CHAPITRE VIII
Des différentes routes qui traversent la Morée.
Tel est le pourtour de La péninsule; mais pour se faire une idée de son intérieur, il faut parcourir les différentes routes qui la traversent , et qui partant de Tripolitza, comme d'un centre commun, aboutissent toutes comme autant de rayons aux. principaux points de sa circonférence.
Les principales de ces routes sont celles d'Argos et de Corinthe, la route de Sparte et de Mistra, celle de Messène et de Coron, et les routes de Gastouni, de Patras et de Sicyone.
La route de Tripolitza à Argos se dirige au nordest et se divise en deux branches : l'une, et c'est la plus méridionale, sort du plateau de l'Arcadie vers les ruines de Tégée et s'élève par le village de Sténo sur la croupe du mont Parthénius pour descendre par le Trocluos ou chemin de la roue dans le vallon du Phryxus vers le village d'Aglado-Campo ; d'où l'on va en côtoyant le flanc des montagnes, déboucher dans la plaine de Lerne vers l'échelle de Milos. On va ensuite de Milos à Nauplie, en côtoyant le fond du golfe Argolique, ou à Argos, en tournant les collines qui bordent ce golfe.
L'autre route se dirige plus au nord et sort du pla-
teau de l'Arcadie vers les ruines de Mantinée, traverse les défilés du mont Artémisius vers le village d'Agénitzi et descend avec le Charadrus dans la plaine d'Argos. Cette route est plus courte que la précédente; mais elle est plus âpre et plus difficile.
Argos est le point où se divisent les différentes routes de l'Argolide. Celle de Corinthe se dirige au nord, traverse l'Inacchus à une demi-lieue de la ville; et remontant un de ses affluents jusque vers le village de Karvathy près des ruines de My cènes, elle entre vers celui de Phiti dans les défilés du mont Trétum; d'où l'on s'élève en tournant à droite sur un plateau qui porte les ruines de Cléones; ou en tournant à gauche sur une haute vallée déserte, qui cache celles de Némée, parmi lesquelles on distingue encore la colonnade du temple de Jupiter. On descend ensuite du vallon de Némée et du plateau de Cléones avec deux cours d'eau dans la plaine de Corinthe. >
Les autres roules d'Argos se dirigent vers l'est, traversent la plaine arrosée par l'Inacchus et sortent de cette plaine vers les ruines de Tirynthe. L'une de ces routes s'élève directement par le village de Katchingri sur le dos du mont Arachné vers le bourg de Ligourio; d'où l'on descend sur le golfe Saronique par un ravin profond au bourg de Piadé, ou par le village de Péri et le vallon des bains d'Esculape au village de Pidavra, l'ancienne Épidaure. L'autre route, qui se dirige plus au sud, conduit à Nauplie; et tournant le fort Palamide, elle va par les villages de Drépano, de Fournos et de Didymi, le long du golfe Argolique, à Castri, l'ancienne Hermione.
La route de Tripolitza à Mistra se dirige au sud et
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sort du plateau de l'Arcadie vers les sources de l'Alphée, où elle se divise en deux branches : l'une traverse le mont Chelmos au défilé de Klissoura et descend avec les eaux de l'Œnus dans la vallée de Sellasie : l'autre, qui se dirige plus à l'ouest, traverse les défilés du mont Cronius et descend avec les eaux de l'Eurotas dans une autre vallée où l'on voit les ruines de Belmine, près d'un village nommé Bouraïkos; et d'où, en côtoyant l'Eurotas sur sa rive droite, l'on descend par le village d'Agrapoulo aux ruines de Pellane, et des ruines de Pellane par les villages de Péri vol ia, de Chorititza et de Papioti, à celles de Sparte.
