‹ Voyage médical en HaïtiChapitre 6 sur 8 · ER · texte numérisé non relu

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la maladie. Cela ne doit pas toujours cependant se passer ainsi. Où le premier malarien a-t-il contracté la maladie? Comme personne ne peut répondre à la question d’une facon catégorique, il est permisà tout médecin de faire des hypothèses logiques qui ne contrarient en rien la grande part de lhématozoaire après piqûre d'un impaludé par l’anophèle. Pour ma part, je crois que l’on peut contracter la malaria par le moustique mais aussi par les poussières et par les bains dans les eaux stagnantes, par des bains à l'embouchure des rivières et le long des rivages saumätres. J'ai des raisons pour le croire. Je connais beaucoup de blancs qui piqués en ville par les maringouins n’ont pas eu la malaria, tandis que d’autres l’ont eue. A ceux qui pendant très longtemps ont résisté à la piqûre, aux nombreuses piqûres de l'insecte, il à suffi d’une promenade à la poussière, d’un bain dans des eaux douteuses pour qu'unc malaria grave se déclarât. En général le malade qui attrape la malaria ainsi, l’attrape à la campagne au milieu des bois après avoir soulevé les poussières de Fa route par les sabots de son cheval. Ajoutez à cela qu’une légère insolation semble préparer le terrain.

On ne peut dire devant ces cas probants que le moustique est l'unique danger.

Jamais aucune piqüre de maringouin ne donne des cas aussi foudroyants de malaria. Maïs comme je l'ai dit, beaucoup d’autres personnes ont la malaria en ville, sansse surmener ; maïs cette malaria n’a pas la gravité des malarias prises extra muros. La

malaria prise en ville est l’œuvre du maringouin, iln'y a pas à le nier puisque des recherches ont prouvé le rôle de l’hématozoaire de Laveran. D’autres personnes accusent la punaise. Le maringouin selon moi est le seul coupable dans les cas de malaria prise en ville. Je suis en ce cas d'accord avec les publications médicales les plus autorisées. J’ai constaté, en effet, que pour une ou deux piqûres de punaises, il y a une proportion de einquantle, soixante ou soixante-dix piqûres de maringouins. En Haïti où les moustiquaires ne sont plus employées, il n'y a rien d’étonnant à ce que la malaria décime les noirs, les jaunes et les blancs. Le dard du moustique fait fonction de seringue hypodermique, plutôt intradermique. Le moustique nous inocule lamaladie que nous pouvons aussi bien prendre par les voies aériennes ou digestives pour peu qu'il y ait une solution de continuité. Les maringouins qui ont barboté dans des eaux pourries.nous donnent ces formes de malaria qui sont à peu près de la fièvre typhoïde. Les vieux praticiens du pays l’appellent typho-malarienne.

Il y a peut-être symbiose de ces deux maladies ? Personne ne peut encore aflirmer que c’est de la fièvre typhoïde à forme malarienne. Si la chose vient à être démontrée, le moustique sera encore plus craint de par son rôle de propagateur de la fièvre typhoïde, tout comme on le redoute pour son rôle à peu près certain dans la propagation de la lèpre.

J'ai même entendu dire que le moustique pou-

vait transporter Ja syphilis. I n’y aurait rien de sur-

= 40 pis

prenant si le fait venait un jour à être démontré.

Une malaria bénigne peut devenir parfois grave chez un malade dont le sang est infecté par une nourriture faisandée et des maladies graves antérieures. C’est pour cela que beaucoup de cas de malaria bénins pour l’Haïtien sont graves pour l’'Européen mangeur de fromages en marche et de gibier grouillant. La malaria sévit à l’époque des pluies où les flaques d'eau sont remplies de feuilles en pourriture et d'insectes morts. La malaria sévit aussi en quantilé quand le vent du sud-ouest souffle fort et nous apporte de la poussière en quantité. Les germes de la maladie viennent-ils alors ensemencer nos eaux en nous arrivant de l'Amérique du Sud ou bien sontce les germes de notre propre pays que le vent du sud nous apporte en trop grande quantité ? C’est alors l’époque des épidémies. Pour le moment, personne n’a résolu la question d’une façon définitive. La malaria n’épargne personne. Toutes les races lui payent un tribut plus ou moins considérable. Le noir et le mélis lui résistent mieux. Je crois que cela üient aux attaques antérieures, à l’époque de leur enfance. Cela tient aussi à leur genre de vie et à leur sobriété. En Haïti, tout le monde sait qu'il y a encore une autre source où nous puisons la fièvre. Ce que je vais dire est d'observation personnelle, conforme aux croyances des campagnards. Nous attrapons la fièvre en mangeant certains fruits du pays : mangos et autres anacardiacées, monbins, cirouelles et autres spondias qui sont remplis de larves d’insec-

tes, larves de culicidés entre autres. Les cirouelles ne sont pas des prunes comme leur nom d’origine espagnole pourrait le faire croire. Je ne m’appuierai pas plus longtemps sur la question qui est cependant intéressante, parce que je ne saurais affirmer que ces fièvres de fruits sont la malaria. Beaucoup d'Européens à l'époque des sluies redoutent de manger les poissons pris près du rivage qui est à ce moment envahi par toutes les saletés entraînées par les eaux.

D'autre part, je tiens à dire que les jeunes Haïtiens souffrent souvent à l’époque dela puberté, de mammites, d’orchites et de coliques spermatiques dues aux attaques de la malaria pendant l'enfance. Ces maladies sont bénignes et se passent après [a croiésance, sauf chez quelques-uns. Contre la malaria, nous employons le quinquina, la quinine, le repos au Jit dans une chambre sèche, les affusions fraiches d’eau sédative diluée, sur la tête à l'aide d’une éponge. Le malade absorbe des boissons fraîches acidulées au cilron et à l’orange. A la place de quinine les habitants pauvres prennent des feuillages amers du pays entre autres une plante grimpante appelée assoroci dont on fait des infusions. La quinquina pousse en Haïti. Comme on ne l'a pas toujours sous la main on donne la préférence à d’autres amers.

Mais rien ne vaut la quinine administrée six heures avant l’accès de fièvre.

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La fièvre jaune est la maladie redoutée par l'Euro: péen aux Antilles. L'Américain qui est encorc reslé Européen, puisqu'il ne s’est pas mélangé aux races colorées, est aussi la proie de la fièvre jaune. Le mot blanc en Haïti est réservé aux hommes venani d'Europe car beaucoup d'Haïliens ont la peau blanche tout en n'étant pas de races blanches pures.Comme pour la malaria, je pense que l'Européen doit sa fragilité en grande partie à ses excès. L'Europcenne dttrape aussi la fièvre jaune, mais beaucoup moins parce que la femme, en général, est sobre.

Je sais bien que l'on pourra citer plusieurs blanches d'Europe qui ont eu la fièvre jaune. Mais elles n’ont eu la maladie qu’en prolongeant de trop leurs soins auprès de leur fils, de leur mari ou de leur père malades de fièvre jaune.

