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tiach, et forme un grand demi-cercle, dont le diamètre est baigné par la mer. Aux deux extrémités du diamètre sont deux petits forts qui défendent la baie , et au couronnement du demi-cercle , sur le plateau du contrefort, *~une citadelle flanquée de sept tours, qui domine la ville et qui est elle-même dominée par les hauteurs du mont Courtiach.
La baie , qui lui sert de port et qui a la forme d'un croissant, est abritée par un promontoire, sur lequel on voit les ruines d'^Enia ; et il serait . très-aisé d'en défendre l'entrée, si l'on voulait fortifier ce promontoire.
Thessalonique est pour cette raison une des villes ^maritimes les plus importantes de la Grèce, et elle en est la plus commerçante, parce que par sa position centrale elle est l'entrepôt de toute la Turkie européenne; mais elle ne mérite aucune considération, comme place de guerre, parce que sa citadelle peut être battue de toutes les hauteurs du mont Courtiach, et (me les deux forts , qui flanquent sa rade , ne pourraient pas résister au feu d'une escadre. Si on voulait faire de Thessalonique une place forte, il faudrait la bâtir sur l'emplacement d'jEnia : dans la position où elle est , on ne pourrait pas la défiler des hauteurs qui l'environnent.
Vue de la mer, Thessalonique présente un aspect assez agréable; mais dans l'intérieur elle est sale et mal bâtie. On porte sa population à environ 60 mille habitants, dont une moitié est composée de Turks et l'autre moitié mêlée de Grecs et de Juifs. Elle est, après Athènes, la ville de la Grèce la plus riche en monuments anciens. On voit encore dans sa citadelle
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un arc de triomphe érigé en l'honneur d'Antonin et de Faustine sa fille, aux deux principales portes de la ville, qui sont celles de Rome et de Constantinople , deux autres arcs érigés, l'un en l'honneur d'Auguste après sa> victoire sur Antoine, l'autre en l'honneur de Constantin après sa victoire sur Licinius ; et dans l'intérieur de la ville plusieurs autres monuments, tels que les restes de l'Hippodrome , ceux d'un temple de Vénus Thermœa, masqués par les murs d'une vieille mosquée , et un autre temple de forme ronde , qui paraît avoir été consacré aux dieux Cabires; mais le monument le plus précieux est un reste de deux colonnades, élevées l'une sur l'autre, qui décoraient la place publique et qui portaient deux rangs de statues de grandeur naturelle, groupées deux à deux sous la forme de cariatides. Il existe encore quatre de ces groupes, adossés à la colonnade supérieure : le premier représente un Ganimède et une Léda , le second un Paris et une Hélène, le troisième un Bacchus et une Ariane, et le quatrième deux autres figures , dont l'une est trèsdégradée, et l'autre paraît être une Victoire ailée1.
Thessalonique est le siège d'un pacha, et une des villes les plus commerçantes de la Turkie : son principal commerce est avec Livourne , Trieste et Marseille, où elle envoie principalement des cotons, des tabacs, des laines, des soies, et d'où elle reçoit des draps, des bonnets, du sucre, du café et d'autres marchandises coloniales. C'est aujourd'hui le principal comptoir de
i. On peut voir la description détaillée de ce monument et en général de la ville de Thessalonique dans le Tableau du commerce de la Grèce, que je publiai en 1800,
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la Grèce. On peut même regarder cette ville par sa position au fond du golfe Therméen comme le point de la Turkie européenne , le plus important , après Constantinople.
De ce point , comme d'un centre commun , partent les différentes routes , qui aboutissent à la circonférence de la Macédoine et dans les contrées voisines. Les principales de ces routes sont celles de Larisse, de Monastir, d'Uscup, de Sophie, de Philippopolis et de Constantinople.
La route de Larisse, que Ton vient de parcourir, est la plus facile; mais elle offrirait encore des difficultés à une armée, qui voudrait envahir de ce côté la Macédoine. Le défilé de Tempe, d'une lieue et demie de long, pourrait lui être aisément fermé, et elle ne pourrait forcer celui de Platamona, s'il était défendu. Elle aurait ensuite à défiler dans les gorges dé Pydna et à traverser, au sortir de ces gorges , trois rivières difficiles à guéer, et dont on peut en un clin d'œil couper les ponts. Le passage de l'Axius surtout offrirait des difficultés, parce que ce fleuve est torrentueux : on peut le comparer à la Durance pour le volume et la rapidité de ses eaux : c'est un / des plus grands fleuves du littoral Égéen.
La route de Monastir se dirige à l'ouest et va par Pella et Yénidjé à Vodina; d'où elle s'élève, en remontant le Loudias, sur le plateau d'Ostrovo vers le village de Castranitza, où la route de Castorie se sépare de celle de Monastir. La première se dirige plus au sud, passe au bourg de Kaïlar et franchit le cordon des montagnes qui environnent le bassin du Loudias, au défilé de Cotori, pour s'élever sur le plateau de Cas-
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torie : l'autre franchit ce cordon au défilé de Kirli , et descend par la petite ville de Flûrina sur un affluent de l'A xi us, quelle remonte jusqu'à Monastir.
Il paraît que cet affluent, nommé maintenant Koutchouc-Karasou, est l'Erigon des anciens. Cette rivière descend, comme l'Haliacmon, d'une des plus hautes sommités de la chaîne grecque, et elle est formée elle-même de trois autres affluents, dont l'un vient de Magarovo, un autre de Gritchovo, le troisième de Perlepé, et qui se réunissent tous les trois dans la grande plaine de Monastir; d'où le fleuve repousse par les montagnes qui environnent Flûrina et par celles qui bordent les bassins de l'Haliacmon et du Loudias, fait un grand coude vers le nord , pour aller se jeter dans l'Àxius vers le village de Polosco. La petite ville de Flûrina est située, à l'angle saillant de ce coude, sur un petit affluent sorti des montagnes, qui séparent le bassin de l'Erigon de celui de l'Haliacmon.
