‹ Voyage idéal en ItalieChapitre 40 sur 99 · L.V TOSCANE · texte numérisé non relu

L.V TOSCANE

compositions expressives: par lit. il faut entendre qu elles signifient un étal de pensée, non pas inconsciemment — toute œuvre est un signe — mais d'une façon voulue et réilécliie. 11 n’est pas possible de séparer ici la forme de la pensée. Cela n’est pas suivant nos actuelles idées sur l'art. Qu'y puis-je? Chez Giolto, l'union des deux éléments est si intime, qu'à nous qui ne regardons ses œuvres qu'en artiste, elles restituent par la beauté simple des gestes un étal d'àme qui nous est peu familier, mais que la puissance expressive du maître rend clair et compréhensible.

Comme l'on sent ici que Giolto appartient au moyen âge, que les symbolismes religieux, les histoires sacrées ont une vérité profonde et intime en lui ! En les traduisant, il s'exprime lui-même; ce sont dans les sujets de la religion les émotions de sa vie intérieure qu'il extériorise. Plus tard en sera-t-il ainsi ? En Vinci, en qui existe déjà l'esprit scientifique moderne, sera placé, par la force de la tradition, en face de sujets semblables. Seront-ils pour lui ce qu'ils étaient pour un Giolto? Un Raphaël, par l'effort de son intelligence. envisagera les thèmes sacrés d'une manière toute objective et arrivera à de parfaites réalisations : mais l'esprit critique n atteint pas à la spontanéité d'expression de lame religieuse. Le parfum du moven àsre est. en certaines œuvres rares.

impérissable.

Un débutera par Santa Croce, où deux chapelles

LA PEINTURE GOTHIQUE

sont (le Giotlo. A-t-on signalé dans le Hanguef <r Ht sotte lu façon déjà si Renaissance dont Giotto couronne le toit plat de la loggia de statues qui se profilent sur le ciel? Il faudra chercher avec Ruskin [Morninga in Florence) tant d’églises où le xiv° siècle s’exprime. Au musée des Offices, qui sert lui aussi les fins du Voyage idéal par le classement chronologique des peintures, vous ne quitterez guère l’école gioltesque en suivant les premières travées de la galerie.

Retournons à ce moment à Pisc. Il va là, au

Lampo Santo, une des fresques importantes de ce t(*mps. A la décrire, nous entrerons tout à fait dans l’esprit du moyen âge italien.

Le Triomphe de la Mort

Le Campo Santo de Pisc est un endroit clos, exquis de paix et de recueillement. Derrière ses murs, c'est le charme de larges portiques, retombant en fenêtres de plein cintre délicatement ajourées. Des sculptures, bas-reliefs venus de chaires détruites, monuments funéraires des siècles médiévaux. Vierges de l'école pisane serrant d’un geste lourd et passionné le Bambino qu'elles contemplent. sarcophages païens même avec des mythes antiques, l’histoire de Phèdre et d'HippolyLe (qui se rattachent à tout le reste, car on sait que Nicolas, premier sculpteur pisan. les copia), remplissent les quatre galeries où ne passent plus

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que des touristes, tarifés à un franc pour visiter ce qui fut le champ des morts de la grande Pise. Les murs sont décorés de fresques. Un côté a été couvert par l’inlassable Benozzo Gozzoli : mais, malgré des morceaux charmants, il n’y est pas à son mieux; c’est la chapelle des Médicis au palais Riccardi, avec ses cortèges somptueux et l'éclat de ses costumes royaux, qui reste le chef-d’œuvre du grand fresquiste.

Sur les autres faces, de bons peintres de l’école giottesque sc sont appliqués, avec des bonheurs et des talents différents, à dire les vies des saints. Mais, entre toutes, s’aftirme la fresque intitulée le Triomphe de la Mort. Le moyen âge s'y raconte avec abondance et beauté. A ce moment de notre voyage, arrêtons-nous devant elle. Qu’elle soit représentative pour nous, nonsculement des autres fresques du meme siècle, mais de son entière époque et des âmes de son temps.

Or elle est telle.

Au mur sud du Campo-Santo. elle s'encadre dans une bordure peinte, où en des médaillons losangés sont des bustes de prophètes et d’anges tenant des phylactères, scène variée et riche de personnages, où s’illustre de motifs différents la même victoire, celle de la mort. Au centre un cartouche soutenu par deux anges porte l'inscription que voici :

Trésors de sapience et de richesse De noblesse aussi et de prouesse

LA PEINTURE OOTIIIOUE

Servent de rien aux coups de celle-ci.

Kl ne fut encore trouvé contre elle,

0 lecteur, aucun argument.

Ah! puisses-tu avoir l'esprit ]>e le tenir toujours préparé De peur iju'ello ne le joigne en péché mortel!

