CHAPITRE V
De la Messénie,
La Laconie finit au-delà de Kitriès à la petite rivière du Nédon qui commence la Messénie; mais la côte de
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Maïna se prolonge jusqu'à la baie d'Armyros, et ne finit qu'à la petite rivière d'Apsaria, vers le fond du golfe Messénien. Les montagnes s'éloignent de la côte au-delà de cette rivière, et l'on entre sur le beau territoire de Calamata. Le chemin traverse des vergers d'oliviers, à l'ombre desquels croissent la vigne et le figuier. Tous les champs sont bordés d'aloès et de chèvrefeuilles, tous les coteaux couverts d'orangers et tous les vallons parsemés de bouquets d'acacias et de lauriersroses. Partout la campagne exhale au printemps les plus doux parfums. La petite ville de Calamata est située au milieu de cette belle campagne, à l'origine d'une grande plaine, qui s'étend depuis le fond du golfe Messénien jusqu'au mont Ithome et qui est arrosée par le Pamisus.
Le Pamisus naît au pied même du mont Ithome d'une source si abondante, qu'on l'a comparée à la fontaine de Vaucluse; et après avoir fait un grand détour, d'abord au nord vers le bourg de Boudia, puis à l'est vers celui de Soulima, et reçu toutes les eaux du mont Lycée, il se courbe au sud vers le village de Zèzi et vers le bourg de Jéférimini, pour aller se jeter au fond du golfe Messénien entre la petite ville de Calamata et le bourg de Nisi. La vallée qu**l parcourt et qui se prolonge du nord au sud, depuis les montagnes de l'Arcadie jusqu'à la mer, est la plus étendue de la Messe nie et une des plus belles de la Morée. Ses deux rives sont bordées de jardins et de prairies, et tous les coteaux d'alentour, couverts d'oliviers et d'orangers. Aucun autre canton de la Morée ne peut être comparé à celui-ci pour la variété ni pour la richesse de ses productions; et voilà pourquoi les Spartiates i. /.
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furent si puissants dans la Grèce, tant qu'ils furent maîtres de la Messe nie, et devinrent si faibles, dès qu'Épaminondas la leur eut arrachée après la bataille de Leuctres.
La ville de Messène l était située à la tête de cette vallée, au pied même du mont Ithome, sur lequel on avait élevé une citadelle, dont les murs égalaient en hauteur ceux de Byzance et dont on voit encore les restes imposants. Ces murs étaient flanqués de grosses tours, et descendaient en serpentant sur les flancs de la montagne, pour aller se réunir dans la plaine aux murs de la ville, qui sont entièrement détruits. La citadelle de Messène avait été bâtie sur un site aussi élevé que celle de Corinthe, et renfermait dans son enceinte une source d'eau que Ton peut comparer à la fontaine de Pyrène et qui a fait donner le nom de Mavro-Mathia au petit village bâti sur ce lieu.
Il paraît que c'était pour défendre la vallée du Pamisus contre les incursions des Àrcadiens, que l'on avait bâti Messène à l'issue des défilés, qui conduisent à travers le mont Lycée dans la vallée de l'Alphée. Ces défilés ont plus de trois lieues de long. Le principal , connu des anciens sous le nom (THermœum, à cause des Hermès que l'on y avait placés, conduit du village de Sakouna par celui de Macriplaï dans la plaine de Léondari , et l'autre du village de Philia par celui de Krano dans celle de Sinano ou de Mégalopolis : ils
i. Messène n'était qu'à 80 stades de la mer; et les bateaux remontaient autrefois le Pamisus jusqu'à dix stades de son embouchure; mais le fleuve a plus de cours qu'on ne lui en a donné, à cause du grand détour qu'il fait vers Test.
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sont tous deux très-resserrés sur certains points, où Ton a établi des corps-de-garde, et ils seraient trèsfaciles à défendre. Le chemin qui les traverse est trèsescarpé du côté de la Messénie; mais il descend par des pentes moins roides dans l'Àrcadie.
La vallée du Pamisus n'est plus aujourd'hui défendue que par la petite ville d'Àndrous, située au sudest de Messène , au pied d'un mont isolé qui borde la rive droite du fleuve ; mais cette petite ville n'est ellemême défendue que par un méchant château, bâti au pied du mont , au Keu de l'être sur son sommet.
Le bourg de Nisi , situé au sud d'Àndrous vers la partie inférieure de la vallée, et celui de Jéférimini situé vers sa partie supérieure, à l'issue des défilés du mont Lycée, sont entièrement ouverts. Ces deux points cependant sont très -importants, parce qu'ils ouvrent la vallée, l'un du côté de l'Arcadie, l'autre du côté de la mer vers les bouches du Pamisus, qui sont très-favorables à un débarquement : il faudrait fortifier ces deux points. Àndrous n'a pas pu remplacer Messène sous le rapport militaire, parce qu'elle est trop éloignée des bouches et des sources du fleuve, et qu'elle est située au milieu de la vallée, au lieu de l'être à une de ses extrémités.