Il y a un chemin qui va de Flûrina à Castorie à travers ces montagnes et qui descend avec les eaux du lac de Castorie dans la vallée de l'Haliacmon. Ce chemin se dirige au sud : celui de Monastir au contraire se dirige au nord-ouest et s'élève, en remontant un affluent de i'Érigon, jusqu'à la ville de Monastir, située au pied de la chaîne grecque. Le chemin est boueux en hiver, et n'est praticable que pour des charrois attelés de buffles :. le pays est très-agréablement coupé , et riche en pâturages : la végétation y est forte, et les hommes y sont grands et vigoureux: ce sont les plus beaux soldats de la Macédoine, et les soldats de la Macédoine sont les plus beaux de la Grèce,
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Monastir ou Bitolia, l'ancienne Héraclée, est une ville de dix à douze mille habitants, la plupart Turks, fermée d'un simple mur crénelé , et dominée par plusieurs collines sur la moitié de son pourtour : ce qui en rendrait la défense mal aisée. Cette ville pourrait cependant devenir une des plus fortes places et des meilleures positions de la Grèce, si on la dégageait des hauteurs qui la commandent, parce qu'elle est située à un des principaux débouchés de la chaîne grecque, à l'entrée des défilés qui conduisent à travers cette chaîne en Albanie.
Il y a un sentier qui en se dirigeant à l'ouest s'élève brusquement de Monastir sur la chaîne grecque vers le boUrg et le lac de Drénovo ; d'où il descend dans la vallée du Génusus vers le bourg de Dévol. La route ordinaire se dirige plus au nord , s'élève en remontant le cours des eaux sur le plateau , où l'on voit le bourg de Resna, au milieu d'une riante prairie; et laissant à gauche à une lieue vers le sud le bourg et le lac de Presba, encaissé entre de hautes montagnes, elle monte par une rampe roide , bordée à droite d'un bois de chênes et à gauche d'un torrent profond, sur la crête nue qui couronne la chaîne grecque. Cette chaîne est presque toujours couverte de neige, et elle est hérissée de pointes de rochers, au milieu desquels on aperçoit çà et là quelques bouquets de hêtres. On la traverse du sud-est au nord-ouest, et l'on descend par un escarpement rapide , à travers un terrain schisteux et profondément sillonné par les eaux , sur le lac Lychnidien vers la ville d'Ochrida , située à l'entrée de l'Albanie. La crête de la chaîne grecque est dentelée vers le point où on la passe, et la plupart des dentelures
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paraissent granitiques ; mais ses flancs sont schisteux jusqu'à une très- grande hauteur. La montée sur le revers oriental pourrait être adoucie, parce que le terrain y est coupé en pentes larges; mais il serait très-difficile d'adoucir la descente sur le revers occidental à cause de la brièveté des rampes et de la hachure du terrain. Ce terrain descend en pentes brusques sur le lac Lychnidien , et dans certains endroits il paraît coupé à pic. L'entrée de la Macédoine est donc aussi difficile de ce côté que de tous les autres : ce qui a fait dire à un historien ancien , que c'est vaincre que d'y entrer : introïsse, Victoria fuit.
Il y a de Thessalonique à Pella sept lieues, de Pella à Yénidjé deux, d'Yénidjé à Vodina six, de Vodina à Castranitza sept, de Castranitza à Flûrina dix, de Flûrina à Monastir six, de Monastir à Resna sept, de Resna à Ochrida six, en tout de Thessalonique à Ochrida 5i lieues. Cette route présente partout des vestiges d'une ancienne voie , et paraît suivre le tracé de la voie Égnatienne, qui se prolongeait de Lychnidus, à travers les monts Candaves, jusqu'à Dyrrachium, éloigné de Lychnidus de 29 lieues. La voie Egnatienne avait donc dans toute sa longueur environ 80 lieues *, et elle traversait l'Axius à Géphira , la chaîne grecque
1. Strabon, d'après Polybe, lui donne seulement 267 milles romains ou 7 1 lieues \ , et l'itinéraire d'Antonin 280 milles ou 74 lieues f. Pylon était la station qui divisait les deux versants de la chaîne grecque et qui séparait la Macédoine de l'Albanie, alors comprise dans l'Illyrie. Danville n'a donné à la voie Egnatienne que 60 lieues, parce qu'il avait trop rétréci la projection de la Grèce; mais on doit lui en donner au moins 75 et même 80 , si Ton a égard à ses nombreux détours.
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au col de Resna et les monts Candaves vers les sources'du Génusus. Ses stations principales étaient Géphira , Pella , Edessa , Scurium , Cellae , Heraclaea , Nicaea, Pylon, Lychnidus, Scampis, Claudiana, Dyrrachium ; et si remplacement de plusieurs de ces stations est encore inconnu, c'est qu'on ne l'a pas cherché avec soin. La route de Thessalonique à Dyrrachium était une des plus belles que les Romains eussent construites dans la Grèce, et elle liait par la ligne la plus courte Rome à Constantinople.