On peut dire en ce cas que ce sont elles-mêmes qui ont voulu de la maladie par amour du malade. Une femme blanche bien réglée, sobre, n’a pas à craindre la fièvre jaune dans un milieu haïtien, tandis que le blanc peut être atteint même alors. qu'il vit au milieu d'Haïliens, ce qui n’est qu'un leurre puisqu'il va chercher la maladie chez ses compatriotes habitant le pays. é

Cependant la maladie est, malgré tout, plus rare

.chez le blane vivant parmi des Haïtiens, Cela tient au milieu ambiant où aucun individu n’a de fièvre jaune qui puisse être communiquée au blanc par le moustique. Dès qu’un blanc ala fièvre jaune, tousles autres blancs se sauvent parce que ce mal est presque toujours sans pitié lorsqu'il éclate au milieu de blancs isolés de tout milieu haïtien. C'est alors que l’on s'adresse aux noirs et aux métis qui seuls peuvent braver sans crainte ce mal qui n’a pas prise ‘ur eux. Ceux qui payent le plus lourd tribut à la fièvre jaune sont donc les blancs qui vivent en communauté : frères chrétiens, Syriens et Levantins. J'ai cru avoir observé cependant que, pendant et après les épidémies de fièvre jaune, les Haïtiens avaient aussi une fièvre très grave appelée pernicieuse qui n'est cependant pas le vomito negro. Il est vrai que lé terrain changeant, la maladie peut évoluer autrement. Pour ma part, je crois que la fièvre jaune est une variété de malaria compliquée de gangrène par suite d'un terrain septique et par une symbiose quelconque. Nous sommes forcés d'admettre que les globules du blanc éclatent plus facilement, ce qui permet aux saprophytes d'achever l'œuvre commencée par l'agent de la fièvre jaune.

Cette gangrène suivie de vomito negro n’est donc que la suite d’un purpura septique des voies digestives.

L'hémorragie peut se faire aussi bien dans d’autres organes. L'odeur forte du noir et du métis prouve que son sang renferme une substance antiseptique

contre la fièvre jaune. Je sais que les Juifs, les roux et certains autres Européens ont aussi une odeur forte, spéciale, qui n’est pas celle des races noires. Ces blancs à odeur très désagréable, ayant la fièvre jaune, me font penser que cette odeur prouve que leur sang renferme des substances qui leur permettent probablement de résister à d'autres maladies. Comme pour la malaria, il est permis de comprendre que le premier individu qui l’attrape à chaque épidémie ne l’a pas eue d’un autre. Cela n'empêche pas ultérieurement le rôle du moustique qui n’est qu'un commis-voyageur de plus ; dans tous les cas c’est celui dont le rôle est indéniable, par ces températures de 28 à 30 degrés. En effet, Haïti est dans la région du Stegomya. Le professeur Chantemesse a démontré que les épidémies se propagent par le . Stegomya. Son rôle est indéniable. Mais il semble prouvé aussi que d’autres moustiques peuvent propager la fièvre jaune.

Pour ma part, je crois que c’est la bigaye d'Haïti qui inocule la fièvre jaune en Haïti. Le stegomya et autres maringouins propagent l'épidémie. Le mieux esl encore de trouver des exemples pour mieux persuader. Je connais des Européens qui n’ont jamais eu de malaria bien qu'ils soient dévorés toutes les nuits par les moustiques, parce qu'ils dorment sans moustiquaires. Cette idiosyncrasie leur permet d'agir comme s'ils étaient des Haïtiens. Ils oublient donc la fièvre jaune ou bien ils se pensent plus forts qu’elle. Puis un jour après promenades au soleil à la cam-

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pagne, ils reviennent en ville malades, Mon propre beau-frère, Parisien, est au nombre de ces Européens qui résistent à la malaria ou chez qui la malaria est tout à fait bénigne comme chez la plupart des Haïtiens. Il passait souvent la journée à Bizoton, endroit bas et marécageux à cause de l'embouchure et de la proximité du rivage et des rivières. Il revint en ville pour se jeter au lit ; la face était vultueuse, les yeux brillants. Il avait le fameux coup de barre à la nuque et le rachis brisé par la fatigue. Le Dr Guignard, un des hommes les plus expérimentés en la matière, diagnostiqua fièvre jaune.

(Personne ne peut contester son expérience.) Mon beau-frère avait été rendre sa visite habituelle des Européens à Bizoton. Mais personne d’entre eux n'était malade. Je suis donc bien forcé d'admettre que la bigaye est la seule coupable dans linoculation de cette maladie.

La bigaye en effet pulluie en ces endroits humides où pourrissent les détritus de végétaux. Ce culicidé, sorte de cousin, est plus petit que le maringouin. Mais sa piqûre est plus terrible. Les Syriens qui vont à la plaineet qui vivent le long des côtes sont piqués de cette facon. Par un traitement énergique, mon beau-frère guérit et n’eut pas le vomito. Les Syriens, au contraire, les frères chrétiens et ceux qui ne vivent pas au milieu d'Haïliens échappent rarement au vomilo. Il est alors souvent trop tard pour les sauver. Je ne sais si la bigaye est déjà classée sous des noms latins ou grecs de genre et d'espèce. Dans

tous les cas, il faut que l'Haïtien prenne garde à ces noms latins et grecs de genre et d’espèce afin de savoir s'ils correspondent à la bigaye haïtienne. La description a donc une très grande importance en la matière. Beaucoup de gens décrivent l’ortolan d'Haïti avec le nom latin de l’ortolan d'Europe avant d’avoir lu la description de lortolan d'Europe.

L'ortolan d'Haïti, qui est un colombidé, n’est pas pareil à l’ortolan d'Europe qui est un passereau. Le rossignol d'Haïti n’est pas non plus le rossignol d'Europe. L’abricot d'Haïti n’est pas l’abricot d'Europe. La maladie appelée cocobé dans certaines colonies n’est pas le cocobé haïtien. En Haïti, la bigaye est connue, il n’y a pas à se tromper. La bigaye d'Haïti aime les embouchures où sont charriés tous les détritus: Elle aime les rivages qui avoisinent les embouchures. Elle aime les endroits marécageux où les plantes sont putréfiées. C’est donc la bigaye qui inocule en injection intradermique la fièvre jaune. Une fois la maladie en ville, où la bigaye est très rare, le stégomya et les autres maringouins propagent la maladie. Rappelons-nous que le stegomya vit.dans les pays de 28 à 30 degrés dont les régions sont déjà fixées par le professeur Chantemesse.

Mon beau-frère avait cértainement eu la fièvre jaune. Les symptômes étaient nets. Un traitement énergique fit avorter la maladie : la rachialgie, le coup de barre à la nuque, la face vultueuse, les yeux brillants, la prostration disparurent en quelques

jours. La maladie était domptée avant le vomito negro.

