I.A TOSCANE
édifices à coupole, il n'y a. en somme, que !•> Panthéon de Home qui soit le développement nécessaire des principes de la construction centrale.
Nous ne pouvons, sur ce point, déclarer bonnes les leçons médiocres des architectes de la Renaissauce.
Entrons à San Lorcnzo, c'est encore ce qu'il y a de mieux comme église de la première Renaissance. Le détail est. bien entendu, antique, chapiteaux. frises et archivoltes. Tout le monde a blâmé les entablements au-dessus des chapiteaux. Il est vrai que l'époque romaine se les était permis: mais cela n'en est pas moins une faute trop fréquente en ce temps. Les bas-côtés sont voûtés en berceau ; la nef reçoit un plafond droit à caissons : car on ne veut plus des hautes voûtes gothiques. La lumière tombe à Ilots des oculi des bas-côtés et des larges fenêtres de l'étage supérieur. C'est vaste et clair. Y a-t-il là de belles perspectives. quelque chose de passionné et d'émouvant? Non. c'est correct, monotone et tout semblableaux discours latins desérudiisdu temps, aux lettres d'un Amre Polilien. avec les Heurs aulori-
sées de la rhétorique cicéronienne et le balancement régulier des périodes. Mais nulle part ce genre de reconstitution ne s'applique [dus à faux que dans l'architecture religieuse.
Je ne parle pas de l'anachronisme de la décora-
f. ARCHITECTURE DE LA RENAISSANCE
lion, de l'emploi de l'ornement emprunté aux styles antiques, de ces éternels Renies enguirlandés de roses, de ces Cupidons — et tout le reste — qui envahissent l'église à ce momcnl-là et qui deviendront, en certains cas, insupportables. Mais il y a un reproche plus grave. Les maîtres de la Renaissance n'ont pas compris qu'une église doit exprimer, dans son être de pierre, le sentiment du mystère chrétien: qu'il faut que, dès qu'il y pénètre, le peuple se sente en un lieu sacré et que tout l'incline à la véné¬
ration du culte qui s'y célèbre. Cela, le moyen âge. roman et gothique, l'avait admirablement traduit : ses églises sont des sanctuaires.
Avec la Renaissance il en va autrement. Les églises, si elles intéressent par des détails, par d’heureuses proportions, n'existent pas en tant que monuments chrétiens. Nous voyons passer sous ces colonnades une foule indifférente et sceptique, que tient amusée, dans la grande clarté de l'édifice, le détail chatouillant de la décoration. Mais le sentiment de l'effroi de l'homme et de sa petitesse en face de la divinité, cette architecture ne l’inspire pas.
Au vrai. les églises de la Renaissance feraient de convenables halls pour gares de chemins de fer, des Bourses claires et sonores pour des agios internationaux, ou encore, parfois, de somptueuses salles de bal.
Ce n'est pas ici que nous trouverons lajustiliea-
LA TOSCANE
lion de l'enthousiasme général pour les maîtres dr la Renaissance ilalicnnc.
Extérieurement, le portique de la chapelle d<*> Pazzi de Bruncllcsco, à Santa Croce. est ce que j<> connais de plus parfait dans la première Renaissance, dont il montre les qualités essentielles de précision, de grâce et de sobriété.
Un des monuments importants de la seconde époque est la chapelle des Médicis à San Lorenzo (1529). Allez-y et jugez. Il est important de savoir que Michel-Ange eut une liberté absolue, que jamais artiste ne put combiner tombeaux et architecture avec une indépendance plus grande. Voilà donc l'œuvre authentique d'un des plus grands architectes du temps. Il faut ajouter que le contraste entre la pierre foncée des pilastres et «les entablements et la blancheur des murs n'est pas — heureusement — imputable à Michel-Ange.
On vante « ses deux ordres de pilastres, l'un inférieur, l'autre supérieur qui révèle ici tout le progrès du xvi® siècle comparé au xv”. » Il faut remarquer que ce sont là choses élémentaires que l'on voit dans tous les monuments romains et qu'il n'y a pas lieu de féliciter l'artiste de son invention. C’est un des points les plus agaçants des éloges que l'on adresse aux maîtres de la Renaissance (à Bramante pour la cour de la Chancellerie, parexemplc). Quoi Iles louer parce qu'en employant des pilastres à deux étages, ils ont mis l'ordre
«longue au rez-de-chaussée, l’ionique ou le corinthien au dessus. Mais un enfant de douze ans, sachant ce que sont les ordres, en comprendra la nécessite. C’est une chose qui s’enseigne, et il n’y «ail besoin d’aucun irénie chez les architectes du xvf siècle pour suivre des errements déjà pratiqués par les Romains. C’est pourtant ce dont on les loue. — Quel homme admirable, il a mis le dorique sous l'ionique I — Que vouliez-vous donc qu’il fît.
Architecluralemenl, la chapelle me laisse indifférent. Les niches vides qui l’entourent sont sans raison et sans grâce. Pourquoi sont-elles ici? Impossible de le deviner. Je n’aime point non plus les fenêtres aux jambages obliques, —qui se justifient, au dire de Burckhardt. par d’anciens modèles étrusques. Je suis las d’archéologie! Encore des modèles! mais qu'est-ce que cela peut bien nous faire, s’ils sont mauvais? Enfin les niches centrales me paraissent trop petites pour les personnages qu elles reçoivent. Laurent et Julien de Médicis ont l’air gênés dans ce cadre trop étroit.
En somme, c'est glacial et ça manque de saveur, l’architecture de la chapelle des Médicis.