CHAPITRE IV
De la Phocide, de la Locride et de la Doride
Livadie est aussi par sa position une des villes les plus importantes de la Grèce : elle est située sur un des principaux passages du littoral Ionien au littoral Egéen, et elle est le point central où se divisent les deux routes, qui conduisent l'une dans l'ouest, l'autre dans le nord de la Grèce : la première conduit à Delphes
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et à Lépante sur le littoral Ionien, la seconde aux Thermopyles et à Larisse sur le littoral Egéen.
La route de Delphes se dirige à l'ouest, remonte le Phalare jusqu'au col de la chaîne qui lie le mont Hélicon au mont Parnasse et entre dans la Phocide vers Taire circulaire, où se croisent les chemins d'Ambryssus et de Delphes , pour s'élever par un vallon sinueux vers le bourg d'Arakova, bâti sur l'emplacement de Cyparissus ; d'où elle descend avec les eaux du Plystus au village de Castri, bâti sur les ruines de Delphes.
La ville de Delphes, qui devait tout son éclat au culte d'Apollon, une des principales divinités de la Grèce, s'élevait en amphithéâtre sur la pente méridionale du mont Parnasse au pied de deux rochers coupés à pic et connus sous le nom de roches Phœdriades. Le temple d'Apollon avait été bâti sur le plan le plus élevé, et renfermait la grotte, où la Pythie rendait ses oracles et dont l'entrée est encore apparente. Au nord et audessous du temple était la fontaine Cassotis, qui fournit de l'eau aux habitants de Castri, au nord -ouest le stade, dont on reconnaît encore les gradins et le pourtour, au sud-est au pied des roches Phœdriades la fontaine Castalie et plus loin dans la même direction le gymnase, sur l'emplacement d'un monastère dédié à la Vierge. L'hippodrome était au sud de la ville dans le vallon du Plystus.
Le village de Castri a remplacé Delphes et n'a plus que 70 maisons, éparpillées sur un terrain incliné et pierreux , où l'on ne voit que quelques arbres et quelques brins de verdure, mais qui est encore tout couvert de débris d'anciens monuments, dont il n'est pas aisé d'indiquer la destination. On distingue seulement vers
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l'ouest autour du stade une longue galerie creusée dans le rocher qui paraît avoir été destinée à des sépultures, comme on peut le conjecturer par les niches que Ton y voit encore et qui devaient renfermer les statues des morts. On trouvera dans la carte de la Grèce un petit plan de Delphes, où Ton a indiqué ces espèces de catacombes.
Delphes était le siège principal de la religion grecque et celui de la diète amphyctionique, qui fut dans le principe une fédération purement religieuse, mais qui donna naissance à la fédération achéenne , établie depuis dans la Grèce pour y maintenir une sorte d'équilibre politique.
La religion est presque partout le premier lien des hommes , celui d'où naissent insensiblement tous les autres; et la plupart des peuples établissent le siège de leur culte dans des lieux ingrats et stériles, comme pour les dédommager des torts de la nature par les bienfaits de la religion. Presque partout les fédérations religieuses conduisent à des fédérations politiques, et les peuples unis entre eux par la même religioa finissent toujours par s'unir sous le même gouvernement. La plupart des écrivains anciens prétendent même que l'oracle de Delphes contribua beaucoup à la civilisation de la Grèce et même à celle -de l'Italie , en don* nant des conseils sages aux peuples qui -venaient le consulter; mais ce n'est pas la religion seule qui civilise les peuples, ce sont les lois faites en conformité de la religion , quand la religion est donnée par des peuples civilisés à des peuples incultes. De là l'utilité des missions religieuses et même des conquêtes politiques faites par les peuples civilisés dans les pays barbares.
