ROME ET LA RENAISSANCE
Nous voici à Rome pour la seconde fois. Nous n'y chercherons maintenant que les maîtres de la Renaissance et. si nous rencontrons sur notre
chemin d’anciens amis, nous passerons sans nous arrêter, car c’est de bien autre chose que de l'antique qu'il s’agit.
Plus j'y réfléchis, moins je peux croire à une action salutaire de l'antiquité sur l'art de la Renaissance. Son influence s’exerce surtout à la décadence, au xvi c siècle : en peinture, on ne lui doit guère que des sujets mythologiques, des allégories, des décorations, le style pompéien, dont nous dirons ce que l'on peut en penser, et l’apparition du poncif, des types convenus et canoniques, tout ce qui formera plus tard l'académisfue : en sculpture, à coté des imitations et pastiches nombreux. elle incite au nu, ce qui n’est pas un progrès certain. Son action se borne là, caries maîtres de la Renaissance, et quels sont-ils après Michel- Ange? si d'intention ils s'inspirent de modèles antiques, font, malgré eux. des oeuvres de leur temps, qui en ont les qualités médiocres et les
ROME
défauts graves, en particulier celui de vouloir paraître autre chose que ce qu'elles sont.
Quant aux architectes, je sais bien qu'ils font revivre les pilastres, les colonnes, les frontons et entablements de l'architecture romaine, mais ils changent si complètement le sens traditionnel des mots qu'ils emploient qu'ils créent une espèce de jargon, dont les termes, empruntés aux styles anciens. sont unis par les règles nouvelles d'une syntaxe défectueuse. Ce jargon devra à sa formation artificielle, à son caractère mêlé et au fait qu'il n'appartient en propre ni à un sol ni à une race, de devenir le truchement en usaîre courant dans l'Kurope au xvn* siècle et de rester le médiocre langage cosmopolite de l'architecture moderne.
Trois semaines suffiront pour notre tâche présente.
Cette fois-ci nous ouvrirons les veux tout grands
sur la ville moderne. Rome, dans sa forme actuelle.
est du xvi% du xvu" et du xvuT siècle, plus les quartiers et rues bâtis depuis 1870. Je ne sais pas de capitale qui compte un plus grand nombre de bâtimentspublicsabominables! On n'y voit que des églises baroques, avec des cou pôles en champignons, des façades tourmentées, dos devantures de chapelles tordues en vagues : l'on côtoyé des palais bosselés en prisons, des fontaines où s'agitent des colosses hideux, et l'on traverse des ponts bordés de statues hystériquement contournées. Je ne
SCC LPT1'R K. XVI e SIÈCLE
pense pas qifil existe au monde une accumulation aussi considérable de choses médiocres, riches et laides et la stupéfaction ne fera que grandir à découvrir chaque jour de nouvelles horreurs architecturales, sans que jamais l'on puisse reposer ses yeux fatigués sur une œuvre tranquille et pure. El dire que c'est à partir du xvi e siècle que Home est devenue la capitale des arts! Et dire qu'on a voulu nous faire prendre les œuvres «lu xvi* et xvii e siècles pour des modèles, et que non content de les avoir imitées tant depuis deux cents ans. on prétend aujourd'hui encore nous les faire admirer!
Nous gardons ici la division adoptée pour Florence et sérions les sujets pour la haute Renaissance, comme pour le xv e siècle.