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LES ÉGLISES

Nous dépassons ici les bornes strictes de notre plan pour comprendre quelques essentiels monuments lombards et romains.

On aura peine à se faire une idée quelconque de l’extérieur des églises, lesquelles sont, pour la plupart. inachevées. San Lorcnzo est extérieurement à l’état brut, San Spirito (sur les plans de Brunellesco) aussi. San Sébasliano de Mantouc est

ruiné. Il resterait dans la même ville Sant’ Andrea, qui est terminé et dont on peut se procurer une photographie. Pour la façade, voici ce qu'est Saut' Andrea.

Sur un perron de quelques marches s’élève en avant-corps un portique élégant, grande arche en plein cintre, surmontée d'un entablement et d'un fronton. Les deux cotés du portique reçoivent

l'architecture de la renaissance

chacun deux grands pilastres engagés qui montent jusqu'à rcntablement. Le portique est divisé dans ia hauteur par une frise; à l'étage supérieur deux fenêtres ; àl'inférieur deuxniches, vides- Pourquoi? l'on ne sait pas. Je ferai remarquer en passant (tue c'est déjà l'ordre colossal dont on attribue le mérite ou l'invention à Palladio. La place devant l’église est étroite et ce que je viens de décrire est tout ce que l’on aperçoit. La photographie donne la coupole, qui est invisible et l'appendice bizarre au-dessus du fronton, dont on se demande ce qu'il vient faire là.

Je vois bien que c’est un portique ou un arc de Iriomphe, dessiné avec soin par un homme qui a regardé des modèles anciens; mais est-ce une façade d’église chrétienne ? faut-il l'admirer comme telle ? Il m'est impossible alors de louer ce portique en porte-à-faux devant l'édifice. qui ne l'annonce pas, qui n on est point l'expression et derrière lequel on peut supposer indifféremment un forum, une basilique ou rien du tout. Sans doute, il est permis à un archéologue de s'amuser à ces reconstitutions : c'est froid et sans portée, mais cela peut avoir son agrément. Où je refuse mon adhésion, c'est lorsqu'on me parle de la barbarie architecturale antérieure et qu'on prétend imposer à mon admiration, comme modèle d'architecture religieuse, une façade comme celle-là.

LA TOSCANE

DE LA COEPOLE

Il y a une coupole à Sanl' Andrea ; il y en a une au Rome de Florence, à San Spirito, à San Lorenzo. aux deux Madonne indiquées plus haut, à Saint-Pierre de Rome. En fait, partout où cela était possible, on en a mis une. L'église à coupole centrale a été le rêve des Italiens de la Renaissance. (Test sur ce point que les efforts de l’architecture se concentrent. Le reste linira par n ôtre plus qu’un accessoire, les coupoles absorbant toute l'attention. On sait que l'idée du temple de Salomon a préoccupé les architectes de ce temps. Il était rond, et l’on voulait imiter la forme du temple célèbre.

Il faut feuilleter des collections de dessins pour voir où la construction centrale a mené les architectes de la Renaissance ; ils en arrivent, pour entourer leur église à coupole, à des projets de villes bâties entièrement sur plan circulaire (Fra Giocoudo. Du Cerceau).

Il faut remarquer préalablement que le problème n’était pas nouveau, qu’il n’y a pas invention, au sens où l’on peut dire qu’il y a eu invention lorsqu’on a substitué, à la voûte romane en plein cintre, la voûte portant sur arcs-ogives. Là des procédés techniques «le construction nouveaux créaient des formes architecturales nouvelles. — Avec la coupole, rien de semblable; l’antiquité

romaine Pavait employée ; puis Byzance en avait fait le centre de son architecture religieuse et avait voûté de vastes espaces. L’époque romane en France avait élevé des coupoles fort belles cl l'Italie de ce temps en compte aussi plusieurs, mais de moindre importance. C'est à la perfection de •n*ttc forme que travailla la Renaissance et il est certain qu elle est arrivée parfois à des solutions satisfaisantes du problème cherché. Reste à examiner le problème en lui-même et à se demander si les maîtres de ce temps ont eu raison de vouloir en quelque sorte absorber l'architecture religieuse dans la forme centrale à coupole.