D’une paroi de rochers à pic. dans un ciel traversé de la lutte des anges et des démons, tombe d'un vol puissant une mégère horrible, la Mort. Ses cheveux, crinière épaisse, se hérissent ; des ailes de chauve-souris gigantesques la portent; ses pieds sont griffus, son corps hommassc. Elle s’arme d’une faux large qui tranchera les vies, promises au trépas, des humains.

Au pied du rocher, une troupe haillonneusc se tient implorante. Vieillards impotents et atl’amés, que courbent vers la terre le poids des années et la misère trop dure, aveugles, paralytiques, perclus. boiteux, ils sont là, déchets misérables dans l’ombre et l’humidité, en marge du monde déjà, où ne les retiennent plus que les restes d une vitalité trempée par tant d’épreuves qu’on ne la peut arracher. Ils tendent les bras vers la Mort secouralde devant eux; ils voient le havre salutaire où

elle peut, d’un seul coup, les faire entrer et, pour qu elle n'en ignore, ils lui jettent une banderole où se lit ;

Puisque prospérité nous a quilles

0 Mort, médecine à toute peine

Las! donne-nous à présent t'ullime Cène.

LA TOSCANK

Mais. Elle, qui ne les entend point, va d'un vol sût vers d'autres lieux. C'esl, à droite, un coin paisible et délicieux-où, sous des orangers touffus, une compagnie charme l'inslanl fugace dans les jeux, la musique, les conversations plaisantes. Un musicien debout, drapé dans un grand manteau à bandes alternées, joue du luth, tandis qu'une femme assise l'accompagne sur la lyre; une autre, vêtue d'un somptueux brocart, caresse un petit chien, tout en devisant avec un jeune homme assis près d'elle. Une troisième lient un faucon sur son poing et, derrière eux, passent deux couples enlacés. Heure exquise d'une cour d'amour, que va détruire, d'un coup brusque de sa faux, la Mort qui s'avance. Elle va ilélrir les gorges opulentes des femmes, titrer en un ricanement d'effroi le

sourire des lèvres prêtes aux baisers, éteindre le feu de ces veux charmants, ternir le lustre des cheveux boudants sur les oreilles et changer en cadavres cireux les corps souples où battait ù pleins coups le sang rouge de la jeunesse. La Mort guette ces joies mondaines :

Promis garde qu'elle ne le joigne en péché mortel.

Entre ces deux groupes opposés, sous la Mort qui tombe, c'est réventremenl de tombeaux ouverts. Papes, cardinaux, femmes, enfants, à l'heure du jugement, voient leur âme sortir de leur bouche, en homuncule, en réduction d eux-mêmes

LA PEINTURE GOTHIQUE

— fifflarit nui/jumt. n'est point une image — et disputée par de fantastiques démons à corps de bêles et des ançes en hirondelles, dont le vol s'éparpille dans le ciel entre les rochers à pic et les idylliques orangers embaumés. Plongent à irauche les damnés dans des trous de 11 am ni es: à

droite les anges bercent d une douceur sans pareille. entre leurs bras maternels, les âmes sau¬

vées.

Mais la leçon ne serait pas complète. A la vie selon le monde— misères et joies, il reste à opposer la vie selon Dieu. La partie gauche de la fresque va nous montrer une seconde fois la rencontre de la vie et de la mort et ce qui triomphe finalement de celle dernière.

l*n somptueux cortège se déroule en départ pour la chasse. Les chiens bondissent aux mains des valets, les faucons se dressent au poing des «lames; un empereur couronné, l'arc à la main, Louis de Bavière, dit-on, est au centre: chevaux blancs, chevaux noirs, harnais étincelants, man-

teaux riches des chasseurs et chapeaux extraordinaires s'empanachant aux tètes des femmes, la cavalcade s'avance, quand, sur le chemin, tout à coup elle se heurte à trois cercueils ouverts, lais¬

sant voir les cadavres

de trois rois. Le premier a

clé fraîchement enseveli;

il est vêtu de riches

habits et couvert d'un manteau borde de vair

LA TOSCANE

troisième est réduit n l étal de squelette. Les chevaux s’arrêtent, oreilles pointées, reniflant les morts que les chasseurs se montrent terrifiés, tandis que l'un d’eux, d’un geste énergique, se bouche le ne/ devant le cercueil qui pue.

Un vieux moine s'avance pour commenter la leçon de la mort et présente, à une dame du corlèsre, un cartel où se lisent ces vers :

Si votre esprit est bien avisé.

Tenant ici le iv£r;ird lixé nlleidif,

La vaine gloire v sera déeonlilr

l;a superbts **omme vous voyez, morte,

Vous vous apercevrez encore de ce soi f,

Si vous observez la loi qui est écrite.

