‹ Voyage militaire dans l'Empire Othoman, ou, Description de ses frontières et de ses principales défenses, soit naturelles, soit artificielles, avec cinq cartes géographiques (volume 2)Chapitre 11 sur 66 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

De l'Achaïe et de l'isthme de Corinthe.

Au-delà du cap Chélonitès, la cote de la Morée se recourbe dans les terres et présente une côte basse et marécageuse , où l'on trouve d'abord le port de Chiarenza, puis le bourg de Léhêna et l'étang de Cotiki, ensuite les ruines de Counopolis, indiquées par une vieille chapelle, et enfin le ruisseau le Larissus où commence l'Achaïe et derrière lequel s'élève le cap Araxe, nommé aujourd'hui cap Papas, qui est à l'entrée Au golfe de Patras.

Le cap Araxe n'est séparé de l'île de Céphalénie que par un canal de cinq à six lieues de large ; et c'est ce qui donne à cette île autant et même plus d'importance maritime qu'à Zante, parce qu'étant plus élevée au nord, elle est au vent de toute la Morée. Céphalénie offre d'ailleurs des mouillages plus sûrs, et elle est beaucoup plus grande; mais elle est relativement moins peuplée, puisqu'on n'y compte guère que cinquante mille habitants sur une superficie de plus de cinquante lieues carrées. Ce qui donne seulement mille habitants pour chaque lieue , tandis que Zante en a plus de deux mille.

Céphalénie n'a pas cependant un sol moins fertile , et elle a des sites mieux abrités et plus variés. Son

climat est si doux que plusieurs arbres fruitiers y fleurissent deux fois l'an. Les orangers et les cédrats y croissent en plein vent, et Ton pourrait y cultiver la canne à sucre et l'indigo.

Les Céphaléniotes sont de tous les Grecs des îles Ioniennes les plus spirituels, et la nature semble avoir pris plaisir à les combler de tous ses dons; mais ils ont abusé des plus beaux dons de la nature, et par leur esprit haineux et vindicatif ils ont semé le trouble et la désolation sur une terre qui semblait destinée à être le séjour de la félicité.

Céphalénie pourrait servir, comme Zante, de point de départ et de dépôt à une armée qui voudrait envahir la Morée, et elle n'a cependant, pour se défendre elle-même, aucune fortification , à moins qu'on ne veuille donner ce nom à une vieille forteresse isolée, bâtie sur ^ une montagne voisine d'Argostoli. Il faudrait donc, pour la garantir au moins d'une invasion, armer ses côtes de batteries , et environner de quelques ouvrages Àrgostoli, sa ville principale, qui étant située à l'entrée d'une baie profonde, est le point le plus favorable à un débarquement. Argostoli pourrait être d'autant plus aisément défendue qu'elle occupe une langue de terre, dont on pourrait fermer l'isthme avec une simple redoute.

Le cap Araxe,la pointe la plus septentrionale de la Morée, est aussi accessible de Céphalénie, que le cap Chélonitès l'est de Zante; mais on n'a jamais pensé à le défendre artificiellement, parce qu'il est défendu naturellement par son escarpement même. Il faudrait y établir une simple batterie.

La côte de la Morée se recourbe au-delà du cap

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Araxe vers l'est, et forme avec la côte opposée de la Grèce un golfe profond, qui se prolonge jusqu'à l'isthme de Corinthe et qui est divisé en deux bassins , le premier, proprement nommé golfe de Patras, et l'autre golfe de Corinthe. Le golfe de Patras s'ouvre entre le cap Araxe et les bouches de l'Acheloùs, et ressemble par sa configuration à un vaste entonnoir, au fond duquel est le goulet ou détroit par où l'on entre dans le golfe de Corinthe, qui ressemble lui-même plutôt à un grand fleuve encaissé entre de hautes montagnes, qu'à un bras de mer. A l'entrée du détroit, sur la côte de la Morée est la ville de Patras, à son issue dans le golfe Corinthien, sur la côte de la Grèce, la forteresse de Lépanthe, et entre l'une et l'autre, sur les deuxpoints les plus resserrés du canal , sont les deux forts de Rhium et d'Anti - Rhium , que l'on nomme aussi forts de Lépanthe, parce qu'ils sont regardés comme deux ouvrages avancés de cette forteresse.

