‹ Voyage militaire dans l'Empire Othoman, ou, Description de ses frontières et de ses principales défenses, soit naturelles, soit artificielles, avec cinq cartes géographiques (volume 2)Chapitre 20 sur 66 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Des routes qui conduisent de l'Attique dans la Béotie.

Trois routes conduisent d'Athènes dans la Béotie : l'une est celle de Chalcis en Eubée, la seconde celle de

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Thèbes, et la troisième celle de Platée et dé Thespies.

La route de Chalcis sort de la plaine d'Athènes vers le bourg de Meynidi, remonte le Céphise jusqu'à ses sources vers le hameau de Variboli et s'élève par le défilé, où l'on voit encore les ruines de Décélie, sur la croupe du mont Parnète, pour descendre par le village d'Ayon-Marcouri dans la vallée de l'Asopus vers les ruines de Tanagre ou vers celles d'Orope. Les ruines de Tanagre sont à une lieue un quart au-dessus de celles d'Orope, et celles çTOrope à trois quarts de lieue de la mer: celles-ci sur la rive droite du fleuve, les autres sur sa rive gauche. On montre encore parmi les ruines d'Orope celles du temple d'Amphiaraùs , et parmi celles de Tanagre un tertre, sur lequel était le tombeau de Corinne qui disputa si souvent à Pindare le prix de la poésie.

On va ensuite de Tanagre ou d'Orope à Chalcis le long de l'Euripe. Le chemin est très-agréablement ombragé et serpente à travers des bouquets de pins et de houx jusqu'au port de Délium, et même jusqu'à celui d'Auiis, qui est à une lieue plus loin. Ce dernier port est un petit bassin ovale creusé au sein des terres , d'oïl l'on ne peut sortir qu'avec des vents divers , quand on y est une fois entré. Le terrain, tout autour, est âpre et rocailleux, et ne présente plus aucun vestige du temple de Diane. Au-delà d'Auiis, la côte se hérisse de rochers et devient plus acore. D'énormes roches , fracturées par des volcans éteints , bordent le chemin ; et laissant à gauche le mont Teumesse , dont on côtoie pendant quelque temps le pied , on va passer l'Euripe sous le fort de Baba , devant la forteresse de Chalcis.

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La route de Thèbes coupe la plaine d'Athènes dans toute sa longueur, sort de cette plaine vers le bourg de Katcha et s'élève à travers un défilé, fermé jadis

par le fort de Philé, sur le dos du mont Parnète vers le village de Skourto; d'où elle descend à travers un défilé, dominé par l'ancien fort de Partacte, dans la vallée de l'Asopus vers le village de Boga.

On passe l'Asopus sur un pont de pierre vers les ruines de Scolos, et l'on monte à Thèbes par un che- min en pente douce, très-agréablement diversifié, le long duquel on voit des champs de blé et de coton, coupés par des bouquets de maïs , et sur tous les coteaux d'alentour des oliviers et des vignes , mêlés avec toutes sortes d'arbres fruitiers : c'est la partie de la vallée de l'Asopus la plus propre à la culture des fruits. La plaine de Tanagre et celle d'Orope ne sont plus cultivées aujourd'hui qu'en tabac et en riz.

La route d'Athènes à Platée et à Thespies suit le tracé de la voie sacrée jusqu'à Eleusis, et va d'Eleusis à travers la plaine de Thria au bourg de Condoura; d'où elle s'élève vers les ruines d'EIeuthères , connues sous le nom de Gypto-Castron , sur la croupe du mont Cithéron vers le village de Krépuchi, pour descendre par celui de Calivi dans la vallée de l'Asopus vers les ruines d'Érythres ou vers celles d'Hysies.

On va ensuite d'Hysies à Platée en remontant PAsopus jusques vers ses sources et en côtoyant le pied du mont Cithéron ; mais il y a une branche de ce chemin, qui y conduit plus directement encore du bourg de Condoura et qui se dirigeant plus à l'ouest s'élève vers les ruines d'OEnoè par le village de Vilia sur le dos du mont Cithéron ; d'où l'on descend par le défilé des t. Q

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Trois-Têtes dans la plaine de Platée, séparée de la vallée de l'Asopus seulement par une traînée de petites collines qui lient le mont Cithéron &\i mont Hélicon.

