‹ Voyage médical en HaïtiChapitre 5 sur 8 · RES CRE · texte numérisé non relu

RES CRE

de caserne pour le soldat caserné. Il semble que pour être homme il doit être rhumatisant après quelques nuits à l'humidité si redoutée par le civil qui sait que l’on ne saurait braver le serein. Lorsque les troupes sont casernées, elles couchent à la belle étoile ou sous les galeries du voisinage. Lorsque les troupes sont en tournée, c'est encore à la belle étoile qu’elles couchent, sans tente. Arrivées dans une ville, elles s'installent sous les galeries avec coqs, hamacs ou pattes.

Comme il n'y a pas de cantine chacun a dans le dos une marmite et un godet.

Les exercices militaires se font en plein soleil. Les jours de grande parade, les soldats noirs et autres tombent comme des mouches. Puisqu'il en est ainsi pour les noirs et les métis, je me demande si une armée européenne ne serait pas tout à fait décimée par le soleil. Je ne sais pas pourquoi je me pose cette question, puisque c’est grâce au fameux soleil d'Haïti que le général Leclerc et les siens moururent. Dans beaucoup de pays de l'Amérique du Sud, les exercices militaires se font la nuit ou de très grand matin. Dès que le soleil darde ses rayons, l'exercice prend fin et le soldat est à l’abri en caserne. Le gouvernement haïtien devrait prendre des mesures hygiéniques dans l’intérêt-de la santé de ses enfants. J'ai vu beaucoup de noirs frappés de congestion, d'apoplexie, à la suite de ces parades où les soldats cuisent en place, au soleil. En cinq à dix miputes un ral

meurt si on l’expose en plein soleil de midi. C’est un

Le

moyen assez employé pour les tuer pendant + "ils sont dans la ratière. :

Les vêtements des soldats, en drap comme en Europe, ne sont jamais désinfectés. Encore une fois, ces vêtements sont trop lourds et trop chauds sous le climat d'Haïti. Les soldats qui crient qui-vive toute la nuit finissent par avoir des ruplures de cordes vocales, de la phtisie, de la pneumonie, de la pleurésie et du rhumatisme. Ce sont des boîtes à maladies. Tous les jours il nous arrive de causer avec quelque vieux soldat perclus qui nous raconte sa robustesse d’antan. Il arrive même que l’on prend des hommes à 6 et 8 doigts à chaque main (cas tératologiques) pour être soldats. Ces homines sont déjà assez embarrassés pour mettre les mains dans leurs poches. Ces cas tératologiques devraient être exemptés ; on prend des épileptiques au dernier degré pour le service, alors que ces hommes peuvent mettre le feu aux poudres, faire prendre les lettres dont ils sont chargés. Je crois que la crainte du ridicule

seule les empêche d’enrôler aussi les nains.

Les prisons en Haïti sont communes aux soldats, aux assassins et aux voleurs. Le: médecins ‘doivent protester contre cela car la contagion morale est indéniable dans toutes les tares livtrveuses.

RAM ET ARRe

L'on voit tous les jours des épidémies de crime, des épidémies d’hystérie, tout comme l’on voit des épidémies de variole ou de rougeole.

Pour la moindre vétille, les soldats et les phraseurs politiques se trouvent en contact avec les pires brigands. C'est tout à fait contre l’hygiène qui est le cadre de la médecine.

Comme tout le monde le sait, nous fuyons par instinct les folies et les faiblesses mentales. Je ne sais si c’est pour préparer le soldat à l’ässassinat ou pour préparer l'assassin au service militaire que l’on fait fraterniser ensemble le soldat et l'assassin.

Beaucoup de jeunes militaires deviennent des criminels en sortant de prison où ils ont appris tous les vices. Quant aux prisonniers qui sont au cachot, leur état est lamentable. Ces cachots ont pour tout plancher, la terre. Ajoutez à cela que le prisonnier est souvent aux fers.

Quand les fers sont très serrés de façon à faire gonfler le pied on les appelle fers petites-filles.

Ces cachots sont en général appelés to-bout.

To-bout signifie terminus en créole. Le prisonnier fait tous ses besoins sur place, sous lui ou dans une marmite, ce qui est un danger pour la salubrité de l'endroit. Les autres détenus qui sont dans le même cachot ont leur santé bien compromise par ce système qui ne ressemble en rien au tout-à-légoût. Quand on passe dans les cours de la prison, on aperçoit des tuyaux crevés à côté de mares de boue infecte. Cette boue pénètre dans les tuyaux et

oies

infecte l’eau de boisson de toule la ville, Ces cours et ces couloirs boueux sont appelés les épaves, du nom de ceux que l’on considère comme tels. Ces mares attirent les moustiques qui viennent y pondre. Dans ces prisons, les rats pullulent et nous donneront un de ces jours la peste, Quelquefois ils mangent les prisonniers malades, trop faibles pour les chasser. On ne fait pas l'examen psychiâtrique des prisonniers comme en Europe: Il se trouve donc dans les prisons autant de fous que de criminels conscients. Beaucoup d’entre ces fous sortent de la prison le matin, reviennent s’y coucher le soir. Quand le geôlier le tolère, cela se passe ainsi. Hélas!

À Port-au-Prince, il y a un hôpital militaire d’une trentaine de lits où ceux qui ne sont pas militaires sont également reçus. Cet hôpital est un simple rezde-chaussée, par conséquent malsain. L'intérieur en est pavé en briques non cimentées entre elles. Toutes sortes de microbes pullulent dans les fentes, dans les intervalles de ces briques. Les malades vont souvent jeter eux-mêmes aux alentours de cet hôpital, les eaux avec lesquelles ils se sont lavés et qui ne sont pas toujours antiseptiques, ni aseptiques. Aussi, beaucoup d'opérations ne réussissent pas en cetendroit. La pourriture d'hôpital a disparu

de l’Europe ; mais elle se trouve encore en Haïti. Les ulcères phagédéniques dont on nous parle ne sont pas autre chose que de la pourriture d’hôpital. En effet, j’ai vu bien des malades entrer à l'hôpital avec des plaies et en sortir avec le phagédénisme. J'en conclus que le phagédénisme a été pris à l’hôpital.

Vare, legiones redde ! C'est à la malaria que nous devons ce cri du cœur de l'Empereur Auguste. Autrefois les moustiques pullulaient dans les mares des forêts humides de la Germanie. Les pays froids ne sont pas toujours à l’abri du paludisme qui se déclare dès que les rigueurs de l’hiver ont fait place à l’été. Ce sont les travaux d’assainissement qui ont chassé le paludisme des pays froids de l’Europe. La malaria est encore un fléau pour l'Italie, la Sologne, le Midi, l'Espagne et le Caucase. Sur l’Adige Napoléon sut employer le concours de cette maladie pour exterminer ses ennemis. La malaria, le mauvais air est encore plus terrible aux Antilles où elle est endémique et épidémique. Dans la plupart des cas, pour contracter la malaria il faut avoir été piqué par les maringouins (anophèles et culex). Les auteurs les plus autorisés disent qu'il faut que cet insecte ait piqué auparavant un malarien, pour qu’il répande

Ewald 3

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