Un sentier rocailleux mène vers les demeures des Pères. C'est ici le chemin de la vie bienheureuse. Sur la hauteur où l'on parvient avec peine et où n'atteignent pas les bruits du monde, ils ont édifié une chapelle et passent leurs jours dans les occupations pieuses de l'existence érémitique. L'un d’eux lit: un autre l'écoute ; un troisième trait une chèvre. Un corbeau est posé près d'eux. Us vivent en Dieu; la vie ne leur est qu'une attente*, un étal transitoire. L’achèvement sera un pas de plus vers les trônes «les Gloirescldes Dominations. Ils ont renoncé les joies mondain«*s dont nous venons de voir deux peintures si séduisantes. Le balbutiement «les prières a remplacé sur leurs lèvres I«*s concetli des diseurs d’amour; ils ne

LA PKIXTl.'HE GOTHIQl'K

tuent point les animaux, mais vivent en paix avec Imites les créatures de Dieu. Ils sont au-dessus «les plaisirs et des soucis de ce monde. Que la terrible mégère agite sa faux redoutable sur ceux qu’elle effraye. Pour leur àme immortelle, il n’est point de terreurs. Ils ont vaincu « notre sœur la mort corporelle ».

Ainsi s'achève la fresque quel’on voilau Campo- Sanlo et qui se dénomme le Triomphe de la Mort.

Voilà un type excellent de la peinture de ce temps : composition claire qui exprime d’une façon saisissante les grands lieux communs de la religion et, par des scènes pittoresques et tragiques. en fait sentir la force à chacun. Sans doute •‘Ile est totalement dénuée de l’agrément que nous demandons aux œuvres d'art : elle ne plaît pas à l'œil; la couleur en est sèche: il n'y a pas d'harmonie d'ensemble. Vous n'y trouverez pas non plus ce coté cuisiné, ce haut ragoût d’art, qui nous excite dans des œuvres postérieures.

En vérité.

quand j'y rélléchis, je vois un abîme

entre cet art-là et celui de Velasquez, de Chardin,

de Delacroix, de Itenoir. Manifestement les uns et

les autres ne visent pas le même but, ne cherchent pas leur plaisir aux mêmes endroits. Ah ! qu'il y aurait de choses à dire, si nous n'étions pas des voyageurs qui enregistrent des sensations et n'ont pas le temps de philosopher !

Santa Maria Novella. à Florence, sera une de

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nos stations favorites pour cette époque. Elle* a. dans la chapelle des Espagnols, l'ensemble le plus complet d'une décoration peinte telle que l'entendait le xiv* v siècle. Sur ses murs, sont représentés d'un coté une allégorie philosophique de la Religion. Triomphe tir sttin/ Thomas tTAt/oi/t, où de surprenantes femmes incarnent les vertus et les sciences, de l'autre le Triomphe tir /* Eglise mili- 1ttit/r , auquel travaillent les chiens du Seigneur, Domini canes : en face, au-dessus de l'autel, la Montée ntt Calvaire . le Crucifiement et la Datent tr aux Limbes. Les voûtes gothiques sont peintes aussi, chacun des quatre pans entre arcs ayant un sujet. De toute place dans la chapelle, on a devant soi une fresque qui se présente en plan incliné et que l'on peut regarder sans se casser la nuque. Je considère ces voûtes comme otfrant le modèle de la peinture plafonnante. Je les mets bien au-dessus des essais brillants de la

Renaissance, pour cette simple raison que l'on peut voir ce que le peintre a voulu nous montrer et que les personnages ne présentent pas leurs pieds au spectateur. Nous comparerons plus lard à cette petite chapelle d'une époque « barbare » les célèbres coupoles du Corrège et les voûtes de la Sixtine. Pour l'adaptation intelligente dune

décoration à une forme architecturale, l’avantage

restera au moven âge.

Dans l'église même, la chapelle Slrozzi montre le Pttratfis d'Orcagna, où les groupes de femmes

LA PEINTURE GOTHIQUE

-sont «l une grande suavité de lignes, le Jttgnnnil Jrrnirr avec des diables terribles qui liront d'une I nippe nobles et bourgeois, Y Enfer moins tragique et plus livresque.

On trouvera dans le C-icerone un catalogue des fresques du xiv“ siècle, et Ton pourra courir les églises et couvents de Florence et des environs. Pistoie. où il v a une belle chaire de Giovanni

Pisano, Prato. qui possède un des chefs-d’œuvre du même maître, une madone dont l’ivoire vieilli u pris des tons chauds et tannés et qui tend sa tête forte. — Entre toutes les fresques de cette église — nous n’entrons pas encore dans le chœur — je recommande une Nafin/é exquise de Gheraruo Starmna l'-f- 1 4u8) où des femmes allongées assistent à la naissance de la Vicrcrc dans un décor d une pénétrante intimité.

On terminerait ces études du moyen âge par l’homme qui en lixe une dernière fois l’idéal. Fit a Giovanni da Fiesole (1887-1455), que l’on •appelle Fr a Angkuco.