Trois autres chemins s'élèvent de Monastir sur la chaîne grecque, l'un en remontant l'affluent de Magarovo , le second celui de Gritchovo et le troisième celui de Perlépé, jusqu'à la ville de ce nom; d'où en tournant au nord-ouest , on va traverser les monts hyperborées pour descendre vers Dibra dans la vallée du Drin, ou en tournant au nord-est on s'élève sur le mont Boboussa pour descendre vers Keuperli dans la vallée de l'Axius. Magarovo et GritchoVo sont de misérables bourgades; mais Perlépé est une ville murée, de quatre à cinq mille habitants , située au fond d'un bassin, abondant en pâturages, où l'on nourrit les meilleurs bœufs de la Macédoine. Il paraît que le mont Boboussa , qui sépare la vallée de l'Erigon de celle de l'Axius, est le mont Boras des anciens, lié par ses racines aux monts hyperborées, les sommets les plus élevés de la chaîne grecque. Ce mont ne doit donc point être considéré comme un anneau, mais comme un contrefort de cette chaîne. Le mont Othrys, le mont Olympe, le mont Bermius et le mont Boras, malgré leur élévation, ne sont que des montagnes secondaires ou des espèces de terrasses, qui servent d'arc-
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boutant ou d'appui à la chaîne grecque sur le littoral Egéen.
Deux routes conduisent de Thessalonique à Uscup, en se dirigeant au nord. L'une plus à l'ouest remonte l'Axius jusqu'à son confluent avec l'Érigon et la Braonista ; d'où elle s'élève par Keuperli jusqu'à Uscup : l'autre plus à l'est passe à Volevod , Kilkitch, Doïran, Stroumza, Radovich; d'où elle va traverser la Braonista vers Istip , pour aller rejoindre l'autre route vers Keuperli. Ces deux routes sont également difficiles, parce que dans l'une il faut sans cesse défiler dans la vallée de l'Axius, souvent inondée, et que dans l'autre il faut gravir des hauteurs, quelquefois très-roides*
Istip et Keuperli sont deux petites villes murées, de trois à quatre mille habitants chacune , bonnes comme positions de passage, parce qu'elles ferment l'une la vallée de la Braonista , l'autre celle de l'Axius , mais insignifiantes comme places de guerre, parce qu'elles sont dominées par les hauteurs environnantes. On voit autour d'Istip les ruines d'un vieux château bâti sur un pic par les anciens rois Bulgares; mais Keuperli n'est remarquable que pour avoir été le berceau d'une famille illustre, qui a donné plusieurs grands-vizirs à l'Empire. Quelques-uns des villages, que l'on rencontre sur la route d'Istip à Keuperli et de Keuperli à Uscup, sont habités par des chrétiens Bulgares, dont l'activité et la propreté contrastent avec la paresse et la saleté des autres chrétiens.
Uscup, l'ancienne Scupi, est une ville de cinq à six mille habitants, située sur la rive gauche de l'Axius, et environnée de collines sur une desquelles est un vieux château qu'on laisse tomber en ruines, quoique
l'on y ait placé plusieurs pièces de canon. Les rues y sont sales, les maisons petites; mais on y trouve des vestiges de monuments publics, qui indiquent sa grandeur passée. On voit dans ses environs les restes d'un aqueduc, porté jadis sur 53 arches et destiné à y amener les eaux de la Lépinza. Cette ville est de toutes celles qui bordent l'Axius, la plus importante sous le rapport militaire, parce qu'elle est située vers l'angle que forment en se réunissant les deux chaînes grecque et mœsique , et qu'elle est cqmme la principale clef de la Macédoine : c'est le point, autour duquel une armée, chargée de défendre l'entrée de cette province , devrait pivoter, parce qu'il est au débouché de l'une et de l'autre chaîne et à l'embranchement des trois routes, qui conduisent, l'une dans l'Albanie, la seconde dans la Bosnie, et la troisième dans la Thrace.
La route de l'Albanie et celle de la Bosnie traversent la première la chaîne grecque, et la seconde la chaîne mœsique , vers les points où ces deux chaînes se rattachent au mont Scardus, leur nœud commun, et la route de la Thrace côtoie le pied de la chaîne mœsique jusque vers les sources de l'Hèbre.
Deux routes, en se dirigeant vers l'ouest, conduisent d'Uscup dans l'Albanie: l'une remonte un affluent de l'Axius jusqu'au bourg de Tétovo, d'où elle va passer la chaîne grecque au village de Stratza, pour descendre vers le bourg d'Ibali dans la vallée du Drin noir : l'autre remonte un second affluent de l'Axius, qui paraît être sa source principale jusqu'à la petite ville de Kalkandéré ; d'où elle s'élève par le village de Veïchal sur un des cols les plus ardus de la chaîne grecque, pour descendre vers Prisrend dans la vallée
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du Drin blanc; mais cette route est très-difficile, et la montée y est aussi roide que la descente. Le col , par où l'on passe la chaîne, a plus de 900 toises d'élévation, et il est presque toujours couvert de neige. Le granit s'y montre par intervalles à travers des bancs de schiste. Prisrend est une ville de sept à huit mille habitants, située sur les frontières de l'Albanie au pied d'une hauteur, sur laquelle on voit un petit fort de construction moderne, mais dominé à 5o toises. La plupart des habitants sont Turks et armigères, et leur costume est très-élégant. L'écarlate et le pourpre dominent dans leur manteau, qui a la forme d'une chlamyde : ils sont chaussés de brodequins rouges : deux pistolets et un sabre pendent à leur ceinture , et leur coiffure est la toque albanaise , ornée d'une houpe de soie : leur exercice habituel . est celui du djèrid ou tournoi turk, et leur amusement favori la pyrrhique ou danse guerrière : ce sont les soldats les mieux tournés et les plus lestes de la Turkie : ils sont aussi ardents dans l'attaque, 'que rapides dans la retraite.