Les conjonctives seules avaient eu le temps de jaunir. Les autres cas de fièvres jaunes prises ainsi, et que je connais, aboutirent à la mort, car les malades avaient refusé le traitement créole.

Pour vivre aux Antilles, il faut que le blanc se négrifie un peu, car les octavons-et les quarterons, aussi bien que les mulâtres, sont immunisés contre la fièvre jaune. Naïître aux Antilles ne suflit pas. Les blancs nés aux Antilles ont la fièvre jaune. Le nègre africain, le mulâtre africain, le nègre créole et autres mélanges colorés créoles résistent à la fièvre jaune. Que faire dans un cas de fièvre jaune? Il faut aussitôt donner de la quinine, au moins cinquante centigrammes. Il faut se presser. Il est inutile de donner de la quinine après le vomito negro. C’est pour cela qu'il faut donner tout de suite de la quinine, sans tuer le malade de quinine. Une demiheure après la quinine, il faut purger le malade à l'huile de ricin.

Après effet, il faut administrer un thé chaud, aux feuilles d’orangers surtout. Il faudra donner encore: deux ou trois tasses de thé chaud afin d’exciter la diaphorèse qui ne tardera pas à avoir lieu sous des couvertures chaudes. Dès que les sueurs profuses se seront déclarées et que l’on aura séché la peau à la serviette sèche, il faudra changer de draps. Après effet du purgatif, il faut encore donner un peu de quinine, cinquante centigrammes. Après le change-

ment de draps, il faut commencer les lavages frais de la tête à l’eau sédative ou au vinaigre aromatique étendus d’eau bien fraiche. Si l’on est à la campagne, on peut mettre sur la tête du malade de la pulpe de calebasse ou d’autres fruits, à cause de leur fraîcheur. On peut faire à n'importe quel moment, des frictions à l’alcool camphré le long du rachis.

Après les sudations et frictions sèches, il faut donñer des boissons fraîches acidulées au jus d'orange ou de citron. Quelquesjours après, à la tombée de la fièvre, on donnera au malade des diurétiques et des bains tièdes aux feuilles aromatiques du pays ou autres aromates de pharmacie.

Il faut bien prendre garde aux courants d'air si dangereux en Haïti après le bain tiède. C’est là ce que l’on appelle le traitement créole qui réussit si souvent lorsque le malade est entre les mains des gens expérimentés du pays.

De cette façon, avec peu de quinine on guérit le malade ; car une fois les eschares du vomilo établies, la quinine est plutôt funeste. Il faut surtout éviter les commères avec leurs conversalions intempestives qui gênent le malade et troublent son repos. Comme premier conseil, je dirai à l’Européen arrivant aux Antilles qu'il peut se promener de cinq heures du matin à six heures du soir, tout en évitant le soleil pendant ces heures de promenade. Il doit se passer de camembert, de brie au ver, de saucisses charognées. Il ne doit Pas non plus manger d'afiba baïlien. Qu'il laisse aux climats froids le roquefort et

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La fièvre jaune ne sévit pas toujours dans l’île. Elle fait son apparition tous les dix ans à peu près, malgré les visites sanitaires à bord des navires ; la maladie est parfois importée, parfois exportée.

Comme il y a exception en tout, je vais citer ici un cas à noter. Je recherchais depuis longtemps un cas de métis authentique atteint de fièvre jaune authentique. Ce métis est un octavon qui est venu en Europe à l’âge d’un an. Ilest né en Haïli où il n’est jamais retourné. Un octavon est un blanc, sauf devant la fièvre jaune qui l’épargne. Celui dont je parle attrapa la fièvre jaune en Afrique au service - de la France, pendant une épidémie au Dahomey. Sur dix malades, il fut le seul épargné par la mort. Cependant il fit une fièvre jaune grave avec vomito et hémorragies de toutes parts. J’attribue sa guérison au métissage. C’est le seul exemple d’octavon alteint par la fièvre jaune,que je connaisse.

D'’aucuns accusent les Caraïbes d’avoir communiqué la syphilis aux Européens, lors de la découverte de l'Amérique par Cristoforo Colombo. Cependant les premières croisades ont eu lieu avant la découverte de l'Amérique. Je ne saurais trop défen-

dre le Peau-Rouge cependant,attendu que la syphilis est une maladie de toutes les races. On a trouvé des traces de syphilis sur les crânes des hommes primitifs. Qui sait si un jour le squelette de l’anthropopithèque erectus ne nous présentera pas des traces de syphilis. En lisant la Bible, on devine que Moïse connaissait ce mal. Mahammed ne l’ignorait pas. Les prescriplions hygiéniques introduites dans la religion par ces docteurs-papes font bien voir qu’ils savaient lui résister dans une certaine mesure. En se contentant de lire Juvénal, on comprend qu’une syphilis atténuée existait chez les Romains. Beaucoup de ceux qui accusent l’Indien des Indes occidentales d’avoir communiqué la syphilis à l’Europe se basent sur le fait que le Peau-Rouge fumait constamment la cohiba ou pétun,ou tabac afin de s’antiseptiser la bouche et la préserver des plaques muqueuses.

Qui nous dit que c’étaient des plaques muqueuses que les Caraïbes avaient dans la bouche. Qui nous dit que ce n'étaient pas des mycoses, telles qu'il s’en trouve encore dans des bouches malpropres de certaines Antilles. Le Père Charlevoix nous dit en effet que les Caraïbes avaient de vilaines dents et une . vilaine bouche.

Ces peuples n'étaient donc pas aussi beaux que nous le disent d’autres auteurs. Qui croire ? Le naturel se servait encore du tabac sous forme de poudre pour les narines. Doit-on mettre toutes ces pratiques sur le compte de la syphilis ? La syphilis, à mon avis, a été importée en Amérique par les conquérants

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après qu'ils l’eurent prise de l’Asie, héritage que leur léguèrent les Croisés. Il est un fait certain, c’est qu’à un moment donné, la maladie fut bel et bien constatée aux Antilles. Dans les extraits du Père Charlevoix sur « l'histoire espagnole de l'Isle de Saint-Domingue MDCCXXX » on trouve cette phrase : « Les Insulaires guérissaient ce mal ou du moins y apportaient beaucoup de soulagement avec le bois de gayac ; mais il revenait d’abord et l'expérience a fait voir que pour le guérir radicalement il y faut employer le mercure et les sueurs les plus violentes. » Ici iln’y a plus de doute : c’est la syphilis qui ne guérit que par le mercure. Les autres remèdes peuvent venir en aide au médicament de Fracastor, il n’y a pas à le nier. Mais le syphilitique doit savoir que sans mercure il n’y a pas de salut. Actuellement, il existe en Haïti une maladie appelée boussarole. Sont-ce des syphilides, puisqu'elle guérit par des frictions au mercure ? Ne serait-ce pas la leucomélanodermie syphilitique (lèpre kabyle).