Les ruines de Platée sont au milieu de cette plaine vers le petit village de Kocla : on les reconnaît encore à quelques restes des tours et des murs de son enceinte, près de laquelle coule un ruisseau, formé de deux petits affluents, qui naissent l'un près de l'autre au pied du mont Cithéron et qui, après avoir embrassé dans leur cours la partie la plus méridionale de la plaine, confondent leurs eaux et vont, en se détournant vers l'ouest, se jeter par un canal commun dans la baie de Lifadostro, au fond du golfe Corinthien. Ce ruisseau paraît être le fleuve OEroé, que l'on disait fils de l'Asopus , parce qu'il en était voisin. L'Asopus a ses sources plus au nord, au pied des collines qui lient le mont Cithéron au mont Hélicon , coule vers Test en sortant de la plaine de Platée, baigne ensuite les ruines d'Hysies et d'Erythres, et va se jeter dans l'Euripe à travers un terrain d'alluvion, au milieu duquel s'élèvent, comme une île, les ruines d'Orope. La vallée, qu'il parcourt et qui a dix à douze lieues de long, paraît d'abord très-resserrée vers Platée; mais elle s'ouvre ensuite vers Hysies et Erythres , et elle est bordée au sud par la chaîne du mont Cithéron et du mont Parnète, et au nord par les collines dont la ville de Thèbes est environnée.

La plaine de Platée n'est qu'un plateau élevé , d'où les eaux descendent d'un côté sur le canal d'Eubée vers les ruines d'Orope , et de l'autre sur le golfe Corinthien dans la baie de Livadostro, l'ancien port de Creusis. Si l'on voulait isoler FAttique et la séparer de

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la Béotie, on pourrait réunir les eaux de la rivière de Livadostro avec celles de l'Asopus; et alors la plaine de Platée serait le point indiqué par la nature pour opérer cette jonction, qui unirait le golfe Corinthien au canal d'Eubée. Ce serait le moyen le plus simple de séparer le midi du nord de la Grèce, si on ne voulait pas percer l'isthme de Corinthe, à cause des difficultés du terrain.

C'est dans cette plaine élevée que se donna la bataille entre les Perses et l'armée alliée des Grecs, la plus nombreuse que Ton eût jusqu'alors levée dans la Grèce, puisqu'elle était composée de près de cent mille hommes, parmi lesquels on comptait huit mille Athéniens et cinq mille Spartiates, accompagnés de trentecinq mille Hilotes. Cette armée était commandée par Pausanias , et celle des Perses, au nombre de trois cent mille combattants, l'était par le satrape Mardonius. Les Perses, maîtres de Thèbes, où ils avaient établi leurs dépots, après avoir envahi tout le nord de la Grèce, étaient venus dans la vallée de l'Asopus à la rencontre des Grecs, et ceux-ci, qui venaient les uns du Pélopon* nèse, les autres de i'Attique, étaient descendus dans la vallée , les premiers par le défilé des Trois-Têtes , et les derniers par celui d'Érythres. Les deux armées se rencontrèrent sur l'Asopus près d'Hysies, et campèrent en présence l'une de l'autre. Pausanias établit d'abord son camp sur la rive droite du fleuve , le dos appuyé au mont Cithéron, et Mardonius, qui ne pouvait déployer sa nombreuse cavalerie que sur un terrain uni , établit le sien sur la rive gauche, au milieu de la plaine qui s'étend de ce côté jusqu'aux collines voisines de Thèbes. Ce camp était un grand carré de dix

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stades de côté, environné d'un large fossé et flanqué de tours de bois. Le fleuve seul séparait les deux armées; mais comme lés Grecs n'y pouvaient faire de l'eau sans être inquiétés par la cavalerie des Barbares , ils remontèrent l'Asopus sur sa rive droite et défilèrent le long du Cithéron pour aller se poster sur le plateau de Platée, près d'une fontaine nommée Gargaphie, voisine du ruisseau OEroé, les uns sur les collines environnantes , les autres dans le creux des vallons où coulent les deux affluents de ce ruisseau. Mardonius suivit par une marche parallèle leur mouvement ; et remontant le fleuve sur sa rive gauche jusque vers la presqu'île d' OEroé, voisine de ses sources, il vint se placer au-devant d'eux. Ce fut dans cette seconde position , éloignée seulement de huit stades de Platée et près d'une chapelle consacrée à Cérès, que l'action s'engagea. Les Perses tournèrent l'Âsopus ou le passèrent à gué, et attaquèrent les premiers; mais ne pouvant se déployer sur -ce terrain inégal et resserré , leur infanterie plia au premier choc de la phalange grecque, et fut rompue et dispersée en un clin-d'œil. Les Grecs la poursuivirent à travers l'Asopus jusque dans son camp, où ils se rassasièrent de sang et de butin. La victoire de Platée sauva la Grèce du joug des Perses, qui en occupaient déjà tout le nord, et termina là guerre Médique.

