CHAPITRE VIL
De la ligne du Danube.
La ligne du Danube va de l'embouchure de la Save à celle du Timok, en séparant la Servie de la Hongrie, et de l'embouchure du Timok à la mer Noire, en séparant la Bulgarie de la Valachie.
Le Danube, le plus grand fleuve de l'Europe, est formé de deux principaux affluents ; l'un descend mollement du mont Obnuba, une des montagnes de la forêt Noire et traverse en serpentant les deux plus belles vallées de la Souabe et de la Bavière : l'autre, plus connu sous le nom de l'Inn, se précipite comme le Rhin du haut du mont Brenner, traverse avec fracas les montagnes du Tyrol , dont il ronge et déchire les flancs, et va se jeter dans le Danube vers Passau, au pied de la chaîne des monts Carpathes. Resserré entre cette chaîne et celle des Alpes , le fleuve coule à travers l'Autriche dans une. vallée profonde; d'où il sort, vers Presbourg, pour entrer dans le bassin demicirculaire de la Hongrie , dont l'arc, est forrçié par les monts Carpathes, et le diamètre par les montagnes qui se prolongent depuis les Alpes jusqu'à la mer Noire : ce qui fait présumer que ce bassin n'était au*
as.
trefois qu'un grand lac, dont Mes eaux ont fini par s'ouvrir une issue dans la mer Noire, à travers les montagnes qui liaient jadis la chaîne illyrique aux monts Carpathes; et l'histoire fabuleuse des Argonautes , que l'on fait revenir de la Colchide à travers la mer Noire, en remontant le Danube jusqu'à ce lac, et descendre ensuite par un court portage à travers la chaîne illyrique dans l'Adriatique et de l'Adriatique dans la mer Ionienne, semble prouver que la vallée du Danube n'est plus la même aujourd'hui qu'elle fut autrefois. La chaîne des Alpes et celle des monts Carpathes, après s'être écartées l'une de l'autre vers le confluent du Raâb , se rapprochent de nouveau vers celui de la Save, et le Danube coule à travers les deux chaînes jusqu'à Orsova, où les monts Carpathes fuyant vers le nord, le fleuve se courbe vers le sud, et court parallèlement à la chaîne mœsique , pour aller se jeter au-dessous de Silistrie dans la mer Noire.
Semiin, qui termine la ligne de la Save, est situé dans l'angle formé par la Save et le Danube à leur confluent, et Belgrade, qui commence la ligne du Danube , est située au sommet extérieur de cet angle. Cette forteresse a la forme d'un triangle irrégulier, dont un côté est couvert par la Save , un autre par le Danube, et le troisième, courbé en arc vers la campagne, l'est au sommet de sa courbure par un ouvrage à couronne dit le château. Vers le confluent des deux fleuves est une citadelle, assise sur un mamelon assez régulièrement fortifié : la ville est entre le château et la citadelle, et elle est fermée d'une enceinte bastionnée sur le front de la campagne , et simplement brisée par des crochets et des redans sur les deux autres
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fronts. Ces deux fronts sont les plus faibles, et ce fut par là que le prince de Ligne attaqua la place en 1789, tandis que le maréchal de Laudon l'attaquait sur le front de la campagne. Laudon n'eut aucun succès, parce que ses batteries trop éloignées ne firent qu'effleurer le parapet de l'ouvrage à couronne, qui, à cause de son peu de relief, ne pouvait être battu que de la crête du chemin couvert; mais le prince de Ligne prit la ville en la battant par le front de la Save, et en la couvrant de feu. Des deux côtés on montra dans ce siège plus de courage que d'art, et la place fut aussi