LA SCULPTURE
L'époque romane ne nous retiend sculpture, à ce moment, a été d'une
ra pas. La médiocrité
LA SCULPTURE GOTHIQUE
extrême dans la Péninsule. Surtout si, lecteur, vous vous êtes arrêté, avant de venir en Italie, h Chartres, à Vezelay ou à Autun, que pourront vous donner les grossières oeuvres de Pistoie. de Prato, ou même les meilleures, celles de Parme ? L'Italie était encore plongée dans la barbarie, pour employer un mol cher aux honnêtes gens du xvu* siècle qui l'appliquaient au moyen âge français, alors que la France créait des chefsd oeuvre non surpassés aux plus beaux jours de la Renaissance. Vous verrez occasionnellement les sculptures romanes de la Toscane; mais ce voyage, qui veut rester d'art, no vous obligera point à aller les chercher.
Il en est autrement pour le xiu e et le xiv" siècles, qui valent d'être étudiés.
Vos livres quotidiens vous donneront la chronologie et les faits essentiels sur Nicolas (1206-1280) et Jean de Pise (12Ô0-1320). Je ne me sens aucune envie de répéter les choses excellentes qui ont été écrites sur les premiers maîtres gothiques. Je voudrais seulement qu'on fût attentif à leur « gothicité ». On ne peut s'empêcher de voir derrière eux la crawle tradition française florissante depuis plus d'un siècle. 11 y a eu une influence du nord. Dans les limites de ce voyage, il ne peut être question de l'établir avec preuves et documents. C'est assez de la signaler.
On verra les couvres des premiers Pisans, Nicolas et Jean, à Prato, à Pistoie. à Pise (nous
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réservons Sienne). A Florence, il y a des œuvres de l’école, et le xiv” siècle est très riche.
Il faut voir la première porte du Baptistère d'ANDREA Pisano (1270-1349), que celles très fameuses de Ghiberli laissent un peu dans l’ombre. C’est d’un art charmant, avec des qualités florentines dans la composition, le désencombrement du bas-relief, le sujet s'exprimant dans son essence par un minimum de personnages. L'élégance est grande de ces panneaux, .l'aime la petite Hérodiade près de la table du festin, la Nativité, et bien d’autres. Il y a ici une grâce singulière. En face de cette porte j'ai songé parfois que l’on avait trop loué Jean de Pise. le grand maître de l’époque précédente, de son naturalisme qui souvent louche à la laideur. Il faudrait ne pas oublier que, dans le style français dont il s'inspire, s’il y a du naturalisme, il y a bien autre chose, que la noblesse des altitudes y est jointe à l’émotion. Les critiques se font une conception bizarre du vocabulaire artistique. Chez eux. comme chez les sophistes grecs, les concepts s’excluent. Naturalisme exclut noblesse, émotion, composition, élégance, force. C'est absurde. On trouve toutes ces qualités réunies dans les belles œuvres grecques et dans les meilleurs morceaux de notre statuaire française du moven dire.
La porte d'xVndrea Pisano, si on la connaît préalablement par les photographies, frappera par le caractère menu, petit, des panneaux sculptés. Malgré
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^oi on s'attend à quelque chose de monumental : on aune série de ravissants bibelots. Cela aussi est bien tloreutin et typique de la statuaire italienne.
Mais une œuvre plus parfaite nous requiert.
Cest, au Campanile voisin, la série des médaillons, où Giotto tixa les conceptions du moyen âge sur le développement de l'humanité. La série commence à la Création de T homme, qu'un Dieu grave suscite de la terre du jardin d'Eden. Puis c'est la Femme naissant, de F homme, puis le Travail, la Vie pastorale, .label, père des pasteurs, assis devant sa tente paissant ses brebis, la Masigne avec Jubal. la Métallurgie qu’incarne Tubalcaïn, la Vigne avec Xoé. Sur une seconde face se voient Y Art de bâtir. l'Art du potier , l .4 rl de dresser les chevaux , la Promulgation des lois et Y Exploration des régions nouvelles. La troisième paroi a la Navigation, la Punition des crimes, Y Agriculture, le Commerce et la Géométrie. Enfin, sur la dernière face, deux reliefs seulement, la Peinture et la Sculpture, celleci une merveille de composition et d'exécution.