Le port de Patras a été comblé ; mais la rade , qui ' est devant la ville, est vaste et sûre, et elle est le refuge de tous les bâtiments qui veulent entrer dans le golfe de Corinthe et qui en sont repoussés par les vents.

La ville de Patras est située à un quart de lieue de la mer, au pied d'une colline qui est couronnée par une vieille citadelle et qui paraît être un contrefort du mont Voda, l'ancien Panachaïcon. Du pied de la colline jaillit une source, dont les eaux divisées en plusieurs canaux vont arroser les différents quartiers de la ville et se rendent ensuite dans un marais, autour duquel on voit de vieux murs en briques, dont on a pris les retraites pour les gradins d'un cirque, et qui i. s *

sont plutôt les degrés de l'ancien port, comme on peut l'inférer des anneaux de fer qui y étaient attachés. Patras est la ville la plus peuplée de la Morée : on lui donne douze à quinze mille habitants, les trois quarts Grecs, le reste Turk. Cette ville a toujours fait un grand commerce avec l'Italie, et elle est, après Zante, le plus grand marché des raisins de Corinthe.

Sur le quai , qui borde le port , était le temple de Neptune , dont on retrouve encore des vestiges et qui semblait dominer tout le golfe.

Le chemin de Gastouni à Patras se dirige au nord, traverse le Pénée à une demi-lieue de la ville; et laissant à gauche le port de Chiarenza et le bourg de Léhêna, il va par celui d'Ândravitza passer le Larissus vers sa source et le Pirus vers les ruines d'Olénus et le village de Kaminitza; d'où il conduit à Patras, en côtoyant le golfe.

Ce golfe se rétrécit à l'est de Patras et présente un canal étroit, qui paraît fermé par deux langues de sable : ce sont les deux caps de Rhium et d'Anti-Rhiutn , l'un sur la côte de la Morée, l'autre sur celle de la Grèce. Le premier, qui n'est guère qu'à deux lieues de Patras, est. presque au niveau de la mer et se recourbe comme une faux; ce qui lui fit donner des anciens le nom de Drépanum. L'autre est plus élevé , et commande le premier. Ces deux caps sont occupés chacun par un petit fort. Le fort de Rhium est un triangle flanqué de tours casematées, dont deux côtés sont baignés par la mer , tandis que le troisième est détaché de la côte par une coupure, qui lui sert de fossé; et le fort d'Anti- Rhium est un trapèze, enveloppé par la mer sur trois côtés , et défendu sur le quatrième par un fossé inondé.

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Ces deux forts n'étant séparés l'un de l'autre que de huit à neuf cents toises, croisent bien leurs feux, et doivent être regardés comme les clés du golfe Corinthien; mais ils peuvent être aisément tournés à cause du facile accès des côtes voisines. Il faudrait couvrir ces côtes de batteries.

Le golfe s'évase au-delà des deux forts, présente sur son pourtour septentrional la forteresse de Lépanthe, sur son pourtour méridional le port de Drépano et va se terminer vers l'est en deux grands enfoncements, dont l'un est l'ancien golfe d'Alcyon et l'autre proprement le golfe de Corinthe. Le golfe de Corinthe n'est donc qu'un prolongement de celui de Patras, et il ressemble par sa configuration à une vallée profonde , qui pourrait être un jour comblée , comme la été le port de Patras , si les alluvions de l'Acheloûs et de l'Événus, qui y sont amenées par le flux de la mer Ionienne, n'en étaient repoussées par le reflux du golfe Corinthien.