La route de Sellasie est plus courte que celle de Belmine ; mais elle est plus difficile : la montée et la descente sont également rapides : on circule dans des sentiers tortueux, où l'on ne découvre aucune trace de verdure, et l'on se croirait transporté aux extrémités du monde, si l'on ne retrouvait dans le vallon, où l'on débouche, tous les végétaux de la Grèce. L'olivier, le figuier et la vigne reparaissent sur les coteaux, et Ton aperçoit dans les bas- fonds des châtaigniers, des noyers, des mûriers et quelques prairies. Au fond du vallon coule un ruisseau qui paraît être le Gorgile, et qui va s'unir à l'Œnus, en avant de Sellasie, dans un défilé resserre entre deux montagnes connues des anciens, l'une sous le nom de mont Olympe, l'autre sous celui de mont Eva. C'est au pied de ces montagnes et vers le confluent des deux rivières, que se donna une des batailles les plus mémorables de l'antiquité entre les Lacédémoniens commandés par leur roi Cléotnène et les Macédoniens
unis aux troupes de la fédération achéenne* sous la conduite d'Àntigone Doson. L'armée lacédémonienne n'était que de vingt mille hommes, tandis que l'armée confédérée en avait au moins vingt-huit mille, parmi lesquels on comptait dix mille phalangites macédoniens, trois mille hoplites achéens, deux mille Thé* bains, et mille Mégalopolitains. Cléomène avec une armée aussi inférieure n'atait pas cru devoir tenir la campagne devant les alliés, et il s'était retiré dans la Laconie, dont il gardait toutes les avenues; mais présumant qu'Àntigone, maître d'Argos et de Tégée, viendrait à lui par le défilé de Sellasie, il était verni l'attendre sous cette ville, et il s'était retranché à l'issue du défilé, sa droite appuyée au mont Eva, sa gauche au mont Olympe, et sa cavalerie au centre, sur les deux rives de l'OEnus1. Antigone trouvant l'armée lacé-, démonienne ainsi retranchée, n'osa pas d'abord l'attaquer : il s'arrêta sur le Gorgile, et se couvrant de ce
î. La disposition de Cléomène fat vicieuse. Il est presque toujours dangereux de placer la cavalerie au centre de la ligne de bataille, parce qu'une ligne de bataille n'a de solidité que par la liaison de ses parties entre elles. Or la cavalerie placée au centre d'une ligne de bataille ne peut jamais bien lier deux aîles d'infanterie, parce que la cavalerie seule ne peut guère résister à une attaque combinée de différentes armes, et que si elle cède le terrain , elle laissé les deux ailes isolées en proie aux attaques de l'ennemi : c'est ce qui arriva jadis à Sellasie, et c'est ce qui est arrivé dans des temps voisins du nôtre à Hochtèd , où Mariboroug força le centre de la ligne française, formé de la cavalerie. On a dit que Tallard exécuta mal sa disposition , parce qu'il avait la vue courte; mais cette disposition était mauvaise, et il n'aurait pas pu la corriger dans la chaleur de l'action , quand même il eût eu des yeux d'aigle.
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ruisseau, il ta ta pendant plusieurs jours l'armée ennemie sur divers points; mais voyant qu'il ne pouvait pénétrer sur aucun , et le terrain ne lui permettant pas de déployer sa phalange de front, il la ploya en deux, et tomba avec tout le poids de sa phalange ainsi doublée, d'abord sur la cavalerie et ensuite sur la phalange lacédémonienne, qu'il enfonça. Philopœmen , à la tête d'un escadron de la cavalerie achéenne , fit de luimême dans un moment décisif une charge brillante contre la cavalerie ennemie, et fraya ainsi la victoire à la phalange macédonienne. Àusài dit-on qu'Àfltigone ayant fait appeler , après l'action, le général de la cavalerie et lui ayant demandé pourquoi il avait chargé sans son ordre i ce général lui répondit, pour s'excuser, que ce n'était pas lui, mais un jeune cavalier mégalopolitain, qu'il n'osait nommer, de peur de le compromettre. « Ce jeune homme, repartit Antigone, s'est conduit en grand capitaine, et vous, général, vous vous êtes conduit en jeune homme. »
Cette victoire porta un coup mortel à la puissance lacédémonienne ; mais elle affaiblit en même temps la fédération achéenne et prépara la ruine de la Grèce.
La ville de Sellasie, qui était sur k rive droite de l'Œnus, a une petite distance du champ de bataille, a entièrement disparu, et on a de la peine à reconnaître la place qu'elle occupa. La route descend de Sellasie à Mistra en côtoyant l'Œnus, qui va se jeter -dans l'Eurotas au r dessus des ruines de Sparte; et après avoir traversé le fleuve sur un pont de pierres, elle conduit à Mistra à travers les petites collines qui bordent de ce coté la vallée de l'Eurotas.