La plaine de Leuctres se confond en quelque sorte avec celle de Platée , et n'en est séparée que par quelques collines basses, qui vont se rattacher au mont Hélicon , et à travers lesquelles passait autrefois le chemin de Platée à Thespies.

Cette plaine forme une espèce de terrasse qui s'é-

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lève insensiblement vers lç nord jusqu'au pied du mont Hélicon et se termine vers l'ouest sur le golfe Corinthien en un long escarpement , sillonné par des ravins, au débouché desquels on trouve le port de Creusis ou de Livadostro. Au milieu de la plaine est le hameau de Lefka, et à son extrémité septentrionale, sur un des gradins du mont Hélicon , le village d'Erimo-Castron. Il paraît que les ruines, dispersées au sud d'Erimo-Castron ', sont celles de Thespies, et que les ruines, éparses autour de Lefka, sont celles de Leuctres. Deux tertres artificiels, élevés sur le chemin de Platée à Leuctres , font présumer que ce fut là le lieu où se donna la bataille entre les Thébains commandés par Épaminondas, et les Lacédémoniens conduits par leur roi Gléoinbrote. Les Thébains y vinrent de Thèbes par le chemin 'de Platée, et les Lacédémoniens avec leurs alliés y montèrent du golfe Corinthien , les uns par le vallon de Creusis , et les autres par le vallon de Stiris, à la tête duquel on voyait alors la forteresse d'Ambryssus. L'armée lacédémonienne , renforcée par les Grecs alliés , était composée dé dix mille hoplites et de mille cavaliers, tandis que l'armée thébaine n'avait que six mille fantassins pesamment armés et six cents chevaux; mais la cavalerie des Thébains, formée par Epaminondas, était fort supérieure à celle des lacédémoniens. Aussi le général thébain se servitil habilement de cette arme, pour triompher de la phalange lacédémonienne , qui avait été regardée jusqu'alors comme invincible. Il rangea sa cavalerie sur le front de sa ligne, à l'exemple de Cléombrote, plia sa phalange en colonne, pour l'opposer à la phalange lacédémonienne ; et se plaçant en oblique sur le front

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des ennemis , il leur refusa sa gauche, tandis qu'avec sa droite, renforcée par sa cavalerie, il attaqua la cavalerie des Lacédémoniens , qu'il renversa sur leur phalange ; mais la phalange lacédémonienne soutint sans se rompre le choc de la colonne thébaine; et la victoire était indécise, lorsque Pélopidas à la tête du bataillon sacré prit cette phalange en flanc, et la rompit.

La victoire de Leuctres changea 1 état politique de la Grèce. Jusques-là les Lacédémoniens y avaient eu la prépondérance. Cette victoire la donna momentanément aux Thébains; et les peuples du midi de la Grèce, secouant les uns après les autres le joug de Sparte, finirent par former une fédération générale, qui prit le nom de ligue achéenne , parce que les peuples de l'Achaïe y entrèrent les premiers.

Thespies était située au pied du mont Hélicon qui la défendait contre les vents du nord, et elle jouissait du climat le plus doux. Son territoire mollement incliné vers le sud était tout planté en oliviers et en vignes, et son enceinte renfermait une multitude d'édifices pu- \ blics, remarquables par leur beauté. Cette ville ren-

1 dait un culte particulier à Vénus f à l'Amour et aux

Muses. Le temple de Vénus Mélénide embellissait un \ de ses plus beaux quartiers : on voyait près de ce

. temple une statue de l'Amour, qui passait pour un

chef-d'œuvre de Praxitèle, et qui ayant été enlevée aux Thespiens par l'empereur Caligula , fut remplacée par 1 une autre, ouvrage de Ménodore. L'Amour était re-

présenté debout i, armé de son carquois et posé sur un socle de marbre pentélique. A ses côtés étaient deux \ autres statues de Praxitèle, Vénus et Phryné, la pre-

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mière encore plus belle que la seconde, qui lui avait pourtant servi de modèle. Les autres monuments les plus remarquables de Thespies étaient le théâtre, un des plus* beaux de la Grèce, le temple des Muses et celui d'Hercule , vainqueur en une seule nuit des cinquante filles de Thestius. Tous ces monuments ont disparu, et il ne reste plus de Thespies que ce qu'on n'a pu lui ôter, la douceur de son climat et la beauté de son site.