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Vu du sud et du vallon du Plystus, le Parnasse présente au dessus de Delphes deux roches énormes, sur lesquelles est un plateau élevé qui sert comme de piédestal au mont Lycorée, la plus haute sommité du mont Parnasse. Ce plateau a la forme d'un bassin oblong, sillonné dans sa longueur par une source qui jaillit à gros bouillons du pied du mont Lycorée et qui va se perdre entre les deux roches Phœdriades dans l'antre de Corycius, pour reparaître au pied de ces roefies dans la fontaine Castalie.
On monte de Castri sur ce plateau par un escalier taillé dans les flancs des roches Phœdriades; mais on peut y monter du bourg d'Arakova par une pente moins roide. Il paraît que ce platepu était jadis un lac : il est maintenant cultivé pendant l'été , et Ton y voit plusieurs cabanes qui dans cette saison sont habitées par des patres à moitié cultivateurs.
Le mont Parnasse finit à une lieue de Castri en une saillie ou promontoire., au pied duquel est le village de Crisso, l'ancienne Crissa, situé vers l'angle où se réunissent les deux vallées du Plystus et de Salone, qui vont se terminer au fond du golfe Crisséen vers les ruines de Cyrrha, l'ancien port de Delphes. Le village de Crisso offre une bonne position de passage, parce qu'il est situé sur le chemin de Livadie à Salone. Cette position est d'autant plus importante, qu'elle est à la tête d'une vallée qui débouche dans le golfe Corinthien par la baie Ja plus vaste et la mieux abritée de ce golfe : ce qui y attirait autrefois le commerce de la mer Ionienne, et ce qui l'attire aujourd'hui au port de Galatsidi, situé sur le pourtour occidental de cette baie. Galatsidi, l'ancienne Galatsithium , est une petite
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ville de trois à quatre mille habitants, presque tous marins ou constructeurs.
La vallée Crisséenne , encaissée entre de hautes montagnes nues et toute plantée de vignes, d'oliviers et d arbres fruitiers , offre un des plus beaux paysages de la Grèce; et c'est la beauté de ce paysage, en contraste avec le site effroyable de Delphes, qui fit autrefois la fortune de l'Apollon Pythien.
Le chemin de Delphes à Lépante se dirige à l'ouest et descend dans une vallée où commence la Locrido et à la tête de laquelle est Salone, l'ancienne Àmphissus. Salone est adossée à une montagne qui la couvre au nord et sur laquelle on voit une citadelle, tombant en ruines. La ville peuplée de sept à huit mille habitants et fermée d'un simple mur, s'élève en amphithéâtre au pied de la montagne, d'où sort une source abondante, qui arrose la plupart des rues et va ensuite fertiliser la campagne.
Il y a un chemin qui conduit de Salone dans la vallée du Céphise, en se dirigeant au nord et en tournant vers l'ouest le mont Parnasse, pour descendre au bourg de Dadi dans la Phocide ou à celui de Lidoriki dans la Doride; et il y en a un autre qui va du bourg de Lidoriki à travers le mont OEta dans la vallée du Sperchius vers la ville de Patradgik: c'est le chemin le plus court pour aller du littoral Ionien sur le littoral Égéen ; mais ce chemin est dangereux en hiver à cause des avalanches qui se détachent du mont Parnasse et du mont OEta.
Le chemin de Lépante se dirige à l'ouest et s'élève par une rampe roide sur la montagne à laquelle Salone est suspendue; d'où l'on descend par le défilé de Ca-
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routia au village de Malandrino dans une jolie vallée plantée d'oliviers; et laissant à gauche le port de Ga* latsidi, caché dans une échancrure de la côte, on traverse les villages de Véternitza et de Stélia, que l'on croit bâtis, l'un sur l'emplacement d'QEantiura, l'autre sur celui d'QEnéon, pour aller passer la petite rivière de Morno et monter ensuite à Lépante, située sur un contrefort du mont Rigani, à Fentree du détroit qui sépare le golfe de Gorinthe de celui de Patras. C'est le littoral de la Locride occidentale, séparée de l'orientale par la Phocide et bornée au nord par une chaîne de montagnes , qui s'élève graduellement jusqu'au mont Zonas, par où elle se liait autrefois à travers la chaîne grecque avec la Tétrapole Dorienne, située sur le versant oriental du mont OEta. Ce pays, habité jadis par les Locriens-Ozoles, est aujourd'hui dépeuplé, quoiqu'il soit très-propre à la culture de l'olivier et de la vigne.