Bien qu’il meure dans la seconde moitié du xv" siècle, à un moment où l’art est lancé à la recherche d entreprises nouvelles, bien qu’il ait prolité techniquement des progrès réalisés au commencement du siècle, il se rattache à la grande

école du xiv* siècle par l’esprit et les tendances. Lisez sa vie dans Vasari : elle fut exquise de simplesse et remplie par une besogne énorme. Pen-

LA TOSCANE

liant le cours d une existence très longue, il ne se lassa pas de raconter les mêmes histoires, d’illustrer les mêmes drames. Autant qu’avec les Dominicains. ses frères, il vécut avec les saints du paradis, dont les béatitudes lui étaient familières. Il peupla le ciel de figures délicieuses. Il raconta — combien de fois ' — les faits de Xotre-Seigneur Jésus-Christ, s'affligea aux mêmes drames. Je ne sais pas de vie qui me paraisse plus égale, plus soutenue et plus heureuse. La foi apaisante le porta jusqu'à la fin. Le talent dont il avait été doué lui permit de faire participer ses frères aux saintes émotions dont il était agité. Il n'en fit aucun usage profane.

Il faut aller au couvent de Saint-Marc et voir dans chaque cellule la petite fresque qu'il peignit pour que les moines eussent sous les yeux une image constante de la vie de Jésus. On voit bien ici pourquoi il travaillait, et que le désir de la gloire n'entrait pas dans son cœur, non plus que les préoccupations purement matérielles de l’éclairage de scs œuvres, de leur place, etc. Ces fresques sont toutes placées à contre-jour près d'une fenêtre exiguë en trou ; il faut un écran pour les pouvoir regarder.

El avec cela il est le plus « artiste » des peintres religieux. Ses personnages sont d’une beauté divine, — comparez les têtes de Giolto et de Fra Angelico, — les gestes sont d’une pureté émouvante et l'arrangement au plus haut point impres-

l.A PEINTCRE fiOTIIIQCE

sionnant. D'entre les fresques de Saint-Marc j'ai irardé le souvenir d'un Clirist sortant du tombeau,

dans ses vêtements blancs ruisselant de clarté’. Dans le couloir en face de l'escalier, une Annonciation. vous arrête. La Vierge reçoit l'ange sous un portique qui ouvre sur un jardin fermé d'une haute barrière. Je ne sais rien dans l'art italien, «pii donne comme cette scène dans le jardin clos, une impression émue de recueillement et de simplicité.

Le grand Crucifiement de la salle capitulaire est connu par les photographies sur toute l'étendue de la terre.

On verra scs tableaux célèbres des Offices devant lesquels se presse la foule horrible des copistes; mais n'avons-nous pas, à Paris, une de ses œuvres les plus parfaites où la mêlée harmonieuse des saints et des saintes chante parmi les bleus mystiques le couronnement de la Vierge? A l'Académie est la Descente tir croix, éclatante comme au jour où elle fut peinte. Derrière la déposition dont tous les acteurs tremblent de pitié, — avec quelle douceur ils touchent le corps sacré du Seigneur ! — c'est une petite ville, ceinturée de remparts, hérissant ses tours, près desquelles se groupent des maisons serrées aux murs roses et blancs, quelques cyprès, des haies de buis et de tleurs, dans un paysage tel qu’on en voit du couvent des capucins, à Fiesolc.

1 Les photographies vie cette série n en donnent aucunement l'impression.

LA TOSCANE

Avec Fra Angel ico, c'est la lin d'un»* époque, à il passe sa vie dans des préoccupations qui ne sont plus celles doses concitoyens. Je ne vois pas ce qu'a de commun avec lui Fra Filippo- Lippi, par exemple. Autour de Fra Angelico, c'est le xv* siècle, époque mêlée qui tient encore du moyen âge, mais qui poursuit un idéal nouveau, époque la plus brillante quant au nombre et à la diversité des talents. Flic s'éloigne de plus en plus des conceptions antérieures; l art tendra à vivre d'une vie propre, à s'affranchir de tout lien étranger.

Avant de quitter le moyen âge. faisons un retour encore sur lesconditionsdans lesquelles l'art s'y est développé. Tous les progrès, toutes les inventions techniques sont mis au service de I'Fglise. Mais cela n'entrave pas la liberté Je l'art. L'idée religieuse n'est là que pour lui donner un fond, une matière. C'est l'opposé du virtuosisme. c'est la négation «le l'art pour l'art. Les hommes «lu moyen âge avaient une vie complète: la religion faisait partie d euxmêmes et n'excluait ni la libre recherclu* «lans le «lomaine pliil«>s<qdiiqu«‘. ni l'indépendance «lans la pratique. I n tîiotto. un Ciovanni l’isano. un Fra Angelico. ne se sentaient aucunement enlrav<*s dans leur œuvre créatrice parles commamlemenls de 1 Eglise, dont la règle n'était pas pour eux une clrns** extérieure et tracassière.

