CHAPITRE VI
Des lignes de la Save et de la Drave.
La Koulpa, en descendant de la chaîne illyrique dans la Save, coupe la Croatie par le milieu, et la Save, en descendant de la Croatie dans le Danube, sépare la Bosnie de TEsclavonie. La Koulpa est l'affluent de la Save, qui se rapproche le plus de l'Adriatique, puisque sa source n'est qu'à six lieues du golfe de Fiume; mais cette rivière, quoique considérable dès sa naissance, peut être franchie presque partout, et n'a
comme ligne militaire qu'une faible importance : la ligne de la Save au contraire en a une grande , parce qu'elle couvre la Hongrie et même l'Autriche, et la ligne de la Drave en a une plus grande encore 9 parce qu'elle présente un plus gros volume d'eau.
La ligne de la Drave n'est séparée de celle de la Save que par le mont Loïd, qui appuie sa tête au grand coude que fait la chaîne illyrique en tournant le golfe Adriatique pour aller s'unir aux Alpes, et qui verse d'un côté la Save et la Drave dans le Danube, et de l'autre l'Izonzo et le Tagliamento dans l'Adriatique. A l'angle intérieur du coude est Trieste , et à l'angle extérieur, d'un coté Krainburg sur la Save, et de l'autre Villach sur la Drave. La Croatie et l'Esclavonie occupent les deux versants de la Save et de la Drave et présentent un triangle acutangle, dont le mont Loîd occupe la base et dont les deux cotés vont se terminer au Danube vers Belgrade, l'un en suivant le cours de la Save jusqu'à son embouchure, l'autre le cours de la Drave jusqu'à Essex et le cours du Danube depuis Essex jusqu'à Semfin.
Tout l'intérieur du triangle est hérissé de montagnes plus ou moins élevées, ayant toutes leurs racines au mont Loïd et s'abaissant toutes graduellement jusqu'au sommet du triangle, où commence un terrein bas et marécageux, qui environne les ruines de Syrmium, et rend de ce côté l'accès des deux rivières difficile et même périlleux pour une armée; mais la vallée supérieure de la Save et celle de la Drave sont plus accessibles, et n'offriraient guère de difficultés que celles d'un terrain très-accidenté. La vallée de la Save audessus du confluent de l'Ounna peut être comparée à
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un éventail, dont les différents affluents forment les branches, et dont Sissek est le nœud. En se plaçant vers ce nœud, une armée peut remonter en quelques .marches les vallées de la Koulpa, de la Laybach et même de la Save , et après avoir franchi la chaîne des montagnes à Hydria ou à Tarvis, descendre avec Plzonzo ou avec le Tagliamento en Italie.
La vallée supérieure de la Drave serait, il est vrai, plus difficile à remonter, parce qu'elle est plus longue et qu'elle est défendue par la forteresse de Clagenfurt ; mais elle ouvre, par la Mûehr, son principal affluent, un débouché sur l'Autriche, qui n'est défendue de ce côté que par la forteresse de Gratz. Les autres places, situées sur les deux lignes, telles que Gradiska, Brod et Semlin sur la Save, Varadin et Essex sur la Drave et Pétervardin sur le Danube, ne sont que de vieilles forteresses, mieux défendues par les marais, que par les fortifications qui les entourent. Aucune de ces places ne pourrait arrêter une armée dans sa marche, et celles qui seraient capables de lui opposer quelque résistance, comme Carlstâd et Bellovar, situées, l'une sur la Koulpa, et l'autre entre la Save et la Drave, pourraient être aisément tournées. La frontière de l'Autriche , du côté de la Turkie , est donc très-faible sous le rapport de l'art; mais elle a été renforcée par un cordon de troupes permanentes, ou par des color nies militaires, qui remplacent les forteresses : ce sont des corps vivants substitués à des corps morts!