La côte de la Grèce , au nord du golfe , est dentelée et découpée en baies plus ou moins profondes ; mais celle de la Morée , qui est au sud , est droite et escarpée , et elle ne s'abaisse qu'à ses deux extrémités , vers Patras et vers Corinthe , où le terrain plus uni et agréablement ondulé présente des vallons fertiles en blé et des coteaux couronnés de vignes, d'oliviers et d'orangers. Le reste du littoral est une terrasse abrupte, qui se prolonge presque en ligne droite depuis le promontoire de Patras jusqu'à celui de Sicyone, et qui peut être comparée par son élévation et son escarpement à la corniche de la Ligurie. Cette terrasse s'élève par des pentes plus ou moins brusques des bords de la mer

jusqu'aux montagnes, dont la crête sépare l'Àchaïe de l'Arcadie, et elle est sillonnée par une infinité de torrents ou de petites rivières parmi lesquelles on distingue le Sélinus, le Chratys et TAsopus qui vont se jeter dans le golfe , le premier vers le bourg de Vostitza , le second vers le village d'Acrata, et le troisième vers celui de Vasilica, bâti sur l'emplacement de Sicyone.

On voyait autrefois sur cette côte douze villes plus ou moins célèbres et toutes unies entre elles par une fédération politique dont l'origine remontait aux premiers temps de la Grèce : on n'y voit plus aujourd'hui, à l'exception de Patras, que la petite ville de Vostitza et quelques misérables villages qui cultivent la vigne corinthienne. Vostitza est située sur un plateau, où l'on monte du rivage par un escalier taillé dans le roc, et paraît peuplée de deux à trois mille habitants , presque tous Grecs. Elle a une belle foptaine, ombragée par un platane, dont l'énorme envergure fait l'admiration des voyageurs.

Il paraît que Vostitza occupe l'emplacement d'Egium, une des principales villes de la fédération achéenne; mais il serait difficile d'indiquer celui des autres villes, parceque leurs ruines même ont disparu. On montre seulement celles d'Hélice au milieu des flots de la mer, et celles de Pellène, au fond de la vallée d'Avgo-Campo et au pied d'une montagne, dont le sommet aigu ressemble à la pointe d'un obélisque. C'est près de cette ville qu'on voyait autrefois un temple dédié à Bacchus où l'on célébrait tous les ans pendant la nuit une fête aux lumières , dite la Fête des Lampes.

La fédération Achéenne, qui unissait toutes ces villles, ne fut d'abord composée que des cités de l'A-

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chaïe; mais après la victoire de Mantinée, on y fit entrer toutes les cités du Péloponnèse, qui venaient d'être affranchies du joug de Sparte, et en particulier la cité nouvelle de Mégalopolis. Les autres cités de la péninsule y entrèrent successivement, les unes par intérêt, les autres par crainte ou par force. Cette fédération avait été dirigée dès l'origine contre Sparte et Athènes, qui eurent tour à tour dans la Grèce la prépondérance; mais après la bataille de Chéronée, qui la donna à la Macédoine, elle fut spécialement dirigée contre cette puissance nouvelle, et l'on y admit successivement les Lacédémoniens, les Athéniens, les Thébains et presque tous les autres peuples de la Grèce, à l'exception des Étoliens, qui formant entre eux une fédération semblable à celle . des Achéens , ne voulurent jamais entrer dans la première. Aratus, durant son prétorat, jaloux de Cléomène roi de Sparte, qui lui disputait le commandement de la fédération, et qui par ses talents et son grand caractère y avait plus de droits que lui, aima mieux que de le lui céder, le faire donner à un prince étranger, et il y appela Antigone roi de Macédoine, en lui livrant Corinthe, la clé du Péloponnèse; mais les Macédoniens qui ne voyaient dans la fédération achéenne, qu'un frein à leur ambition, n'y entrèrent que pour la dominer, sans avoir à la combattre, et les Lacédémoniens n'y restèrent qu'à regret, parce que accoutumés à dominer dans le Péloponnèse, ils ne purent jamais regarder comme leurs égaux les autres peuples de la péninsule. C'est cette réunion d'éléments aussi hétérogènes dans la même ligue, qui en prépara la ruine.

