‹ Voyage militaire dans l'Empire Othoman, ou, Description de ses frontières et de ses principales défenses, soit naturelles, soit artificielles, avec cinq cartes géographiques (volume 2)Chapitre 40 sur 66 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

De l'Albanie et du golfe de Cataro.

L'Aous, que l'on franchit en entrant dans l'Albanie, n'a guère un volume d'eau plus considérable que l'Achéloûs, et peut être guéé presque partout; mais il fait dans son cours des coudes nombreux, et il serait difficile à une armée de le remonter , parce qu'au fond de chaque coude il y a des positions très- fortes, qu'on ne pourrait emporter, si elles étaient défendues.

La première est occupée par le fort de Tépéléni , situé sur la rive gauche du fleuve, vers son confluent avec le Célydnus : c'est une position de passage, qui

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ouvre la vallée d'Argyro-Castron , d'où ion s'élève sur le plateau d'Yanina par la rampe la moins roide et la route la plus faeile.*Cette route est la grande ligne de communication entre l'Epire et l'Albanie.

Le fort de Clissoura occupe le fond du second coude : il est situé sur la rive droite du fleuve à son confluent avec la Desnitza, et domine une gorge étroite et profonde, qui est, sur le littoral ionien de laGrèce, ce que le défilé de Tempe est sur le littoral égéen. Maître du défilé de Clissoura, on peut remonter la Desnitza jusqu'à ses sources vers le bourg de Staria , et s'élever ensuite sur la chaîne grecque, pour descendre en Macédoine avec la Biclista , le principal affluent de l'Haliacmon.

Au fond du troisième et du quatrième coude sont les deux petites villes d'Ostarçitza et de Conitza , où l'on ne parvient qu'en défilant dans une autre gorge de l'Aoùs, fermée par le fort de Prémiti. Les forts de Tépéléni , de Clissoura et de Prémiti arrêteraient donc aisément dans sa marche une armée qui voudrait reirtonter l'Aoùs; et quand cette armée aurait pris ou tourné toutes ces défenses artificielles, elle trouverait d'autres obstacles dans la nature du terrain , d'autant plus âpre et plus escarpé, qu'il s'élève davantage vers la crête de la chaîne grecque; mais dès qq'on est arrivé sur cette crête, on peut la franchir sur plusieurs points, et descendre en Macédoine avec le. Vénético , l'autre affluent de THaliacmon. Ce fut la multiplicité de ces avenues qui facilita à Paul -Emile l'entrée de la Macédoine : il feignit de se présenter àj'une, et il entra par une autre.

Deux chemins conduisent de la vallée de l'Aoùs dans

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l'Albanie : l'un suit le littoral , et l'autre traverse l'intérieur des terres. Le premier part d'Aulone, passe PAoûs vers les ruines d'Apollonie, l'Àpsus vers le village de Pyrgos, le Genusus vers les ruines d'Aspa* ragium, au bourg de Pékind, le Panyasus à celui de Cavaya; d'où il va à Durazzo en tournant la baie, de Pétra. Ce chemin est bon en été, et dans les temps $pcs ; mais il devient impraticable dans la saU son des pluies , parce que toutes les rivières de la côte inondent la plage et y forment des mares d'eau. Tout le littoral paraît d'ailleurs malsain et dépeuplé. On ne trouve quelques cultures qu'autour d'Apollonie , où il n'y a plus qu'un misérable couvent de moines, à la place de l'ancienne ville. Quoique ce lieu ait bien changé d'aspect, il offre cependant toujours une des plus belles positions de la côte, parce qu'il est aussi accessible de Brindes , qu'Aulone l'est d'Otrante , et qu'il ouvre la vallée de l'Aoûs, par où l'on va en Macédoine par la route la plus courte. La côte est partout ailleurs basse et marécageuse, et elle ne se relève que vers le bourg de Cavaya, à l'origine de la baie de Pétra , le point le plus accessible du golfe de Durazzo : c'est aussi vers ce point que les Romains avaient établi la base de leur principale ligne de communication avec la Grèce, et où commençait la voie Égnatienne , qui conduisait en Macédoine à travers les monts Candaves.

La route de l'intérieur part de Tépéléni ; et remontant l'Aoùs jusqu'au fort de Clissoura , elle s'élève avec un affluent de la Desnitza sur le mont Tomoros, pour descendre dans la vallée de l'Apsus vers Bérat.

