CHAPITRE VIII
Suite du précédent.
Au-delà de Nicopolis, les montagnes, dont la rive droite du Danube est bordée , s'éloignent et se rapprochent tour à tour du fleuve, en présentant successive-
DANS L'EMPIRE OTHOMA.N. 447
ment dans leurs intervalles les divers bassins où l'on voit Sistove, Roustchouk, Turtukaï et Silistrie. La ville de Sistove, située au confluent de l'Yatrus, n'est fermée, comme celle de Nicopolis, que d'un simple mur flanqué de tours; mais la ville de Roustchouk, située au confluent du Lom, vis-a-vis celle de Giurgevo, est mieux fortifiée, et dans les dernières guerres on a ajouté à ses fortifications divers ouvrages avancés, qui en rendent les approches difficiles. Roustchouk et Giurgevo sont situées sur les deux rives opposées du Danube, à peu près comme Mayence et Cassel le sont sur celles du Rhin , et elles ne sont séparées Tune de l'autre que par une île, qu'on avait autrefois négligé de fortifier; en sorte qu'on pouvait les battre l'une et l'autre de cette île, et même leur couper toute communication. L'île est aujourd'hui occupée par un fortin, et Giurgevo, qui couvre ce fortin, peut être regardée comme une tête de pont de Roustchouk sur la Valachie. Roustchouk a plus de 3o mille habitants, et Sistove en a près de 20 mille.
Turtukaï ou Toutrakan , située sur la rive droite du fleuve entre Roustchouk et Silistrie, vis-à-vis l'embouchure de l'Argis, n'a quelque importance militaire, que parce qu'elle est sur un des principaux passages du Danube; mais Silistrie, située sur la même rive au confluent de la Drista, en a une très-grande, parce qu'elle est, comme Roustchouk, l'entrepôt du commerce de la Bulgarie avec la Valachie. Cette place a la forme d'un demi -cercle, dont la corde est sur le Danube, et l'arc sur la campagne. Il y a sur le front du fleuve et sur la crête d'une hauteur un petit fort carré flanqué de quatre tours, et sur celui de la cam-
pagne six redoutes en terre, liées entre elles par des courtines, devant lesquelles on a placé dans les dernières guerres des chevaux de frise : c'est plutôt l'enveloppe d'un camp retranché, que celle d'une place forte. Cette ville peut avoir dix à douze mille habitants : celle de Turtukaï n'en a guère que cinq à six mille; mais elle vaut mieux comme position de passage, parce quelle est située vis-à-vis l'embouchure de l'Ârgis et du village vaiaque d'Olténitza, qui est le point le plus favorable au passage du Danube pour une armée venant de la Valachie, et en particulier de Bukarest.
Les montagnes s'éloignent sur la droite au-delà de Silistrie vers la petite ville de Kousgoun; et le Danube, en se courbant au nord vers Rassova, forme un grand coude, à l'origine duquel est Hirsova, au fond Ibraïl et Galatz, et sur le retour Isatcha et Toultcha. Rassova est une petite ville, située vers le point où le Danube dans son cours se rapproche le plus de la mer, dont il n'est plus séparé que par un isthme étroit, qui paraît avoir servi jadis de passage au fleuve ou du moins à une de ses branches. Cet isthme n'a guère plus de ia lieues de largeur, et Trajan l'avait autrefois fermé d'une ligne de retranchements, dont on voit encore les vestiges : c'est ce que l'on nomme le mur ou le rempart de Trajan, qui se prolongeait de l'ouest à l'est depuis les environs de Rassova jusqu'au port de Kustendjé, et qui est couvert sur son centre par la petite ville de Karasou. Tout le terrain, compris entre ce rempart et le fleuve, paraît formé d'alluvions, et il est parsemé de marécages et de plusieurs lacs, parmi lesquels on distingue celui de Rasséïn, qui s'étend