La fédération achéenne, qui depuis a servi de type à toutes les autres fédérations, même à celles des temps modernes, était une des plus belles institutions politiques*des temps anciens : elle était composée d'un conseil de députés de chaque état, qui faisait les lois, et d'un préteur qui les faisait exécuter et qui commandait l'armée fédérale; mais elle ne réglait que les rapports des divers états entre eux et, leurs relations extérieures. Chaque état avait d'ailleurs son gouvernement particulier, et ce n'était que dans sa politique extérieure, qu'il était subordonné au gouvernement fédéral; en sorte que les divers états fédérés réunissaient tous les avantages des petits états dans leur administration intérieure et tous ceux des grands dans leur administration extérieure. Cette forme de gouvernement était alors celle qui convenait le mieux à la Grèce et qui peut-être lui convient le mieux encore aujourd'hui , parce que ce pays étant très-diversifié par ses sites et par ses aspects et étant naturellement divisé en petites contrées, chaque contrée a des mœurs et des intérêts particuliers, qu'on ne peut concilier qu'avec un gouvernement local ni défendre au dehors qu'avec un gouvernement fédéral.

La fédération achéenne ne périt donc pas, comme on l'a cru , par les vices de son organisation , mais par des causes accidentelles, et surtout par l'incohérence des éléments que l'on y introduisit. Cette fédération n'aurait jamais dû perdre de vue sa destination primitive, qui était de maintenir l'équilibre entre les divers états de la Grèce et d'empêcher qu'aucun d'eux n'opprimât les autres. Il aurait donc fallu y appeler les petits états de préférence aux grands, et les Lacédé-

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moniens de préférence aux Macédoniens ; mais Aratus par jalousie contre Cléomène, y appela ceux-ci, pour en exclure les autres; et c'est ce qui prépara la dissolution de la ligue, qui privée des secours de Sparte ne put plus se défendre contre les rois de Macédoine. Si la ligue Achéenne eût constamment rallié à elle les états qui avaient perdu la prépondérance contre ceux qui l'avaient acquise et qu'elle eut successivement appelé dans son sein les Athéniens vaincus par les Lacédémoniens, les Lacédémoniens vaincus par les Thébains , les Thébains vaincus par les Macédoniens et les Macédoniens vaincus par les Romains , elle aurait couvert insensiblement toute la Grèce, et elle l'aurait peut-être sauvée du joug de Rome, si un pays aussi petit que la Grèce eût pu s'opposer aux conquêtes des Romains.

Une fédération politique ne peut exister qu'avec des états égaux entre eux , ou du moins avec des états dont l'un ne soit pas plus fort que tous les autres réunis, pareeque s'il est plus fort, il n'y a plus aucun moyen de le faire obéir au gouvernement fédéral. C'est ce qu'on n'a pas su faire de nos jours en Allemagne, oit l'Autriche seule est plus forte que tous les autres états allemands, et ce qu'on ne sut pas faire jadis dans la Grèce, où la Macédoine seule était plus forte que tous les autres états Grecs; mais ce vice ne fut pas celui de l'institution, il fut le résultat de l'ambition, ou, si l'on veut, de l'imprévoyance d'Aratus, qui en appelant mal à propos les Macédoniens dans la ligue, en écarta les Lacédémoniens , et sema la division parmi les états fédérés. Aussi quand les Romains , après avoir vaincu Carthage , parurent pour la première fois dans la Grèce ,

ils y trouvèrent la plupart des états divisés entre eux , et ils se servirent des uns pour combattre les autres, et les subjuguer tous. Ce fut Mummius, qui porta le dernier coup à la ligue Achéenne, et qui feignant d'avoir affranchi le Péloponnèse de son joug, proclama insolemment dans Gorinthe la liberté de la Grèce.