mal attaquée que mal défendue. Les Autrichiens se placèrent mal dans leurs lignes sur le front de la campagne, où ils étaient dominés de 4° toises par le château : ils manquaient de terre, et ne pouvaient se couvrir : ils ne donnèrent à leur parapet que neuf pieds de haut , tandis qu'ils auraient du lui en donner douze, pour se garantir des coups plongeants. Ce parapet, n'ayant que peu de base, se terminait en une crête aiguë, et ne couvrait les assiégeants qu'à l'œil : les Turks auraient donc dû, avec leur nombreuse artillerie , les écraser : ils auraient dû au moins arrêter les travaux, lorsqu'on les fesait, ou les raser, dès qu'ils étaient faits. Ils se contentèrent, pendant toute la durée du siège, de tirailler dans les rues et dans les carrefours, et de s'étourdir par la vaine décharge de leurs armes; et ce ne fut que lorsque la flamme eût dévoré leurs maisons, qu'ils demandèrent à capituler. Ces hommes attendaient stupidement la mort , et ne savaient pas la donner. Belgrade depuis ce siège n'a pas plus de vingt mille habitants. Du mamelon, couronné par la citadelle, s'élève une
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lisière de hauteurs qui s'étend le long de la Save et qui se replie ensuite vers le Danube, pour former la tête des lignes, jadis occupées par le prince Eugène. Ce front, compris entre les deux fleuves, est le seul accessible à une attaque régulière; mais on peut en défendre les approches, parce que tout le terrain environnant est onduleux et haché, et qu'il se prête à la chicane.
Le rôle des Turks est aujourd'hui de se défendre; mais s'ils osaient jamais attaquer, Belgrade devrait être leur point de départ, parce qu'ils peuvent remonter de là la Save et la Theïsse ou le Tibisque, et s'ils sont repoussés, pivoter sur ce point.
Le Danube coule depuis Belgrade jusqu'à la mer parallèlement à la chaîne mœsique. Sa direction la plus constante est donc d'ouest en est; mais il se courbe de temps en temps vers le sud, et lie prend une autre direction, que lorsqu'il rencontre à Silistrie les montagnes qui se détachent du mont Hœmus et qui le repoussent vers le nord : en sorte qu'il décrit dans son cours un arc immense dont la courbure est sur la rive droite, et la corde sur la rive gauche. Mais si la rive gauche est pour cette raison plus favorable aux mouvements d'une armée , elle leur est aussi moins favorable sous un autre rapport : elle est presque partout basse et marécageuse, tandis que la rive droite est élevée et bordée de coteaux. Le fleuve, après avoir reçu le Tibisque et la Save , coule dans un lit de 35o toises de largeur moyenne sur une profondeur de trois, et file 4*°o° toises à l'heure; mais il ralentit son cours en s'approchant de la mer, et ne parcourt plus que 3,ooo toises vers son embouchure. En gé-
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néral, le Danube a moins de pente que le Rhône et le Rhin, puisque, venant des mêmes montagnes, il a un cours plus long, et qu'il tombe dans une mer plus élevée.
Belgrade est la meilleure forteresse turke de toute la ligne du Danube. Les autres forts, que l'on trouve sur cette ligne depuis Belgrade jusqu'à Sémendrie et au confluent de la Morava , ne sont que des palanques> ou de simples tours terrassées et tout au plus de simples enceintes, flanquées de tours. Sémendrie même n'a d'importance que comme position de passage, parce qu'elle est située vers le point, où se croisent les deux routes de Nissa et de Silistrie.
