‹ Voyage militaire dans l'Empire Othoman, ou, Description de ses frontières et de ses principales défenses, soit naturelles, soit artificielles, avec cinq cartes géographiques (volume 2)Chapitre 6 sur 66 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Des différentes régions de la Morée , et d'abord de l'Arcadie.

Tripolitza , qui est la ville la plus centrale de la Morée , est aussi le siège du gouvernement. Cette ville est située sur le plateau de l'Arcadie, au pied du mont Ménale et sur un terrain légèrement ondulé, qui s'élève d'un côté vers une hauteur où l'on a bâti un fortin carré, et qui décline de l'autre vers un bas -fond, où viennent se rendre toutes les eaux des environs. Son enceinte a près d'une lieue de circonférence, et elle offre de loin un aspect imposant ; mais en approchant , on voit qu'elle n'est fermée que d'un simple mur cré-

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nele et flanqué de demi-tours casematées, sur lesquelles on a placé du canon. Elle ne renferme pas pins de dix à douze mille habitants, mêlés de Turks et de Grecs.

Tripolitza est une ville moderne, bâtie des débris des trois anciennes villes de Pallanthim , de Tégée et de Mantinée, et qui pourtant n'occupe l'emplacement d'aucune d'elles. Pallanttum était à trois quarts de lieue au sud-ouest sur l'emplacement de Thana, Tégée à une lieue au sud -est sur l'emplacement de Piali et Mantinée à deux lieues et demie au nord sur l'emplacement de Goritza, toutes les trois sur une plaine élevée et bordée sur tout son pourtour d'un cordon de montagnes, qui vont se ramifier dans toute la Morée. Vers l'est sont les monts Artémisius, Parthénius et Parnon , vers le sud les monts Chelmos et Cronius , vers l'ouest le mont Ménale , vers le nord un amphithéâtre de montagnes qui s'élèvent jusqu'au mont Cyllène , et au milieu de la plaine des hauteurs isolées qui la divisent en deux bassins.

Ces deux bassins, de grandeur inégale, communiquent entre eux par des gorges ou vallons sinueux creusés dans les flancs du mont Artémisius ou dans ceux'du mont Ménale, et présentent dans leur ensemble une ellipse rétrécie vers le milieu et allongée aux deux extrémités , dont le grand diamètre du sud au nord peut avoir cinq à six lieues, et les deux petits de l'ouest à l'est deux à trois.

Les ruines de Mantinée sont dans le bassin du nord, le plus petit des deux , et la ville moderne de Tripolitza, ainsi que les ruines de Tégée et de Pallantium, sorit dans celui du sud. On ne compte guère des ruines

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de Tégée à «elles de Mantinée Qu'environ trois lieoes et demie, quoique les anciens en comptassent quatre ou cent stades: ce qui ferait croire que l'ancien chemin circulait autour des hauteurs qui divisent le bassin en deux-.

Pallantium, d'où les Romains se vantaient de tirer leur origine « Arcades his oris, genus a Pallante pro- «fectum» était située dans un enfoncement du mont Ménale etn'estplus reconnaissante qu'à quelques vieilles constructions; mais on reconnaît encore au milieu de la plaine,- non loin du mont Borée, l'ancienne Tégée aux restes de son enceinte et à une botte portant une tour délabrée , qui devait entrer dans le plan de sa citadelle. Quelques tronçons de colonnes et de chapiteaux -, épars çà et là, sont peut-être les seuls débris du fameux temple de Minerve-Alea , qui avait été bâti par Scopas de Paros et tjui était le plus beau du Péloponnèse. Il était divisé dans l'intérieur en trois nefe par deux rangs de colonnes doriques et environné à l'extérieur d'un -double péristyle à colonnes ioniques. Sur le fronton de devant on avait sculpté la chasse du sanglier de Galydon et sur celui de derrière le combat d'Achille et de Tëlèphe dans la plaine du Caïque.

Les ruines de Mantinée, connues maintenant sous le nom de Palaeopolis -, sont ensevelies au milieu d'un marais dans le bassin du nord. Ce bassin, environné de hautes montagnes sur la moitié de son pourtour, ressemble par sa configuration à un vaste entonnoir. Au fond de l'entonnoir coule la petite rivière d'Ophis qui vient se perdre dans le marais et qui environne de ses eaux une vieille enceinte, flanquée de tours, au milieu de laquelle sont les restes d'un temple et ceux

d'un théâtre : ce sont là les ruines les plus apparentes de Mantinée. Près de ces ruines est le petit hameau d'Ami, et au pied des montagnes, qui s'élèvent au nord-ouest, sont les villages de Kapsa et deVidi: de tous côtés de vieilles constructions et des (laques d'eau couvertes de joncs, qui servent de retraite aux chacals et aux sangliers.