Cette maladie n’existant que dans certaines régions d'Haïti, mérite d’être étudiée avec soin. Il faut bien s'assurer qu’elle n’est pas due à un parasite de la peau. Les médecins haïtiens l’appellent dermomélanophagie et s’en occupent en ce moment. Il faut bien savoir si cette dermomélanophagie n’est pas La leucomélanodermiesyphilitique (lèpre kabyle). qui dépigmente les hommes bronzés ou colorés. Dans tous les eas, la syphilis en Haïti estune maladie très commune

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et très bénigne mais pas toujours très bénigne. En Haïti presque tout le monde a eu son petit chancre (chancre induré).

Quelques-uns se soignent comme les Caraïbes avec du gayac, avec des feuillages, d’autres à l’iodure de potassium. c

Mais ils sont vite forcés de recourir au mercure qui est l'unique remède jusqu'à présent. L’Haïtien guérit plus vite que l’Européen avec le traitement mercuriel. Le tabes et la paralysie générales sont rares. La plupart des nez rongés que l’on voit le doivent au Cocobé; plus rarement à la syphilis.

Le lupus aussi mutile quelques nez haïtiens. La syphilis est bénigne en Haïti à cause de la vie régulière et sobre. C’est un pays où l’on se couche à neuf heures du soir parce qu'il n’y a pas d’Opéra, pas d'Opéra-Comique, pas de cirque, pas de Moulin- Rouge, pas de cafés dans le genre européen. Les cafés du pays sont plutôt des bars ou des boutiques où le client ne peut pas longtemps stationner, car ceux qui fréquentent le café sont très mal vus en Haïti. En Haïti on selève à six ou sept heures du matin, souvent plus tôt. Aussitôt on prendun bain froid. Il n'y à pas d'hiver à endurer. Le surmenage physique et moral y sont rares après le service militaire et les études classiques.

Beaucoup d’Haïtiens prennent deux ou trois bains de piscine par jour, à la campagne. Souvent ces immenses réservoirs en ciment destinés aux bains coûtent plus cher que la maison. Les bains froids

aident à la cure de la syphilis surtout chez le noir qui lui résiste bien. Beaucoup d’Haïtiens sont syphilisés de père en fils, sans être sy philitiques dans le sens rigoureux du mot. Chez eux, la loi de Proféta est vraie, Dès qu'un Haïtien a attrapé la syphilis, il se hâte de se mettre au vert à la campagne. Là il passe au régime dépuratif et sudorifique. Mais s’il ne se sert pas de mercure, le mal, seulement blanchi, revient bientôt. Il faut donc pour guérir, se traiter au mercure. Ceux qui en doutent y ont recours forcément, dès que des symptômes graves se manifestent. Ils feraient mieux d'y avoir recours tout de suite comme cela se fait en Europe.

Mais on peut assurer qu'un Haïtien bien traité guérit beaucoup plus vite que l’'Européen. La loi de Colles et la loi de Proféta sont vraies en Haïti. C’est pour cela que la maladie ne fait pas plus de ravages dans un pays où l’on ne la soigne pas assez. La loi de Colles nous dit : «la mère qui met au monde un enfant syphilitique sans avoir présenté elle-même des signes de syphilis, a acquis une immunité absolue contre l'infection syphilitique par cet enfant. » La loi de Proféta nous dit: «les enfants sains, nés de parents syphilitiques, possèdent vis-à-vis de la syphilis des parents une immunité absolue. » Beaucoup d’'Haïtiens qui avaient eu une syphilis bénigne en Haïti ont vu cette syphilis prendre des allures graves en Europe où le climat subit de grandes et brusques variations. Il vaudrait donc mieux dire : la syphilis est en général bénigne en Haïti. Il ne faut

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SF Die pas trop dire: la syphilis de l'Haïtien est bénigne, parce que la syphilis héréditaire fait des ravages dans quelques familles, ravages que l’on met sur Île compte d'autres maladies, par ignorance. En cas de mort prématurée des enfants à la moindre maladie,

à la moindre chute, il faut toujours penser à la syphilis des parents.

Les enfants qui bénéficient de la loi de Proféta peuvent, devenus adultes, attraper la syphilis. Dans ce cas, ils ne refont pas les accidents déjà subis par les parents au moment de leur naissance. Ils continuent la maladie des parents, alors qu’ils ont pris la syphilis de personnes étrangères à la famille. La plupart n’ont donc que delégers accidents, bien que l'on cite quelques cas de paralysie générale d'emblée chez ceux dont les parents allaient atteindre cette phase. Cela expliquerait les cas de paralysie générale sans cause ou par surmenage. Personne ne peut nier que quelques Haïtiens en Haïti n'aient fait de ces syphilis qui les ont conduits à la tombe. Par prudence, je crois qu'un Haïtien malade doit faire les quatre années de traitement exigés en Europe; parce que le moindre voyage en Europe peut réveiller la maladie et la faire évoluer comme en Europe, si on ne l’a pas suffisamment soignée. Que l'Haïtien ne se fie pas trop à son immunité qui n’est que relative vis-à-vis de la syphilis. Pour ma part, je connais plusieurs Haïtiens morts de syphilis. Je pourrais citer leurs noms car en Haïti il n’y a pas de loi sur le

secret professionnel, secret qui favorise la propaga-

tion des maladies. L'Haïtien avec raison d’ailleurs n’a aucun préjugé contre le syphilitique guéri, ce qui permet à ce dernier de se soigner ouvertement s’il le veut. Le secret professionnel faisant du malade un monstre, lui donne la crainte de se soigner. Il espère qu'en ne prenant pas de mercure et en ne voyant pas de docteur, il sera à l'abri des indiscrétions. Si en Haïti l'on ne se soigne pas au mercure, ce n’est pas par crainte de la divulgation, c’est par crainte du mereure qui est si souvent mal administré par les ‘incompélents. Un malade n’a pas à cacher sa maladie. Il doit chercher à guérir, voilà tout. Un syphilitique guéri est moins dangereux qu’un homme qui a la chaudepisse et qui ne se soigne pas assez longtemps. Ce dernier guérit aussi, quand ïl ne se contente pas d’un traitement rapide. Il faut donc se soi- -gner bien, voilà tout: Après cela : honni soit qui mal y pense.