La route de la Bosnie se dirige au nord, et remonte la Lépinza, qui est un autre affluent de l'Axius, jusqu'au village de Katchianik; d'où en tournant au nord-ouest, elle s'élève vers le village de Kaïmirouzo sur le plateau du mont- Scardus , un des points dominants de la Turkie d'Europe, pour descendre d'un côté avec le Drin blanc dans l'Albanie, et de l'autre avec l'Ibar dans la Bosnie; mais cette route n'est praticable qu'en été. La route ordinaire fléchit vers le nord-est et s'élève directement de Katchianik sur le mont Glouboutin, un des plus hauts sommets de la crête qui unit le mont Scardus au mont Orbèlus , pour
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descendre par le village de Tavisda sur le plateau de Ghilan, vers les sources de la Morava; d'où l'on monte à travers une chaîne de petits coteaux sur la plaine élevée de Cassova , vers la ville de Pristina : c'est la route directe de la Bosnie.
Le village de Katchianik, situé à l'embranchement de ces deux routes , est caché dans un ravin profond , au pied de ce massif de montagnes qui se pyramide au mont Scardus et qui unit la chaîne illyrique à la chaîne mœsique , en séparant les eaux de la mer Egée de celles du Danube : c'est la route la plus courte pour passer d'un bassin dans l'autre. Il paraît que c'est une ancienne voie romaine, si l'on en juge par les vestiges que l'on y trouve. On voit autour de Ratchianik les ruines d'un ancien aqueduc, et le chemin y passe encore sous un rocher percé en voûte. Ce village est à la tête et au principal débouché de la Macédoine : c'est une position de passage très-rimportante et susceptible d'une bonne défense.
La route d'Uscup dans la Thrace se dirige à l'est en côtoyant vers le sud le pied de la chaîne mœsique, traverse deux affluents de l'Axius, l'un au bourg de Comanova, l'autre à celui d'Egri-Palanka , au milieu duquel est un fortin carré flanqué de quatre tours, et s'élève en sortant d'Egri-Palanka sur un grand contrefort du mont Orbèlus , renommé par ses mines d'argent, pour descendre vers Guestendil dans le bassin du Strymon : elle va ensuite de Guestendil à Dubnitza, de Dubnitza à Samakof, et de Samakof à Bagna dans la vallée de l'Hèbre, à travers le mont Scomius, qui est , comme le mont Scardus , un nœud de la chaîne mœsique, auquel viennent se rattacher les monts Pan-
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gécs, dont les plus hautes crêtes séparent la Macédoine de la Thrace.
Les autres principales routes de la Macédoine sont celles qui conduisent de Thessalonique dans la Chalcidique et dans la Thrace.
La Chalcidique est une grande péninsule, située entre le golfe Therméen et le golfe Strymoniaque et qui tient à la Macédoine par un isthme hérissé de montagnes, dont le mont Couttiach est comme le noyau. Ce mont n'est point' isolé et paraît lié aux autres montagnes, qui ferment, comme un'rempart, le fond du golfe Therméen et qui, en se prolongeant du sud au nord entre le bassin de l'Axius et celui du Strymon, vont se rattacher à la chaîne mœsique vers le mont Orbèlus.
La péninsule de la Chalcidique est très-échancrée sur tout son pourtour, et elle est découpée en trois autres plus petites, celle de Pallètie entre le golfe • Therméen et le golfe Toronaïque , la péninsule de Torone entre le golfe Toronaïque et le golfe Singitique, et celle du mont Athos entre le golfe Singitique et le golfe Strymoniaque. On, voyait jadis autour de cette péninsule , sur le golfe Therméen , iEnia et Antigonée; sur l'isthme de la péninsule de Pallène, Potidée ou Cassandrie; au fond du golfe Toronaïque, Olynthe; sur son pourtour oriental, Torone; sur le golfe Singitique, d'un côté Singis et dé l'autre Sané; sur lé golfe Strymoniaque Acanthe et Stagyre, et dans l'intérieur des terres, sur une petite rivière qui se jette au fond du golfe Singitique, Apollonie et Chalcis qui donna son nom à toute la péninsule. On ne voit plus aujourd'hui à la place de ces villes que des ruines ou
quelques misérables villages, tels que ceux de Cassahdra sur les ruines de Cassaiidrie et d'Ayos-Mamas sur celles d'Olynthe. Les autres villages les plus remarquables de la Chalcidique sont ceux de Langadah', de Ravanah et de Bazar-Djédid sur l'isthme de la péninsule, et ceux de Vasilica, de Galatsida et de Larigovi sur le revers méridional de cet isthme. Le village de Larigovi, situé à mi-côte, est le chef-lieu d'un canton de douze villages, qui exploitent des mines d'argent, et dont les principaux sont ceux d'Isvoros, d'Acantho et d'Erissos, que l'on rencontre sur le chemin de Larigovi au mont Athos. Isvoros paraît être sur l'emplacement de Stagyre, Acantho sur celui d'Acanthus, et Erissos sur celui de Sané, nommée depuis Uranopolis *, et située sur l'isthme même du mont Athos , que coupa Xerxès dans son expédition en Grèce , pour foire passer sa flotte du golfe Strymoniaque dans le golfe Singitique,. sans doubler le mont Athos. Ce canal n'avait guère que mille toises de long sur trente pieds de large, et l'on en voit encore le tracé, quoiqu'il ait été comblé depuis long-temps par les sables. Le mont
i. Il reste encore des médailles d'Uranopolis et d'Acanthus. Celles d'Uranopolis portent d'un côté un astre et de l'autre une figure de femme assise sur un globe , qui élève une couronne de la main droite. Tout autour on lit ces mots : OYPANIAftN IIOAEnS. Les médailles d'Acanthus sont très communes : elles présentent d'un côté un lion dévorant un taureau, au-dessous le mot ÂAEEI02, cpithète du dieu protecteur de la ville ; et sur le revers une aire carrée, au milieu de laquelle sont quatre élévations de forme pyramidale. On lit autour le mot AKAN6ION pour AKANOION: ce qui prouve que l'oméga n'avait pas encore été introduit dans l'alphabet grec, lorsqu'elles furent frappées.