Les colonies militaires de l'Autriche, autrement nommées les Généralats, s'étendent depuis la Croatie jusqu'à Semlin, le long de la Save, et depuis Semlin jusqu'à Orsova, le long du Danube; d'où elles font le
tour des monts Carpathes, en séparant la Hongrie et la Transylvanie de la Valachie et de la Moldavie. Leur étendue est évaluée à 62 milles allemands, et on leur donne une population d'environ a 00 mille individus, parmi lesquels tous les mâles sont enrôlés pour le service militaire. Cette armée, stationnée sur les frontières turkes, est composée, comme l'armée régulière, de régiments de différentes armes, mais principalement de cavalerie légère ou de hussards, et elle ne coûte presque rien à l'Autriche, parce qu'on a assigné à chaque soldat un lot de terre pour son entretien : les officiers seuls sont payés en argent. Chaque soldat peut se marier, et tous les enfants mâles sont enrôlés en naissant. A 16 ans ils deviennent surnuméraires; à j8, soldats; à 5o, demi -invalides, s'ils n'ont point d'infirmités, et s'ils ont quelque infirmité, invalides. Les enfants et les invalides ne font aucun service; mais les surnuméraires et les demi-invalides font le service du cordon militaire, et les soldats seuls font la guerre et vont partout où ils sont appelés.
Le gouvernement des Généralats est purement militaire. Le général a le commandement suprême et réunit tous les pouvoirs. Les colonels commandent les régiments et font l'office d'inspecteurs, tandis que les Capitaines des compagnies font celui de juges et de magistrats municipaux. La portion de terre assignée à chaque famille est indivisible et passe ordinairement du père à un des enfants mâles, avec l'agrément du prince; et quand il n'y a pas d'enfant mâle, elle retourne au prince, qui en dispose en faveur d'un enfant mâle d'une autre famille.
Chaque soldat vit en temps de paix sur sa portion
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de terre, avec sa femme et ses enfants, libre de tout autre soin que de celui des exercices militaires; mais comme il a peu de communications avec les peuples voisins et même avec ses camarades, il vit dans un état d'isolement presque sauvage. Rien ne paraît si triste et si misérable que les habitations de ces familles isolées : ce sont de simples cabanes de terre ou d'osier, ouvertes de toutes parts aux injures de l'air, n'ayant pour tout meuble qu'une chaudière de cuivre et une natte de joncs, souvent couverte de pous. Au milieu de la cabane est un foyer, dont la fumée s'enfuit par une ouverture pratiquée au toit, et où l'on cuit un mauvais pain de maïs ou d'orge. Les plus aisés font leurs repas de ce pain découpé dans du lait : les autres vivent d'herbages ou de racines : jamais de viande, pas même de légumes secs. Une nourriture aussi chétive et des besoins aussi bornés rendent les hommes paresseux : ils ne cultivent que les meilleures terres, et ce n'est que dans les meilleurs pâturages qu'ils élèvent des troupeaux; mais ils ne les multiplient pas, parce qu'il leur faut vendre les élèves, pour acheter du maïs. Les femmes filent la laine des troupeaux et font avec cette laine des tissus grossiers pour les vêtements. Il n'y a sur cette frontière aucune autre industrie, ni agricole ni manufacturière : point d'usines, point de machines en mouvement, presque point d'autre bruit que celui des armes à feu. Quelques groupes d'hommes faisant l'exercice ou l'enseignant à des enfants, quelques femmes accroupies au coin des maisons ou errant à l'entour comme des ombres, de tous côtés une morne solitude ou le silence des tombeaux, tel est l'aspect des villages. Celui des campa-
gnes est aussi triste : quelques bouquets de maïs clairsemés, quelques prairies dans les bas» fonds, presque point d'arbres ni d'arbrisseaux, partout des terres vagues et d'éternelles bruyères. Il semble que cet état de misère aurait dû rapetisser l'espèce humaine : nulle part cependant on ne voit des hommes d'une plus belle apparence : ce qui les distingue, c'est la hauteur de leur stature, leur teint hâlé, leurs moustaches épaisses et leurs cheveux plies en tresses ou en papillottes. Ils marchent tout armés, et cependant il est rare qu'ils se servent de leurs armes pour commettre des crimes; mais c'est que la justice militaire, plus prompte que la foudre, arrête tous les bras. Le Croate est, comme le Morlake , implacable dans ses haines ; mais il pousse comme lui l'hospitalité jusqu'au respect : vindicatifs et hospitaliers, tels sont tous les peuples barbares et surtout ceux des frontières militaires de l'Autriche.