L'Apsus , nommé maintenant Ergent , naît au-dessus

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du village d'Helmas, au pied de la chaîne grecque; et après avoir reçu sur sa droite un affluent venu de Voscopolis, il coule d'est en ouest dans une vallée profonde , qui ne s'ouvre que vers le bourg de Dubrîn; d'où il descend dans la vallée de Bérat, pour aller se jeter dans la mer vers l'étang de Tréboutchi.

Bérat est une ville de sept à huit mille habitants , située sur une colline qui domine une gorge dfej'Apsus et qui est elle-même dominée par les montagïïès voisines : c'est un* parallélogramme flanqué de tours et couronné par un fortin carré, servant de citadelle. La ville basse, ou le faubourg, est divisée par le fleuve en deux quartiers, liés entre eux par un pont de pierre, et elle est la résidence du pacha de l'Albanie inférieure ou méridionale. La vallée de Bérat est bien arrosée , et elle est fertile en grains et en pâturages.

Il y a un chemin qui de Bérat remonte l'Apsus jusqu'à ses sources vers le village d'Helmas ; d'où il s'élève sur la chaîne grecque , pour descendre avec le Biclista à Castorie. Un autre chemin remonte jusqu'à Voscopolis avec un affluent de l'Apsus et va traverser la chaîne grecque vers le bourg de Piatza aux sources du Génusus, pour descendre avec les eaux de l'Érigon à Flûrina ou à Monastir.

La petite ville de Voscopolis , située sur cette route et sur un affluent de l'Apsus, vers un des principaux débouchés de la chaîne grecque , était naguère le principal entrepôt du commerce de l'Albanie avec la Macédoine, et elle était peuplée de quatre ou cinq mille Grecs ; mais cette population a été détruite ou dispersée dans ces derniers temps {far les ïurks, et la ville ressemble maintenant à un désert : presque toutes les maisons sont détruites ou abandonnées.

Le chemin de Bérat à El-Bassan se dirige au nord , et traverse les montagnes, qui séparent le bassin de ' l'Apsus de celui du Génusus, par des sentiers très-difficiles, où il faut sans cesse défiler daus des gorges étroites et où Ton pourrait arrêter une armée à chaque pas. Cette partie de l'Albanie est très-montueuse.

Le Génusus, connu maintenant sous le nom de Scomhi? sort du lac de Drénovo au - dessus du bourg de Dévol , côtoie le pied des monts Candaves et va déboucher par un grand coude., au fond duquel est le village de Jurâd , dans la vallée d'El-Bassan ; d'où il descend dans la mer au-dessous du bourg de Pékind.

El-Bassan, l'ancienne Albanopolis, est située dans une plaine fertile , au pied des montagnes qui bordent la rive droite du Génusus et qui font partie du groupe des monts Grabatz. Cette ville n'est fermée que d'une simple enceinte crénelée , au milieu de laquelle on voit un petit fort flanqué de tours, où réside un pacha à deux queues, dépendant de celui de Bérat. On y fabrique des platines de fusil très-estimées, et on lui donne quatre à cinq mille habitants, la plupart musulmans, et les autres chrétiens.

El-Bassan est le point où se divisent les trois routes de Monastir, de Scoudari et de Durazzo. La première se dirige à l'est, et remonte le Génusus jusqu'au village de Jurâd et même jusqu'à celui de Cucusi, où elle se divise en deux branches : l'une tourne au sud les monts Candaves et remonte le fleuve jusqu'au bourg de Gortcha et même jusqu'à celui de Dévol; d'où elle s'élève sur la chaîne grecque vers le lac et le bourg de Drénovo , pour descenéfce avec un affluent de l'Érigon à Monastir: l'autre, tracée sur les vestiges de la voie

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Egnatienne, s'élève directement du village de Jurâd ou de celui de Cucusi sur la croupe des monts Candaves, d'où aile descend sur le lac Lychnidien vers le bourg de Stronga; et traversant le Drin à sa sortie du lac, elle va par Ochrida passer la chaîne grecque vers le bourg de Resna ou vers le lac de Presba, pour descendre à Monastir avec un autre affluent de l'Erigon.

La route de Scoudari se dirige au nord, et s'élève sur la croupe des monts Grabatz; d'où elle descend vers Tyran dans une grande' vallée, arrosée par l'Ismus qui va se jeter dans la mer au nord de Durazzo. Tyran est une petite ville d'environ trois mille habitants, •fermée d'un simple mur, auquel on a accolé un petit réduit, flanqué de tours, où réside le gouverneur. La vallée de Tyran est très-fertile : le fond en est cultivé en maïs et en riz , tandis que toutes les collines voisines, qui s'étagçnt jusqu'aux monts Grabatz, sont couronnées de vignes et d'oliviers.