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Athos l , que l'on nomme aujourd'hui Ayon-Oros ou Monte-Santo, n'est plus habité que par des moines Grecs , qui y ont bâti une infinité de cellules et une vingtaine de monastères, dont quelques-uns ressemblent à des citadelles. On trouve dans ces divers monastères des moines de tous les pays, les uns livrés à la vie contemplative, les autres à la vie agricole, et plus particulièrement à l'éducation des abeilles et des vers à soie a. Le reste de la Chalcidique paraît désert et n'a pas aujourd'hui plus de vingt-cinq mille habitants, tandis que cette péninsule, par ses havres nombreux et par sa fertilité, pourrait en nourrir au moins cent mille.
Il y a un chemin qui côtoie vers le sud les montagnes de l'isthme de la Chalcidique et qui conduit de Thessalonique par Vasilica, Galatsida et Larigovi au mont Athos : il y en a un autre qui traverse ces montagnes en droite ligne, et qui passant par Langadah, Bavanah et Bazar-Djédid va déboucher au fond du golfe Strymoniaque vers les ruines d'Aréthuse, sur une côte déserte où l'on montre encore le tombeau d'Euripide; mais la route la plus fréquentée est celle de Constantinople. Cette route côtoie le revers septen-
i. D'après M. le capitaine Gauthier, l'élévation de l'Àthos est de 2,066 mètres ou de 1,060 toises.
2. Parmi ces monastères, il en est un où les moines ont renoncé à l'usage de la parole, le plus beau don, après celui de la pensée, que Dieu ait fait à l'homme pour le perfectionner; mais la plupart de ces moines , fatigués bientôt d'un genre de perfection que personne n'admire dans cette vaste solitude, quittent le monastère après quelque séjour, et se dispersent dans les autres monastères de la Turkic.
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trional de l'isthme, et s'élève en sortant de Théssalonique sur la crête des montagnes qui bordent le fond du golfe, franchit cette crête à un défilé de 1 5 pieds de large au plus, jadis fermé par un mur, dopt on voit encore les. vestiges, et descend par une pente rapide sur une plaine crevassée, qui peut avoir quatre lieues du nord au sud sur deux d'ouest en est et qui est de tous cotés environnée de montagnes. Au milieu de la plaine s'élève un monticule factice, au pied duquel est le bourg de Langaza, divisé en plusieurs» groupes de maisons, et au sud-est s'étendent fleux lacs de forme oblongue, encaissés entre deux chaînes de montagnes, dont l'une va se pyramider vers le sud au mont Courtiach et l'autre vers le nord au, mont Bertiscus. Le premier de ces lacs est le lac de Langaza, et l'autre celui de Betchik, ainsi nommé d'un village bâti sur ses bords. Celui-ci, qui paraît être l'ancien lac de fiolbé, n'est séparé du premier que par une hauteur, sur laquelle on a bâti le village de Clissèli , et verse ses eaux au fond du golfe Strymoniaque, vers les ruines de Bromiscus. La route se détourne à Langaza vers l'est; et coupant la plaine obliquement, elle côtoie d'abord le lac de Langaza, puis monte au village de Clissèli, d'où elle descend sur le lac de Betchik, qu'elle côtoie jusqu'au village de ce nom, pour déboucher enfin avec les eaux du lac au fond du golfe Strynioniaque vers un khan ou karavanseraï , qui sert de station aux voyageurs et d'habitation à des gardes-côtes et à des douaniers. Les environs de ce khan offrent un mélange agréable d'eaux et de verdure : au milieu des bois paraissent des villages, dans les bas-fonds des prairies, et sur tous les coteaux des oliviers buissonneux,
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que la main de l'homme n'a jamais cultivés; mais tous ces lieux sont malsains, parce que les eaux s'y égarent dans des marais. On côtoie , en sortant du khan , le golfe Strymoniaque; et laissant à gauche, au pied des montagnes, le vieux château de Rondine, on va passer le Strymon à sa sortie du lac de Hakinos, devant le village dTféni-keuï, bâti sur les ruines d'Amphi polis; ou bien tournant ce lac à l'ouest jusqu'au village de Hakinos, qui lui a donné son nom, on va passer le Strymon à son entrée dans le lac, et l'on s'élève à travers une grande plaine vers la ville de Sérès, bâtie au pied des montagnes, qui bordent cette plaine à l'est.
Le lac de Hakinos, que traverse le Strymon, avant de se jeter dans la mer, a cinq à six lieues de long du nord au sud sur une largeur de deux à trois d'ouest en est , et paraît être le lac Cercinette des anciens.
La route de Thessalonique jusqu'à Amphipolis et au passage du Strymon suit le tracé d'une ancienne voie romaine, dont on aperçoit encore les vestiges, et n'offre guère d'inconvénient que celui d'être quelquefois inondée pendant l'hiver, parce que les eaux n'y ont pas un écoulement facile; mais la route, qui s'élève d'Âmphipolis à Sérès en côtoyant le lac de Hakinos, est très-difficile dans toutes les saisons : elle traverse presque partout un terrain mou, qui s'humecte à la moindre pluie, et elle est pleine de boue en hiver, et de poussière en été : ce qui oblige d'y doubler et même quelquefois d'y tripler les attelages : elle est d'ailleurs presque partout coupée par de profondes ornières, et dans les débordements du lac occasionés par ceux du fleuve, elle se couvre de flaques d'eau, qui
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cachent des trous dangereux. On lui préfère pour cette raison une autre route, moins difficile, quoique plus montueuse, qui traverse le mont Bertiscus.