Pour “viter un syphililique guéri, il ne faut pas qu'une jeune fille se marie à un homme fraichement syphilitique, qui est bien plus dangereux. J'ai vu des Haïtiens défigurés, estropiés parla syphilis. J’en connais qui ont letabes, la paralysie générale. Par contre, j'enconpais des quantités qui, après un traitement au “mereure, se portent parfaitement bien, Je tiens à dire en plus ici, que les syphilis les plus graves que j'ai observées sont de provenance étrangère. Je crois ‘donc que la syphilis haïtienne, malgré quelques cas terribles, est atténuée parce qu'elle évolue en Haïti. :-Le climat, l'hydrothérapie et le mercure surtout le

mercure, l'unique mercure, guérissent la syphilis en Haïti. Le repos nous n’avons pas besoin d'en parler parce que l'Haïtien se couche à neuf heures. Les femmes des colonies européennes sont redoultées en Haïti, même si elles sont mélisses ou noires, parce que leur syphilis ayant évolué dans d’autres conditions, est connue pour avoir donné les cas graves chez les Haïtiens. Je crois pouvoir dire aussi qu'un blanc qui prend la syphilis en Haïti d’une Haïtienne prend une syphilis atténuée. Je connais beaucoup de blancs syphilisés en Haïti qui sont revenus à une santé parfaite dans le pays sans un traitement trop terrible. Par contre, je connais des blancs qui ont la véroie rapportée d'Asie, d'Europe, de Saint- Thomas, qui sont très malades, malgré tous les soins. Le capitaine du bateau sur lequel je suis venu en. Europe voyant avec peine ses hommes descendre à terre à Saint-Thomas me disait : ce sont des hommes foutus (sic). IL avait constaté que tous ses hommes prenaient la vérole à Saint-Thomas où il y a souvent, d’autres épidémies et où le choléra sévit assez souvent parce que Saint-Thomas est la station de tous les bateaux qui vont et viennent en Europe. Qui dirait que cette ville si coquette, si jolie, est farcie de syphilis ! Je dois ajouter que les ouvrages européens donnent un tableau exact de la syphilis en Europe. Je respecte trop les savants français pour les contredire inutilement. Amicus Plato, sed magis amica peritas. Je ne sais pas pourquoi l’on considère un syphilitique comme plus avarié qu’un tuber-

culeux, qu'un cancéreux, qu’un lépreux, qu'un goutteux, qu’un diabétique ? Ce sont des préjugés. Tous les malades quels qu'ils soient sont des avariés. La syphilis bien soignée dès le début, la tuberculose bien soignée dès le début sont de légères avaries à côté de bien d’autres qui nous côtoient tous les jours. Une maison comme Saint-Lazare est de toute urgence en Haïti contre les prostituées des rues. Il y en a de plus en plus à Port-au-Prince qui devient une grande capitale. Pendant le séjour de ces prostituées dans cet établissement, il ne faut pas seulement les soigner, il faut encore leur dire avec quoi on les soigne et les dangers du non-traitement. Il faut les faire passer par un musée où on leur montre certains cas horribles de syphilis, certains cas horribles d’autres maladies. Il faut leur faire voir les cas bien traités où la personne est en tou'e santé. Il faut leur montrer les différentes phases de la guérison. Il faut savoir enseigner à se guérir.

Avant de terminer je dirai que les gencives, les lèvres, les joues des métis et desnoirs ont souvent un liseré naturel qu'il ne faut pas prendre pour le liseré plombique, ni pour le liseré qui provient souvent du traitement mercuriel ou de l’empoisonnement mer-

- curiel.

La lèpre devient fréquente en Haïti, parce que le lépreux va à l’école avec l’enfant sain. Je connais

un professeur lépreux qui a eu longtemps dans sa: classe un élève lépreux qu’il choyait à cause de son intelligence. La plupart des lépreux en Haïti sont très instruits parce qu’eux-mêmes ayant honte de leur maladie, se cachent et étudient pendant que les autres enfants se promènent et s'amusent. Cependant, beaucoup de prostituées recherchent le lépreux sadique. Ces prostituées doivent répandre le mal à travers la ville ? Bien que la chose ne soit pas prouvée, elle est probable, presque certaine. Beaucoup de parents et d’amis vivent dans une promiscuité redoutable avec les lépreux. On est si bon en Haïti que par bonté pour un lépreux on contamine soi-même et les autres. Tout le monde croit avoir du cœur en devenant lépreux et en encourageant la contagion de la lèpre. Je n’ai pas à décrire ici la lèpre en copiant des ouvrages classiques sur lesquels il n'y a rien à redire. Les deux formes de lèpre existent en Haïti. Elle y est très souvent mutilante, surtout chez les pauvres malpropres et vicieux. La lèpre est héréditaire ; mais non pas d'une façon absolue. Elle saute souvent une génération. En général, elle ne frappe pas tous les enfants d’une même famille. Il y en a toujours quelques-uns de sains. Comme la lèpre est en même temps conta-. gieuse, je pense que le nombre des enfants sains augmenterait si les parents lépreux avaient l’idée humanitaire d’éparpiller leurs enfants dès le bas-âge, dans différentes familles à la campagne. L’hérédité,

si souvent absente, ne se doublerait pas de la contagion.

Malgré cela, il y en aurait (mais de moins en moins) quelques-uns que l’hérédité frapperait car, quelques lépreux, de famille lépreuse, ont eu leur lèpre loin de leur famille. Mais, par contre, on pourrait citer beaucoup d'autres qui sont indemnes tout en étant de famille lépreuse. La nature a sa force de guérison que nous ne pouvons nier. Si cette maladie ne se répand pas plus, c’est que beaucoup de gens y sont réfractaires. S'il n’en était ainsi, toute l'ile serait déjà une colonie de lépreux. J’ai donc dit : que la lèpre est héréditaire. Mais j'ajoute que cette hérédité n’est pas constante chez tous les descendants. D’ailleurs, puisque l’hérédité commence avec l'indifférence, elle doit finir avec les soins constants et une hygiène sévère. La lèpre peut devenir de plus en plus atténuée chez les descendants si l’on éloigne toujours l’enfant sain des parents, frères et cousins lépreux. De cette façon le mal se répandra de moins en moins.

Mais on est si bon créole que l’on a la sottise de se contaminer et de contaminer les autres. La lèpre est contagieuse, tout comme elle est héréditaire. Une femme qui cohabite et qui coïte avec un lépreux finit par devenirlépreuse un jour ou l’autre. La réciproque s'adresse à l’homme aussibien. Cependant, beaucoup de cas de lèpre sont dus à un unique coït comme on l'a constaté chez des matelots descendus un seul jour

en pays lépreux.

Mais dans la majorité des cas, il semble que le lépreux doive préparer une atmosphère lépreuse à celui qu’il contamine. Il semble que les émanalions de son corps préparent le terrain. Le baciile de Hansen s'établit alors dans le terrain qui lui a élé lentement préparé par certains éléments de la sueur, de la respiration, de la salive. Les matières fécales des lépreux doivent être soigneusement détruites parce que les mouches semblent semer le bacille de Hansen sur nos aliments, de même qu'elles sèment le bacille virgule qui cause les épidémies de choléra. La contagion de la lèpre n’est pas douteuse. Elle se fait encore par le contact et par le frottement.

Il est plus que probable que nos nombreux moustiques et insectesdoivent aider à l’inoculation du mal par leur piqüreintra ou hypodermique. Tout le monde médical français peut citer les cas d'Européens sains qui ont pris la lèpre dans les colonies où il y a des lépreux. Pour ma part, je connaisun Européen qui a pris la lèpre en Haïti alors que ses parents français d'Europe, encore en Europe, sont sains. Qui sait si la lèpre ne se répand pas aussi dans la couche d'eau souterraine que nous buvons ? A la moindre érosion de nos intestins, voilà le bacille en nous.