Le chemin de Patras à Sicyone et à Corinthe, qui traverse toute l'Àchaïe , côtoie le golphe Corinthien , tourne en sortant de Patras le promontoire de Rhium vers le sud, traverse le Sélinus à une demi-lieue audelà de Vostitza , le Chratys vers le village d'Acrata ; d'où en suivant la corniche taillée le long de la mer jusqu'à la vallée de Pellène, il s'élève sur les hauteurs qui environnent les ruines de Sicyone, pour descendre par le village de Vasiliça dans la vallée de l'Asopus, qui n'est plus séparée que par quelques collines basses de la plaine de Corinthe.

Toute cette route est plus ou moins mauvaise, et elle est en général peu fréquentée, parce que le trajet par eau est plus commode et même plus court, quand les vents vous permettent de doubler le cap de Sicyone.

La ville de Sicyone était située derrière ce cap , au pied de petites collines, sur une desquelles on voit encore les ruines de l'ancienne citadelle. Les autres ruines, telles que celles d'un théâtre, d'un stade et de plusieurs temples, sont dispersées dans la plaine ou sur de petites élévations, et occupent tout l'espace compris entre le village de Vasiliça et les bouches de l'Asopus. Le village de Vasiliça, qui n'a guère qu'une cinquantaine de maisons, est situé sur les bords et à l'angle d'un plateau , où l'on monte du rivage de la

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mer en une heure de temps, et d'où l'on jouit de la plus belle vue. Les ruines de Phlionte et celles d'Ornée sont à quelques lieues plus au sud vers les sources de TAsopus, les unes près du hameau d'Abanitza sur le chemin de Stymphale , et les autres près du village d'Ayos-Giorgios sur le chemin de Némée.

Sicyone était la capitale d'un petit canton nommé Sicyonie, qui n'était séparé de celui de Corinthe ou de la Corinthie proprement dite que par deux ruisseaux , dont l'un vient de Némée et l'autre de Cléones. Les montagnes s'éloignent de la mer au-delà de ces ruisseaux, et la côte devenue moins acore présente une plaine inégale et rompue, à l'extrémité de laquelle on aperçoit la montagne conique qui porte la forteresse de Corinthe et derrière cette montagne l'isthme célèbre, qui sépare le golfe Corinthien du golfe Saronique et qui termine la Morée.

L'Acropolis ou forteresse de Corinthe x est située sur une montagne escarpée de 33a toises d'élévation au-dessus du niveau de la mer : c'est un polygone oblong, assujéti à toutes les sinuosités de la montagne, flanqué de tours rondes ou carrées et fréquemment brisé par des redans tronqués. Ce polygone assis, tantôt sur le roc vif, tantôt sur des constructions pélasgiques, a i4oo toises de développement, et pré* sente successivement trois réduits, qui sont autant d'ou-

i. L'Acropolis ou TAcro - Corinthe avait suivant Strabon 3 ~ stades de hauteur perpendiculaire. De la ville à la citadelle il y avait 3o stades de chemin , et les murs de la ville réunis a. ceux de la citadelle avaient 85 stades de tour : le port Léchée était à 12 stades de la ville.

vrages distincts. Le premier de ces réduits est sur un plan inférieur aux deux autres, et renferme une source d'eau vive, nommée la fontaine du Dragon et qui est vraisemblablement celle de Pyrène. Le second, sur un plan un peu plus élevé, renferme un vieux arsenal et plusieurs groupes de maisons habitées par les Turks. Enfin le troisième, assis sur le plan le plus élevé, offre une aire nue d'où l'on découvre dans le lointain vers le nord le mont Hélicon et le mont Parnasse, vers l'est le mont Hyméte et la citadelle d'Athènes, vers l'ouest celle de Sicyone et au sud plusieurs sommités du mont Arachné, dont on ne paraît séparé que par des ravins profonds.