La plaine de Tégée paraît moins inculte, et présente çà et là quelques villages, environnés de champs cul* tivés, parmi lesquels on distingue vers l'est celui de Sténo , aux bouquets d'arbres dont il est entouré. C'est par ce village que l'on sort de la plaine de Tripolitza , quand on va dans l'Argolide par le Trochos ou chemin de la roue, chemin taillé dans le flanc oriental du mont Parthénius , et si mauvais qu'il est généralement connu sous le nom de Kaki-scala. Les ïurks le nomment EJialil-Bey du nom de celui qui l'avait jadis réparé.

Les gorges, qui conduisent de la plaine de Tégée à celle de Mantinée, n'offrent presque plus aujourd'hui aucune culture , et elles sont en général très-resserrées ; mais elles s'évasent sur certains points, pour se rétrécir de nouveau à l'entrée de la plaine de Mantinée, qui paraît fermée de ce coté par le mont Alésium. Ce mont est une simple butte arrondie au sommet , que l'on tourne en débouchant dans la plaine, et il n'est plus séparé des ruines de Mantinée que par une esplanade légèrement inclinée , où étaient autrefois le stade , l'hippodrome, le temple de Neptune Hippius et près du temple un trophée de marbre blanc, élevé en l'honneur d'Aratus. Le mausolée d'Épaminondas était plus au sud dans une échancrure de la gorge , qui conduit di-

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rectement de Mantinée à Tégée en côtoyant le mont Àrtémisius, dont les flancs arrondis sont encore tout couverts de bois. I^es deux monuments avaient été élevés aux lieux mêmes où se donnèrent les deux premières batailles de Mantinée; et quoiqu'on n'ait encore trouvé aucun vestige de ces monuments , il est aisé de reconnaître les deux champs de bataille, l'un au nord vers le débouché de la plaine de Mantinée au pied même du mont Alésium , et l'autre au sud vers le dé» bouché de la plaine de Tégée , au pied du mont Artémisius. C'est ce dernier champ de bataille, éloigné de 45 stades de Tégée et de 55 de Mantinée * , qui fut le théâtre de la mort glorieuse d'Épam inondas. Ce général commandait les Thébains; et Agésilas, roi des Lacédémoniens, était à la tête de l'armée combinée de Sparte et d'Athènes , dans laquelle Gryllus , fils de Xénophon, commandait une division de la cavalerie athénienne. L'armée thébaine était composée de trente mille hommes de pied et de trois mille chevaux : l'armée alliée n'avait que vingt mille fantassins et deux mille cavaliers. Celle-ci venait de Mantinée , qui avait pris le parti des Lacédémoniens, l'autre de Tégée, qui était alliée aux Thébains : les deux armées se rencontrèrent près d'un bois nommé Pelagus,au milieu duquel s'élevait un autel de forme ronde , qui séparait le territoire de Tégée de celui de Mantinée et où les

i. Voy. Pausanias, Description de l'Arcadie, ch. 6. Il y avait de Mantinée aux tombeaux des filles de Pélias 5 stades , de ces < tombeaux au défilé nommé Phœson , où était le tombeau d'Areïthous, 20 stades, et du défilé Phœson au mausolée d'Épaminondas 3o stades, en tout 55 stades.

deux ciliés offraient aux dieux chaque année un sacrifice en commun. Agésilas rangea sa phalange sur seize de hauteur, son. infanterie légère à la droite, et sa cavalerie à la gauche au pied du mont Artémisius. Epaminondas de son côté plaça à sa droite sur la pente dès montagnes son infanterie légère pour contenir la cavalerie ennemie; et ployant ses ailes formées de sa cavalerie sur sa phalange, et sa phalange en colonne sur cinquante hommes de hauteur, il lui donna la forme d'une galère renflée par le milieu, pour attaquer de front la phalange lacédémonienne et l'enfon-t cer plus aisément1. Cette disposition eut un plein sucées. Déjà la phalange lacédémonienne pliait et cédait le terrain,, lorsque Gryllus, pour la dégager, s'élança avec la cavalerie athénienne sur le flanc droit de la colonne thébaine, la chargea et y mit la confusion. Epaminondas, accouru pour rétablir Tordre, fut dans cette charge atteint d'un coup mortel ; et les. deux armées regrettant également leurs pertes, l'une celle de son général, l'autre celle de ses meilleurs soldats, suspendirent leur choc , et se retirèrent comme de concert du champ de bataille, après y avoir dressé chacune un trophée. On éleva à Epaminondas sur le lieu même un tombeau, surmonté d'une colonne de marbre, à la-