LHélicon était de toutes les montagnes de la Grèce la plus fertile et la mieux ombragée. Toutes ses pentes étaient couvertes d'oliviers, et ses cimes couronnées de pins et de chênes verts. Cette montagne avait été consacrée aux Dieux et plus particulièrement aux neuf Muses, et l'on y trouvait plusieurs lieux ou bois sacrés, où les hommes pieux venaient faire leurs stations en certains jours de l'année. Le premier de ces lieux était au-dessus de la ville près de la fontaine Aganippide, où l'on voyait les statues des neuf Muses, mêlées avec celles d'Apollon , de Mercure et de Bacchus. La plupart de ces statues étaient de Céphisodote; mais le Bacchus, qui passait pour un chef-d'œuvre, était de Myron , et il avait été donné aux Thespiens par Sylla , qui l'avait ravi au trésor d'Orchomène.

Tout autour était une multitude d'autres statues , également renommées pour la beauté de leur travail. On admirait surtout une Arsinoé, reine d'Egypte, montée sur une autruche de bronze , et une biche qui allaitait le petit Télèphe , fils d'Hercule. A vingt stades au-dessus du bois des Muses était la fontaine Hippocrène et près de cette fontaine un autre bois sacré, plus particulièrement dédié à Apollon, où l'on

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voyait les statues d'Orphée, de Linus et de l'Amour.

Enfin la plus haute station était sur le sommet de la montagne vers les sources du Permesse et du Lamus, qui coulent sur le revers septentrional de FHélicon, et dont l'un va se réunir au Lophis vers les ruines d'Haliarte, et l'autre au Phalare vers celles de Coronée.

L'Hélicon n'était pas seulement la montagne la mieux boisée de la Grèce, elle était encore la mieux arrosée, et elle répandait par l'abondance de ses eaux la fertilité dans tous ses environs, au sud dans les vallées de Creusis, de Thisbé et de Bulis, au nord dans celles d'Haliarte, d'Alalcomène et de Coronée.

Le chemin de Thespies à Delphes tourne le mont Hélicon vers l'ouest , et celui de Thespies à Thèbes le tourne vers le sud. Le premier côtoie le golfe Corinthien /circule dans l'étroite vallée, à l'entrée de laquelle sont les ruines d'Ascra , au milieu le village de Dobrèna, à l'extrémité les ruines de Thisbé ; et laissant à gauche le port Cocosi et le port Mychus, il s'élève vers les ruines de Bulis dans un vallon solitaire, au fond duquel est le monastère de Saint-Luc. Ce lieu parait entièrement désert, et l'on se croirait transporté aux extrémités du monde , si l'on n'apercevait tout-à-coup devant soi, sur une hauteur voisine, un très -bel édifice surmonté d'un dôme. C'est une église grecque en forme de croix. Le dôme et les bras de la croix sont soutenus par des colonnes de porphyre , et toute la nef est revêtue de marbre. Ce temple est l'ouvrage de Romain, un des derniers empereurs grecs, et renferme son tombeau. Le bâtiment, destiné à l'habitation des moines , paraît auprès de l'église chétif et mesquin. Au-dessous du monastère coule un ruisseau

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qui descend en cascades des flancs élevés du mont Hélicou , et qui fuit en bouillonnant à travers les rochers, dont son cours est embarrassé. La beauté du site, ses ombrages, la richesse de la végétation, les ruines dispersées çà et là, tout fait présumer que l'ancienne Stiris devait être au fond de ce vallon, dont les eaux, après avoir arrosé de belles prairies, vont se jeter dans le port Mychus.

Le chemin s'élève du monastère de Saint-Luc sur la haute plaine d'Ambryssus par une rampe roide, taillée entre deux ravins profonds qui paraissent être deux vastes fondrières , entr'ouvertes par quelque convulsion de la nature. Ce qui le fait conjecturer, c'est que le terrain s'applanit tout-à-coup , dès qu'on est arrivé à la tête de ces fondrières. La plaine où l'on entre est une haute vallée, creusée entre deux chaînes de montagnes, qui lient le mont Hélicon au mont Parnasse. Une des deux chaînes se relève au mont Libéthrius , l'autre au mont Cirphis. Au milieu de la plaine sont des champs de blé et de coton , entremêlés de vignobles , et sur la pente des montagnes , des rideaux d'oliviers couronnés par des forêts de pins et de chênes verts. Le tableau, que présente cette variété de cultures, est très-pittoresque. La plaine s'étend pendant plus de deux lieues de l'est à l'ouest jusqu'au village de Distomos, bâti sur l'emplacement d'Ambryssus. Là le chemin se divise en deux branches : l'une, en tournant au sud, s'élève brusquement sur la crête du mont Cirphis, pour descendre dans la rade d'Aspro-Spitia, l'ancien port d'Anticyre: l'autre, en tournant au nord, s'élève insensiblement sur une aire circulaire déployée au pied du mont Parnasse, à l'intersection des trois routes d'Ambryssus,