Lépante, l'ancienne Naupacte, est une forteresse de construction moderne , mais sur un tracé et des fondements antiques : elle est posée sur une montagne conique, environnée de quatre enceintes qui s'élèvent les unes au-dessus des autres, comme on nous représente celles d'Ecbatane. Jamais forteresse n'a pu nous donner une idée plus juste de l'architecture militaire des anciens. On voit que leurs meilleures fortifications étaient des enceintes concentriques, disposées, quand le terrain s y prêtait, autour d'un cône ou d'une hauteur plus ou moins élevée. Des routes souterraines ou des chemins couverts communiquaient d'une enceinte à l'autre, en sorte que Ton commençait par se défendre dans l'enceinte extérieure , puis on se défendait succès-
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sivement dans chacune des autres, et Ton se retirait enfin dans la dernière, comme dans un dernier réduit.
On ne pourrait aujourd'hui pénétrer dans le donjon de Lépante, qu'après avoir percé trois ou quatre murs; mais on pourrait le battre de toutes les hauteurs voisines, qui n'en sont séparées que par un ràyin profond. Ce donjon est encombré de petites maisons qui dans un siège gêneraient sa défense.
Le port de Lépante est au pied de la forteresse : c'est un petit bassin ovale, défendu à son entrée par deux tourelles, Tune à droite, l'autre à gauche. Tout autour est un faubourg principalement habité par les Grecs, où l'on fabrique des maroquins, qui le disputent pour la beauté du grain et la vivacité des couleurs aux plus beaux maroquins de la Turkie. Lépante, malgré sa situation avantageuse, n'a guère que deux à trois mille habitants, mêlés de Grecs et de Turks.
La côte tourne au sud au-delà de Lépante et projette le cap Anti-Rhium, qui terminé le littoral de la Locride et qui forme avec le cap Rhium de la Morée le détroit, par où l'on entre du golfe de Patras dans celui de Corinthe.
Il y a un chemin qui remonte de Lépante la petite rivière de Mornd jusques vers ses sources au-dessus du village d'Artotina, bâti sur l'emplacement d'Érinée; d'où l'on s'élève sur une des plus hautes croupes de la chaîne grecque, pour descendre dans la vallée du Céphise vers le bourg de Lidoriki ou dans celle du Sperchius vers la ville de Patradgik. C'est le chemin par où les Doriens , sous la conduite des enfants d'Hercule, descendirent dans le Péloponèse, et c'est celui
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que prennent les armées turkes , lorsqu'elles viennent directement de Larisse à Lépante et même à Patras, parce qu'il est beaucoup plus court que tous les autres; mais le chemin le plus suivi pour aller du midi dans le nord de la Grèce est celui de Livadie à Larisse par les Thermopyles.
Ce chemin se dirige au nord, traverse le Phalare en sortant de Livadie et s'élève sur une terrasse qui sert de base au mont Thurion, pour descendre dans la plaine de Chéronée vers le village de Capréna; d'où Ton va par une rampe douce à celui de Daulia, bâti au pied du mont Parnasse sur l'emplacement de Dâulis, à l'entrée de la Phocide. Le village de Daulia couronné par un vieux château , dont deux tours existent encore , n'a pas aujourd'hui plus de cent maisons ; mais il occupe une bonne position de passage, parce qu'il est sur le chemin qui conduit à Delphes en tournant vers le sud le mont Parnasse, ou aux Thermopyles en le tournant vers le nord.
