‹ Voyage militaire dans l'Empire Othoman, ou, Description de ses frontières et de ses principales défenses, soit naturelles, soit artificielles, avec cinq cartes géographiques (volume 2)Chapitre 25 sur 66 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

De la Thessalie,

Le Sperchius, nommé aujourd'hui Hellada, naît au pied des montagnes qui lient la chaîne grecque au mont Pinde, et descend du mont Tymphreste dans une gorge profonde qui s'ouvre vers Patradgik et qui se prolonge jusqu'au fond du golfe Maliaque, dont le fleuve par ses alluvions accroît sans cesse le littoral : c'est une des vallées les plus fertiles de la Grèce, et elle est toute cultivée en blé , en maïs , en coton et en riz, tandis que ses coteaux sont couronnés de vignes et de mûriers, et ses plus hautes sommités de chênes et d'érables. L'olivier ne s'y montre plus que dans les lieux les mieux abrités et par bouquets très-rares ; mais elle est parsemée de belles et vastes prairies , où l'on nourrit de nombreux troupeaux.

Patradgik est située sur un coteau qui borde la rive méridionale du fleuve, au pied d'une saillie du mont OEta. Cette ville peut renfermer quatre à cinq mille

DANS L'EMPIRE OTHOMAN. 167

habitants presque tous Turks, et paraît avoir été bâtie des ruines d'Hypate, que des voyageurs croient voir de l'autre côté du fleuve vers le petit village de Castri tza, et d'autres sur la même rive, au pied même du mont OEta. Quoi qu'il en soit, les femmes n'y sont plus adonnées à la magie, comme dans la ville ancienne, mais elles sont encore renommées pour leur beauté et surtout pour leur fraîcheur. Son territoire produit en abondance de la soie et du coton, et l'on fabrique dans les montagnes voisines des fromages trèsrecherchés pour leur bonté.

Il y a un chemin qui remonte de Patradgik le Sperchius jusqu'à ses sources vers le village de Rentina , et qui traversant un des cols du mont Tymphreste, descend par le village de Fanari dans la vallée du Pénée vers la ville de Tricala.

Le chemin des Thermopyles à Larisse se dirige directement au nord; et franchissant le Sperchius à son embouchure sur un pont de pierre à trois arches, il tourne le golfe Maliaque et s'élève par une pente douce à Zeïtoun, situé au pied du mont Othrys sur l'emplacement de Lamia.

La ville de Zeïtoun est fermée d'un simple mur crénelé, qui s'élève en rampant sur une hauteur escarpée, où l'on voit une vieille citadelle, construite avec d'énormes pierres, dont quelques-unes offrent des bas-reliefs de la plus haute antiquité. Un de ces bas-reliefs représente le centaure Chiron , qui enseigne à Hercule encore enfant à jouer de la lyre. Le fils d'Alcmène tient d'une main sa massue, et de l'autre il étouffe un serpent, prêt à le dévorer* Au nord de la citadelle est un ravin profond, et au sud la ville qui

l68 VOYAGE MILITAIRE

descend en amphithéâtre dans un vallon, où coule un affluent du Sperchius. Zeïtoun peut renfermer cinq à six mille habitants, mêlés de Grecs et de Turks : elle fait un peu de commerce , et exporte du blé et du riz par le port de Stillida, situé sur le retour du golfe Maliaque vers les ruines de l'ancienne Phalare.

Le golfe Maliaque est au fond de l'angle que fart le canal d'Eubée, en s'ouvrant sur la mer Egée. Ce canal se rétrécit d'abord vers la petite île de Myonèse, s'évase ensuite entre le cap Posidium et le cap Artémisium à l'entrée du golfe Pélasgique, et débouque enfin dans la mer Egée, vers les îles de Skiatos et de Scopèlos. Le cap Posidium et le cap Artémisium forment l'ouverture du canal de l'Euripe vers le nord, comme le cap de Cynosure et celui de Carystos en forment l'ouverture , vers le sud; et voilà pourquoi > dans la guerre Médique, on regarda comme les libérateurs de la Grèce les Athéniens qui avec leur flotte à Artémisium fermèrent aux Perses le canal d'Eubée, et les Spartiates qui avec leur armée aux Thermopyles leur fermèrent l'entrée de la Phocide.

La péninsule, projetée entre le golfe Maliaque et le golfe Pélasgique, offre sur son pourtour plusieurs beaux ports, tels que ceux de Larisse-Crémaste , de Pteléon et d'Armyros; mais elle ne présente dans son intérieur, tout hérissé de montagnes, que quelques petits villages, où l'on élève des vers-à-soie et où l'on fait des fromages, aussi renommés pour leur bonté que ceux de Patradgik.

Un autre chemin va de Zeïtoun à la forteresse de Volo à travers cette péninsule montagneuse et passe au village de Goura; d'où il descend vers le

DANS L'EMPIRE OTHOMAW. 169

bourg d'Armyros sur le golfe Pélasgique; mais ce chemin est très-difficile, et l'on ne peut guère pénétrer dans l'intérieur de la Thessalie, que par la route de Pharsale.

Cette route s'étlàye de Zeïtoun par une rampe roide et par une gorge profonde sur le sommet aplati du mont Othrys, d'où l'on jouit de la plus belle perspective, et où Ton voit le lac de Daoudkli et le bourg de Domakos, l'ancienne» Thaumacos. On traverse ce plateau du sud au nord , et l'on descend de Domakos dans la plaine de Pharsale par un vallon sinueux creusé dans les flancs du mont Othrys, un des grands contreforts de la chaîne grecque.

Zeïtoun est située sur le revers méridional de ce contrefort , et Pharsale l'est sur son revers septentrional; à une distance d'environ dix lieues et au pied d'une hanteur, sur laquelle on trouve les restes d'une vieille citadelle à maçonnerie cyclopéenne, nommée encore aujourd'hui le château d'Achille. La ville est ouverte et se compose de deux faubourgs, séparés l'un de l'autre par des champs cultivés et pouvant renfermer tous deux six à sept mille habitants, moitié Turks et moitié Grecs , mêlés de quelques Juifs.

La hauteur, sur laquelle est le château d'Achille, forme une espèce de dos d'âne , séparé seulement du mont Othrys par un ravin et très escarpé sur la moitié de son talus. L'autre moitié tombe en pentes plus roides encore vers Pharsale, et n'est accessible que sur quelques points à cause des ressauts du terrain. On voit à micôte d'anciennes constructions , et entre autres de vieux murs, qui paraissent avoir été ceux d'un théâtre. La crête de la montagne est couronnée par des fortifica-

Page 1