Il est devenu un lieu commun de «lire que

LA PEINTURE GOTHIQUE

c'était la découverte de l’antiquité qui nous avait libérés des liens de l’autorité. C’est là une explication fausse. El d’abord le nioven âge a connu l'antiquité: ses grands docteurs ont eu comme livres de chevet Aristote et Platon et Virgile. Dante savait l'antiquité, mais il a fait œuvre de son temps; — chez Pétrarque, au contraire, qui le suit de près, c'est déjà l'humanisme, précurseur de la Renaissance, qui perce. Pétrarque n’est pas assez fort pour dominer la culture ancienne et se l’approprier. Il veut imiter. De là, la caducité de son œuvre: les sonnets ont survécu, qu'il écrivit en langue vulgaire, tandis que le latin lui paraissait seul assez noble pour scs grandes pensées. C'est par lui que le latin reprend son autorité sur les écrivains. Résultat : [dus d’un siècle de perdu, au moment le plus brillant de la civilisation, pour la littérature italienne, qui avait déjà un passé glorieux, des chroniqueurs excellents, des poètes cl un Dante. V a-t-il progrès et affranchissement? n’y a-t-il pas plutôt substitution d'une autorité sans droits en nature, celle de l’antiquité, à une

autorité fondée sur le consentement général et sur la tradition chrétienne? On voit combien il faut se méfier des formules toutes faites.

Pour l’art, l'autorité de l’Eglise était douce. L'art s'en est pourtant émancipé au xv e siècle. Il ne s'est plus donné comme matière la pensée religieuse. Il ne faut pas confondre ici le sujet et l’émotion créatrice; le sujet reste religieux, quand le but pour-

LA TOSCANE

suivi par le peintre n'est plus du tout d'exprimer un sentiment religieux. Mais l’antiquité n'a joué aucun rôle dans cet alTranchisscmcnt. Le moven

âge avait connu l'art antique; il tire pourtant sa grandeur de son fonds propre. C'est pur accident que les copies de détail faites par Nicolas Pisano sur des sarcophages païens.

Les hommes de ce temps avaient au plus haut point le sens de l'actuel et. comme aux temps de la Grèce, l'art fut national et religieux. Ce n’est que beaucoup plus tard que l'idée antique troublera les esprits et leur fera perdre le sens de la réalité contemporaine.

Si l'art s’est détaché de l'Eglise dès le xv c siècle, ce n'est point à l'aide de l'antiquité. L'atFranchissement est venu de la marche naturelle de l'art lui-même. Si, au début de tout art religieux, l'idée à exprimer, qui se traduit suivant des canons hiératiques, oblige l’artiste à une forme donnée; si plus tard le sentiment plastique, avec toute la liberté qu'il exige pour se manifester, fait un exact contrepoids au thème sacré qu'il doit développer, il arrive un moment où cette balance est définitivement déplacée et oïi le sentiment artistique, avec une pleine conscience de sa force et de ses lois, l'emporte et se crée une existence indépendante. C’est ce qui se voit en Italie au moment où nous sommes parvenus. Les qualités plastiques ont pris une telle valeur, l'artiste y est devenu si sensible, que le besoin s'est fait sentir moins fort

LA PEINTURE GOTHIQUE 145

d'un soutien à l'œuvre d’art. C'est maintenant le coté art pur qui domine. La réalisation plastique plus que l'expression religieuse importe à l'homme du xv e siècle.

Pour nous. Français, qui allons en Italie, nous n'y trouverons pas. auxxm" etxiv* siècles, les beautés absolues et décisives que le moyen âge connut en France. L’époque romane a laissé des monuments très séduisants ; mais leur gothique est bâtard et mal venu. Dans la statuaire, si elle ne se compare pas au point de vue monumental h

la nôtre, il v a des œuvres de détail d'un bien

grand charme. Enfin c'est le départ extraordinaire de la peinture à fresque, cette floraison inouïe des vies des saints et des scènes de l’Evangile sur les murs des églises et des cloîtres. Ici nous sommes vraiment en Italie. Nous entrons maintenant dans le grand siècle italien, le quinzième. Florence, à ce moment, et la Toscane, suffiront pour longtemps à nos éludes et arrêteront plus d'un mois encore les touristes qui suivent les étapes du Voyage idéal.

LA TOSCANE

XV e ET XVI e SIÈCLES

Pour les siècles les plus riches de Tari italien. Florence reste le centre de nos éludes. Des louantes

unanimes ont vanté ces monuments nombreux, parmi lesquels nous allons à notre tour guider le touriste. Notre rôle sera assez semblable à celui de l'esclave qui, au cortège du triomphateur antique, disait ces simples mots : Souviens-toi que tu es un homme.

Devant les œuvres italiennes, nous évoquerons le souvenir d'œuvres contemporaines admirées en d'autres pays. Cela suffira à nous faire garder le ton juste et la mesure.

Nos premières impressions du xv c siècle ne furent pas aussi bonnes que nous l’espérions. Plus tard j’en ai compris les raisons : d'abord notre documentation préaiable était surtout photographique, c'est-à-dire, trompeuse : ensuite, les exagérations de tant d'écrivains avaient créé en nous un état d'esprit exalté que la réalité

LA TOSCANE

devait avoir peine à satisfaire. Après avoir vécu quelque temps en Toscane, nous nous sommes faits des amis que nous n'avons quittés qu'avec peine. Je n'oublierai pas, lorsque j'en parlerai, le plaisir que j'eus à les fréquenter.