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de Delphes et de Daulis. C'est le chemin fourchu, oîi l'on croit qu Œdipe tua Laïus , et l'un des principaux passages, par où l'on va du littoral Ionien sur le littoral Egéen , à travers la chaîne grecque.

Le chemin de Delphes se dirige au nord-ouest , et monte rapidement par un ravin profond jusqu'à micôte du mont Parnasse, pour descendre avec les eaux du Plystus à Delphes, tandis que le chemin de Daulis se dirige au nord-est et s'élève doucement sur un des cols de la chaîne grecque pour descendre avec les eaux du Phalare dans la plaine de Lébadée ou avec celles du Morius dans la plaine de Daulis.

La route de Thespies à Thèbes se dirige à l'est, côtoie le pied du mont Hélicon; et franchissant les collines, qui environnent Thèbes vers le lieu où était le Cabirium ou temple des Cabires, elle descend vers la fontaine de Dircé sous les murs de l'ancienne Cadmée.

La ville de Thèbes , peuplée maintenant de quatre mille habitants au plus, est située au milieu d'une plaine élevée sur une éminence arrondie, qui portait autrefois la Cadmée, sa citadelle, et elle n'occupe plus aujourd'hui que cette éminence, autour de laquelle on voit un mur crénelé, qui ne pourrait pas résister à de l'artillerie. Une vieille tour de construction moderne, mais bâtie sur des fondements antiques, est tout ce qui lui reste de ses premières fortifications.

Cette ville est redevenue de nos jours ce qu'elle fut dès son origine. Renfermée d'abord dans la Cadmée, elle descendit ensuite dans la plaine , et forma autour de la citadelle une enceinte circulaire qui avait 43 stades ou près de deux lieues de tour et qui était percée de sept portes. Aucun des monuments anciens

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renfermés dans cette enceinte n'existe aujourd'hui ; mais on reconnaît encore au milieu de tant de ruines, confusément éparses, vers le nord la fontaine de Dircè qui va se jeter dans le lac Hylica , et vers le sud la fontaine de Mars , que l'on peut comparer pour le volume de ses eaux à la fontaine de Nîmes, et qui donne naissance à llsmènus, dont les eaux servent à plusieurs tanneries où l'on fabrique de très-beaux maroquins : c'est la seule industrie des Thébains modernes. L'Ismènus naît au pied d'un coteau jadis couronné par un temple d'Apollon, dont on voit encore les vestiges; mais tous les ouvrages de sculpture, qui décoraient ce temple, ont disparu. A l'entrée étaient un Mercure et une Minerve de marbre blanc, l'un sorti des ateliers de Phidias, l'autre de ceux de Scopas; et au milieu la statue du dieu, faite de la main de Canachus , comme celle de l'Apollon Branchide et lui ressemblant en tout, excepté que la dernière était en bronze , tandis que celle de l'Apollon Isménien était en bois de cèdre doré. Tous les ans on lui choisissait pour Daphnophore ou pontife un jeune homme en qui la beauté fut unie à la force, et l'on prétendait qu'Hercule avait été son premier Daphnophore. Tout auprès était le temple de ce demi-dieu , sur le fronton duquel étaient sculptés ses douze travaux; mais au lieu de son combat contre les oiseaux de Styinphale, on y avait représenté sa lutte contre Antée. Thrasybule, parti de Thèbes pour aller affranchir Athènes du joug des trente tyrans, consacra depuis dans ce temple pour souvenir de sa victoire deux statues colossales de marbre pentélique, l'une de Mercure, l'autre d'Hercule, toutes les deux du ciseau d'Alcamène.

l4° VOTAGE MILITAIRE

Thèbes était autrefois la capitale de la Béotie, et elle en est encore aujourd'hui, après Livadie, la ville la plus importante. »

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