La ville moderne de Corinthe est bâtie sur l'emplacement de l'ancienne, au pied de la montagne qui porte la forteresse, et elle est composée de divers groupes de maisons, qui forment trois bourgs distincts, séparés les uns des autres par des terrains nus ou cultivés, et dans l'un desquels on voit encore la colonnade d'un temple d'ordre dorique, dont les* colonnes n'ont que les deux tiers de la hauteur ordinairement exigée, pour être dans de justes proportions avec leur diamètre. A une demi-lieue au nord de ces bourgs est le port Léchée sur le golfe* Corinthien, à deux lieues et demie vers l'est sur le golfe Saronique le port Cenchrée, et à une lieue un quart au nord du port Cenchrée le port Schœnus, nommé maintenant Cocosi, et qui n'est plus séparé du golfe Corinthien que par une langue de terre d'environ deux lieues : c'est le portage nommé Diolcos, par ou Ton transportait jadis Jes bateaux d'une mer à l'autre, et la partie la plus étroite de cet isthme que Pindare a com-

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paré à un pont jeté par la nature entre deux mers pour unir le Péloponnèse à la Grèce.

L'ancienne ville de Corinthe était liée d'un coté au port Léchée par deux longs murs, pareils à ceux d'Athènes , et de l'autre à la forteresse par d'autres murs, qui s'élevaient en rampant jusque sur le sommet de la montagne. On ne voit plus maintenant que les vestiges de ces murs, et l'on monte à la forteresse par une rampe sinueuse, que l'on a cherché à adoucir par • de nombreux détours.

Tout le terrain entre la ville et le port Léchée, est encombré de vieilles constructions, parmi lesquelles on distingue encore des arcades d'anciens aqueducs et d'autres fragments d'édifices publics, dont il n'est pas aisé d'indiquer la destination. Le port Léchée et le port Cenchrée, nommé aujourd'hui Kikriès, ont une douane turke; mais le port Schœnus est entièrement désert, et l'on n'y trouve plus que 'quelques cabanes de pêcheurs.

La langue de terre, qui est entre ce port et le fond du golfe Corinthien , forme la partie la plus étroite de l'isthme et ce que l'on nomme Yhexamile, parce que l'intervalle d'une mer à l'autre n'est que de six milles ou d'environ deux lieues. C'est sur ce point que Néron essaya jadis de couper l'isthme, pour confondre les deux mers; mais comme on rencontra de grands obstacles dans la dureté et l'élévation du terrain, on se borna depuis à y construire un mur, qui fut ensuite relevé ou réparé tour à tour par les Vénitiens et par les Turks, et que ceux-ci ont fini par laisser tomber. Ce mur avait douze pieds de haut sur une longueur d'environ deux lieues, et il était flanqué de cent trente-six

tours. On avait même projeté de le flanquer à ses deux: extrémités de deux forts , l'un sur le golfe Corinthien , l'autre sur le golfe Saronique, et de bâtir vers son centre une ville, couverte en avant d'un fossé plus ou moins profond, pour lequel on se serait servi de toutes les excavations faites en divers temps pour couper l'isthme. Quelques-unes de ces excavations ont plus de 4o pieds de profondeur et paraissent des fondrières creusées des mains de la nature, quoiqu'elles soient presque toutes l'ouvrage de l'art. On pourrait profiter de tous ces travaux et surtout des anciennes coupures pour former sur ce point un camp retranché, qui défendrait encore mieux l'entrée de la péninsule que la forteresse de Corinthe, qui étant trop élevée et n'ayant que des feux fichants, peut être aisément tournée ou masquée.