Les monts Grabatz séparent les deux vallées d'El- Bassan et de Tyran , et peuvent être regardés comme les premiers gradins des monts Candaves qui soutiennent sur les flancs de la chaîne grecque le plateau d'Okrida , comme les monts Cassiopées soutiennent celui d'Yanina.

La route d'El-Bassan à Durazzo quitte celle de Tyran au pied des moûts Grabatz vers les sources du Panyasus , pommé maintenant Spirnatza , tourne à l'ouest, et va rejoindre vers le village de Séraso la route de Cavaya à Durazzo, l'ancienne Dyrrachium, en côtoyant les collines qui environnent la baie de Pétra.

Ce fàt sur ces collines et aftour de cette baie, que César dans sa campagne en Grèce construisit des lignes

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de circonvallatron , qui s'appuyaient des deux cotés1 à la mer et qui avaient quinze mille pas de développe* ment, pour .y enfermer l'armée de Pompée et la couper de Dyrrachium, où elle avait établi ses dépôts; mais ces lignes étant trop étendues, Pompée les rompit sur un point et força César dans ses retranchements. Celui-ci chercha alors à attirer son rival dans le cœur de la Grèce, pour le séparer de Dyrrachium. L'imprudent Pompée le suivit ; et au lieu de se tenir dans les montagnes pour y disputer le terrain à des troupes plus aguerries que les siennes, il compta trop sur la supériorité de sa cavalerie et se laissa conduire par les feintes marches de l'ennemi dans les plaines de la Thessalie, où César le vainquit par ses belles manœuvres.

César déploya dans cette campagne tous les talents d'un grand général» Le inonde connu était alors partagé en deux moitiés , l'une à César, l'autre à Pompée. Le premier occupait par ses lieutenants l'Espagne , la Gaule , l'Italie, l'autre par les siens Y Asie-Mineure, la Syrie et toute la côte septentrionale de l'Afrique. Entre eux était la Grèce , qui flottait incertaine , et où l'un et l'autre avaient des partisans. Pompée y passa le premier, pour y rallier les siens.

La péninsule de la Grèce est tellement échancrée sur son pourtour, qu'elle paraît comme divisée en trois autres péninsules : l'une bornée au nord par l'isthme de Corinthe, l'autre par une ligne tirée du golfe Ambracique au golfe Pélasgique, et la troisième par une ligne tirée du golfe d'Aulone au fond du golfe Therméen.

Quand on veut occuper la Grèce militairement, il est nécessaire d'occuper au moins un de ces trois

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isthmes. Pompée crut qu'en les embrassant tous les trois et en tenant la ligne de Dyrrachium à Thessalonique, il contiendrait aisément toute la péninsule, et il s'embarqua à Brindes pour venir occuper Dyrrachium; d'où il envoya Scipion, son lieutenant, à Thessalonique : il fit de ces deux villes ses places de dépôt et divisa «on armée en deux corps , l'un sous ses ordres directs en Albanie, l'autre sous ceux de Scipion. en Macédoine, tous les deux liés par les monts Candaves , dont il occupa le plateau.

César, qui était à la poursuite de Pompée, l'ayant manqué à Brindes, n'avait plus que deux partis à prendre, ou de le devancer dans le midi de la Grèce, pour y rallier ses propres partisans et revenir ensuite vers le nord combattre son rival, ou de le suivre immédiatement sur la cote d'Albanie , pour s'interposer entre la Grèce et lui , et le séparer tout d'un coup de la péninsule. C'est ce dernier parti qu'il préféra; mais ne pouvant descendre à Dyrrachium, occupé déjà par Pompée, il se dirigea sur Apollonie et descendit dans le golfe d'Aulone. Il s'empara d'abord du port d'Oricum , pour y abriter sa flotte, et se porta rapidement éur Apollonie, où il établit ses dépôts, comme Pompée avait établi les siens à Dyrrachium : il envoya ensuite Domitius son lieutenant dans la vallée de l'Haliacmon en Macédoine , pour y observer et y contenir Scipion. Quoiqu'avec une armée inférieure à celle de Pompée, il prit sur-le-champ l'offensive et marcha contre lui, pour lui couper ses communications avec la mer et le séparer de Dyrrachium, s'il restait dans la Candavie, ou pour le séparer de Scipion, en s'interposant entre eux, s'il accourait pour dé-

