‹ Voyage militaire dans l'Empire Othoman, ou, Description de ses frontières et de ses principales défenses, soit naturelles, soit artificielles, avec cinq cartes géographiques (volume 2)Chapitre 7 sur 66 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

De l'Argolide. „

L'Argolide est une péninsule dout le mont Arachné

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forme la charpente et qui se prolonge entre le golfe Saronique et le golfe Àrgoliqne, d'un côté jusqu'au cap Skillée et de l'autre jusqu'au cap Acra. Sur le golfe Saronique sont le port de Cenchrée, le port d'Épidaure et celui de Trézène, entre le cap Ski liée et le cap Àci*a le port d'Hermione, et sur le golfe Argoliqne le port de Cranidi , celui de Drépano et la forteresse de Natiplia.

Le port Cenchrée, nommé aujourd'hui Kikriès, qui est au sud de l'isthme de Corinthe, n'offre plus qu'une douane turke;mais le port d'Épidaùre, qui est vis-àvis l'île d'Égine, et celui de Trézène, qui est abrité par la petite île de Sphœria ou Calaurie * , sont encore environnés de ruines.

La ville d'Épidaùre n'était pas, comme on le croit communément, sur l'emplacement du bourg de Piadé, que l'on trouveJi quelque distance de la mer entre deux montagnes, dont les flancs sont cotfverts de maisons; mais elle était à une lieue plus au sud sur les bords de la mer et sur l'emplacement du village de Pidavra. Ce village est situé au fond d'une anse,, qui s'ouvre vers l'est; et sur la langue de terre, qui forme le pourtour méridional de cette anse, sont les ruines d'Épidaùre , parmi lesquelles on reconnaît encore celles de plusieurs édifices publics.

Uleron ou lieu sacré dédié à Esculape et les établissements sanitaires que l'on avait formés en ce lieu ,

i. Il paraît que la petite île de Calaurie, qui renfermait le temple où mourut Démosthène, n'était qu'un îlot séparé de Tîle de Sphoerie par un bas- fonds, aujourd'hui comblé; en sorte que ces deux îles n'en forment plus qu'une.

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étaient à deux lieues plus à l'ouest dans renfoncement des montagnes et au fond d'un vallon solitaire, où coulent des eaux thermales, très-renommées chez les anciens. Le site en est riant et pittoresque. Sur une élévation encore toute couverte de ruines, était le temple d'Esculape et autour du temple un bois sacré , où on ne laissait naître ni mourir aucun homme. Les prêtres du temple étaient aussi les médecins des baigneurs, et ils guérissaient tout à-la-fois les maux de l'ame et ceux du corps. Un air sain , u* exercice modéré, la paix de l'ame et la résignation à la volonté des dieux, seuls dispensateurs de la vie et de la mort, voilà les remèdes qu'ils prescrivaient aux malades et qui avaient toujours leur effet, celui de rendre la vie aux mourants ou le bonheur aux morts.

Le Vallon où étaient les bains d'Épidaure est encore renommé aujourd'hui par ses eaux thermales et par sa salubrité; mais de tous les monuments que Ton y avait élevés, il ne reste plus qu'un amas de ruines, parmi lesquelles on distingue encore le périmètre d'un stade et les gradins d'un théâtre, qui avait été construit par Polyclète, et qui, par l'élégance de ses formes, surpassait tous ceux du Péloponnèse.