Le chemin de Corinthe dans la Grèce, à travers l'isthme, se dirige d'abord vers l'est, traverse une petite rivière qui tourne la citadelle; et laissant à droite \e port de Kikriès, il se détourne vers le nord et s'élève du village d'Hexamili par une pente douce, mais inégale et rocailleuse, sur le dos de l'isthme vers un lieu légèrement exhaussé où l'on voyait autrefois le temple de Neptune, et où l'on célébrait les jeux isthmiques. C'est sur ce plateau que l'on voit encore les vestiges de l'ancienne muraille qui fermait le Péloponnèse, et à quelque distance, en avant de cette muraille, le tracé du canal qui devait unir le golfe Saronique au golfe Corinthien. Là le chemin se divise en deux branches : l'une côtoie le golfe Saronique, passe au village de Canèta , près duquel sont les ruines de Cromyon , et s'élève de ce village sur les flancs d'une

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montagne taillée à pic, où le voyageur paraît comme suspendu entre la montagne et la mer, et d'où l'on descend par une pente rapide à Mégare. C'est le chemin de la corniche, d'où Sciron précipitait les passants dans les flots, et d'où il fut lui-même précipité par Thésée : on le nomme Kaki-Skala ou le mauvais chemin, et il n'est guère praticable que pour les piétons, parce qu'il est taillé sur plusieurs points dans le roc vif et soutenu par des poutres sur des abîmes.

L'autre chemin, qui forme la grande ligne de communication entre la Morée et la Grèce, s'élève directement du milieu de l'isthme sur le dos de ce groupe de monts, connus sous le nom de monts Onèens, et dont le mont Géranion paraît le plus élevé, traverse un long défilé creusé entre ces monts et débouche dans la Grèce de deux cotés, du coté de l'est dans la plaine de Mégare sur le golfe Saronique, et du côté du nord sur le golfe d'Alcyon vers le village de Psato; d'où l'on monte par celui de Vilia sur la croupe du mont Cithéron , pour descendre par le défilé des Trois Têtes au village de Rocla vers les ruines de Platée. C'est le chemin direct de la Morée en Béotie; mais tous ces chemins sont impraticables pour de l'artillerie, et une armée pourrait à chaque pas y être arrêtée par une poignée de soldats.

Corinthe est suffisamment défendue par sa citadelle; mais si on voulait la défendre par des ouvrages de campagne, il faudrait élever sur les bords de la rivière , qui se jette à l'est de la ville dans le golfe Corinthien, une première ligne de retranchements, puis une seconde sur l'isthme même en suivant

les anciennes coupures faites en divers temps, et enfin une troisième à l'entrée du défilé, creusé au pied du mont Géranion et regardé comme une des portes de la Morée. Il serait alors très-difficile à une armée, qui voudrait pénétrer dans la Morée par l'isthme de Corinthe, de forcer ces trois barrières, dont les deux premières défendraient l'entrée de la péninsule et dont la troisième couvrirait la ville même de Corinthe.

Corinthe était, comme Sicyone, la capitale d'un petit canton de l'Achaïe, qui s'étendait de l'ouest à l'est depuis la Sicyonie jusqu'à l'isthme, et du nord au sud depuis le golfe Corinthien jusqu'aux montagnes de l'Argolide. Cette dernière partie est en général trèsmontueuse, et n'était jadis connue que par les deux villes de Cléones et de Némée, situées à la tête des deux ruisseaux, qui vont se jeter l'un et l'autre dans la mer, à l'ouest de Corinthe; mais la région littorale est moins inégale et plus propre à la culture, quoiqu'elle soit en général très-mal cultivée. Les vignes, qui en couvraient les coteaux et qui ont donné leur nom au raisin de Corinthe, ont presque toutes disparu, et l'on n'y voit plus aujourd'hui que quelques champs de blé, et des bouquets clairsemés d'oliviers et de cyprès, qui répandent leur triste ombrage sur des ruines ou des tombeaux. Rfen n'est moins gai que l'aspect de la Morée, quand on y entre par l'isthme de Corinthe. +**

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