Le chemin de Daulia à Delphes se dirige à l'ouest et traverse une vallée à l'origine de laquelle on voyait autrefois le Phocique , édifice oblong où s'assemblaient les députés des différentes villes de la Phocide et qui était divisé dans toute sa longueur par un double rang de colonnes. Sur les deux côtés étaient des gradins en amphithéâtre où s'asseyaient les députés, à l'entrée un vestibule entouré d'une balustrade, destiné aux spectateurs, et au fond un sanctuaire, où s'élevait, comme sur un trône , la statue de Jupiter , tenant d'une main une victoire, de l'autre le foudre, et ayant à ses côtés Jurton et Minerve debout, l'une à sa droite, l'autre à sa gauche. C'était un des plus beaux monuments de
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la Grèce ; mais il n'en reste plus aujourd'hui aucun vestige.
Le chemin côtoyait ensuite le pied du mont Parnasse, et allait rejoindre celui qui vient de Livadie, vers le carrefour où l'on montre encore le tombeau de Laïus et où se divisaient les trois routes de Daulis, de Delphes et d'Ambryssus. Il paraît que ce chemin était autrefois le plus suivi et que c'était par Daulis que les théories de Thèbes et d'Athènes montaient sur le Parnasse aux fêtes d'Apollon.
La route de Daulia aux Thermopyles se dirige au nord et sort de la plaine de Chéronée à travers un défilé creusé entre le mont Parnasse et l'une des petites collines qui bordent la rive droite du Céphise, et sur laquelle on voit encore les ruines de l'ancien fort de Panopée. Ce défilé n'est quà un tiers.de lieue du village de Daulia et à une lieue au plus de celui de Caprèna , et il débouche dans la vallée du Céphise vers les ruines de Parapotamies , qui sont de l'autre côté du fleuve, à une des extrémités du mont Acontius et à deux lieues et demie à l'ouest de celles d'Orchomène.
La gorge, que traverse le Céphise entre les ruines de Panopée et celles de Parapotamies , n'a pas un quart de lieue de large, et l'on ne peut entrer de la Béotie dans la Phocide que par cette gorge ou par le défilé de Panopée. Ces deux défilés , regardés autrefois comme les clefs de^la Phocide, ne sont plus aujourd'hui défendus; mais ils pourraient l'être aisément par une ligne de retranchements, qui en s'appuyant d'un côté au mont Parnasse, de l'autre au mont Acontius, fermerait tout à la fois le défilé de Panopée et la gorge du Céphise : ce serait un point de retraite assuré pour
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une armée qui aurait été forcée aux Thermopyles, et qui voudrait encore couvrir le midi de la Grèce.
Il y a un chemin qui, en sortant du défilé de Panopée, se dirige à l'ouest et remonte le Céphise sur sa rive droite, pour aller par le village de Vélitza et le bourg de Dadi à celui de Lidoriki , dans l'ancienne Doride; d'où en tournant au sud-ouest il s'élève, vers les sources du Céphise, sur le dos de la chaîne grecque, pour descendre par le village d'Artotina sur. le golfe Corinthien vers la forteresse de Lépante.
Le village de Vélitza n'est connu que par les ruines qui l'entourent et que Ton présume être celles de Tithorée; mais le bourg de Dadi et celui de Lidoriki ont plus d'importance : le premier a 600 maisons, l'autre plus de 4°°> et ^eur territoire, qui paraît assez fertile , n'est pas mal cultivé. On y recueille beaucoup de grains et de fruits.
Un autre chemin se dirige au nord -est, traverse le Céphise sous Parapotamies, et s'élève par le, village de Bogdana sur le mont Cnémis vers les ruines d'Hyampolis; d'où il descend par le village de Baltési sur le canal d'Eubée vers le bourg de Talanta , l'ancienne Oponte, patrie de Patrocle, et capitale de l'un des cantons de la Locride orientale.