i. Pour se former une idée juste des batailles des Grecs, il faut connaître leur manière de combattre. Je l'ai exposée dans ma Théorie des Gouvernements, livre. III, ebap. 3 et livre IV, cfrap» 3 ; et je n'ai pas cru devoir ici me répéter. Il paraît qu'à Mantinée Epaminondas attaqua avec sa droite en refusant sa gauche et forma cette disposition que les anciens comparaient à la*prone d'une galère, qui en heurte une autre par le travers.

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quelle on suspendit son bouclier, comme si personne après lui n'avait été digne de le porter.

L'autre bataille fut livrée sous les murs mêmes de Mantinée et au pied du mont Alésium, par Aratus, général de la fédération achéenne, à Agis roi de Sparte, commandant les Lacédémoniens. Aratus se plaça de front devant Agis , ploya son centre par une retraite feinte; et étendant ses ailes en même temps, il fît un rentrant ou une espèce de tenaille, dans laquelle il enferma la phalange lacédémonienne et la détruisit.

Une troisième bataille, mais moins célèbre que les deux autres, quoiqu'elle ait été aussi funeste aux Lacédémoniens, se donna quelque temps après sur ce même terrain entre Machanidas, tyran de Sparte, et Philopœmen , à la tête des Achéens. Le premier venait de Tégée : Philopœmen , qui occupait Mantinée, sortit de la ville au devant de lui et se forma en bataille sur l'esplanade même, comme s'il allait à une simple parade, sa droite, composée de la cavalerie, appuyée au mont Alésium, sa gauche, composée d'étrangers, adossée aux murs mêmes de la ville et sa phalange au centre, derrière un fossé qui aUait de la ville au temple de Neptune. Machanidas, en débouchant dans la plaine à l'est du mont Alésium , vint se placer hardiment devant lui, sa cavalerie à la gauche, sa phalange au centre, et à la droite son infanterie légère, composée d'étrangers, comme celle des Achéens; et faisant la pointe avec cette infanterie légère, il attaqua l'aile gauche des ennemis qu'il dispersa en un clin - d'œil et qu'il refoula jusques dans la ville. Mais quand il voulut attaquer avec la phalange lacédémonienne la phalange achéenne, il se vit tout-à-coup arrêté par le fossé; et

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voulant le franchir, il rompit lui-même son ordonnance, et périt victime de sa témérité. Ce fut Philopœmen même, qui le reconnaissant à son manteau de pourpre et au caparaçon de son cheval, le perça d'une javeline. Le jeune Polybe, qui faisait sous le général achéen ses premières armes et qui avait rallié une partie de l'infanterie légère, prit avec cette infanterie la phalange lacédémonienne à dos, et acheva la victoire.

Au nord de Mantinée et sur les premiers gradins de l'amphithéâtre de montagnes qui s'élève jusqu'au mont Cyllène et au mont Erymanthe, on voyait autrefois d'abord Orchomène et Caphies, puis sur d'autres plans plus élevés Stymphale et Phénéos, enfin sur le plus élevé de tous le bourg de Nonacris et la ville de Cynètes, connue par les mœurs âpres et féroces de ses habitants.

Orchomène et Stymphale étaient sur des plateaux creusés par des lacs, Caphies vers les sources de l'Àrôanius, Phénéos vers celles du Ladon, qui réuni à l'Arôanius forme un des principaux affluents de l'Alphée, Nonacris près la source du Styx qui roule ses eaux de cascades en cascades dans le Chratys , et Cynètes sur un des plateaux les plus élevés du mont Cyllène.

On ne voit plus aujourd'hui sur toutes ces montagnes que quelques méchants villages, et l'on ne trouve pas même dans ces villages assez de ruines pour faire présumer qu'ils occupent l'emplacement d'anciennes villes.