Ilrève dissertation snr le mot Renaissance et pourquoi il ne se trouve pas en tète de ce chapitre.

Le mol prèle à confusion. Il a été employé dans des sens fort différents. Il faut remonter à son origine, car il fut appliqué par des hommes dont les vues en art étaient précises et fausses.

Le mot Renaissance, dans le langage propre de

l'art, signifie la renaissance des arts sous l’influence

de l'antiquité retrouvée. Il implique qu'il y a,

dans ['histoire de l'art, deux moments : la période

antique, et celle où l'antiquité renaît sous une

forme nouvelle, la Renaissance. Cette dernière fut

préparée par les humanistes; les archéologues

suivirent et enfin les artistes s'y rallièrent. Comme

on le voit, la marche est progressive et analytique l'art ne vient qu'à la suite de la science. Telle est l'acception reçue et exacte du mot Renaissance.

C'est dans ce sens qu'il est dit, sous une gravure populaire que j'eus sous les yeux pendant mon enfance, gravure représentant le roi François I er recevant à Fontainebleau la Sainte Famille . de Raphaël : « Celte époque est celle de la Renaissance des lettres et des arts en France. »

LA TOSCANE

Elle date ainsi du xvf siècle en France ; en Italie du milieu du xv e . Elle s’écrit alors avec un grand R. C’est bien à tort que l’on parle de la Renaissance de la peinture italienne avec Giolto. L’antiquité n’y est pour rien et tout ce qu'on peut tolérer est que Ton emploie ce mot, mais avec un petit r.

Développant cette formule, on découvre qu’il n’y a pas eu de Renaissance en France au xnr siècle et que le grand mouvement de l'art gothique, dont on peut dire qu'il fut 1e plus admirable qu'ait vu l’ère chrétienne, ne mérite pas ce nom, car l'antiquité retrouvée n'y a pas contribué. De même il n’y a pas eu de Renaissance en Flandre au temps de quelques peintres évidemment médiocres, Jean et Hubert van Eyck, Rogicr van der Weyden, Hugo van der Goes, Mcmlingct autres artistes de mince importance; non plus qu’en Bourgogne, à la lin du xiv e siècle, alors qu’on y élevait des monuments admirables, du reste mal connus du public cosmopolite qui se presse dans les galeries italiennes, le Puits de Moysc et le portail de la Chartreuse de Champmol.

Il reste que la Renaissance des arts sous Finlluencc de l’antiquité se prépara en Italie au xv* siècle, avec quelques hommes que l’on indique, et fut importée en France par les expéditions royales, retour de la Péninsule. Voilà quel est exactement le sens du mot Renaissance, fixé par ceux qui le mirent en vogue.

XV e ET XVI e SIÈCLES

Montrons maintenant la fausseté de ces vues.

En failles arts n’ont pas attendu que l’on déterrât les couvres antiques pour renaître. Les races occidentales n'ont pas guetté un signal des humanistes et des archéologues pour combiner suivant leur goût propre des lignes architecturales, pour tailler la pierre à l imitation de la forme humaine et pour chercher des harmonies de formes et de couleur qui les satisfassent. Cela peut être une opinion d’érudit formée au fond d'un cabinet entre de gros in-quarto ; mais la nature et la vie, dont l'art n'est que l'expression supérieure, ne s’en soucient point.

Il n'y a pas à insister. On sait qu'il y a eu de l'art au moyen âge en France, dans les Flandres, en Allemagne et en Italie.

Pour l'Italie du xv* siècle, la question de l'inlluencc antique a reçu des réponses diverses. L’opinion que je prétends soutenir, et qui recevra les éclaircissements voulus dans les différentes parties de ce chapitre, est la suivante :

En peinture, l'influence de l'antiquité est nulle au xv“ siècle.

En sculpture, il y a parfois copies de détail, amusements d'artistes érudits; la décoration est antique, mais la statuaire se développe sans l’aide de l’antiquité.

Pour l’architecture enfin, l'influence antique se fait sentir dans l’ornement d'abord, dans la conception ensuite. Ici seulement il y a une Renais-

ir.o

l..\ TOSCANE

sance selon le sens traditionnel. C'est l’événement capital de l’histoire de l’art à ce moment. Il a eu des conséquences si lointaines, et pour nous si sensibles encore, que nous avons la plus grande peine — admirateurs ou critiques — à le juger impartialement. Nous serons obligés de transposer à un registre inférieur ce qui a été écrit sur « les chefs-d’œuvre de la Renaissance », lesquels ont généralement fait perdre la tète aux historiens de l’art. Les plus modérés vous parlent « de monuments d’une grandeur et d'une perfection dont il serait difficile de se faire une idée. » J'avoue n'avoir rien vu de semblable en Italie aux temps où l'antiquité passionna les architectes et où les cinq ordres (car il n’y en a pas moins) régnèrent tout puissants de par l'autorité exhumée de Yitruve.