On va d'Épidaure à Trézène par les villages de Phanari et de Potamia, en côtoyant le golfe Saronique; et laissant à gauche la haute et volcanique péninsule de Méthana, séparée seulement de l'île d'Égine par un canal de deux lieues x , on descend dans un bassin

i. L'île d'Égine est à environ quatre lieues (100 stades) des côtes de l'Àrgolide et de celles de l'Attique ; mais la presqu'île de Méthana s'avance dans le golfe d'au moins deux lieues. Égine

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ovale , où est le village de Damala , bâti sur l'emplacement de Trézène. La citadelle était sur une colline qui domine le port Pogon fermé par l'île de Sphœrie. C'est le port Poros, un des plus beaux de la Morée. Le bassin de Trézène est environné d'un cercle de montagnes, dont les flancs sont couverts d'oliviers et les cimes couronnées de pins, et il est arrosé par un ruisseau qui fait tourner plusieurs moulins et qui paraît être l'ancien Chrysorroas. Le village de Damala n'est composé que de quelques cahuttes bâties au milieu des ruines ; mais celui de Poros , enrichi par son cabotage dans tout l'Archipel et situé sur un cap de l'île de Sphœrie, renferme de jolies maisons et paraît bien peuplé.

A deux lieues au sud de Poros, le golfe Saronique finit au cap Skillée, la pointe la plus orientale de la Morée. La côte tourne ensuite vers l'ouest et présente d'abord dans une échancrure du cap Bucéphale le port de Thermissi, au-devant duquel est la petite île d'Hydra, sur un rocher aride, auquel la terre et l'eau manquent également , et puis les deux ports de Castri , séparés l'un de l'autre par une péninsule escarpée qui portait Hermione. Le bourg de Castri est sur l'isthme de la péninsule; mais les ruines d'Hermione ou du moins celles de sa citadelle sont dans la péninsule même, et offrent de tous cotés de vieilles constructions mêlées avec des constructions plus modernes. La côte projeté aurdelà de Castri le promontoire Acra , qui

a i8o stades de tour, et elle avait autrefois au sud-ouest une ville du même nom, où régnèrent OEacus et les OEacides ses descendants.

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n'est séparé que par un canal étroit de la petite île de Spezzia , célèbre comme celle d'Hydra par la hardiesse de ses marins, et où commence le golfe Argotique , sur lequel on voit d'abord , derrière le cap Struthonte, les ports de Bisati et de Cranidi, puis ceux de Drépano et de Tolpn , couverts par les petites îles de Fythiouse et d'Haliouse , et enfin au fond du golfe la ville de Nauplia, la meilleure forteresse de la Morée.

Nauplia, vulgairement appelée Napoli, occupe une langue de terre qui se courbe le long du rivage comme une faux et qui est attachée par sa base à une roche escarpée , sur laquelle on a construit le fort Palamide.

Le corps de la place est un parallélogramme d'environ dix-huit cents toises de développement, flanqué sur toute sa circonférence de demi-tours et ayant à son centre un réduit ou fortin carré : c'est une petite place dans une plus grande.

On monte de la forteresse par un escalier couvert et taillé dans le roc au fort Palamide, pentagone de neuf . cents toises de pourtour et flanqué de cinq bastions. Ce fort de construction vénitienne, a un très-grand relief et paraît bien construit; mais il est mal défilé et il est dominé vers le sud-est par une hauteur, qui n'est qu'à quatre-vingts toises, et d'où il pourrait être battu avec succès, si l'on pouvait y hisser du canon*

Au-devant de Nauplie est un ilôt à fleur d'eau , sur lequel est une vieille tour, qui ne pourrait pas soutenir le feu d'un vaisseau , mais qui pourrait être aisément réunie par une jetée au corps de la place : c'est le château connu sous le nom de Bourdzi ou de Saint- Théodore.

Nauplië est peuplée de sept à huit mille habitants, et paraît la ville la mieux: bâtie de la Morée : elle est composée de trois parties bien distinctes, de la Palamide ou citadelle, du corps de la place ou forteresse, et du fort de Bourdzi ou château de la mer.

