CHAPITRE III
De la Béotie.
La Béotie occupe toute la largeur de la Grèce depuis le fond du golfe de Corinthe jusqu'au canal de l'Euripe, qui la sépare de l'Eubée, et elle peut être considérée dans son ensemble comme un grand bassin, environné de tous côtés d'un cercle de montagnes : au sud s'élèvent le mont Cithéronet le mont Parnète, au nord le mont Parnasse et le mont OEta , à l'ouest le mont Hélicon et à l'est divers groupes d'autres montagnes, qui se pyramident au mont Teumesse, au mont Messapius et au mont Ptoûs.
Toutes les routes de la Béotie partaient autrefois de Thèbes, comme d'un centre commun 1 et cette ville est encore aujourd'hui comme le nœud de la grande ligne de communication entre le midi et le nord de la Grèce.
La route de Chalcis se-dirige à l'est, circule autour de petites collines, dont le mont Hypate est la plus élevée, et descend sur l'Euripe vers le port d'Aulis; d'où elle va le long du rivage passer l'Euripe sur un
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pont de pierres à ceintre surhaussé, vers le point où l'Eubée se rapproche le plus du continent de la Grèce, et où l'on voit d'un coté le fort de Baba, et de l'autre la forteresse moderne d'Egripo ou Négrepont, bâtie sur l'emplacement de celle de Chalcis. C'est un polygone irrégulier, flanqué de tours, qui suit exactement le relief du terrain environnant et qui renferme une population de huit à dix mille habitants, mêlés de Turks et de Grecs.
Le petit fort de Baba, situé à l'entrée du pont sur un mamelon isolé et sur le rivage de la Béotie , peut être considéré tout à la fois comme un ouvrage avancé de la forteresse et comme une tête de pont sur le continent. La position de Chalcis est après celle de Corinthe la plus importante de la Grèce, parce qu'elle commande le canal de l'Euripe , et qu'elle défend l'entrée de l'île d'Eubée vers le point de la côte le plus accessible.
L'Eubée, qui se prolonge sur le flanc oriental de la Grèce depuis l'Attique jusqu'à la Thessalie, est une des plus grandes îles de la mer Egée. On lui donne trente lieues de long sur une largeur variable, de deux à six. Le mont Œcha la traverse dans toute sa longueur et projette au sud le cap Capharée, voisin de la forteresse de Carystos, et au nord le cap Cénée, près duquel on montre encore un tertre, qui renfermait jadis le tombeau de Lychas. On ne voit plus aujourd'hui sur sa côte septentrionale que les ruines d'Orée près du village de Xérochorion ; mais on voit encore sur sa côte méridionale le bourg et le château de Carystos, nommé vulgairement Castel-Rosso, au pied d'une montagne renommée par son marbre rouge, sur le sommet de
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laquelle sont les restes d'un ancien édifice, pareil au trésor d'Atrée à Mycènes : c'est un parallélogramme de trente pieds de long sur quinze de large et douze de haut, couvert de dalles de pierre en guise de toit. Il paraît que c'était un petit temple , consacre à Neptune.
Toute la cote, qui borde le château de Carystos et qui se prolonge jusqu'au cap Capharée, vis-à-vis l'île d'Andros, présente l'aspect le plus sombre et le plus effrayant : ce sont des montagnes à pic, élevant leur tête jusqu'aux nues et sillonnées par de larges et profondes crevasses ; qui descendent jusqu'à la mer.
Le reste de l'île n'offre guère que quelques misérables villages presque tous habités par des Grecs, et l'île entière n'a pas plus de trente mille habitants sur une superficie de près de cent lieues carrées.
Vue dans son ensemble, l'île d'Eubée paraît trèseffilée vers ses deux extrémités; mais elle est renflée vers son centre, où ses côtes par leur convexité vont presque toucher à la Béotie, dont elles ne sont séparées que par le détroit de l'Euripe, tandis qu'elles présentent dans leur échancrure deux grands golfes, qui s'ouvrent l'un au sud vers le littoral de l'Àttique , l'autre au nord vers celui des Thermopyles.
La route de Thèbes à Chalcis passait autrefois par Glisante, Harma et Mycalesse : elle ne passe plus aujourd'hui que par quelques pauvres villages, dont celui de Spahidès est le moins misérable. On va maintenant de Chalcis ou plutôt de Baba, qui en est comme le faubourg , à Talanta , l'ancienne Àtalante , en côtoyant l'Euripe et en tournant le mont Ptoûs. On trouvait ja-
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dis sur cette route , d'abord Salganée sur le cap le plus voisin de Chalcis, puis Ànthédon et Larymna, vers laquelle le lac Copaïs s'écoulait dans l'Euripe, et enfin Haies, qui n'était séparée de la Phocide que par le fleuve Platanius : on n'y trouve plus aujourd'hui que quelques huttes de pécheurs, tantôt isolées, tantôt groupées, et qui ressemblent plutôt à des tanières d'animaux qu'à des habitations humaines.