La route de Belmine est plus longue, et elle fait
autour du mont Cronius de longs circuits; mais elle débouche dans la vallée de l'Eurotas par le canton le mieux arrosé de la Laconie. De tous côtés jaillissent des sources d'eau vive , qui viennent en serpentant grossir le fleuve. La forteresse de Belmine, située vers le confluent de toutes ces eaux à l'issue des défilés de l'Àrcadie, était comme la clé de la Laconie; mais il n'en reste plus que des ruines, ainsi que de celle de Pellane, située sur la rive droite de l'Eurotas, à quelques lieues plus bas; et l'on descend maintenant des ruines de Belmine à celles de Pellane et des ruines de Pellane à celles de Sparte, en côtoyant la rive droite du fleuve jusqu'au-dessous du village de Papioti vers le groupe des collines, qui environnent à l'est et au nord la plaine de Mistra. C'est au pied de l'une de ces collines, à une lieue un quart au nord des ruines de Sparte, que l'on voyait autrefois le temple de Diane Mysienne, et près de ce temple une statue de la Pudeur, offrande d'Icarius, roi de Lacédémone. Ce prince, après avoir marié à Ulysse sa fille Pénélope, voulait la retenir auprès de lui au moment de son départ pour Ithaque; et l'ayant accompagnée sur la route de l'Àrcadie jusqu'au temple de Diane , il lui demandait si elle n'aimait pas mieux retourner avec lui à Lacédémone que de suivre Ulysse à Ithaque. Pénélope, se couvrant alors le visage de son voile , ne répondit rien : ce qui fit comprendre à Icarius qu'elle préférait de suivre son mari plutôt que de retourner avec son père. Voilà pourquoi Icarius fit ériger en ce lieu une statue à la Pudeur. On va de ce lieu à Mistra à travers les petites collines qui bordent au nord la plaine de Sparte.
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Mistra, communique avec Monemvasie ou Malvoisie par un chemin qui se dirige au sud-est, et qui traversant l'Eurotas sous Amyclée s'élève par le village de Zizina et par celui d'Ayos-Paulo ou de Saint-Paul sur la crête du mont Zarex vers le hameau de Cosmopolis; d'où il descend sur le littoral de Monemvasie par le village de Marios et par celui d'Hièraki, bâti sur l'emplacement de Géronthres. C'est sur ce littoral que l'on recueillait autrefois ces vins liquoreux, qui ont fait donner à tous ceux de la même espèce le nom de vins de Malvoisie.
Un autre chemin conduit de Mistra au fond du golfe Laconique en se dirigeant directement au sud et en côtoyant l'Eurotas sur sa rive droite jusque vers le bourg de Bardçumia, habité par une peuplade de Turks armigères; d'où il descend sur le golfe Laconique vers les ruines d'Hélos ou vers celles de Gythium : c'est l'ancienne route commerciale de Sparte, aujourd'hui peu fréquentée, parce qu'elle est souvent infestée par les Bardouniotes. Ce chemin sort de la plaine de Mistra vers les ruines d' Amyclée; et longeant l'Eurotas sur sa rive droite, il va par les villages de Kodina, Baphia, Lefka, Phivika, Calavisa et Duria,* déboucher vers le bourg de Bardoùnia au fond du golfe Laconique, d'un côté par les villages de Scala et de Vouvaglia sur la rive droite de l'Eurotas , et de l'autre sur sa rive gauche par le village de Koumastra et par le bourg de Kolokina.
Enfin Mistra communique avec Calamata en Messénie par un chemin qui 9e dirige à l'ouest et qui s'élevant par le vallon du Tiase sur la croupe du mont Taygète , débouche par le défilé des Portes sur le golfe
Messénien vers la baie d'Armyros ou vers le bourg de Calamata.
La route de Tripolitza à Coron se dirige au sud-ouest, et sort du plateau de Tégée vers les ruines de Pallantium ; d'où elle descend dans un vallon inondé par les eaux de l'Alphée. On traverse ce vallon sur une chaussée, jetée dans un marais; et laissant à droite la gorge qui sert d'issue à l'Alphée, on s'élève sur les hauteurs qui bordent le fleuve, pour descendre par un long détour sur la haute plaine de Léondari.
C'est dans cette plaine élevée que se coupent les diyers chemins qui conduisent l'un à Mistra par lé défilé de Belmine et le long de l'Euro tas, l'autre à Mégalopolis et à Caritèna en côtoyant l'Alphée, et le troisième à Coron par les deux principaux défilés du mont Lycée. On entre dans l'un de ces défilés en sortant de la plaine de Léondari, et dans l'autre en sortant de celle de Mégalopolis, et l'on débouche de l'un par le village de Macriplaï et de l'autre par celui de Krano dans la grande vallée de la Messénie; d'où Ton va passer le Pamisus vers le village de Zézi quand on va à Messène, ou au-dessous du bourg de Jefférimini, quand on va directement à Androus et à Nisi.