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fendra Dyrrachium. Pompée prit ce dernier parti, et vint au-devant de César jusque sur l'Apsus. Le fleuve seul séparait les deux armées : elles s'observèrent pendant quelques jours : ensuite Pompée décampa le premier et se replia sur Asparagium , pour se rapprocher de Dyrrachium. César le suivit , mais par un long détour, en remontant le fleuve pour aller chercher un gué, prit le bourg de Parthinium ; et ayant passé le Génu- $us , il vint présenter la bataille à Pompée, qui la refusa et alla camper sur le^ hauteurs de Pétra , pour couvrir Dyrrachium. César suivit ce mouvement, et vint établir son camp devant celui de Pompée, espérant lui faire abandonner cette position, ou, s'il y restait, lui couper ses communications par terre avec Dyrrachium. Pompée s'obstina à rester autour de la baie de Pétra, d'où il communiquait par mer avec sa flotte, et il s'y fortifia. Son camp était assis sur un plateau élevé, environné de collines escarpées. César s'empara de ces collines, les lia les unes aux autres par une ligne de retranchements et entreprit d'enfermer Pompée dans son camp x; mais la ligne de circonvallation ayant trop de développement, pour pouvoir être partout également défendue, Pompée la perça à une de ses extrémités et tourna le camp de César, qui se voyant débordé et craignant d'être coupé lui-même de sa ligne de communication avec Apollonie , se replia

i. Il n'y a que deux exemples dans l'histoire où une armée supérieure ait été assiégée dans son camp par une armée inférieure : le premier fut donné par César au camp de Pétra près de Dyrrachium, et l'autre par Frédéric au camp de Pirna près de Dresde.

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derrière le Génusus. Pompée le suivit dans ce mouvement, et atteignit son arrière-garde au passage du fleuve; mais César lui ayant dérobé une marche, Pompée désespéra de l'atteindre , et l'abandonna au passage de l'Àpsus» César changea alors son plan de campagne et résolut de porter le théâtre de la guerre du littoral ionien de la Grèce sur le littoral égéen , où Domitius son lieutenant guerroyait sans aucun résultat avec Scipion lieutenant de Pompée, pensant que si Pompée le suivait sur lé littoral égéen en se séparant de Dyrrachiutn , il pourrait le combattre dans le cœur de la Grèce à chances égales, et que s'il restait sur le littoral ionien, il pourrait lui-même après sa jonction avec Domitius, accabler Scipion seul, et revenir ensuite sur Pompée, pour l'accabler à son tour; mais craignant que Pompée ne prévît son dessein et ne le devançât dans la Macédoine par le chemin direct de la Candavie, tandis qu'il ne pouvait prendre lui-même que celui de l'Epire, il donna ordre à Domitius de venir au-devant de lui dans la Thessalie; et , pendant que Pompée, qui avait en effet deviné le dessein de son rival, traversait les monts Candaves pour aller joindre Scipion dans la vallée de l'Haliacmon, César ramassa tous ses dépôts à Âpollonie et prit lui-même le chemin de l'Épire, en allant passer la chaîne grecque vers les sources du Pénée, où il rallia à lui Domitius, et d'où il descendit par Eginium, Gomphiet Métropolis, dans les plaines de la Thessalie. Mais à peine eut-il débouché dans ces plaines, qu'il vit venir aurdevant de lui Scipion, qui était à la poursuite de Domitius et qui avait déjà occupé Larisse avec une forte garnison; et à peine eut-il refoulé Scipion sous les murs de cette ville, qu'il

