des jeux athlétiques; on entrait ensuite dans le bain de vapeur; on se faisait masser, puis laver dans le grand bassin d'eau tiède; enfin, pour terminer, on tirait sa coupe dans la piscine froide. Pompéi comptait, sans doute, six ou huit de ces établissements publics, qui pouvaient recevoir un millier

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