Le golfe Messénien , qui sur tout son pourtour occidental offre de très-bons mouillages et en particulier ceux de Pétalidi et de Coron , finit au cap Acritas , nommé aujourd'hui cap Gallo, et donne à la péninsule Messénienne , par sa projection , une forme triangulaire , dont un des côtés va des sources du Pamisus à l'embouchure de la Nèda lé" long du mont Lycée, et dont les deux autres présentent l'un sur le golfe Mes-.
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sénien la forteresse de Coron, et l'autre sur la mer Ionienne celles de Modon, de Navarin et d'Àrcadia.
La forteresse de Coron est située sur un rocher qui s'avance dans la mer, au pied d'une haute montagne, qui se ramifie dans toute la péninsule Messénienne, et dont les deux principales branches portaient jadis les noms de mont Thémathia et de mont Tomée. Cette forteresse n'a* pas plus de 4 à 5oo toises de développement, et elle a la forme d'un trapèze irrégulier, présentant un redan sur le front de la mer et un fortin triangulaire sur le front de la campagne, qui paraît dominé des hauteurs voisines : ce qui rendrait sa défense très-difficile de ce coté.
Le chemin de Coron à Modon traverse cet angle de la Messénie, qui a sa pointe au cap Gallo, côtoie la baie où l'on voyait jadis le port Phénicien et descend à travers un terrain haché dans la plaine ondulée, à l'extrémité de laquelle est la forteresse de Modon , située sur une langue de terre, au fond d'une vaste rade, abritée par les petites îles de Sapienza et de Cabrera. Cette forteresse est précédée, comme celle de Coron, d'un faubourg habité par les Grecs, et elle est fermée d'une enceinte triangulaire , flanquée de tours sur les deux côtés de la mer, et revêtue sur l'autre d'un front bastionné, qui coupe l'isthme et sépare par un fossé le corps de la placé du faubourg. Modon a un chemin couvert palissade, une double enceinte et des murs qui OQt un grand relief: c'est après Nauplie la forteresse la mieux entendue de la Morée; et quoiqu'elle n'ait guère plus de capacité que celle de Coron, elle pourrait être mieux défendue , parce qu'elle n'est dominée d'aucun cpté. A 2700 pas à l'est de cette ville sont les
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ruines d'une autre ville que Ton croit être l'ancienne Méthone. La plaine entre la ville moderne et l'ancienne est très-fertile et couverte d'oliviers.
Le chemin de Modon à Navarin se dirige au nord et serpente dans un vallon agreste , bordé de montagnes qui présentent le contraste le plus frappant. Celles qui prolongent la côte sont escarpées et arides : les autres au contraire s'élèvent en pentes arrondies, et sont revêtues vers leur base de vignes et d'oliviers , tandis que leurs cimes sont couronnées de pins et de chênes verts.
Navarin est situé, au pied d'un mont très-elevé, à l'entrée d'une baie qui est fermée par la petite île de Sphactérie et qui présente le plus beau port de la Morée. On y entre par deux passes, l'une au sud, l'autre au nord de l'île. A l'entrée de la première est la forteresse de Navarin, et à l'entrée de l'autre un vieux fort abandonné que l'on croit bâti sur les ruines de Pylos. Cette dernière passe n'a pas besoin d'être défendue, parce qu'elle est environnée d'une plage basse et sablonneuse et qu'elle n'est accessible qu'à de petites barques; mais l'autre est accessible aux plus grands vaisseaux, et elle est défendue par un polygone irrégulier, de forme carrée, dont un des côtés fréquemment brisé longe là mer et est flanqué par deux tours à ses angles, tandis que les autres côtés s'élèvent en rampant sur une hauteur, qui est occupée par un fort bastionné : c'est un ouvrage nouveau, ajouté au corps de la place, mais qui a été mal défilé et qui pourrait être battu des hauteurs voisiner , au pied desquelles est un faubourg habité par les Grecs.
La route de Navarin à Arcadia côtoie le rivage,
passe au village de Gargagliano ; et laissant à gauche l'île de Prodano , l'ancienne Protè , elle débouche par celui de Philatra sur le golfe Cyparissien à l'origine de la plaine d'Arcadia.
Arcadia, l'ancienne Cyparissia, est située sur un promontoire escarpé qui domine le golfe Cyparissien, et n'est défendue que par un petit fort, bâti sur les flancs du promontoire, au lieu de l'être sur son sommet. Les fortifications de cette petite ville ne méritent aucune considération , et ne pourraient pas résister au feu d'un vaisseau. De toutes les fortifications de la cote messénienne, il ne faudrait conserver que celles de Modon. Toutes les autres devraient être converties en de simples batteries de côte ; et sous cette forme , elles seraient aussi utiles et moins dispendieuses que sous l'ancienne.
Mais si on voulait défendre le beau port de Navarin , le plus spacieux de la Morée , et y former un établissement maritime, il faudrait rétablir le fort présumé de Pylos pour fermer la passe du nord ; et pour fermer celle du sud, construire sur la pointe méridionale de Sphactérie un autre fort, qui croisât ses feux avec ceux de la forteresse de Navarin, transportée sur les hauteurs qui la dominent. La passe méridionale, la seule accessible à des vaisseaux, n'a pas plus de 4oo toises d'ouverture, et elle pourrait être aisément défendue par des feux croisés.
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