II y a un chemin qui conduit directement de Messène à Arcadia en se dirigeant au nord-ouest et qui va traverser le Pamisus vers le Khan de Rocla entre le bourg de Boudia et celui de Soulima, pour s'élever par le vik lage d'Agrilos sur une chaîne de coteaux qui lient le mont Lycée au mont Thématia, et d'où l'on descend avec la rivière de Cyparissia dans la plaine d'Arcadia.
Il y a aussi un chemin qui conduit d' Androus et de Nisi directement à Navarin en se dirigeant au sud-
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ouest , et qui va traverser les défilés du mont Thémathia vers le village de Coumani ou vers celui de Sogna, pour descendre avec un petit cours d'eau sur la baie de Navarin,
Le chemin de Nisi à Coron se dirige au sud ; et côtoyant le golfe Messénien sur son pourtour occidental , il va^par le village de Pétalidi à celui de Castélia: d'où il s'élève sur des coteaux couronnés d'oIivier$ pour descendre par une pente rapide à Coron; ou tournant vers Castélia à l'ouest, il conduit directement à Modon à travers les défilés des montagnes, qui vont projeter le cap Gallo et terminer la péninsule messenienne.
La route de Tripolitza à Gastouni se dirige à l'ouest et se divise eu deux branches. L'une traverse le mont Ménale , descend sur l'Alphçe vers le bourg de Sinano ou vers la ville de Cariténa, côtoie le fleuve sur sa rive droite; et laissant au pied des montagnes, qui bordent sa rive gauche 9 le bourg d'Andritzèna et celui de Phanari, elle va s'enfoncer au-delà des ruines d'Ali phère dans une gorge profonde et sinueuse, d'où elle débouche vers le village de Miraca dans le vallon d'Olympie.
L'autre route s'élève plus au nord, au sortir des défilés du mont Ménale, traverse le Gorthynius vers le bourg de Dimitzana, le Ladon au-delà de Langadia vers le village de Vanina, le fleuve Érymanthe vers le bourg de Lala , et va en côtoyant le mont Pholoë déboucher dans la plaine de Gastouni vers les ruines d'Elis.
La route de Tripolitza à Patras se dirige d'abord au nord , traverse la plaine de Mantinée, s'élève suc-
cessivement sur le plateau d'Orehomène et sur celui de Phénéos : puis tournant au nord-ouest , elle monte vers les ruines de Clitor sur le plateau de Calavrita ou vers celles de Psophi» sur le plateau de Nézèro; d'où elle descend avec le Pirus au Khan de Gouménitza vers les ruines de Tritée , pour s'élever sur le mont Panachaïcon, et descendre enfin par le hameau de Béyouli dans la plaine de Pat ras.
Une branche de cette route quitte le chemin de Patras vers les ruines de Tritée, pour descendre avec le Pirus vers celles d'Olénus au village de Kaminitza, une autre le quitte au bourg de Nézéro pour descendre avec le Sélinus dans la vallée de Vostitza, et une troisième s'en sépare au bourg de Calavrita pour descendre par le monastère de Méga-Spiléon dans la vallée de Pellène; mais tous ces chemins sont très-difficiles, parce que le terrain est âpre , tourmenté , les habitations et les cultures rares , les montagnes très-élevées et leurs cimes presque toujours couvertes de neige. Ajoutez que la descente sur le golfe Corinthien est souvent impraticable en hiver, parce que le terrain y est coupé en pentes courtes et brusques, tandis qu'il décline en terrasses plus ou moins larges sur la plaine de Tripolitza.
Enfin la route de Tripolitza à Sicyone s'élève de la plaine de Mantinée sur le plateau d'Orehomène et du plateau d'Orehomène sur celui de Stymphale, vers îe village de Zaraca, situé au pied du mont Àpéaure; d'où l'on descend avec les eaux de l'Asopus à Phlionte et de Phlionte à Sicyone.
Cette dernière route conduit même directement à Corinthe par le village d'Ayos-Giorgios, bâti sur l'em-
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placement d'Ornée au débouché des montagnes, qui séparent la vallée de l'Asopus de celle de Némée; d'où en tournant à droite on va par le défilé du Trétum dans la plaine d'Àrgos, ou en tournant à gauche par le vallon de Némée dans la plaine de Corinthe. C'est la route la plus courte de l'Arcadie à l'isthme de Corinthe, et celle que prenaient jadis les armées, grecques qui voulaient pénétrer par cet isthme dans le cœur du Péloponnèse; mais elle n'est plus praticable aujourd'hui que pendant l'été , parce qu'elle s'élève et descend par des pentes trop roides, et qu'elle est inondée pendant l'hiver.