Les meilleurs d'entre ces panneaux sont d'un charme que peu d'œuvres italiennes égalent. Burchkhardt trouve que la composition et le sens plastique y sont de moindre intérêt que le contenu, .le ne partage pas cette manière de voir. Des morceaux comme la Création de T homme, la Vie pastorale. Y Art de dresser les chevaux me paraissent valoir non seulement par la qualité de la pensée, expressive, sérieuse et profonde, mais surtout par
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l'excellence du sens plastique. Certes je mets à côté des œuvres les plus parfaites la jeune femme debout dans Y Art /le lisser, ou le cheval qui s’enlève avec son cavalier. C'est une heure exquise dans l'art italien.
Sur quelques-unes des portes de la cathédrale, il va des statues de latin du moyen âge, qui méritent mieux que le dédain avec lequel elles sont généralement traitées. Au Musée du Dôme, on trouvera aussi quelques ligures en ronde-bosse. Elles sont relativement rares dans l'art de celle époque; alors que la France était peuplée d'un monde de statues, Fltalie en compte à peine quelques-unes, et l'infériorité n'est pas numérique seulement, je vous prie «le le croire.
A Or San Michèle. le Tabernacle d’OncAr.xA ( 7 13(38) vaut une visite. Il a des details séduisants, mais Fensemble est médiocre. Nous sommes toujours dans des œuvres lines, petites. On voudrait respirer un peu devant les belles ligures largement drapées d’une de nos cathédrales.
Pour l'ornement, on remarque combien l'Italie est réfractaire au style septentrional, lequel avait créé de toutes pièces sa décoration en s'inspirant des formes vivantes étudiées dans la nature. Ici au contraire, on trouve sans cesse des souvenirs romains. Regardez les fenêtres d’Or San Michèle, si fouillées, si ornées, mais dont les guirlandes ont un air déjà vu.
Les Villes isolées (VI e partie) nous montreront
LA SCt'LPTTRK finTHIolTE 127
plus d'un spécimen de la sculpture au xiv" siècle. <;Vsl à juste titre que Vérone s'enorgueillit des tombeaux des Scaliger, qui sont, à tout prendre, dans les meilleurs monuments du xiv" siècle.
Si I on peut se laisser aller au plaisir de juger, je dirai de cette école toscane de sculpture aux xiii et xiv® siècles qu elle lient un rang excellent dans l'ensemble de l'art italien. Dans ses œuvres supérieures — quelques ligures isolées de .lean de IMse et quelques madones, qui sont puissantes, simples et maternelles, dans les bas-reliefs du Campanile, elle montre des qualités que le xv e siècle, si rat'liné, ne connaîtra pas.
Au point de vue de l'art européen de ce temps, l'appréciation change. Evidemment et sans conteste l’Italie n’est pas, au xiv" siècle, au premier rang. Elle ne vient que loin derrière la France qu elle suit en retard de plus d'un siècle et avec des forces inégales. Le xiv* siècle italien prend ses sujets et son inspiration dans l’art français du xiii" siècle. L’invention est chez nous et la copie chez eux. Même en laissant de côté la question de l'invention des sujets, l'Italie ne peut songer à comparer l'œuvre qu elle lit en ces siècles à ce que la France réalisa pendant la même période. Il y a quelques œuvres charmantes dans la Péninsule : mais c’est tout de même la France qui, pour la sculpture comme pour l'architecture, a donné la formule définitive de l'idéal artistique du moyen âge.
LA TOSCANE
L’inconnaissance générale de l'art français et des théories erronées sur le rôle nécessaire de l'antiquité dans la formation des arts modernes ont perpétué ces graves erreurs d'appréciation et ont fait jouer à l'Italie, dans le développement de la civilisation européenne, un rôle qui n’a pas été le sien. On voit assez de quelle utilité il était pour les hommes du xvu” siècle, qui nous ont doté de l’enseignement que nous subissons encore, de faire le succès de l'Italie et quelles étaient leurs raisons intéressées pour donner la première place dans le monde moderne à l'héritière directe de la civilisation latine.
LA PEINTURE
Nous arrivons à la peinture, que l’on a pu croire l'art chrétien par excellence, tant que l'attention a été monopolisée par l’Italie. En réalité, la sculpture l'a précédée et a exprimé avant elle
l'idéal chrétien. Comme nous l’avons montré, l'épa¬
nouissement de la peinture en Italie a été favorisé
par le caractère local du style gothique. Après
Giotlo, le xiv* siècle voit une floraison inouïe de
la peinture monumentale. Ici encore tout a été dit et fort bien. Il reste pourtant quelques remarques générales à formuler.
Vous lirez la vie de Giotto (1267-1337). Il serait