Les colonies militaires, répandues sur les frontières, peuvent convenir aux grands états despotiques, où l'armée ne peut se transporter aisément du centre à la circonférence; mais elles ne peuvent pas convenir aux autres états , parce qu'elles dégradent l'homme et l'avilissent. Les nations civilisées ne doivent donc plus en établir, ou n'en établir, comme les Grecs et les Romains, qu'au milieu des peuples barbares pour les civiliser et les affranchir à leur tour, dès qu'ils sont devenus assez forts, pour se conserver eux-mêmes sans le secours de la métropole.
Quoi qu'il en soit, les colonies militaires des Généralats forment aujourd'hui presque la seule défense des frontières autrichiennes du côté de la Turkie, et surtout du côté de la Croatie et de l'Esclavonie. La Turkie fait
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vers cet angle de terre une pointe sur l'Europe, qui s'avance jusque sur les marches de l'Italie et de l'Allemagne; et ces marches, mal défendues par des places fortes, ne peuvent l'être bien que par une population guerrière : c'est ce qui fait du cordon des colonies militaires le plus sûr rempart de l'Autriche.
L'attaque par les lignes de la Save et de la Drave était autrefois plus favorable aux Turks qu'aux Autrichiens, parce qu'en s'établissant dans l'Esclavonie et en forçant un passage sur la Drave, les premiers s'ouvraient un chemin jusqu'à Vienne, dont ils n'étaient plus séparés que par la ligne du Raâb : or la ligne du Raâb avait pour eux cet avantage, qu'ils pouvaient aisément s'y maintenir, parce qu'y étant enfermés de tous côtés, comme dans une île, par la Muëhr, la Drave et le Danube , ils n'avaient jamais que la corde de l'arc à défendre, tandis que les Autrichiens avaient l'arc tout entier» Aussi ce fut par ce côté que le sort de la monarchie autrichienne fut deux fois compromis. Sultan Soliman en ifag et le grand vizir Cara- Moustapha, en i683, après avoir forcé la ligne du Raâb, vinrent mettre le siège devant Vienne; et cette capitale eût infailliblement succombé la seconde fois, si le Danube ne lui eût mieux servi de rempart que le Raâb. Vienne n'était alors fermée que d'une simple enceinte bastionnée , telle à peu près qu'on l'a vue de nos jours; mais comme elle était bordée sur ses faubourgs par le Danube, les Turks ne purent l'investir sans embrasser ce fleuve. Une partie de leur armée fut donc obligée de passer sur la rive gauche et de s'y établir; c'est ce qui donna à Sobieski le temps d'accourir du fond de la Pologne au secours des as-
sièges. Effrayés à l'approche des Polonais , les Turks ne reçurent pas seulement la bataille : ils tournèrent le dos et se débandèrent, dès qu'ils virent paraître l'éten dard de Pologne sur la montagne de Kalemberg.
La ligne du Raàb n'a été percée que deux fois par les Turks; mais il est probable quelle l'eût été plus souvent, si le siège de la monarchie autrichienne n'avait pas été établi si près d'elle: en sorte que cette monarchie a été sauvée, par où l'Europe l'a cru deux fois perdue. Que l'on considère en effet la situation respective des deux points de départ , qui sont d'un côté Vienne, de l'autre Constantinople , et l'on verra que le voisinage de Vienne -compense seul pour les Autrichiens l'infériorité de la frontière commune. La ligne d'opération est très -courte pour eux, et a pour elle la faveur des eaux, tandis qu'elle est trèslongue pour les Turks , et a contre elle les eaux et les montagnes.