Le port de Talanta, le plus fréquenté de la côte béotienne, est situé sur le canal d'Eubée au fond d'un petit golfe, à Feutrée duquel on voit l'île d'Àtalante. Le bourg, qui a remplacé l'ancienne O ponte, est à une lieue et demie du port , au pied du mont Cnémis et paraît peuplé de deux à trois mille habitants.
La route de Chalcis à Talanta est peu suivie : celle de Thèbes au contraire à Livadie est très-fréquentée, parce qu'elle conduit dans tout le nord de la Grèce. Cette route se dirige au nord-ouest, et traverse d'abord un terrain inégal et rompu par des ravins profonds , qui rendent les approches de Thèbes très-difficiles de ce côté; mais elle débouche ensuite dans une grande plaine, de trois lieues de long sur deux de large, &e prolongeant jusqu'au pied du mont Phinée, où l'on voit une grotte spacieuse, que l'on dit avoir servi d'asyle au sphynx, monstre ailé, ordinairement représenté avec la tête d'une femme et le corps d'un lion. La tradition, qui s'en est conservée, est fabuleuse, comme Test celle de tous les dragons ou monstres amphibies, qui ont désolé les pays anciennement inondés.
Le col, par où l'on traverse le mont Phinée nommé aussi mont Sphyngius, est peu élevé. On y monte par
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une rampe sinueuse, et l'on descend dans une plaine en partie submergée , qui est coupée par les petits ruisseaux du Permesse et du Lophis , et qui bordée d?un côté par le lac Copaïs, s'étend de l'autre jusqu'au mont Tilphosius et aux premiers gradins du mont Hélicon. On côtoie le pied des montagnes; et laissant sur la droite les ruines d'Oncheste, d'Haliarte, d'Ocalée et d'Alalcomène, les unes ensevelies sous les eaux du lac, les autres couronnant des hauteurs semblables à des îles , on se détourne à l'ouest vers le village de Granitza, bâti sur l'emplacement de Coronée, pour s'enfoncer dans un vallon creusé au pied du mont Lybéthrius 9 à la tête duquel est la ville de Livadie , l'ancienne Lébadée.
Du pied du mont jaillit une source d'eau vive, qui se précipite en cascades sur une pente rapide et qui ressemble à la fontaine de Yaucluse : c'est la fontaine Hercine, aussi renommée dans la Grèce, que l'autre l'est en France. Au-dessus de la fontaine est un énorme rocher surmonté d'une vieille citadelle, et au pied du rocher l'antre de Trophonius, qui est aujourd'hui fermé et que l'on a jusqu'ici fouillé sans succès1. A l'ouest de cet antre et sur la croupe du mont est la ville de Livadie, qui se développe sur un terrain incliné au nord et qui n'est entourée que d'une vieille muraille. Les rues* en sont petites, montueuses et étroites ; mais elle est bien habitée et paraît très-commerçante. On lui donne une population de quinze
i . Je le fis fouiller moi-même en 1 798 avec l'aide de M. Logôthéthi, un des primats de Livadie, et je n'y découvris que quelques fragments de vases de terre cuite.
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mille habitants , la plupart Grecs , qu'elle doit à son commerce et à la bonté de son territoire, qui s'étend de l'ouest à l'est depuis le pied du mont Lybéthrius jusqu'au lac Copaïs.
L'Hercine descend rapidement du vallon de Livadie et court mêler ses eaux à celles du Phalare qui vient du mont Parnasse, et qui coule de l'ouest à l'est pour aller se jeter dans le lac Copaïs sous le village de Granitza, l'ancienne Coronée. Cette rivière arrose une plaine fertile, toute cultivée en blé, riz, coton et garance, et qui bornée au sud par le mont Lybéthrius, l'est au nord par le mont Thurion , sur le revers duquel est le village de Caprèna , bâti des ruines de Chéronée. On voit encore au sommet de la montagne les vestiges de l'Acropolis ou citadelle, et au pied ceux d'un théâtre taillé dans le roc.
Les ruines de Chéronée sont à une lieue et demie au nord de Livadie, au milieu d'une plaine qui se prolonge de l'ouest à l'est depuis le pied du mont Parnasse jusqu'aux bords du lac Copaïs , et qui paraît aussi fertile que celle de Livadie , quoiqu'elle soit presque toute inculte. Au sud de la plaine, sur le revers du mont Thurion, est le village de Caprèna, à l'ouest et au pied du mont Parnasse celui de Daulia, au nord une traînée de petites collines qui bordent la rive droite du Géphise et qui masquent son cours, et à l'est le village de Scripqus, bâti sur l'emplacement d'Orchomène au pied du mont Acontius, qui borne de ce côté l'horizon et semble se confondre de loin avec les petites collines de la rive droite du fleuve, quoiqu'il soit situé lui-même sur sa rive gauche. Cette plaine peut . avoir trois lieues d'étendue d'ouest en