La route directe de Daulia aux Thermopyles se dirige au nord-ouest, traverse le Céphise vers le village de Roubo; et laissant à droite celui d'Eleuta, elle monte par le bourg de Turkochori sur la croupe du mont Œta. Le village d'Eleuta et le bourg de Turkochori, à une lieue seulement l'un de l'autre, sont environnés de ruines et paraissent occuper l'emplacement d'une ancienne ville; mais les voyageurs 1. 11
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ne sont pas ici d'accord entre eux. Les uns croient voir Elatée sur remplacement de Turkochori , les autres sur celui d'Eleuta oy même à une demi-lieue plus au nord , au pied du mont Cnémis ; et ils ont peut-être raison les uns et les autres, en supposant que cette ville, qui a été plusieurs fois détruite, ait été successivement rebâtie sur remplacement d'Eleuta et sur celui de Turkochori.
La vallée, que l'on traverse en allant de Daulia à Turkochori et qu'arrose le Céphise, est environnée de montagnes de toutes parts et ressemble à une vaste fondrière, d'où le fleuve sort par une gorge étroite vers lf s ruines de Parapotamies : ce qui a fait présumer que cette vallée n'était autrefois qu'un grand lac, qui s'étant ouvert un passage vers le lac Copaïs, a inondé toute la Béotie. La vallée du Céphise forme comme le cœur de l'ancienne Phocide , et paraît très-fertile; mais elle est aujourd'hui presque nue, et les oliviers qui couvraient autrefois les coteaux de Tithorée au pied du mont Parnasse et ceux d'Elatée au. pied du mont OEta et qui produisaient la meilleure huile de la Grèce, ont presque tous disparu. On cultive maintenant dans cette vallée le blé , le sésame , le coton , le tabac , le maïs et le riz.
À l'exception du Céphise, tous les cours d'eau de la vallée ne sont que des torrents, qui se gonflent après un orage , mais qui , dans un temps sec , n'ont presque plus d'eau. Le Céphise lui-même n'en a pendant l'été qu'un très-petit volume, et suffit à peine pour arroser les champs cultivés, dont ses rives sont bordées.
Il y a un chemin qui de Turkochori remonte le Céphise jusque vers le bourg de Dadi ; d'où il s'élève par
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le village de Dronitza sur la croupe du mont QEta, pour descendre par le bourg de Boudonitza sur le canal d'Eubée vers les Thermopyles,
Un autre chemin remonte encore plus au nord le Céphise , et s'élève par le village de Névropolis sur les plus hautes sommités du mont QEta, pour descendre sur le canal d'Eubée vers l'embouchure du Sperchius : c'est le chemin qui tourne les Thermopyles, et qui traverse la Tétrapole dorienne ou l'ancienne Doride, patrie d'Hercule. Ce petit canton de la Grèce n'est plus habité aujourd'hui que par quelques montagnards à demi-sauvages, qui font le métier de pâtres ou de bûcherons et qui vont faire quelquefois celui de voleurs dans la vallée du Sperchius ou dans celle du Céphise. Le chemin, qui traverse leur pays, passe le mont OEtaau défilé de Pétra, fermé jadis par un mur x, dont on voit encore les vestiges, entre le village de Névropolis et celui de Draco-Spilia : c'est le passage connu sous le nom de Portes-de-Fer : il n'est plus praticable aujourd'hui que dans la belle saison.
La route ordinaire des Thermopyles s'élève directement de Turkochori sur un des cols du mont QEta, où elle passe entre deux forts à demi ruinés, situés sur deux pics élevés, l'un à droite, l'autre à gauche du chemin, et d'où elle descend avec un cours d'eau par le bourg de Lopadès sur le canal d'Eubée vers le petit village de Molo. Le cours d'eau , que l'on suit en descendant et que l'on passe plusieurs fois, est le tor-
i. Ce mur avait , dit-on, *4 lieues de long et allait du golfe Maliaque au golfe Crisséen , en séparant le midi du nord de la Grèce.