Pour conclure cette brève dissertation, disons que nous employons le mol de Renaissance (avec un grand R) au sens traditionnel.

C’est pourquoi nous ne l'avons point mis en tête de ce chapitre, car la meilleure partie de l'art italien de ce temps et la plus durable a échappé à l'influence antique.

Pour les raisons que nous venons de donner, nous renverserons l'ordre suivi jusqu'ici et étudierons la sculpture d'abord. la peinture ensuite, pour finir par l'architecture, où il sera temps de parler de l'antiquité retrouvée.

SCULPTURE. XV e SIÈCLE

LA SCULPTURE AU XV e SIÈCLE

Deux époques d'art se laissent distinguer dans le xv c siècle llorenlin. Brunellesco. Ghiberli, .lacopo délia Quercia. Donatello, Luca délia Robbia sont dans la première. La seconde, la plus riche en monuments, a les Dcsiderio da Setlignano, Benedelto da Majano, Verroccliio, Andrea délia Bobbia, Rossellino, Pollajuolo, Agostino di Duccio et quelques autres. La première a plus d'originalité et de grandeur : dans la seconde, la manière apparaît déjà : il y a quelques œuvres très fortes et un grand nombre d'œuvres trop faciles ; souvent, avec un grand charme, de la sécheresse.

Ici nous n'avons guère qu'à dire nos préférences : le champ a été labouré par de maîtres travailleurs. Combien y a-l-il d'histoires de la sculpture llorenlinc ?

On cherchera Giiiberti (1378-1455) à Or San Michèle, au Baptistère,au Musée.Le Baptistère reste la grande œuvre; mais, quelle que soit la beauté de la matière et la patine du bronze ; quels que soient les agréments de détail, l'élancement gracieux des personnages, qui donne comme une note d'un gothique un peu mièvre, quelles que soient l'habileté du sculpteur, la richesse de la composition, l'abondance des feuillages, je ne puis

LA TOSCANE

dire avoir éprouve en face de ces portes une grande émotion. On est obligé de se pencher sur elles, de prendre une lorgnette pour distinguer les scènes du haut. Cela ne se lit pas d’ensemble; on aimerait détacher de sa place telle figurine exquise et l avoir sur sa table de travail pour la palper à son aise. C'est une série de ravissants bibelots: je n'y puis guère voir autre chose. Je sais que toutes les portes connues, byzantines et autres, ont été faites ainsi de petits panneaux; mais ce n’est qu'un fait et je le juge. La seconde porte, celle du Paradis. a eu une influence énorme sur les destinées de la sculpture. Elle a créé le genre du tableau en relief. Je préférerai toujours un tableau peint à un tableau sculpté.

Vasari, sur tous ces maîtres florentins, est amusant à lire, et le Citeront’ contient les détails nécessaires sur l'entourage des grands hommes.

Donatei.i.o (1386-1406) est une personnalité puissante : l'image qu’il donne de la vie est passionnée, et la diversité de son œuvre montre un esprit qui ne se satisfait point dans une réalisation une fois trouvée, mais qui veut incessamment créer sa forme plastique.

Au Mu sée national, une salle entière lui est consacrée, moulages et originaux: le Sain/ Georges, jeune figure des plus attachantes de l’art florentin; le Parid d'un si beau bronze, qui éveille un sentiment indéfinissable; les fiers bustes connus de tous, un Saint J mu. des bas-reliefs, et au centre

SCCLPTTKE. XV SIÈCLE

on plâtre, Gattamriatta sur son lourd cheval de guerre. Au Campanile, quelques-unes des figures en ronde-bosse sont de lui : le Zuccone , la plus puissante et la plus expressive des créations de ce temps ; à Or San Michèle, un Saint Pirrrr et un Saint

Marc ; h la Cathédrale, le Pogyr, J os né et le beau Saint .Iran; à la Loggia dei Lan/i, une Judith. Au musée du Dôme, sont les deux tribunes célèbres des chanteurs, de Lucadella Robbia et de Donatello. L'effet d r ensemble de celle de Donatello est ineonlcstablemcntsupérieur. Peut-èlrcse plairat-on davantage aux détails de l'autre ; pour moi, je préfère ensemble et détails, celle de Donatello, avec la délicieuse effronterie de ses enfants débandés parmi les roses. A Prato, on verra une chaire

extérieure du même thème décoratif : à Santa Crocc.

nn Christ en bois, sec cl douloureux: au Baptistère,

une Madr/rinr décharnée et un tombeau; à San

Lorenzo, des décorations dans la sacristie et

une composition puissante cl dramatique, les

panneaux en bronze des deux chaires (terminés

par un élève, Bartoldo). Knlre toutes ces œuvres

du maître, deux surtout restent vivantes devant

moi : le Zuccone, grande ligure maigre et pensive,

me regarde du haut de sa niche du Campanile et

je vois aussi tourbillonner devant mes veux les H «

scènes tourmentées des chaires de San Lorenzo.