Les montagnes s'éloignent de la côte au-delà de Nauplie; et le golfe Argolique, en se courbant de l'est au nord et du nord à l'ouest, présente une vaste baie demi-circulaire, au fond de laquelle coule Tlnachus et qui s'étend comme un croissant jusqu'aux marais de Lerne. La cote, qui borde cette baie, paraît d'abord basse et marécageuse; mais elle se relève ensuite et offre une grande plaine, à l'origine de laquelle sont les ruines de Tirynthe, au fond celles de Mycènes et sur son pourtour occidental la ville moderne d'Argos, bâtie sur les ruines de l'ancienne.

Les ruines de Tirynthe sont à une demi-lieue de Nauplie, et on les reconnaît aisément à de vieux murs construits autour d'une butte avec d'énormes pierres irrégulières qui s'enchâssent les unes dans les autres sans ciment. Au pied de cette butte est une source d'eau qui paraît être la fontaine Canathienne, où Junon venait, disait-on, se baigner tous les ans pour recouvrer sa virginité.

Les ruines de Mycènes sont à deux lieues et demie plus au nord , au pied des montagnes qui bordent la plaine et près du village de Karvathy. Ge village est environné de petites collines, qui paraissent comme des tentes au pied de montagnes plus élevées et qui semblent de loin en former les premiers gradins ; et c'est sur l'une de ces collines, que s'élève en rampant une vieille enceinte, construite comme celle de Tirynthe en

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polygones irréguliers et percée vers le sud d'une porte encore debout , au-dessus de laquelle sont sculptés deux lions antiques de forme égyptienne , en regard l'un de l'autre et séparés par une colonne renversée. Àu-devant de cette porte sont deux tertres arrondis et couverts de broussailles, qui semblent être l'ouvrage de la nature , et qui sont pourtant celui de l'art : ce sont deux édifices voûtés, à moitié enterrés, dont l'un passe pour être le trésor d'Atrée et l'autre le tombeau d'Agamemnon.

Toutes ces constructions sont formées d'assises parallèles, superposées simplement les unes sur les autres : ce sont ces constructions que l'on a depuis nommées cyclopéennes , pour désigner leur antiquité.

L'architecture cyclopéenne peut être divisée en trois genres. Le premier est formé de pierres irrégulières , superposées les unes sur les autres sans ciment : c'est le premier degré de cette sorte d'architecture. Le second genre ressemble au premier, à cette exception près que les pierres sont taillées d'un côté et brutes de l'autre : c'est le second degré. Enfin dans le troisième degré les pierres taillées des deux cotés sont réunies par la seule juxta-position de leurs masses et de leurs formes. Les ruines de Tirynthe offrent le type du premier genre, et les ruines de Mycènes ceux du second et même du troisième : c'est l'art perfectionné à côté des premiers essais de l'industrie humaine.

Mycènes- était une bonne position de passage, parce qu'elle se trouvait à l'entrée des défilés, qui conduisent par la plaine de Cléones , ou par le vallon de Némée , à Gorinthe; mais elle était trop enfoncée dans les montagnes, et elle fut remplacée par Argos, située à

deux lieues plus au sud I sur le pourtour occidental de la plaine. Cette plaine , qui s'étend d'un côté de Tirynthe à Mycènes , et de l'autre de Tirynthe à Argos , a trois lieues de long sur deux de large, et elle est arrosée par l'Inacchus, formé de deux affluents, du Charadrus et de l'Inacchus proprement dit, dont l'un vient du mont Artémisius , l'autre du plateau de Stymphale, et qui vont se réunir tous deux sous Argos. A l'ouest du fleuve , le terrain se rompt et se couvre de petites collines, sur une desquelles sont les ruines de l'ancienne citadelle , et au pied les restes d'un aqueduc et les gradins d'un théâtre taillés dans le roc.

La ville moderne, qui a remplacé l'ancienne et qui est encore peuplée de cinq à six mille habitants, est dispersée dans la plaine en plusieurs groupes de maisons , et elle est située à une lieue et demie de la mer, sur le revers des collines qui bordent de ce coté le golfe Argolique.