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tueux Boagrius, qui sépare le mont Cnèmis du mont Œta et sur les bords duquel on voyait autrefois la petite ville de Thronium, capitale de l'un des deux cantons de la Locride orientale, séparée de l'occidentale par la vallée du Céphise et par le mont Parnasse.
Le village de Molo ou Milo , ainsi nommé d'un moulin à eau, est au milieu d'une petite plaine fertile, coupée par des prairies et des rizières, et ombragée par de trèsbeaux platanes; mais à l'issue de la plaine commence une plage nue et graveleuse qui se prolonge de l'est à l'ouest entre le mont Œta et le canal d'Eubée jusqu'à un rocher consacré jadis à Hercule M élampyge. Là le mont Œta se rapproche de la mer , et ne laisse plus qu'un passage étroit entre le rivage et l'une de ses croupes, anciennement nommée Callidrome, du pied de laquelle sortent des eaux thermales , qui ont fait donner à ce défilé le nom de Thermopyles. A l'origine du défilé était autrefois le bourg d'Alpèuus , dont il reste encore quelques ruines, et à son issue celui d'Anthèla, où siégeait en automne la diète amphyctionique. Cette issue était jadis fermée par un mur , qui se prolongeait du pied du mont Œta à la mer et dont on reconnaît encore les vestiges. La grève s'élargit ensuite et est sillonnée par un ruisseau qui sort des flancs du mont Callidrome, et qui paraît être l'Asopus des anciens. Le chemin suit une ancienne chaussée, aujourd'hui dégradée et bordée d'une zone d'alluvion de six à sept cents toises de large, dont le terrain nouveau tranche avec l'ancien.
Ce fut dans ce défilé que Léonidas avec une avantgarde de 3oo Spartiates entreprit d'arrêter l'année innombrable des Perses. Il se posta vers Anthèla der-
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rière le mur qui fermait de ce côté le passage, après avoir jeté en avant quelques hommes de trait et laissé sur ses derrières à l'entrée du défilé vers le bourg d'Alpènus l'armée alliée des Grecs, composée seulement, suivant les uns, de sept à huit mille hommes, et, suivant d'autres, de dix à onze mille. Les Spartiates soutinrent dans ce poste pendant plusieurs jours tout l'effort des Perses, sans pouvoir y être entamés; mais ils y furent à la fin tournés par un sentier qui s'élève avec les eaux de l'Asopus sur les flancs du mont Callidrome et qui descend dans la plaine d'Alpènus vers le rocher Mélampyge, et ils périrent tous les armes à la main dans ce passage étroit, resserrés entre deux corps d'armée; en sorte qu'ils acquirent encore plus de gloire par leur dévouement que par leur combat. Le reste de l'armée grecque prit la fuite et se dispersa. *
On voit encore aujourd'hui dans la petite plaine d'Ânthèla une hauteur couverte de ruines , où la plupart des Spartiates furent tués et sur laquelle on leur éleva une colonne qui portait leur nom avec cette inscription : Passant, va dire à Sparte que nous sommes morts ici pour obéir à ses saintes lois.
Le défilé des Thermopyles n'avait alors sur certains points que la largeur nécessaire au passage d'un chariot : il a aujourd'hui presque partout au moins six à sept cents toises de large; mais il serait encore trèsfacile à défendre, parce que le terrain d'alluvion, dont il est recouvert , est marécageux , mouvant et parsemé de rizières.
La grève s'élargit au-delà de l'Asopus, à mesure que le mont OEta s'éloigne sur la gauche; et laissant au
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pied des montagnes les ruines de la forteresse de Trachis , on débouche à travers un terrain nu et marécageux dans une grande plaine, qui s'étend depuis le pied du mont OEta jusqu'à celui du mont Othrys et qui est arrosée par le Sperchius : c'est le commencement de la Thessalie.