Le plus grand sculpteur de l'époque, à coté de Donatello, est le Siennois Jacopo dei.i.a Qlercia (1371-113$). Florence n'a pas une œuvre de lui ;

loi

LA TOSCANE

on en trouvera à Lucqucs, à Sienne et plus tard à Bologne. Les lourdes draperies agitées, l'ampleur des gestes, la plénitude des ligures, le sentiment de la vie s'exprimant non par des recherches de détail mais par l'effet d'ensemble, la noblesse de l'allure et un certain air de grandeur que l'on ne voit pas souvent dans la statuaire italienne, mettent Jacopo délia Quercia au premier rang «les maîtres «le son art, entre Giovanni Pisano «d Michel-Ange. Les siècles ont été durs pour lui ; son œuvre la plus importante, la fontaine Gaja. à Sienne, est ruinée et les figures éparses gémissent dans une salle de l'Œuvre du D«'*me où leur manquent la caresse de la lumière et le plein air. Mais il survit «lans tous ces débris, figures de femmes assises, dressant leur tètefièreet mutilée, une impérissable beauté. A moitié rongées, elles palpitent pour moi d’une vie plus intense que les œuvres les plus raffinées des Florentins. A Sienne, les fonts baptismaux ont une moindre perfection. Les statues de bois de San Martino sont intéressantes*.

A Lucqucs, il y a un grand dessus d'autel à San Frediano. et à la cathédrale le beau tombeau

d'Ilariadel Carclto. dont la frise est Renaissance,

mais dont le simlimenl est gothique. On verra plus tard, à Bologne, le portail de Saint-Petronio.

Avec Luca dei.i.a Uokbia i 130ü-14S2ï s’achève le

1 A rapprorher «le la Vierge entrée récemment au Louvre.

SCULPTURE. XV e SIÈCLE

premier cycle de la sculpture du xv" siècle. Il est de moindre originalité que les deux hommes dont nous venons de parler; il simplifie davantage, aime moins le mouvement et s'attache à un type plus régulier de figures. La chaire déjà citée, les portes de bronze à la sacristie de la cathédrale, un iombeau. montreront sa valeur de sculpteur. L‘invention qu'il fit de l'émail à appliquer sur les terres cuites peintes, eut un succès inoui et. trois générations durant, fournit à l'Italie les innombrables œuvres, et parfois chefs-d'œuvre, que chacun connaît.

La seconde moitié du siècle est remplie par des recherches tout de même plus médiocres. .le n'indique dans un sujet si banal que l’essentiel, laissant aux livres spéciaux le détail. Desidkrio da Seïtionano (1428-1 4(>4), auteur du plus parfait des lombeauxà l'italienne, celui de Carlo Marzuppini, à Santa Crocc : Andréa dklla Rorbia (1437-1528).

qui fit une infinité de choses, entre lesquelles les délicieux bambins emmaillotés au portique des lnnocenli; les deux Rosskllino (14o9-14(>ir et 1427-1478). qui ont de la grâce: Bknedktto da Majano (1442-1497) très représentatif de son temps, et par la sécheresse et par le charme. Mixo da Fiesoi.e (1431-1484): ici la facilité l'emporte: il y en a trop. Entre ces artistes, éminent les Pollajrou (1429-1498 ). buste auMusée. Hercule et A niée et tombeaux à Saint-Pierre de Rome, et Andrea

LA. TOSCANE

Vebkochio (1435-1488), auteur du plus certain deschefs-d’œuvre de la statuaire italienne, la statue équestre tic Bartolommeo Colleoni, que Ton voit devant Saint-Jean et Saint-Paul à Venise. Et j’aime aussi beaucoup le Saint Thomas H lr Christ à Or San Michèle. Ces hommes-là ont quelque chose d'énergique et de voulu qui manque aux aimables sculpteurs florentins que nous avons cités plus haut.

Florence et la Toscane permettront les études les plus complètes sur la sculpture du xv* siècle. Ce fut une grande et belle époque, mais je la voudrais situer dans l'ensemble de l'art contemporain.

Si l'on prend, comme point de comparaison, la date du concours pour les portes du Baptistère (1402), on trouvera qu'il y avait alors à Dijon, une école florissante. C'est de 1387 à 1398 que Jean de Marville et Claus Sluter sculptent les statues du Portail de la Chartreuse de Champmol; c'est de 1395 à 1402. que Claux Sluter et son atelier élèvent le Puits de Moïse : c'est de 11383à 1412, que le même atelier, depuis Jean de Marville jusqu à Claux de Werwc, érige le tombeau de Philippe le Hardi ; et cette école continue au xv c siècle avec des œuvres comme le Portail de La Fcrté-Milon. les statues funéraires de Charles de Bourbon et d'Agnès de Bourgogne, à Souvignv; le tombeau de Jean sans Peur, celui de Philippe Pot.

Voilà des monumenls dont le souvenir me han—

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