‹ Voyage idéal en ItalieChapitre 35 sur 99 · I. ARCUITECTURE GOTHIQUE · texte numérisé non relu

I. ARCUITECTURE GOTHIQUE

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teclurc ; niiiis leur science, où tant de froide archéologie se nicdc, n'égale pas celle des hommes qui oui construit S.-Denis, Paris. Chartres, Reims. Amiens. On répète sans cesse les noms de L.-B. AÏbcrli. de Brunellesco. de Bramante : les manuels de l ecole primaire les enseignent: mais les princes de l'architecture chrétienne sont les Robert de Lu/arches, Robert de Coucy, Libergior. Vil lard de llonnecourt. et les maîtres anonymes de nos cathédrales.

L'Italie reçut le gothique du Nord et n'y comprit rien. Elle ne put parler avec pureté et élégance celte langue étrangère. Elle multiplia les contre-sens et fut médiocre extrêmement. C’est la destinée de l'Italie de ne pouvoir se créer une langue architectonique qui lui soit personnelle. Aux xiii* et xiv* siècles elle vécut d'emprunts maladroits au style français. Puis, gênée dans ses habits d'occasion, elle chercha du coté de l’antiquité, où elle pensa retrouver ses véritables origines. Ici encore, malgré l'etfort de grands talents, elle échoua. Elle crut avoir à Rome des modèles parfaits. Ilélas! elle se trouva en face d'œuvres secondaires et mêlées. Les meilleures tentai ives de la haute Renaissance sont viciées à leur naissance cl ne nous satisfont qu'à moitié.

Le fâcheux est que cette dernière tentative amena à sa suite la crise du baroque et du rococo

FLORENCE

et que le mal i tulien gagna toute l'Europe 1 .

Florence compte de nombreux monuments de style gothique. La cathédrale, œuvre de « l’immortel » Amolfo di Cambio. le Campanile, les églises de S. Croce et de S. Maria Novella. Or

San Michèle, deux Loggia, etc., etc. Nous ne dirons que l'essentiel sur ces monuments si connus; comme ils ont été vantés à l'excès, sans discernement, et qu'on en trouvera l'éloge dans tous les livres, on ri en donnera ici qu'une critique.

Voici sur .S'. Matin drf l'iore . la cathédrale, des notes prises sur place. L’aspect extérieur n'est pas satisfaisant de celle construction immense et peu expressive. L'influence bourguignonne, prépondérante en Italie, a supprimé les arcs-boutants. Les murs des bas-côtés paraissent nus et vides. Ils sont revêtus de marbres de différentes couleurs.

dont la fonction est décorative sans être architectonique. L'éclat en séduisait les Florentins. J'estime que l'existence des carrières de marbres voisines

1 II ne faut pas se laisser égarer par les louanges que les Italiens décernent à leurs artistes. Le plus médiocre architecte est, lorsqu'Italîen. grand maître. Le patriotisme d'antichambre, comme l'appelle Stendhal, est développé a l'extrême. Les critiques étrangers s'y sont souvent Laissé prendre, abusés qu’ils étaient par les épithètes sonores décernées aux ancêtres. Plus tins, ils auraient compris qu'il y avait là surtout une façon île parler et qu'il ne fallait pas accepter à la lettre les qualificatifs d'une langue où chacun se donne sans rire dans la figure de « l'illustrissime ».

L ARCHlTKCrCKK GOTnioUK

a été, pour Fart de ce pays, non une cause de richesse, mais d’appauvrissement. Au lieu de chercher la beauté dans l'expression des formes, on l’a demandée à la décoration appliquée. Ainsi avons-nous de beaux placages (ils ne sont pas toujours beaux), mais non un bel organisme : des vêtements riches, qui ne cachent pas la pauvreté de la structure. Nul doute que, réduits à l'emploi d'une pierre grise. les Florentins n’eussent été obligés à un plus grand effort architectonique et l'histoire de l'architecture gothique en Toscane compterait peut-être quelques chefs-d’u*uvre authentiques au lieu des tentatives avortées que nous avons à enregistrer.