Beaucoup d’observateurs pensent que souvent celui qui a pris la lèpre n’en a aucune manifestation apparente. La tare se présenterait ensuite dans sa descendance. Le bacille de la lèpre met plus ou moins de temps à manifester sa présence, suivant qu'il se

mt OT

trouve en tel ou tel terrain, Le traitement de la lèpre

en Haïti est celui que l’onessaye dans tousles ouvrages classiques. Certains arrivent à atténuer par ces traitements les moments terribles de la maladie. Ces remèdes joints à une propreté méticuleuse donnent un peu d'espoir. Le lépreux doit observer une hygiène sévère de la table d’où il faut proscrire tout excitant, toute nourriture échauffante ou faisandée. Les crustacés, les poissons sont bannis de la table du lépreux ainsi que l’alcool et le vin. Tant qu'il a des forces suffisantes, il doit s’abstenir de toute nourriture carnée.

D'autres Haïtiens obtiennent certains résultats par une sorte de médication homéopathique. Ils se servent comme boisson de macération de racines de ricin putréfiées. Il se peut que ce ne soit pas de l'homéopathie. Il se peut quecertains champignons, se développant dans ces macérations putréfiées, arrêtent les progrès du Hansen. Je n'ose attribuer à ce remède toutes les vertus que l’on met sur son compte. Je crois plutôt que les améliorations passagères ‘qui conduisent à l’atténuation, tiennent à l'hygiène, à la propreté du corps, à la sobriété. Beaucoup de lépreux blanchis momentanément regardent cependant ce breuvage comme leur salut.

Je n’ai pas pu suivre ces lépreux assez longtemps pour croire à leur guérison. Je crois que le remède curateur de la lèpre est encore à trouver. Je crois que des sanatoria pour lépreux seraient utiles en Haïti dans des régions où il n’y aurait ni mousti-

ques, ni mouches en trop grande quantité. Si ces sanatoria étaient créés et si la matière fécale du lépreux était aussitôt détruite, je crois que la lèpre, cette exotique,quitterait notre pays.Haïti devrait imiter la Suède qui lutte depuis longtemps contre la lèpre. Dans les pays froids en effet, pendant l'été, il y à beaucoup de mouches et de moustiques.

Je crois que la lèpre se propagera en Haïti, tant que le lépreux sera considéré comme un homme pouvant aller et venir à sa guise en dehors des sanatoria. Les pièces de monnaie pleines de crasse de marchands lépreux peuvent aussi bien répandre la maladie. Le linge du lépreux en Haïti est lavé avec celui de tout le monde. On n'a pas la précaution de lébouillanter et de le laver à part. La lèpre a été certainement importée en Haïti par les conquistadores qui l’avaient reçue des croisés, comme la syphilis. Actuellement, il y a beaucoup de lépreux en Syrie et beaucoup de Syriens qui viennent en Haïti ! Un médecin devrait être attaché à chaque consulat pour délivrer ou refuser le passeport sanitaire. Des visites sanitaires doivent être rigoureusement faites à l’arrivée de chaque navire. Aux Etats- Unis on empêche les gens atteints de trachome de débarquer. Le médecin du pays est cependant tenu au secret professionnel pour le trachomateux qu'il soigne. Pourquoi deux poids et deux mesures ? En Haïti où l’on n’est pas rigoureux pour le secret professionnel, il faut empêcher le trachome, la lèpre et les autres épidémies de débarquer.

La tuberculose ne fait pas d’épidémie en Haïti, pays du soleil, La tuberculose en Haïti se cache sous le nom de bronchite, de fluxion de poitrine, etc. Le médecin nourri dans le sérail est le seul qui ne soit pas dupe.

Combien d'Haïtiens venus en Europe sont obligés de regagner le pays pour cette cause. Cependant ils sont forts et robustes, parce que la maladie a été

jugulée à temps, sous le bon et beau soleilen ce cas. Le soleil est le spécifique de la tuberculose. 1 fait des prodiges de guérison quand la maladie a été soignée dès le début par le retour au pays. Les Haïtiens qui sont des malariens sont sujets à la tuberculose aussi bien que l'Européen affaibli en Europe

par d’autres maladies. La tuberculose prise par l'Haï-

tien est très grave s’il demeure en Europe. La maladie semble d’autant. plus virulente que le poumon

haïlien n’est pas habitué au bacille de Koch. Il n'a

aucune résistance, puisqu'il n’a pas l'habitude de la résistance.

La tuberculose existe quelquefois en Haïti, mais à l'état sporadique, chez les femmes qui ont eu irop d'enfants et chez ceux atteints de misère physiologique. Ces derniers sont rares. La tuberculose ne peut

pas se propager sous le soleil. malgré la quantité

d’Européens qui choisissent notre pays tout comme on choisit Madère où la tuberculose ne peut pas prospérer. Il y a beaucoup de tuberculeux européens qui arrivent au Haïti avec des débris de poumon et qui ont pu vivre vieux. On peut donc conclure par là que le tuberculeux expédié en Haïti est guéri à condition de rester en Haïti. Leur descendance ne présente aucun cas de tuberculose. Le tuberculeux en Haïti doit hâter sa guérison par des aliments carnés et les farineux.

On doit: cesser d'être végétarien, uniquement végétarien dès que l’on est atteint de tuberculose. La viande saignante et l'abondance de nourriture s'impose pour hâter les bons effets de la médication solaire. Dans les capitales de l'Europe, l’homme de sang africain prend une tuberculose en général grave tandis qu’il ne devient pas tuberculeux s’il habite des villes peu peuplées. II y a cependant quelques exceptions à cette règle. Comment se fait-il que dans les villages et à la campagne il n’attrape pas la tuberculose. Je crois pouvoir en conclure que lAfricain non tuberculiné, à cause du soleil qui détruit les bacilles auxquels il pourrait s’accoutumer, n’attrape la tuberculose que dans des milieux où le bacille pullule. Avec son terrain neuf il est certain d'être plus gravement atteint que l'Européen. Ce n’est donc pas le climat, mais le bacille qui tue l’Africain ou l’Haïtien. Sous le soleil le bacille est détruit ; dans les villages, à la campagne le bacille n'existe que rarement, L’'Haïtien pourra donc vivre ou dans

un pays très ensoleillé ou dans un pays où le bacille ne pullule pas par le surpeuplement. Lorsque la maladie est jugulée à temps par le retour au soleil qui tue le bacille, une guérison très prompte s’obtient par les processus étudiés dans tous les ouvrages d'anatomie pathologique qui nous expliquent les traces de la guérison. Si nous avions des instruments parfaits, nous verrions que toutes les maladies, quelles qu'elles soient, laissent des traces deleur guérison. Beaucoup d'Européens atteints comme l’Africain quittent l'Europe à temps sous prétexte de bronchite, de chaud cet froid, etc. Ils se rétablissent parfaitement en Haïti ou à Madère, La laideur de ces paradis, c’est d’être trop peuplés de malades qui, il est vrai, vont redevenir sains. Le poumon étant cica- trisé, ils feront bien de ne plus revenir en Europe, car il est difficile de préciser sur le vivant le moment de la cicatrisation définitive. Nous ne demandons pas mieux que ces malades guéris fassent souche solide chez nous, comme nous en avons des exem-

ples.