La coupole demande un plan en croix grecque.

■On a parfois construit des coupoles sur plan basilical ; mais il est évident que la forme logique sous la coupole centrale est la croix grecque, celle dont tous les bras sont égaux. Ce sont les plans de Bramante pour Saint-Pierre de Rome, c'est la Consolazione de Todi. la Madonna delle Carceri à Prato, celle de l'lîmillàà Pistoie. laSleccata à Parme, et bien d'autres. On forme ainsi un édifice rigoureusement concentrique. — Mais cet édifice est une église, c'est-à-dire qu'il est fait pour la célébration d'un culte, de cérémonies traditionnelles qui s'effectuent suivant un rituel fixe, qui exigent la présence en un même temps et en un même lieu d'un certain nombre de prêtres. En outre, il faut que les fidèles assistent aux mystères sacrés, en suivent le développement, le nœud. l’achèvement.

LA TOSCANE

Il est nécessaire que l'ensemble de la communauté puisse avoir les yeux fixés sur l'officiant.

Ces conditions essentielles auxquelles doit satisfaire tout «l'abord l'architecture religieuse avaient été comprises admirablement à l'époque précédant la Renaissance. Le plan gothique avectransept et chœur, le chapitre groupé des deux côtés du maître-autel qui se trouve à l'extrémité du chœur, est un modèle difficile à égaler, impossible à surpasser.

Los grands professeurs de la Renaissance, tout enflammés pour les ordres et la coupole, oublièrent simplement que, lorsqu'ils avaient à faire le plan d'une église, la première chose à étudier était un arrangement matériel convenant à la célébration du culte. Logiquement c'est de là que tout doit procéder; ce fut la dernière de leurs préoccupations. Ils montèrent leur bâtiment, coupole sur croix grecque ou latine ; une fois le monument terminé, on se trouva en face de difficultés auxquellcson n’avait pas songé.—Où placer le maîtreautel?—Au centre de l'église dans la croix grecque; mais où resrardcra-t-il ? Dans l’actuel Saint-Pierre

en croix latine, l’autel regarde la nef, et le prêtre, caché par lui, reste invisible à la plus grande partie des fidèles. Ailleurs l'autel est arbitrairement dans un «les bras de la croix grecque; alors le centre de l'église est d'une nudité glaciale; on y cherche quelque chose que l'on ne trouve pas.

On ne sait vraiment quel parti prendre. Si l'on

met l’an Ici au cenlrc, il faut isoler cette place; comment faire ? On verra à Florence ce que l’on a imaginé : on a établi une clôture de bois pour faire un chœur factice où le clergé siège, et l'on a vitré la clôture à mi-hauteur pour que les fidèles puissent suivre les cérémonies. Cette barrière de deux mètres de haut sous une coupole immense est absurde. Mais on ne peut s’en passer.

A Saint-Pierre de Rome, c’est plus simple; il n*y a pas de chœur; il est vrai que lautcl central ne [ sert que deux ou trois fois l’an au Pape. On est alors oblige «le faire venir les menuisiers pour édifier le chœur nécessaire à la cérémonie solennelle. Ah ! les beaux coups de marteau et le joyeux tapage dans l’église, dont cela ne trouble «lu reste pas le recueillement, impossible dans cette basilique trop vaste.

Il ressort de cette analyse que la forme centrale à coupole, bonne peut-être pour des temples antiques, est défectueuse pour une église chrétienne.

Extérieurement, l'architecture des églises à coupole n’est pas non plus satisfaisante. La coupole avec son tambour se raccorde mal aux lignes droites et aux angles du soubassement. Yoyez-le à Santa Maria dclle Grazie à Milan, de Bramante, à San Egidio degli Orefici à Rome, de Raphaël. Car il faudrait, pour être logique, adopter une forme circulaire pour l’édifice entier. De tous les

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