Pour montrer le parti pris avec lequel on a abordé l'élude de l'art italien, il faut citer ce passage de M. Palustre, érudit notable et historien de la Renaissance, qui relève la remarque d'un des plus déplorables esthéticiens du classicisme cl l’endosse. « Nous devons accorder ici une mention aux revêtements en marbre de différentes couleurs, usités particulièrement à Sienne et à Florence, cl qui. d'après la juste remarque de Quatremère de Quincy, n’ont pas peu contribué à préserver les mdnuments des puériles découpures de la sculpture gothique. »

Tout commentaire affaiblirait la portée de celle phrase, pour qui a vu le gothique italien.

A Florence, la calhédrale resta longtemps en construction, comme San Petronio de Bologne.

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comme le dôme de Milan (quelles furent les églises italiennes achevées, je ne dis pas d’un jet, mais dans le siècle qui les vit commencées?)

Si incroyable que cela puisse paraître, il n'y eut jamais de plan de l'ensemble. Toutes les parties, même les différentes travées de la nef, en furent successivement mises au concours. Arnolfo di Cambio fait les premiers travaux en 1206. 11 voûte quatre travées des nefs latérales; puis un long arrêt: les travaux reprennent en 1:557. Jusqu'en 1367, on avança lentement; les concours succèdent aux concours. Enfin un plan linat est adopté. Treize architectes et onze peintres y avaient pris part. Huit autres architectes furent chargés de l'exécuter avec les modifications décidées. On ne procède pas autrement en France, à l'heure actuelle.

Quelle unité demander à un édifice fait ainsi de pièces et de morceaux? II a de jolis détails; des portes élégantes et fines, d une décoration charmante: il n’a pas de vie d’ensemble. La fameuse coupole, de Brunellesco (1417-1461), vaut de l’extérieur, sa réputation. Sa forme et son élévation satisfont pleinement l'œil. Etant donné le problème à résoudre, il n'était pas de solution plus élégante. Peut-être peut-on penser que, pour une église gothique, il eût mieux valu ne pas poser le problème d'une coupole centrale: l’on verra à quelles absurdités il a mené à l’intérieur. Les chapelles du transept et du pourtour du chœur,

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les sacristies, font une niasse informe. C cst une construction inarticulée. Les placages, chers à Quatrcmèrc de Ouincy, dans la répétition uniforme et absurde île leurs lignes, donnent à la cathédrale vue du chevet, l'apparence d’un amas écroulé de dominos cyclopécns.

L'hitvrh’ur. — Les contre-sens y fourmillent.

La coupole énorme a nécessité des appuis gigantesques. Aussi, à la croisée de la nef et du transept, on a deux piliers colossaux qui masquent toute perspective. Vue d'en bas, la coupole ne produit aucun etfet; l'éclairage en est mauvais; les peintures (Zuccaro, fin xvi") déplorables. Enfin on a été obligé de mettre le maître-autel sous la coupole. Celte place étant arbitrairement choisie, il a fallu lui créer une réalité factice. Aussi l'a-t-on entourée d'une cloison de bois, vitrée à mi-hauteur. pour que les fidèles puissent voir les cérémonies sacrées I

Le type septentrional du pilier (il y a des variantes) est un faisceau de colonnes qui portent et vont se ramifier dans les voûtes en nervures. Rien de plus logique, au point de vue architectonique ; rien de plus beau que la montée, le jaillissement de ces colonnes jusqu'au sommet des voûtes. Ici rien de semblable. Au lieu du faisceau de colonnes en fonction nécessaire de la voûte gothique, on a imaginé un pilier octogonal qu’on a pour comble surmonté d'un entablement! Dès

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lors plus de lien entre le pilier et la voûte. De plus les Italiens ont voulu voûter des espaces très vastes et n’avoir qu'un minimum de supports. Ils ont ainsi tendu à l'extrême le rapport entre le soutien et la voûte, qui dans le style français est harmonieux. La conséquence forcée est qu'on a été obligé d’abaisser les voûtes qui n'ont plus l’élévation grandiose que nous leur voyons dans nos cathédrales.