Cette route se sépare à Langaza de celle d'Ain phipolis; et tournant au nord -est, elle s'élève par le village de Sohos ou par celui de Lakana sur lç mont Bertiscus; d'où elle descend par le village de "Nigritta ou par celui de Skafcha, voisin des ruines d'Anthémus, sur les bords du Strymon, que l'on passe sur un pont de bois, à une lieue à l'ouest de Sérès. Les ruines d'Anthémus sont cachées au fond d'un vallon habité par des Yourouks : on les reconnaît à des restes d'anciens édifices et à divers tronçons de colonnes de marbre , dispersés tout autour : on a trouvé parmi ces ruines, des inscriptions qui ne laissent aucun doute sur l'emplacement de cette ancienne ville: elle était à trois lieues environ à l'ouest de Sérès.
Le Strymon, nommé aujourd'hui Strouma-Karasou , naît vers le bourg de Radomir au pied des plus hautes sommités de la chaîne mœsique ; et après avoir reçu d'un côté toutes les eaux qui descendent du mont Orbèlus vers Guestendil, et de l'autre toutes celles qui descendent du mont Scomius vers Dubnitza , il entre vers Djoumaïa dans une gorge profonde, qui ne s'ouvre que vers Pétrich , où le fleuve , après avoir reçu sur sa droite l'affluent qui vient de Radovich et sur sa gauche celui qui vient de M élénik , traverse une nouvelle gorge, pour entrer enfin vers Demir - Hissar , dans la plaine de Sérès et de cette plaine dans le lac de Hakinos , au sortir duquel il va se jeter dans la nier vers les ruines d'Amphipolis.
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Le Strymon coule en général du nord au sud , et il a un volume d'eau qui égale quelquefois celui de l'Axius, et qui d'autres fois est inférieur à celui de l'Haliacmon: torrent impétueux ou ruisseau paisible, suivant la différence des saisons, il inonde au printemps la plaine de Sérès, et l'été il s'y traîne lentement dans un lit profond. Cette plaine, de sept à huit lieues de long sur trois à quatre de large , est une des plus fertiles de la Grèce, et la mieux cultivée de la Macédoine: elle est parsemée de villages , et toute coupée en petits carrés, qui sont plantés alternativement en coton et en blé et qui présentent de loin l'aspect d'un immense échiquier.
Sérès , l'ancienne Siris ou Sirrha l , est située à une lieue à Test du Strymon , au pied des montagnes couronnées par le mont Cercina, et sur un ruisseau qui vient de ces montagnes et que quelques voyageurs ont pris pour le Pontus des anciens, à cause de ses fréquentes inondations. La ville fermée d'un simple mur s'élève des bords du ruisseau sur une colline qui porte une vieille citadelle flanquée de tours, et peut renfermer ?5 à 3o mille habitants, dont la à i5 mille sont turks, et les autres chrétiens, mêlés de quelques juifs. Cette ville, la plus peuplée de la Macédoine après celle de Thessalonique , est le principal entrepôt des cotons macédoniens , qui se répandent de là dans toute la Turkie et même dans toute l'Europe,
1. Cette identité est prouvée par une inscription, trouvée à Sérès dans la maison de Pévêque grec, et où l'on célèbre les vertus de Tibérius Claudius , fils de Diogène, de la tribu Quirina, Pontife et premier Àgonothète de la ville des Sirrhéens.
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et elle a plusieurs manufactures où {'on file et où Ton teint ce lainage : elle est pour cette raison un des grands marchés de la Turkie européenne et le centre de toutes les communications avec les villes voisines.
Une route va directement de Sérès à Uscup dans la vallée de l'Axius : elle se dirige d'abord au nord et sort de la plaine de Sérès vers le bourg de Démir-Hissar, défendu par un vieux château, pour remonter le Strymon jusque vers Pétrich; d'où en se détournant vers l'ouest, elle remonte la rivière qui vient de Radovich et qui par le volume de ses. eaux, autant que par la longueur de son cours, paraît être le Pontus des anciens. Cette rivière, nommée maintenant Stroumitza , est le principal affluent du Strymon, comme l'Érigon est le principal affluent de l'Axius; et voilà pourquoi les anciens ont classé ces deux cours d'eau au nombre des principales rivières de la Macédoine. Pétrich, Stroumza et Radovich, que Ton rencontre sur les affluents du Pontus, sont de petites villes de trois à quatre mille habitants chacune, qui n'ont aucune importance militaire et que l'on n'a murées que pour les préserver des incursions des voleurs. La route, qui conduit de l'une à l'autre de ces villes ea côtoyant le Pontus, est très - diversifiée : c'est une suite continue de bassins plus ou moins grands, qui ressemblent aux anneaux d'une chaîne et qui varient continuellement le paysage. Les montagnes environnantes sont revêtues d'arbres et de gazon jusque sur leur sommet, et les bassins arrosés par des ruisseaux, qui serpentent au milieu des plus vertes prairies : dans les bas-fonds paraissent des moulins , sur les hauteurs des villages groupés autour des pics
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les plus élevés, de distance en distance des bouquets d'arbres, partout des plantations de tabac et de mais; mais au-delà de Radovich, le pays change d'aspect, le terrain devient plus âpre, et l'on s élève sur la crête nue des montagnes qui séparent les eaux du Strymon de celles de l'Àxius , pour descendre par qn vallon étroit et par une pente rapide dans la vallée de la Braonista vers Istip; d'où l'on va à Uscup en remontant la vallée de l'Àxius.