Montécuculli conseillait de son temps aux Autrichiens de garder la défensive sur la Save , et de prendre l'offensive sur le Danube. Si j'osais contredire un aussi grand général, je leur conseillerais tout le contraire. Les Autrichiens peuvent, il est vrai, s'emparer aisément de la Valachie et de la Moldavie, dont ils occu* pent tous les débouchés; mais dès qu'ils ont passé le Danube, ils ne peuvent plus franchir la chaîne mœsique, sans se faire enfermer dans le bassin de l'Hèbre; au lieu qu'en partant de la Save, ils peuvent remonter tous ses affluents , tourner la Bosnie et remonter jus* qp'aux cols de la chaîne illyrique, pour descendre dans l'Albanie ou dans la Macédoine avec la Moracca ou avec l'Axais, en occupant l'isthme de la Grèce, sans craindre d'y être enfermés par les Turks.
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Il faut avouer cependant que l'attaque par la Bosnie ne frappe les Turks que sur les doigts, et qu'il faudrait marcher sur la**Thrace, si on voulait les blesser au cœur; mais l'attaque contre la Thraceme pourrait réussir , qu'autant qu'elle serait secondée par une diversion en Bosnie, tandis qu'une attaque contre la Bosnie n'a plus d'inconvénients, depuis que les Autrichiens occupent la Dalmatie.
Dans l'état actuel des deux frbntières, la vallée de la Save est aujourd'hui plus favorable aux Turks dans une attaque contre l'Italie, et la vallée de la Drave leur est plus favorable dans une attaque contre l'Autriche. La Muëhr, le principal affluent de la Drave, est facile à remonter , parce qu'elle n'est défendue que par la forteresse de Gratz; mais en leur ouvrant par Neustâd la plaine de Vienne et par Rotman la vallée de l'Ens, la Muëhr ne leur donne que des débouchés sur l'Autriche; et s'ils en cherchaient sur l'Italie, il leur faudrait remonter la Drave jusqu'à ses sources, percer le Tyrol par la queue et déboucher en Italie par la partie de la chaîne la plus âpre et la plus pauvre en subsistances, enfin trop exposer leur flanc droit aux coups de l'ennemi ; au lieu qu'en remontant la Save, ils appuient leur droite au grand contre-tfbrt du mont Loïd, leur gauche à la chaîne illyrique, et peuvent descendre en Italie avec Tlzonzo par la route la plus courte. C'est le chemin qu'ils ont suivi une fois, et qui les aurait placés à la tête de l'Italie, si les Vénitiens ne les eussent repoussés au-delà des monts.
La route par la vallée de la Save n'est pas seulement la plus courte pour une armée venant de la Bosnie et marchant en Italie, elle est encore la plus
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aisée pour une armée qui viendrait de l'Italie et qui marcherait contre la Hongrie, en tournant l'Autriche. C'est par cette route que les Françatt', maîtres de la Lombardie et du nord de l'Italie, auraient pu dans les dernières guerres donner la main aux Turks, s'ils avaient voulu agir de concert avec eux contre l'Autriche , et non par de simples diversions , comme ils l'avaient fait autrefois. Il est vrai qu'on ne peut s'avancer sur le littoral de l'Adriatique, qu'après avoir masqué tous les débouchés de la chaîne des Alpes, et qu'on chemine ensuite péniblement à travers ces grandes plaines qui terminent l'Italie, et qui, onduleuses et boisées au pied des montagnes, nues et graveleuses audessous, deviennent fangeuses aux approches de la mer, et sont sillonnées par de larges et rapides torrents; mais dès qu'on a passé la Brenta, la Piave et le Tagliamento, on peut remonter l'Izonzo, et après avoir traversé les Alpes Juliennes vers Hydria ou Tarvis, descendre dans l'Autriche avec la Drave ou avec la Save. De toutes les communications de l'Italie avec l'Autriche, celle-là sans contredit est la plus facile : on dirait que les Alpes se sont abaissées exprès pour l'aplanir; et si les Turks, dans leurs guerres contre les chrétiens, avaient cherché à percer la ligne de l'Izonzo, au lieu de s'obstiner à percer celle du Raàb et à attaquer de front la monarchie autrichienne, peut-être auraient- ils conquis l'Italie et après l'Italie le reste de l'Europe.