A signaler encore la galerie ridicule qui court autour de l'édifice au-dessus de l'imposte de la voûte. C'est, parait-il, une décision de la Commission qui discuta tous les plans de la cathédrale. A la même Commission, on doit les fenêtres rondes de la nef. Enfin la construction fut si médiocre que l’on fut obligé, pour consolider le chancelant édifice, de tendre à chaque travée de la nef de grands tirants de fer qui la traversent. Faite ainsi d'une série d’erreurs, on ne demandera pas à la cathédrale de Florence de créer une impression profonde. Je n'y suis jamais entré sans un sentiment de malaise. Quant à l'idée que c'est une église, qu'on y célèbre la messe, et qu’on y peut prier, j’avoue n’y avoir jamais songé.

Le Campanile. — Il est détaché de l’église. Est-ce un progrès ? Burckhardt trouve que cette disposition nouvelle a laissé les architectes plus libres pour leurs façades. Il n’apparaît pas que les Italiens aient su profiter de leur liberté; car, à part Orvieto

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et Sienne, pas une seule des grandes églises gothiques n’a une façade ancienne et belle. En outre, le campanile isolé semble sans raison; il est ici : il pourrait être là. Combien je préfère les tours jumelles de nos cathédrales et leurs clochers dardés au ciel.

Le Campanile de Giotto est, dans la même donnée décorative, supérieur archilcctoniquement à la cathédrale. Il lui manque une flèche. On ne sait si l'on doit le regretter. Tel qu’il est, malgré son élévation, ce sont les lignes horizontales qui s'affirment. Ce sera l’éternel malentendu dans l'adaptation du style français en Italie : amener par les corniches, entablements et couronnements, à une horizontalité qui en est la contradiction absolue. un système conçu originairement comme vertical.

Le Campanile sera toujours cher à ceux qui aiment le xiv* siècle pour les panneaux d’une si noble et jeune allure que Giotto (avec Andrea Pisano) y sculpta, frise encyclopédique, comme le voulait l'époque, où le maître résume les idées du siècle sur l'histoire du monde, mais où il fait épanouir en outre, simple don de sa bienveillance, la lleur immortelle de son génie.

Santa Croce et Santa Maria Novella . — Les deux grandes églises gothiques de Florence sont à peu près du même temps (1294 et 1278). Elles sont immenses et faites pour abriter des foules. Le mouvement religieux obligea l’architecture à

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aborder de nouveaux problèmes pour couvrir les surfaces les plus étendues. On a beaucoup insisté dans les histoires de l'art sur l'influence que la fondation des ordres franciscain et dominicain exerça sur l'architecture. Sans doute il y eut de nombreuses églises construites sous leur direction. Mais qu’est-ce que cela en comparaison du rôle que jouèrent dans la dissémination des styles du moyen âge nos abbayes de Cluny et de Cileaux. dont l'influence, au point de vue architectural, fut européenne ?

A Santa Croce, l'église franciscaine, l’extérieur est sans intérêt, la façade moderne. A l'intérieur, on est frappé du petit nombre de piliers et de l'étendue de la nef. Il y a le strict nombre d’appuis nécessaires pour soutenir, non pas une voûte gothique, mais une simple charpente de bois à membrures visibles.

Le plan est cistercien, large nef. transept et pas de choeur, pas d’abside, ni de déambulatoire, mais une série de chapelles s'ouvrant perpendiculairement sur le transept au regard de la nef. Derrière le maître-autel, une chapelle plus vaste. En somme, à une église si grande, il n'est pas de chevet. C'est un immense développement de nef. puis, arrivé au centre même del'ieuvre.on

tourne court. C'est la grande ordonnance d'un discours dont on enlèverait la péroraison. Que celte disposition ait été rendue légitime par la destination spéciale de l'église, je n'en disconviens pas. Plus

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