‹ Voyage militaire dans l'Empire Othoman, ou, Description de ses frontières et de ses principales défenses, soit naturelles, soit artificielles, avec cinq cartes géographiques (volume 2)Chapitre 54 sur 66 · DA.NS L'EMPIRE OTHOMAN · texte numérisé non relu

DA.NS L'EMPIRE OTHOMAN

jusqu'aux bouches du Danube : c'est le canton de la Bulgarie, connu sous le nom de Dobroudja, qui paraît se confondre à l'horizon avec les vastes plaines de la Bessarabie. Tout ce pays est plat, et des champs de blé s'y déroulent au printemps à perte de vue. Rien n'est plus pittoresque que les mouvements ondulés qu'y produit alors le souffle des vents. Le voyageur semble en quelque sorte y cheminer au milieu des vagues d'une mer de verdure; mais sitôt qu'il arrive à un village, le charme disparaît. Les misérables huttes, qu'il aperçoit, et les haillons de ceux, qui les habitent, lui ôtent toutes ses illusions. Partout ailleurs l'homme égayé le paysage, ici il l'attriste.

Depuis Rassova et même depuis Silistrie jusqu'à l'embouchure du Sireth, la rive gauche du Danube est si basse et si marécageuse, que l'on n'y voit jusque vers Hirsova que quelques misérables villages, habités par des pêcheurs; mais au-delà on découvre par intervalles quelques hauteurs isolées, qui s'élèvent, comme des îles, au milieu de la plaine et qui en rompent l'uniformité; et c'est sur deux de ces hauteurs que l'on a bâti Ibraïl et Galatz , l'une au confluent du Sireth , l'autre au - delà , entre le confluent du Sireth et celui du Prouth. Le terrain de la rive droite n'est . guère plus élevé, et l'on ne peut aller de Rassova à Hirsova , et d'Hirsova au fort de Matchin , situé vis-à-vis la forteresse d'Ibraïl, qu'en cheminant .sur des chaussées, souvent coupées par des marais. Hirsova, l'ancienne Axiopolis, est une petite ville, défendue par un simple réduit et n'ayant d'importance militaire que par un pont de bateaux permanent, le seul que l'on trouve sur le Danube; mais Matchin a i. 29

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un petit fort assez bien construit , et susceptible de quelque défense. La forteresse dlbratl, située de l'autre cote du fleuve et seulement séparée du fort par quelques îles désertes, est assise sur un plateau qui s'abaisse insensiblement sur le fleuve et qui en commande le cours. Ce n'était d'abord qu'un simple carré avec des tours aux angles; mais depuis on a enveloppe ce carré d'un pentagone bastionné et d'un fossé de 1 8 pieds de large. Les courtines de la nouvelle enceinte, qui lient les bastions /ne sont point revêtues; mais elles portent de l'artillerie , et il y a sur le front de la campagne un faubourg très- peuplé. On compte dans ce faubourg ou dans l'enceinte de la place cinq à six mille habitante.

Le Danube forme entre Matchin et Isatcha un arc de cercle , au fond duquel est Galatz. Cette ville , reléguée dans un coin de la Moldavie entre le Sireth et le Prouth, n'a pour toute défense qu'un méchant réduit où réside le gouverneur, quoiqu'elle soit peuplée de plus de 20 mille habitants , et qu'elle soit l'entrepôt d'un grand commerce; mais Isatcha, située au-delà de Galatz sur l'autre rive du fleuve, et à Test de Matchin, est défendue par un petit fort, environné d'un bourg de deux à trois mille habitants : c'est le lieu où l'on traverse le fleuve, quand on va dans la Bessarabie, et celui où l'on croit que Darius le traversa dans son expédition contre les Scythes. On l'y passe maintenant sur un bac, auquel aboutissent deux longues chaussées r dont la mieux construite longe la rive gauche et part du bourg de Reni, situé au confluent du Prouth entre Galatz et Isatcha. Le Danube depuis le Prouth jusqu'à la mer sert aujourd'hui de limite entre le territoire turk et le territoire russe.