Une autre route va deSérès à Sophie dans la vallée du Danube. Cette route se dirige au nord, remonte le Strymon jusque vers Guestendil , et s'élève vers Radomir sur la croupe nue de la chaîne uiœsique, pour descendre avec un affluent de l'Escus à Sophie. Radomir n'est qu'une misérable bourgade, ensevelie pendant l'hiver sous les neiges; mais Guestendil, qui est plus au sud et qv»e l'on croit être la Justinianapolisy patrie de Justiuîen, est une ville de sept à huit mille habitants, située sur un affluentdu Strymon au fond d'un bassin riche en pâturages, qui nourrit de très-beaux troupeaux et une belle race d'hommes, également propre aux travaux des champs et à ceux de la guerre. La ville est bâtie sur le penchant d'une montagne, couronnée par un fortin, et elle. est fermée elle-même d'un mur crénelé, flanqué de tours carrées, qui ont [\0 pieds de haut et qui donnent trois étages de feux , y compris ceux de la plate-forme ou de l'étage supérieur.
Une troisième royte remonte le Strymon jusque vers le bourg de Djoumaïa, habité par des Turcs Yourouks, qui font dans l'armée le service de pionniers; d'où elle se détourne vers le nord-est pour remonter
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jusqu'à Dubnitza un affluent du Strymon nommé la Djerma, qui vient du mont Scouiius. Dubnitza est une petite ville de quatre à cinq mille habitants, la plupart Turks, située entre deux montagnes dans une gorge où coule la Djerma, et elle est environnée d'un mur crénelé, qui s'élève en rampant sur les deux mon* tagnes. Avec un développement moindre de moitié, on aurait pu fermer la gorge hermétiquement; mais on n'aurait jamais pu défiler la ville des hauteurs qui la commandent. Il aurait fallu la bâtir plus à l'est au débouché d'une grande plaine rase et couverte de gazon, d'où l'on s'élève par un vallon étroit, au fond duquel naît la Djerma, sur une crête âpre et nue, qui paraît lier la chaîne mœsique au mont Scomius et par le mont Scomius au mbnt Pangée et au mont Rhodope. Cette crête divise les eaux de la mer Egée de celles du Danube : on la traverse de l'ouest à Test pour descendre avec les eaux de l'Escus à Samakof.
Samakof est une petite ville de trois à quatre mille habitants, fermée d'un mur crénelé, flanqué de tourelles en briques, et située au milieu d'une plaine élevée , qui produit d'excellents pâturages et qui est environnée d'un cordon de montagnes, où l'on exploite des mines de fer. Le plateau de Samakof est un des points dominants de la Turkie européenne, et forme sur la ligne de la chaîne mœsique un angle saillant vers le sud, qui ressemble à un grand bastion; d'où l'on descend avec le Strymon, le Nestus et l'Hèbre sur la mer Egée, et avec l'Escus et l'Osmus sur le Danube. Ce serait le lieu de cette haute région le plus propre à recevoir en temps de guerre un camp retranché, si on voulait fermer tout à la fois à une armée venant de
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la vallée du Danube l'entrée de la Macédoine et celle de la Thrace.
Au sortir de Samakof, le chemin s'élève insensible* ment sur la croupe nue des montagnes, qui environnent le plateau vers l'est r pour descendre avec les eaux de l'Etus au bourg d'Ichliman dans le bassin du Danube , ou avec celles de l'Hèbre au bourg de Bagna dans le bassin de la Thrace* Le bourg de Bagna n'est environné que d'un simple mur de terre. La chaîne mœsique décrit depuis Dubnitza, ou depuis le mont Scomius jusqu'au mont Hœmus, une courbe irrégulière ou une ligne spirale , que le chemin ne peut pas traverser en ligne droite, sans passer, tantôt sur le versant de la mer Egée, et tantôt sur celui du Danube; c'est ce qui rend de ce côté la route de la Macédoine dans la Thrace si âpre et si difficile.
Une autre route conduit encore plus directement de Sérès à Philippopolis par le bourg de Mélénik, situé sur l'affluent le plus oriental du Strymon. La route remonte cet affluent jusqu'à ses sources, et s'élève ensuite sur la croupe des montagnes qui bordent à l'est la vallée du Strymon, pour descendre dans la vallée de Négrecoup ; d'où elle va franchir le mont Pangée vers le village d'Yatofza, et le mont Bhodope vers celui d'Otloudgik, pour descendre avec un affluent de l'Hèbre, par les villages de Pestera «t d'Aladjalar, à Philippopolis ; mais cette route n'est praticable qu'en été , et elle est continuellement infestée par les voleurs, cantonnés dans le mont Pangée et dans le mont Bhodope.
Enfin deux autres routes, et ce sont les seules praticables pour de l'artillerie, mènent de Sérès à Constantinople par la Cavale. L'une y conduit par Àngista
et l'autre par Amphipolis. La première se dirige à l'est en sortant de la plaine de Sérès, traverse le bourg de Zigna renommé par ses belles cultures de coton , et va passer, entre le village de Rakova et celui d'Angista, une rivière qui descend de la vallée de Négrocoup, et qui, après avoir recueilli toutes les eaux de la plaine de Draina et de celle de Philippes, se détourne à l'ouest, pour aller se jeter dans le lac de Hakinos; Quelques voyageurs ont pris cette rivière pour le Stryirion, parce qu'elle descend comme la Djerma ef d'autres affluents de ce fleuve, du pied des montagnes, qui vont se pyramider au mont Scomius ; mais elle a un trop faible volume d'eau pour mériter ce nom; et elle n'en aurait même qu'un filet en été, si elle n'était l'égout de la plaine de Philippes, où naissent une infinité de sources, qui viennent grossir son cours.