Ce golfe se courbe au sud au-delà d'Argos et présente une plage basse et marécageuse, à l'origine de laquelle sont les ruines de Téménium 2 , et à son extrémité, en face de I^auplie, celles de Lerne, ensevelies au milieu d'un marais , d'où jaillit une source d'eau vive, qui paraît être l'Erasinus des anciens et qui fait * en naissant tourner plusieurs moulins : ce qui a valu à

i. Il y avait de Mycènes à Argos 55 stades, savoir : i5 stades de Mycènes au temple de Junon , commun aux deux villes , et 4o stades du temple à Argos. De Tyrinthe à Argos il y avait 5o stades ou environ deux lieues : ce qui donne la largeur de la plaine.

2. Téménium était, suivant Strabon, à 26 stades d'Argos,, et Argos à 5o stades de Nauplie et de Mycènes.

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ce lieu le nom de Milos. Milos sert aujourd'hui de port à Trîpolitza , comme Lerne en servait autrefois à Tégée. Ce lieu est, comme Argos, une bonne position de passage, parce qu'il est à l'entrée des défilés qui conduisent sur le plateau de l'Arcadie.

Deux routes conduisent de la plaine d'Argos sur ce plateau : l'une remonte en sortant d'Argos le Charadrus, et s'élève par le village d'Agénitzi sur le plateau de Mantinée : l'autre tourne le fond du golfe , et entre en sortant de Milos dans le vallon du Phryxus , qu'elle remonte jusqu'au village d'Aglado-Campo , pour s'élever par le chemin tournant du Trochos sur le plateau de Tégée. La montagne que l'on traverse par la première de ces routes est le mont Artémisius, et celle que l'on traverse par l'autre , le mont Parthénius : c'est sur les flancs de la dernière que l'on voit près du village d'Aglado-Campo des ruines , que l'on croit être celles d'Hysies.

Le golfe Argolique. forme dans son vaste développement un angle rentrant, au sommet duquel est la baie d'Argos. C'est dans cette baie que tous les vents, tous les courants vous poussent, et d'où vous ne pouvez être repoussé que par la forteresse de Nauplie , qui du haut de la Palamide en domine tout le pourtour : c'est ce qui donne à cette forteresse une si grande importance sur tout le golfe Argolique. La beauté de ce golfe, sa profondeur, les havres nombreux dont il est découpé, les petites îles qui l'entourent , enfin sa situation au vent de tout l'Archipel, font de Nauplie le point militaire le plus important de la Morée, après celui de Corinthe.

L'Argolide finit à quelques lieues au sud dé Milos,

vers les ruines de Thyrée, que l'on trouve dans un vallon où est aujourd'hui le bourg moderne d'Astros, et d'où l'on s'élève avec les eaux du Tamis sur un des cols du mont Parfion vers le village d'Àyos- Pétra ou de Saint-Pierre, pour descendre sur le plateau de Tégée dans PArcadie ou avec les eaux de l'OËnus dans une des plus hautes vallées de la Laconie.

Le mont Parnon limitait autrefois l'Argolide, la Tégéîde et la Laconie, et l'on avait placé sur son sommet des Hermès de marbre, qui marquaient ces limites.

Il y a un chemin qui conduit d'Astros à Monemvasie en côtoyant le golfe argolique et qui se divise en deux autres. L'un côtoie le pied des montagnes et va d'Astros par le village de Zakouna, qui a donné son nom à ce canton de la Laconie, au bourg de Prastos,et du bourg de Prastos au village de Cosmopolis; d'où il descend par celui de Marios à Monemvasie. L'autre chemin côtoie le littoral , et va directement à Monemvasie, en tournant la baie de Bhéontas ou de Prasies, qui est la meilleure de toute la côté, et celle où les Hydriotes et les Spezziotes viennent charger les productions de la Laconie, telles que les vins, les huiles et les fruits; mais ce chemin est peu fréquenté, parce que le trajet par mer est plus commode et moins difficile.

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