La dysenterie n'existe que rarement en Haïti et seulement à l’état sporadique. La dysenterie grave acquise dans le pays est rare ou plutôt inconnue. Les dysenteries haïtiennes ne sont que diverses for-

mes de diarrhée provenant de diverses causes : diarrhée des nourrissons, diarrhée des paludéens, diarrhée par refroidissement, etc. La dysenterie en Haïti est bénigne, due probablement à une amibe, bien que dans bien des dysenteries graves l’amibe soit incriminée aussi bien que le bacille. Au dire de plusieurs Haïtiens, cette dysenterie bénigne serait assez fréquente sur les bords de l’Artibonite à certaines époques, ainsi que dans certaines localités du pays, notamment au Petit-Goâve. L’amibe est-elle coupable ou bien est-elle intoxiquée en même temps que le patient ? En effet, on trouve souvent l’amibe dans les selles d'individus sains. Si donc le protozoaire pullule en certains cas, c’est plutôt dû à la dyscrasie du malade, dyscrasie qui rend ses humeurs intestinales un excellent milieu de culture. L’amibe n’est, pour ceux qui lenvisagent ainsi, qu’un empoisonné dans un milieu empoisonné. Il vaudrait mieux dans les cas graves croire à la nocivité du bacille, d’un bacille puisque plusieurs médecins célèbres se disputent la gloire de l'avoir trouvé. Ce n’est pas dela dysenterie bénigne que je vais parler. Je la considère comme une diarrhée spéciale, mais en tout cas incapable de faire des ravages chez mes compatriotes ou chez les Européens. Il n’en est plus de même de la dysenterie qui vient de pays avoisinants qui le reçoivent peutêtre de l’Asie par l’Isthme.

Cette dysenterie grave fait son apparition en “Haïti de temps en temps, mais elle n’est pas haïtienne. Mais il faut la connaître puisqu'elle est un

danger pour nous. Je ne peux décrire que deux cas de cette dysenterie. Je n’en connais que les caractères cliniques, car à l'époque je ne me doutais pas de la nécessité du microscope et des cultures. Néanmoins, je ne puis passer sous silence ce que j'ai remarqué, car mon avis mettra beaucoup d'Européens et d'Haïtiens en garde contre les dangers de la contamination.

Le premier cas concerne un enfant de dix ans qui fit avec sa famille un voyage à la Jamaïque. En ce pays, comme en Haïti, la dysenterie est rare. Mais cette maladie régnait à Panama pendant les essais de percement de l’isthme.

Voici comment la maladie débuta : L'enfant fut pris un soir de diarrhée. Elle augmenta le lendemain matin. Il crut d’abord à une indigestion. Mais au lieu de s’amender le mal empira. Les selles qui étaient les quelques jours suivants séro- -alimentaires devinrent muqueuses. À chaque selle ileut des épreintes et du ténesme. La maladie avait pris un caractère définitif.

La maladie dura onze mois. L'enfant, à partir du sixième mois, était déjà de retour en Haïti où il vit plusieurs médecins. Tous les remèdes de la pharmacie courante : cachou, ratanhia, calomel, ipéca, lapnin, etc., furent administrés. |

Rien n’y fit. Ces traitements inutiles fatiguèrent l'estomac, voilà tout. Les épreintes ne s’amendèrent pas. Alors la maladie changea, perdit le caractère si longtemps manifesié. Les selles devinrent muco-

Linea

sanguinolentes, parfois séro-sanguinolentes et un peu fétides. Cela indiquait des lésions avancées du gros Intestin. En plus de cela, il y eut prolapsus douloureux du rectum. Les parents ne savaient plus que faire, que donner au petit malade. Une négresse de la campagne d'Haïti conseilla alors au père du petit malade de lui donner du jus de bananier, par petites verrées prises le matin à jeun, avant le lait et la décoction de riz ou les panades. La sève de bananier s'obtenait en piquant l'arbre avec un couteau. Il valait mieux, conseillait la bonne femme, s'adresser au bananier-figuier de petite taille. Le père par prudence ne donna qu'un petit verre à liqueur de ce liquide immédiatement soutiré de l’arbre, de l’arbuste. Tous les jours l'enfant prit la dose d'un petit verre. Au bout d'une semaine, l'enfant avail déjà des selles qui annonçaient à se rétablir. Ces selles élaient assez épaisses sans être solides ; elles n'étaient plus sanglantes.

Après une quinzaine de jours, les selles étaient molles, pâteuses. De temps en temps une selle muqueuse, voilà tout.

Après trois semaines, céla allait encore mieux. Après un mois, l'enfant était guéri. Tous les jours le père avait administré la petite verrée. A présent, l’homme qui eut la maladie est en bonne santé. Il n'a jamais plus souffert des voies digestives. Le jus de bananier avait donc agi comme antiseptique et astringent puissant alors que tous les médicaments de pharmacie étaient restés inefficaces, probable-

ment pour avoir perdu leur propriété astringente et antiseptique de par la dessication.

La solution naturelle de tanin qui se trouve dans la sève de bananier est la seule à laquelle on doive avoir recours dansles cas de dysenterie grave, surtout de dysenterie chronique lorsque l’on aura échoué avec les traitements de pharmacie. Il se peut aussi que le même remède soit applicable dans les cas de diarrhée qu’il ne faut pas respecter. Il faut que mes compatriotes sachent qu'il y a des diarrhées salutaires qu'il faut respecter et contre lesquelles le jus de bananier sera trop violent. L’enfai.t dont je viens de parler aura probablement eu la maladie par l’eau où viennent tomber les poussières ou par les poussières directement, car il fouillait souvent dans des piles de fatras où se trouvaient des papiers à timbresposte venant de Panama. C’était un collectionneur acharné qui recueillait ces papiers de cabinets qui avaient échappé à la fosse, mais qui n'avaient pas échappé aux mains souillées des débarqués de Panama en train de rendre hommage à la nature. On empilait ces papiers dans la vaste cour de l’h6tel ou maison de famille, ils étaient destinés à la voirie des ruelles-lanes.