Le bourg de Négrocôup, situé vers la source principale de la rivière d'Ângista, et le village de Vïoridoti, situé sur un affluent de l'ouest, sont de misérables bourgades, dont les habitants sont employés dans les mines de fer, exploitées dans les montagnes voisines; mais la ville de Dràma, l'ancienne Drabescus, située sur un autre affluent, au pied des montagnes qui sont à l'est, est une petite ville de cinq à six mille habitants , très-renommée par ses filatures et ses teintureries de coton.
On passe la rivière à deux lieues de Rakova sur un pont de pierre, et l'on s'élève en une heure au village d'Angista ; d'où l'on débouche vers celui de Gromista dans la plaine de Philippes.
Cette plaine a cinq à six lieues d'étendue du nord
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au sud sur trois à quatre de l'ouest à l'est. De petites collines, détachées les unes des autres, mais liées entre elles par leur base -, la séparent au nord de la vallée d'Angista et de la plaine de Drama, et au sud du rivage escarpé de la mer : à l'ouest elle est bordée par un groupe de montagnes qui se pyramident au Pounar-Dâg, et à l'est par un amphithéâtre d'autres montagnes, qui vont se rattacher vers le nord au mont Scomius. Sur ses bords sont des ravins formés par les torrents descendus des montagnes, et au milieu quelques rizières et de vastes marais environnés de joncs , dont les eaux ont de la peine à s'écouler dans la rivière d'Angista, à cause du peu d'inclinaison du terrain. Au sud -est s'élèvent des buttes factices, sur une desquelles sont les ruines de Philippes, et au sud-ouest des collines isolées, qui cachent la petite ville de Prava. On ne peut entrer dans cette plaine du côté du nord que par les défilés d'Angista et de Draina, et du côté du sud que par ceux de Prava et de Philippes. Il faut même, pour éviter les marais dont elle est couverte , quand on va d'Angista à Prava, la tourner vers l'ouest en côtoyant le Pounar*Dâg, et traverser une petite vallée latérale, ombragée par de très-beaux platanes i où l'on voit les villages de Palnor et de Dranitz, et d'où l'on va à Prava, à travers les ravins, qui bordent la plaine à l'ouest.
Prava est située au point où se croisent les routes d'Angista et d'Amphipolis. Celle de Sérès à Amphipolis se dirige au sud , côtoie le lac de Hakinos et va rejoindre la route de Thessalonique au village d'Yénikeuï, bâti dans un coude que fait le Strymon à sa
sortie du lac. Tout autour sont des ruines qui paraissent être celles d'Amphipolis, Le fleuve environnait la ville sur trois de ses côtés, et elle était défendue sur le quatrième par un mur, élevé entre les deux rives : ce qui rendait sa défense très-facile. Voilà pourquoi cette ville était autrefois regardée comme la meilleure forteresse de la Macédoine, et que les Athéniens et; les Spartiates se la disputèrent avec tant d'acharnement. Ce lieu est encore aujourd'hui une bonne position de passage. Le port d'Eïon, situé au-dessous d'Amphipolis, est maintenant enseveli au milieu des marais qui bordent la mer; et l'embouchure du fleuve n'est plus accessible qu'à de petits bateaux, parce que la mer a rongé la côte et y a déposé des bancs de sable.
On passe le Strymon devant Yéni-keuï, quand on vient de Thessalonique ; et laissant à droite sur les bords de la mer des salines qui fournissent du sel à toute la Macédoine, on se dirige à l'est et on s'élève sur un coteau agréablement boisé , pour descendre par une rampe rapide au bourg d'Orfano , dont la rade foraine sert aujourd'hui, comme celle de Rondine, de port à Sérès.
Au sortir d'Orfano, le chemin s'élève. sur d'autres collines également boisées; d'où il descend dans une vallée, d'environ cinq lieues de long, bordée de deux côtés par de hautes montagnes, dont les unes vont se grouper vers le nord au Pounar-Dâg, et présentent sur leurs pentes les villages de Courchova et de Moustégna, tandis que les autres en se prolongeant à l'est vont se terminer en une côte escarpée, qui sépare la plaine de Philippes des bords de la mer. Cette vallée offre sur plusieurs points des étranglements, qui sont au-
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tant de défilés, où l'on pourrait arrêter une armée. Le chemin sort enfin de ces défilés à travers une gorge étroite, au débouché de laquelle on trouve la petite ville de Prava , peuplée de deux à trois mille Turks et environnée d'un simple mur crénelé , tel qu'on en voit autour de toutes les petites villes de la Turkie européenne, exposées aux incursions des voleurs. Ces sortes d'enceintes ont ordinairement un plus grand développement que la ville même, et elles sont destinées à recevoir les habitants de la campagne et leurs bestiaux. Comme les voleurs dans leurs courses ne traînent point de canons avec eux et ne se battent qu'à coups de fusil , une simple muraille suffit pour les arrêter; et voilà pourquoi presque toutes les villes sont murées dans la Grèce, comme elles l'étaient chez nous dans les temps féodaux: c'est le résultat d'un mauvais système de police.
Il y a à Prava une fonderie de canons , où l'on emploie le fer exploité dans les montagnes voisines, et en particulier dans le Pounar-Dâg, qui recèle aussi dans ses flancs des mines d'argent et même d'or : ce qui a fait croire à quelques voyageurs que cette montagne était la cime principale des monts Pangées, d'où Philippe, père d'Alexandre, tira tant de richesses, quoique d'autres pensent avec plus de raison qu'il ne faut donner ce nom qu'à la sommité principale des montagnes, dont la plaine de Philippes est bordée à l'est et qui la séparent de celle du Nestus. Quoi qu'il en spit, toutes ces montagnes ne sont séparées entre elles que par la plaine élevée de Philippes , et se groupent toutes autour de ce massif, qui en se prolongeant vers le nord va se rattacher au mont Scomius et séparer la Macédoine de la Thrace. Ces montagnes ne sont