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Ce fleuve s'enfoace au-delà d'Isatcha dans une plaine basse et marécageuse, où il se divise en trois branches. . La branche du milieu est la seule navigable : les deux autres ne sont accessibles qu'à des bateaux. Les deux branches méridionales sont défendues par le fort de Toultcha, situé vers l'angle où les deux branches se divisent, et la branche septentrionale Test par la forteresse dlsmaïl et par le fort de Kilia. Le fort de Toultcha est trop petit, et n'a d'importance que comme tête de pont dlsmaïl.

La forteresse dlsmaïl, devenue célèbre de nos jours par le siège qu'elle a soutenu contre les Russes et par la cruauté de Souvaro w , est un polygone de plus d'une lieue de développement , qui borde la rive gauche du fleuve et qui , ne renfermant presque plus de maisons, ressemble moins à une ville qu'à un camp retranché. Son enceinte est revêtue en briques jusqu'aux deux tiers de sa hauteur, et enveloppée d'un fossé et d'un chemin couvert. Assise sur un terrain nu, cette forteresse aurait été susceptible de la meilleure défense, si les Russes avaient voulu corriger l'ancien tracé ou lui en substituer un nouveau. Pourquoi avoir laissé tant de disproportion dans les courtines, et dans les bastions tant d'angles morts? L'ancien tracé s'étend trop au nord : il aurait fallu prolonger le nouveau vers le rideau, qui est à l'ouest. Ce front étant, par la nature du terrain environnant , le front le plus faible , on en aurait tout à la fois étendu et concentré la défense. On se serait éloigné de toutes les hauteur* qui sont au nord, et qui sont le point présumé de toute attaque régulière. La place ainsi corrigée aurait eu le Danube au sud, à l'ouest un marais, à l'est une hau-

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teur, dont on aurait occupé le sommet et qui aurait . donné des plongées dans toute la campagne, enfin au nord un front solide, dont chaque partie eût eu des vues sur le principal point d'attaque.

Le fort de Kilia, situé à sept lieues au-dessous d'Ismaïl sur la même branche du Danube, paraît inutile, parce que cette branche du fleuve n'est pas navigable. Si on avait voulu laisser subsister vers les bouches du Danube d'autres fortifications que celles dlsmaïl , il aurait fallu agrandir le fort de Toultcha , qui défend la branche du milieu , la seule navigable , porter ce fort sur les hauteurs voisines, pour croiser ses feux avec ceux de la rive opposée, et se borner à construire une redoute autour du village de Soulina, pour y enfermer le fanal , destiné à diriger les navigateurs qui entrent dans cette branche du fleuve.

La branche de Toultcha ou de Soulina peut avoir 120 toises de largeur moyenne sur trois à quatre de profondeur : les deux autres , celles de Kilia et de Saint-Georges, n'en ont pas deux de profondeur sur cent de largeur, et elles sont encombrées de vase; en sorte que le Danube finit aujourd'hui, comme lé Rhin, par se perdre au milieu des alluvions qu'il a formées. 5

En résumé, la ligne du Danube est bordée de trop de forteresses, et presque toutes ces forteresses sont mal construites. Elles ne sont ordinairement fermées que d'un simple mur, flanqué de tours ou de redans, et il est rare qu'on ait ajouté des flancs aux redans pour défendre les courtines. On ne voit des bastions réguliers qu'à Belgrade, à Vidin et à Ismaïl; et ces trois places sont les seules qui méritent véritablement

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le nom de forteresses, puisqu'elles sont les seules qui pourraient résister à une attaque régulière. Or il y a entre ces places de trop grands intervalles sans défense; et rien ne serait plus aisé maintenant que de percer la ligne du Danube, parce que le fleuve, malgré son énorme volume d'eau, ne présente qu'une barrière insuffisante. Il faudrait ne laisser subsister sur cette ligne que, ces trois places fortes, et pour remplacer toutes les autres, en élever trois nouvelles, une entre Belgrade et Vidin, et les deux autres entre Vidin et Ismaïl. La ligne du Danube serait alors très-bien défendue, et aucune armée ne pourrait plus la franchir impunément, sans être maîtresse au moins de deux de ces forteresses. On peut comparer la ligne turke du Danube depuis Belgrade jusqu'à la mer Noire à notre ligne du Rhin depuis Basle jusqu'à Landau, parce que si la nôtre est couverte sur ses derrières par la chaîne des Vosges, celle des Turks l'est par la chaîne du Balkan.

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