Ce fut par cette route que Bonaparte, en 1797, pénétra dans le cœur de l'Autriche et jusqu'aux portes de Vienne. Après avoir conquis la haute Italie , passé l!Adige, la Brenta, la Piave et balayé toutes les vallées, qui
apportent leurs eaux dans ces fleuves, il parut comme la foudre aux yeux des ennemis étonnés, sur le Tagliamento, torrent impétueux qui se précipite du sommet des Alpes Juliennes, et se répand dans une plaine vaste et nue où il se divise en une infinité de bras, ressemblant à autant de rivières1. L'archiduc Charles, le meilleur général de l'Autriche, était accouru des bords du Rhin sur ceux du Tagliamento , pour arrêter la marche rapide des Français : il était campé sur la rive opposée dans une vaste prairie, où sa nombreuse cavalerie évoluait avec la plus grande facilité. Il fallut l'attaquer de front et aller à lui à travers le large torrent et une immense artillerie, qui tonnait sur ses bords. Jamais passage de rivière ne fut exécuté d'une manière aussi hardie. L'armée française se mit en marche sur trois divisions, chaque division ayant sur son front un régiment d'infanterie légère, soutenu par deux bataillons de grenadiers et flanqué par des dragons. Les régiments de ligne suivaient par échelons avec des escadrons de cavalerie dans les intervalles : ils avaient chacun leurs premier et troisième bataillons, ployés en colonnes sur les ailes du second : l'artillerie était répandue sur les flancs et suivait le mouvement général de l'armée, qui traversa le torrent, sans déranger sa ligne, comme si elle eût manœuvré sur un terrain uni le jour d'une parade. Son déploiement sur la rive opposée fut aussi prompt qu'imposant. L'archiduc, qui sur ce sol dé-
i Fontem superare Timavi,
Undè per ora novem, vasto cum murmure montis, It marc praeruptum , et pelago premit arva sonanti.
(^Sw.,lib. I.)
couvert voyait pour la première fois l'armée d'Italie, qu'on lui avait représentée comme une armée de bandits sans discipline, et qui pouvait d'un coup d'oeil embrasser l'ensemble de son mouvement, ne put s'empêcher de rendre hommage à son chef, en s'écriant, comme autrefois ce général romain à l'aspect de l'armée de Pyrrhus : Ce ne sont point là des Barbares.
En vain il charge cette armée, à mesure qu'elle se déploie, en vain il la tâte sur tous les points et cherche à la déborder, il est partout repoussé, mis en déroute et dans son désordre obligé de repasser les Alpes. Bonaparte le suit en remontant le Tagliamento et l'Izonzo, l'atteint à Tarvis sur cette haute et âpre crête qui fléchit autour de l'Adriatique, le précipite du haut des monts; et pareil à l'orage qui frappe les montagnes et inonde la plaine, il descend dans les vallées de la Save et de la Drave, et se répand comme un torrent dans le bassin de Clagenfurth. L'ennemi plie de toutes parts, et se sauve précipitamment dans la vallée de la Muëhr, à travers les gorges de Freysach. Les Français le poursuivent jusqu'aux débouchés des montagnes vers Neûmark, entrent victorieux dans Judenbourg et Brouk, et ils l'eussent poursuivi jusque dans te bassin du Danube et dans la plaine de Vienne, dont ils n'étaient plus séparés que par les derniers chaînons des Alpes et par les défilés de Neustâd , s'ils n'avaient été arrêtés par l'armistice de Léoben , qui précéda îa paix de Campo-Formio.
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