Le seul bourg de Calavrita , que l'on rencontre sur la route de Tripolitza à Patras, paraît avoir été bâti près des ruines de Cynètes , que l'on montre encore à

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trois quarts de lieue de là, près du village de Rirpini. Ce bourg est situé sur uu plateau environné de hautes montagnes, presque toujours couvertes de neige, et passe pour le lieu habité le plus élevé de la Morée. On Ta défendu par un fort en palissades : c'est une position militaire très-importante, parce qu'elle surmonte toutes les passes qui conduisent avec les eaux de l'Erymanthe et du Ladon dans la vallée de 1'A.lphée et avec celles du Sélinus et du Chratys sur le golfe Corinthien. Calavrita n'a guère que deux mille habitants, presque tous pâtres ou agriculteurs. Son territoire est très-fertile malgré l'élévation du sol , et l'on y engraisse les meilleurs bœufs et les plus beaux moutons de la Morée.

Les Calavriotes ont comme les Gynétéens des mœurs âpres, que l'on attribue à la dureté de leur climat; mais ils n'ont pas, comme eux, cette férocité de caractère que l'on attribuait au régime gymnastique, qui n'était point tempéré chez les Cynétéens, comme chez les autres Àrcadiens, par l'exercice de la musique. La musique, en agissant sur l'ame par les organes du corps, doit en effet adoucir le caractère de l'homme et même l'amollir, partout où ses effets ne sont pas corrigés par ceux de la gymnastique ou des exercices militaires.

À deux lieues au nord de Calavrita et sur le versant des eaux dans le golfe Corinthien est le monastère de Mega-Spiléon , qui ressemble à une citadelle et qui est le plus renommé de tous ceux de la Morée par l'hospitalité généreuse que l'on y exerce, et à trois lieues environ à l'ouest, le bourg de Nézero, situé vers les sources du Sélinus , sur un des plateaux les plus élevés du mont Erymanthe, et qui offre une bonne position

de passage, parce qu'il est, comme celui de Calavrita, sur le chemin de Tripolitza à Patras.

On ne trouve plus sur ces hautes montagnes d'autres lieux remarquables; mais on trouve sur leur versaut méridional et à la tête des eaux , qui descendent avec l'Erymanthe, le Ladon et le Gorthynius dans l'Alphée, les ruines de Psophis et celles de Clitor et de Gorthys.

Lés ruines de Psophis sont au sud du bourg de Sopoto entre le village d'Alopéki et celui de Mosténitza , vers le confluent de trois ruisseaux qui forment le fleuve Erymanthe et qui ont fait donner à ce lieu le nom de Tripotamia. La ville était environnée de deux de ces ruisseaux sur les deux tiers de son pourtour, et sur le troisième elle était défendue par une colline surmontée d'une citadelle, dont on voit encore l'enceinte : c'est un quadrilatère, flanqué à ses quatre angles de tours carrées.

L<es ruines de Clitor sont plus à l'est vers le confluent du Ladon et de l'Aroanius, entre les villages de Karoési et d'Arbouna et au-dessus de celui de Ratzanès^ sur le chemin de Psophis à Phénéos. On distingue encore parmi ces ruines, celles d'un temple, qui était bâti sur un pic très -élevé. On voit aussi sur le Ladon, au-dessous des ruines de Clitor, celles de Telphousa, près du village de Vanina et à l'ouest du bourg de Langadia ; et c'est sur le chemin de Langadia à Cariténa, au-dessous de la petite ville de Dimitzana, que Ton trouve près du monastère d'Atchicolo, sur la rive droite du Gorthynius, les ruines de Gorthys. La ville était petite, mais forte par sa position sur une montagne rocailleuse, qui domine un précipice pro-

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fond. Les ruines du temple d'Esculape sont sur une plate-forme de 90 pieds de long sur 45 de large. La petite ville de Dimitzana, peuplée de deux à trois mille habitants, est plus au nord vers le confluent de deux rivières, qui forment le Gorthynius, et sur un plateau , d'où Ton jouit de la plus belle perspective.