La route de Nissa remonte la Morava jusque vers Jagodin et même jusqu'à Stolatz, vers le confluent des deux Morava , où elle se divise en trois branches : l'une, en se courbant à l'ouest, remonte la Morava occidentale et va par Karanovatz et Usitza à Vitchgrad en Bosnie : la seconde, en se dirigeant au sud, remonte la Morava orientale et va par Précopia et Vrana traverser la chaîne mœsique, entre le mont Scardus et le mont Orbélus, pour descendre avec l'Axius à Uscup, ou la traverser entre le mont Orbélus et le mont Scomius, pour descendre avec le Strymon à Guestendil. C'est la route de la Macédoine. La troisième ou la route de la Thrace fléchit plus vers Test, remonte la Nissava, un des affluents de la Morava jusqu'à Nissa; d'où elle s'élève sur le plateau de l'Escus vers Sophia , pour aller franchir la chaîne mœsique vers Ichliman , entre le mont Scomius et le mont Hœmus , et descendre avec l'Hèbre à Philippopolis : c'est la route de Constantinople. Nissa , que Fon trouve sur
cette route, est l'ancienne Naïssus, patrie de Constantin, et Tune des principales villes de la Servie : elle occupe les deux rives de la Nissava, que l'on y passe sur un pont de pierre , de cent toises de large , et elle est, comme Sophia, un des lieux de rassemblement de l'armée turke, dans les guerres contre l'Autriche; mais elle est mal fortifiée et n'est fermée que d'une simple enceinte, flanquée de tours, au milieu de laquelle est un réduit qui domine la ville et qui lui sert de citadelle. On lui donne f 5 à 18 mille habitants, la plupart Turks : c'est une belle position de passage, qui pourrait servir, comme Sophia, de noyau à un camp retranché.
La Morava, la principale rivière de la Servie , est formée de deux affluents , qui descendent l'un de la plaine élevée de Pristina , l'autre de celle de Vrana , et qui , après avoir embrassé dans leur cours le plateau de la haute Servie, unissent leurs eaux au-dessous de Kruschovatz, pour aller se jeter par un canal commun dans le Danube entre Sémendrie et Passarovitz. La Servie forme ainsi un plan incliné, qui s'abaisse graduellement du sud au nord depuis la chaîne mœsique jusqu'aux bords du Danube; mais ce plan tout hérissé de montagnes, surtout dans sa partie inférieure, est brisé lui-même en deux autres plans d'un niveau très-inégal , dont le plus élevé ne paraît être qu'un prolongement de celui de la Bosnie, tandis que l'autre d'un niveau fort inférieur présente une zone de terrain, qui borde le Danube depuis l'embouchure de la Save jusqu'à celle du ïimok.
On donne à la Servie une superficie de plus de deux mille lieues carrées et une population de 5 à 600 mille
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individus, parmi lesquels on compte 4 à 5oo mille chrétiens du rit grec, et environ ioo mille Turks, qui habitent les trois gouvernements militaires de Pristina, de Nissa et de Belgrade. Cette province jouit, comme la Valachie, d'une espèce de gouvernement autonome sous la suzeraineté du sultan; et c'est à l'ombre de ce gouvernement que les Serviens ont acquis plus de liberté et qu'ils paraissent plus civilisés que les autres chrétiens de la Turkie : ils paraissent aussi plus aisés, et à la guerre ils sont aussi braves que les Turks : ils sont même plus susceptibles d'exaltation, et aucune troupe n'est plus aisément enlevée ni plus propre à la charge. On pourrait en faire d'excellents soldats.
Toute la rive droite du Danube, depuis l'embouchure de la Save jusqu'à celle de la Morava, est élevée et couronnée de coteaux, qui produisent un excellent vin : c'est le morts aureus ou le mont d'Or de la Mœsie; mais la côte s'abaisse ensuite pour laisser passer d'abord la Morava, et puis la Mlava, au-delà de laquelle les montagnes mœsiques-, devenues plus abruptes, repoussent le Danube sur sa rive gauche, encaissent son lit et y laissent à nu des roches granitiques , annonçant la rupture d'une autre chaîne , qui bordait autrefois le bassin de la Hongrie et liait la chaîne mœsique à celle des monts Carpathes. Le courant est si rapide vers le point de la rupture, que les bateaux ne peuvent remonter qu'à la traîne. D'énormes roehers sont cachés sous l'eau, et quelquefois se montrent à sa surface : partout on aperçoit des tournants et des écueils. Les deux rives s'escarpent également, et bordent l'une les défilés qui communiquent de la Hongrie dans la Valachie, et l'autre, ceux qui
communiquent de la Servie dans la Bulgarie. Le chemin est creusé sur les deux rives dans les flancs des rochers. Celui de la rive droite a été construit en forme d escalier par Trajan, comme l'atteste une inscription encore existante; et celui de la rive gauche serpente au pied d'une roche énorme , où l'on montre la grotte de Vétérani, célèbre par la belle défense du major Stein.