Il est plus que probable que la dysenterie est l’œuvre d’un bacille. Pour ceux qui la considèrent comme l’œuvre d’anguillules, comme dans la diarrhée de Cochinchine, je n’ai qu'à répéter la phrase de M. Milne-Edwards à propos des anguillules : « Enfin

j'ajouterai que certaines anguillules attaquent d'une Ewald 5

manière analogue les plantes : ainsi le blé niellé est du blé ordinaire altéré par la présence de parasites de ce genre que la dessication ne tue pas et que l'addition d’un peu d’eau ramène à la vie active méme après qu'ils sont restés ainsi pendant plusieurs mois dans un état de mort apparente ». Je dois ajouter que la dysenterie du jeune malade guérit pendant qu’il se trouvait à Lacoupe, endroit montagneux et frais d'Haïti où la résistance est plus considérable contre toute cachexie infectieuse, sauf peut-être contre la cachexie tuberculeuse, Contre cette dernière, il faut le soleil des campagnes en terrain plat où les variations atmosphériques sont rares. Je dois ajouter que le jeune malade ne put

prendre longtemps du lait, car cet aliment aidait,

chez lui, aux fermentations intestinales, ce qui ne faisait qu'aggraver le cas. Les panades et les purées lui convenaient mieux. Le lait est encore pour cet homme, ence moment, un véritable purgatif. L’enfant qui avait déjà les pieds bouffis est à présent un homme solide. Je soutiens que cette maladie venait de Panama avec les gens qui venaient de Panama, en état de microbisme latent à leur arrivée à la Jamaïque. Je soutiens cela parce que la même maladie vint directement en Haïti, de Panama ou Colon sans passer par d’autres pays, ni d’autres iles.

Il est probable que Panama l'avait reçue de l'Asie. Je vais donc parler de l'autre malade. Nous avons vu que le premier malade atteint à la Jamaïque vint en Haïti avec la maladie. Nous allons voir l’autre

arriver directement de Panama-Colon. En cette

circonstance, on peut réunir les deux villes. Le

malade en question s'appelle G. R. Il est mort en

due], longtemps après sa guérison. G. R. débarqua

un jour dans un état lamentable. C'était une loque

humaine. Il était allé travailler à Panama pendant le percement. Il débarqua en Haïti avec des selles

muqueuses et sanglantes, parfois séro-alimentaires,

car dans son ignorance il mangeait parfois des ali-

ments défendus en son cas.

Il incriminait l’eau sale qu'il avait été forcé de boire dans une ville entassée et encombrée de travailleurs presque tous exotiques. L’agglomération, le mauvais état sanitaire, tout contribuait à l’éclosion du mal. G. R. fut conduit à Lacoupe où il se rencontra avec l'enfant dont j'ai parlé et qui avait la même maladie: G. R. avait des épreintes et du ténesme. Il prit des remèdes àla même pharmacie. Rien ne fit pendant quelque temps. Puis, il alla de mieux en mieux et enfin il guérit. Il guérit avant le jeune malade dont j'ai parlé. Etant adulte, supportant le lait, les médicaments de pharmacie lui suflirent, aidés par l'altitude. Comme l’enfant avait été atteint avant lui, le père désolé eut seulement à ce moment recours au jus de bananier. Le cas de l'enfant était plus lent à guérir parce qu'il ne pouvait supporter le lait. Ce que nous venons de voir fait comprendre la nécessité du passeport sanitaire, s'appuyant sur l’état du malade, sur le casier sanitaire des maisons

qu'il a habitées, afin qu'on puisse le surveiller à son arrivée en Haïti.

Prenons garde aux paquebots provenant de pays contaminés. Comme Haïti est une île où il n’y a pas beaucoup de chemin de fer, le danger est sur le quai. C’est là que nous devons porter notre attention. Avec quelques lazarets et sanatoria pour les cas trop graves, nous serons lranquilles au sujet de notre santé. Cependant, il ne faut pas trop s’effrayer. Ces dysenteries graves ne font pas d’épidémie en Haïti jusqu’à présent. Le sérum antidysentérique n’est pas encore connu en Haïti, en pratique. Il serait bon de l'essayer dans les cas où par une idiosyncrasie quelconque, on serait obligé de renoncer à la sève du bananier-figuier.

XVIT

Le choléra n’existe pas en Haïti. Comme it a fait parfois son apparition à l’ile de Saint-Fhomas d’où nous arrivent beaucoup de navires, il serait bon d’y prendre garde. En Haïti il y a beaucoup de mou-

ches. Nous savons par le professeur Chantemesse

que les mouches propagent le choléra parce qu’elles

seposent surles matières fécales, puis sur les aliments

et le sucre.

Les mouches sont très friandes de sucreries. Pour certains médecins, la fièvre typhoïde non plus

“existe pas en Haïti. Pour d’autres elle existe sous la forme typho-malarique. Il serait bon que les docteurs haïtiens lussent l'ouvrage de M. Crespin, professeur à Alger : La fière typhoïde dans les pays chauds. &« Adhuc sub judice lis est. »

= La variole dévasta le pays il y a vingt-cinq ans de cela. La moitié de la population disparut. On enterrait les morts sans les mettre en bière. Les cercueils ne suflisaient pas. |

Un cimetière spécial fut créé. Depuis lors on n’a

jamais remué la terre de cecimetière parcrainte d’une nouvelle épidémie.

En Haïti, le médecin venu d'Europe entend parler souvent de bisquette tombée. Cette maladie nouvelle l’épouvante. Elle est très fréquente parmi les portefaix, les servantes et les soldats.

Cette maladie n’est qu'une simpleluxation de l’appendice xyphoïde. C’est à se demander si les races noires n’ont pas une véritable faiblesse anatomique de l’appendice xyphoïde. Cette fragilité est curieuse. Elle se manifeste chaque fois que dans un effort violent, les muscles droit de l’abdomen se contractant arrachent ou luxent l’appendice xyphoïle. On trouve la bisquette tombéesouvent aprèsles accouchements, parce qu’elle passe inaperçue au moment de la parturition. Un bon bandage et quelques jours de repos suffisent à tout remettre en place.

La carie dentaire devient plus fréquente en Haïti où elle était très rare. Cela tient aux habitudes européennes. Les noirs de la Jamaïque et de Saint-Tho-

2 74 = mas ont des dents en mauvais étut comme celles des blancs. ;

Les dents des noirs se carient lorsqu'ils prennent la nourriture européenne, à la façon européenne.

Les oreillons sont fréquents en Haïti. On leur donne le nom de mal-mouton, parce que le malade en ce moment a le facies du mouton.

Les hernies ombilicales sont fréquentes parmi les noirs de la campagne où les enfants font dès le basâge des travaux au-dessus de leurs forces. Souvent l’on voit des petits noirs tout nus dans les champs, qui ont des nombrils gros comme des citrons ou des oranges. En même temps ils ont les jambes incurvées. Ceux qui n'ont aucune notion de l'esthétique appellent ces déformations : cambrures. Ce n'est pas le rachitisme. Quand ces enfants ne porteront plus de gros fardeaux, cela ne se trouvera plus.

La rougeole, la scarlatine, la varicelle existent en Haïti.

La filariose et autres maladies des lymphatiques y sont fréquentes.

Lesinsectes venimeux causes de phlegmons, lymphangites et cancroïdes passagers pullulent en Haïti : fourmis enflammantes ou flammants, scor-

pions, scolopendres, ravets, mygales, guêpes, von.

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