La ville moderne de Cariténa , que, plusieurs voyageurs ont cru bâtie sur remplacement de Gortbys , est à deux lieues plus au sud sur un autre affluent de l'Alphée , au pied d'une colline qui longe la rive droite du fleuve et sur laquelle est une vieille citadelle de construction vénitienne, bordée d'effroyables précipices. Cette ville peut avoir quatre à cinq mille habitants et paraît bâtie sur l'emplacement de Branthéa. Le Gorthynius, le Ladon et l'Eryipanthe, qui baignent les ruines de Gorthys, de Clitor et de Psophis, sont les trois principaux affluents de l'Alphée, où viennent se réunir toutes les eaux du versant méridional de l'Arcadie.

Tous les autres lieux remarquables, de quelque importance politique ou militaire, sont situés, comme Cariténa, dans la vallée de PAlphée. A la tête de cette vallée , qui se dirige du sud-est au nord-ouest et que traverse le fleuve en descendant du plateau de Tripolitza, on voit d'abord la ville de Léondari, puis sur la rive droite de l'Alphée le bourg de Sinano et la ville de Cariténa, et enfin sur sa rive, gauche le bourg d'Andritzéna et celui de Phanari, au pied des montagnes qui vont se pyramider au mont Lycée; et c'est au-^delà du bourg de Phanari , que l'on trouve les ruines de la forteresse d'Aliphère sur l'emplacement du village de Nérovitza.

Le bourg de Sinano, situé sur la rive droite de l'Alphée entre la ville de Cariténa et celle de Léondari, est au milieu d'une belle plaine, arrosée par un ruisseau qui vient du mont Ménale et qui paraît être l'Hélisson des anciens. Ce bourg est environné des ruines de Mégalopolis. La ville était à cheval sur l'Hélisson, qui la divisait en deux parties égales. Celle du nord renfermait une place publique, environnée d'une balustrade de marbre blanc, et celle du sud un prytanée, orné d'un portique, où s'assemblaient les députés des villes fédérées de l'Arcadie, toutes les deux une multitude de monuments publics , consacrés aux dieux et aux héros de la Grèce. On ne rencontre presque plus aucun vestige de ces monuments : ce qui fait présumer qu'ils avaient été construits à la hâte et avec des matériaux défectueux. Epaminondas en effet avait fait bâtir Mégalopolis avec trop de précipitation, parce qu'il voulait l'opposer à Sparte et s'en servir comme d'une entrave pour contenir les Lacédémoniens.

La ville moderne de Léondari est située plus au sud à la tête de la même vallée et sur la croupe d'tine montagne, liée par ses racines au mont Taygète. Cette ville, qui a remplacé Mégalopolis sous le rapport militaire et qui est peuplée de cinq à six mille habitants, est défendue par un vieux fort bâti sur la montagne, et elle présente une des plus belles positions qu'il y ait en Morée, parce qu'elle commande les trois routes, qui mènent, l'une dans la Laconie avec les affluents de l'Eurotas, l'autre dans la Messénie avec ceux du Pamisus, et la troisième dans l'Élide avec ceux de l'Alphée.

L'Alphée, qui arrose la belle plaine de Mégalopolis, naît comme l'Eurotas sur le plateau de Tégée; mais

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l'Eurotas coule vers le sud, tandis que PAlphée coule, d'abord vers l'ouest, disparaît pendant quelque temps sous terre et reparaît ensuite vers les ruines de Pallantium, pour descendre enfin par une pente rapide , à travers un long défilé souvent inondé de ses eaux, dans la grande vallée, à la tête de laquelle est la ville de Léondari , et au milieu le bourg de Sinano. Cette vallée est la plus fertile de PArcadie, et aucune autre ne peut lui être comparée pour l'abondance et la variété de ses produits, pas même celles du Gorthynius et du La don, si renommées chez les anciens.

L'Arcadie est la province la plus variée de la Morée , et celle qui offre le plus de contrastes : ici sont des montagnes qui élèvent leur tête jusqu'aux nues, là des vallées profondes qui présentent les ombrages les plus frais, partout des sites pittoresques et des contrastes imprévus. Cette région étant la plus centrale de la Morée peut en quelque sorte en êlre regardée comme le noyau : les autres régions , qui occupent sa circonférence, en forment le littoral.

Quand on descend de l'Arcadie sur le littoral de la Morée, on trouve à l'est l'Argolide, au sud d'un côté la Laconie et de l'autre la Messénie , à l'ouest l'Élide et au nord PAchaïe, qui s'étend comme un long ruban sur le golfe Corinthien.

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