Le fleuve fait à l'entrée de ces défilés un grand coude vers le nord, qui embrasse la riante presqu'île de Cladova, l'apanage ordinaire d'une sultane. Au fond du coude est la forteresse turke d'Orsova, située à l'issue des défilés, dans une petite île du Danube, qui sépare la Hongrie de la Valachie : c'est un carré long, brisé par des redans et flanqué de quatre bastions, construit par ce général Tosca, qui eut la tête tranchée à Belgrade, pour avoir rendu trop précipitamment Nissa. Orsova passe pour être la double clef de la Hongrie et de la Valachie. La frontière autrichienne forme vers ce point de la ligne du Danube un angle , dont le sommet est à Orsova, et dont les deux branches vont s'appuyer, Tune sur l'Adriatique en remontant le cours du Danube, de la Save et de la Koulpa, et l'autre sur le Niester, en suivant la courbure des monts Carpathes. La forteresse d'Orsova est le bastion naturel de l'Autriche sur la Turkie; et le gouvernement autrichien n'aurait pas dû rendre cette place aux Turks, parce qu'elle a plus d'importance pour lui que pour eux.
Le Danube sort de sou encaissement à Orsova, et présente une magnifique nappe d'eau ; mais se repliant bientôt après vers le sud, il s'encaisse de nouveau et
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traverse avec fracas un lit de roches granitiques, qui formait la base de la chaîne intermédiaire entre la chaîne mœsique et celle des monts Car pat lies. Ce pas* sage est très-dangereux pour les bateaux; on pourrait l'éviter, si on voulait rétablir un ancien canal, creusé sur la rive gauche. C'est au-dessous de ce canal , entre le village servien de Castol et le bourg valaque de Czernetz , que Ton voit les vestiges du pont de Trajan , dont les piles et les arches, encore existantes, attestent la hardiesse et la solidité. Les mesures prises entre les culées des deux rives donnent au fleuve vers ce point une largeur de 5i5 toises: ce qui se rapporte à la distance et aux 20 arches indiquées par Dion, Ce pont était bâti à l'extrémité du coude que fait le Danube en se courbant au sud, avant de descendre à Vidin, où les montagnes s'éloignent sur la droite, pour laisser passer le Timok, qui sépare la Servie de la Bulgarie.
La forteresse de Vidin a la forme d'un demi-cercle, dont le Danube figure le diamètre : c'est une simple enceinte, brisée par des redans, au milieu de laquelle s'élève un carré long irrégulier, ou plutôt un pentagone, flanqué de cinq bastions; et c'est du haut de cette citadelle que Pasvan-Oglou brava si long-temps avec quelques canonniers polonais toutes les forces de l'empire othoman. Vidin peut avoir 12 à i5 mille habitants.
Le Danube coule du nord au sud en descendant de Vidin vers le petit fort d'Àrzoul; mais il se détourne ensuite vers Test et coule en droite ligne jusqu'à Silistrie, en recevant sur sa rive droite vers Oréava l'Etus qui vient de Belkofsa, vers Pestikoï l'Escus qui vient
de Sophia, vers Nicopolis l'Osmus qui vient' de Lofcha, vers Sistove FYatrus qui vient de Ternova et vers Boustchouk le Lom qui vient de Bazgrâd. Tous les lieux, qui bordent le Danube depuis Yidin jusqu'à Nicopolis, ne sont que des palanques environnées de quelques groupes de maisons; mais Nicopolis, Sistove et Roustchouk sont des villes murées, défendues chacune par une citadelle. Celle de Nicopolis est bâtie sur une hauteur, liée à la ville par un mur, qui descend en serpentant jusqu'au Danube. Cette place est une bonne position de passage, parce qu'elle est située vis-à-vis l'embouchure de TAIout, qui ouvre toute la Valachie : elle peut avoir 10 à 12 mille habitants. Il y a vis-à-vis Nicopolis, sur la rive gauche du Danube, une tête de pont qui se lie à la petite ville de Tournou, située au confluent de l'Atout et du Danube; mais cette tête de pont n'a pas assez de développement et pourrait être prise de revers.