vit accourir à lui Pompée descendant , comme Jupiter, du mant Olympç, à travers les défilés d'Oloosson. Jusque-là les deux rivaux , en s'attaquant et en se poursuivant tour à tour, s'étaient montrés dignes l'un de l'autre; mais César, en reprenant l'offensive sur Pompée, semblait avoir repris sur lui la supériorité. Toutes les armées, dispersées dans la Grèce , «'étant alors réunies dans le camp de l'un ou de l'autre, il ne restait plus aux deux chefs qu'à vider leurs différends dans une bataille. César en homme résolu alla la présenter à Pompée. Celui-ci hésitait à la recevoir, et demeurait renfermé dans son camp. Pour l'en faire sortir, César manœuvra devant lui, et sembla fuir pour le mieux attirer; mais comme la plaine de Larisse était ouverte de toutes parts et que Pompée lui échappait tantôt par un côté, tantôt par un autre, il chercha à l'attirer dans celle de Pharsale qui , étant cachée derrière les monts Cynoscéphales dans un coin de la Thessalie, n'offrait qu'une seule issue pour en sortir. César l'y conduisit par des marches habiles; et l'ayant rencogné au pied des monts Cynoscéphales, il Se plaça devant lui vers l'issue de la plaine. Alors Pompée ne pouvant plus en sortir, qu'en défilant devant César ou en lui prêtartt le flanc, s'il retournait en arrière, fut réduit à accepter la bataille et s'y prépara ; mais comme il vit l'armée ennemie ne se former que sur cinq rangs contre l'usage des Romains, il pensa qu'elle n'oserait pas l'attaquer de front, qu'il ne s'agissait que d'un combat de cavalerie, et il concentra toute la sienne sur son aile gauche pour tourner l'aile droite de César. Celui-ci , témoin de sa manœuvre , plaça six cohortes d'élite derrière son aile droite; et quand il vit la cavalerie de

Pompée imprudemment lancée et tournant son flanc droit, il fit sortir de derrière ce flanc les six cohortes d'élite, donna dans l'angle rentrant et affaibli de la ligne ennemie , et l'enfonça : disposition qui lui valut la victoire, et qui décida du sort de la campagne et de celui de l'empire.

La ville de Dyrrachium, appelée maintenant Durazzo, est située à l'extrémité de la baie de Pétra sur l'isthme d'une petite péninsule très - irrégulièrement découpée, et elle n'est fermée que d'une vieille enceinte flanquée de tours, presque exclusivement habitée par des Turks. Les chrétiens habitent au dehors un faubourg, qui favoriserait les approches. Cette ville, en y comprenant le faubourg, peut renfermer cinq à six mille habitants, et fait quelque commerce avec la côte opposée de l'Italie; mais son port, ouvert aux vents du sud, est peu sûr et ne peut recevoir que de petits bâtiments. Voilà pourquoi on lui préfère celui de Pétra.

Dyrrachium était, sous les Romains, le principal point de communication entre l'Italie et la Grèce; et c'était de ce point que partait la voie Égnatienne, qui traversait la vallée du Panyasus et, au sortir de cette vallée, les monts Grabatz, pour descendre vers Claudiana dans la vallée du Génusus, qu'elle remontait jusqu'aux défilés de Jurâd et de Cucusi; d'où elle s'élevait par Scampis sur le plateau du lac Lychnidien : elle traversait ensuite le Drin à sa sortie du lac, montait par Lychnidus sur la chaîne grecque vers Pylon et descendait par Héraclée dans la vallée de l'Erigon; d'où elle s'élevait par Cellœ sur le plateau du Loudias, pour redescendre par Édesse à Pella et

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aller de Pella à Thessalonique, en passant l'Axius à Géphira. C'est la plus belle route qui ait été construite dans la Grèce, et elle l'avait été si solidement, qu'on en découvre encore à chaque pas des vestiges ^ quand on va de Durazzo à Thessalonique par le chemin d'Ochrida.

Durazzo est encore aujourd'hui le point où se divisent les principales routes de la Grèce, et en particulier celles d'Ochrida et de Scoudari. La route d'Ochrida se dirige à l'est sur les traces de la voie Égnatienne, traverse la vallée d'El-Bassan, remonte le Génusus jusqu'au défilé de Jurâd , et s'élève vers les ruines de Scampis sur le plateau des monts Candaves , pour descendre vers le bourg de Stronga sur le lac d'Ochrida. C'est la route directe de la Macédoine.

La route de Scoudari se dirige au nord et se divise, au sortir de Durazzo, en deux branches. L'une traverse l'intérieur des terres : et laissant sur la droite le chemin de Tyran, elle v^ par le bourg de Présa à la petite ville de Croïa , située sur les flancs des montagnes qui séparent la vallée de l'Ismus de celle de la Mathia; d'où elle descend par le boifrg d'Ichmid à Alessio. L'autre côtoie le littoral et va par les villages de Sciak et de Scala traverser l'Ismus vers le village de Moïch, et la Mathia vers celui de Goura, pour s'élever à Alessio en remontant le Drin.

Croïa, ou Ak-Séraï, patrie de Skander-Bey, est peuplée de cinq à six mille habitants, la plupart chrétiens du rit latin, et elle s'élève en amphithéâtre, au pied d'une hauteur couronnée par un vieux fort, qui domine la ville et qui est lui-même dominé des montagnes voisines.

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