La plaine, autour de Nicopolis, s'étend sur la rive droite du Danube depuis les bords du fleuve jusqu'aux premiers gradins du mont Hœmus, et elle est célèbre pour avoir été le théâtre de la sanglante bataille, que sultan Bayazid livra en 1396 à Sigismond, roi de Hongrie. Ce Sigismond était fils et frère d'empereurs , et sa cause semblait intéresser toute l'Europe. Au premier bruit de son danger, le feu des croisades mal éteint se ralluma, et mille chevaliers français, fermant avec leurs archers six mille hommes d'armes, accoururent à son secours. Parmi eux on distinguait le comte de Nevers, fils du duc de Bourgogne, le connétable d'Artois, l'amiral de Vienne et le maréchal de Boucicault. Fiers de leurs exploits, encore plus que de leur nom-
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bre, ces chevaliers se vantaient que, si le ciel tombait, ils te soutiendraient sur la pointe de leurs lances. C'étaient pour la plupart de jeunes téméraires, ivres de gloire et du nqm français; mais ils avaient tous cette valeur brillante, cette verve guerrière, qui distingue les guerriers de leur nation. Ils attaquèrent brusquement à Nicopolis l'élite des janissaires, qui pour la première fois plia devant des chrétiens; mais emportés par leur fougue et tournés par une aile de l'armée turke, composée de spahis, qui avait enfoncé les Hongrois, ils se virent enveloppés au moment qu'ils se croyaient vainqueurs. Les Turks les désarmèrent l'un après l'autre, et les égorgèrent tous de sang-froid , à l'exception du maréchal de Boucicault et du comte de Nevers, dont ils espéraient une riche rançon1. Indigné de tant de barbarie, le brave et généreux de Vienne se couvrit la tête de son manteau, et proféra en mourant ces paroles que l'on a depuis attribuées à un capitaine anglais, massacré en Amérique par des Espagnols : « Je lègue mon âme à Dieu et ma vengeance « à mon pays. » Les Turks ont renouvelé de nos jours à Nicopolis d'Épire la scène horrible de la Nicopolis de Mœsie : ce qui prouve que le caractère féroce de cette nation n'a pas changé.
i . Il paraît que le corps du connétable d'Artois fut porté à Constantinople et déposé dans l'église catholique de Galata. On trouva dans cette église en i636 une pierre sépulcrale de marbre vert, qui porte l'épi taphe d'un connétable d'Artois, mort à la bataille de Nish en i384- Malgré l'erreur de date de l'inscription , on ne peut en méconnaître l'objet.
Le lâche Sigismond se sauva par le Danube et la mer Noire à Constantinople près d'un prince aussi lâche que lui ; et là il se plaignit à Manuel Paléologue de ce que les Français, par leur attaque précipitée, lui avaient fait perdre la bataille; mais il l'aurait gagnée, si ses lourds Hongrois ne s'étaient pas laissé enfoncer par les spahis et qu'ils eussent mieux secondé l'ardeur et l'impétuosité françaises.
Cette bataille se donna sur un terrain ondulé, parsemé de collines isolées, qui coupent l'horizon et qui s'avancent dans la plaine comme un rideau tiré devant elle. Bayazid , à la faveur de ce rideau , masqua tous ses mouvements, et les combina si bien, que tous les historiens, chrétiens et musulmans, attribuent le gain de la bataille à la sagesse et à la rapidité de ses évolutions : ce qui fait présumer que la grossière tactique des Turks était alors supérieure à celle des chrétiens.