O VOYAGE MILITAIRE
c'est cette rivière que Xénophon nomme Centritès, Tacite Nicéphorius, et que l'on nomme maintenant Khabour. La route directe des caravanes conduit de Mousoul à Erzeroum par Zahou, et remonte cette rivière jusqu'à ses sources vers Bidiis; d'où, en traversant les montagnes qui lient le mont Niphates aux monts Hékiars, elle descend sur le lac de Van, vers ta petite ville d' Aklât , et monte d' Aklât sur le Séîban- Dagh, pour redescendre sur l'affluent méridional de l'Euphrate vers le bourg de Lyza , et s'élever enfin sur le plateau d'Erzeroum, à travers les montagnes qui séparent les deux affluents de l'Euphrate.
Bidiis, Sert, Amadie et Zabou, que l'on trouve sur cette route, sont de petites villes habitées par des Kourdes musulmans, mêlés avec des chrétiens du rit arménien. Bidiis est la plus importante de ces villes, et peut avoir huit à dix mille habitatits : elle a la forme d'un crabe, dont le corps est représenté par le château, et les divers bras par les groupes des maisons, répandues tout autour dans de profondes ravines.
Sert n'est plus aujourd'hui qu'un gros bourg de deux à trois mille habitants, environné de ruines, qui paraissent être celles de Tigranocerte. La situation de cette ville au fond d'une vallée encaissée entre de hautes montagnes, rendait sa défense très -facile, et elle avait d'ailleurs cet avantage qu'elfe était trèscentrale pour toute 1* Arménie, puisqu'elle était sur la route qui conduit de la vallée du Tigre dans celle de l'Euphrate à travers les défilés du mont Niphates : c'^st ce qui avait déterminé les rois d'Arménie à y établir leur résidence. La campagne environnante est très-ferti fe et produit du blé, clu vin et toute sorte de fruits.
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Zahou n'est qu'une petite ville de trois à quatre mille habitants; mais sa situation dans une île, formée par Je Khabour, en rend l'aspect agréable et la défense facile : un fortin , bâti à l'extrémité orientale de l'ile, lui sert de citadelle.
Les montagnes, qui bordent la rive orientale du Tigre et qui forment comme les premiers gradins de la chaîne Médique , présentent au nord de Zahou une plaine élevée, où l'on ne parvient que par un long défilé. Au fond de cette plaine est la ville d'Amadie, peuplée de ^k 5 mille habitants, musulmans ou chrétiens, et défendue par un fort sourcilleux, où réside un bey héréditaire, ordinairement décoré du titre de pacha, et qui prétend être issu en ligne directe de la famille de^ Abbassides , la plus illustre de l'Orient.
Le chemin de Zahou à Mousoul côtoie la rive orientale du Tigre et descend de Zahou par les villages de Simil, Namour, Hatara et Telkif au hameau de Nounia, bâti sur un tertre, au sommet duquel on voit une chapelle à coupole, que les gens du pays croient renfermer le tombeau du prophète Jonas : tout autour, sur un rayon de plus de deux lieues, sont des ruines, qui paraissent être celles de Ninive. Tous ces villages sont habités par les Yésidis, peuples issus des anciens Assyriens et répandus sur les deux rives du Tigre depuis Mousoul jusqu'à Bagdad.
On passe le Tigre entre Nounia et Mousoul sur un pont de bateaux ; mais on peut aller de Zahou à Mousoul en passant le fleuve au-dessous de Simil au gué d'Eski-Mousoul ou de Mousoul le vieux, et en côtoyant ensuite sa rive occidentale jusqu'à Mousoul : c'est le chemin suivi par les caravanes, quand ^lles craignent
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d'être pillées par les Yésidis. Le gué d'Ëski-Mousoui est le seul au-dessous de Zahou, où l'on puisse passer le Tigre; et c'est là vraisemblablemeiit que le passa Alexandre dans son expédition contre Darius.
Tout le pays, bordé par le Tigre, depuis l'afHuent d'£rz-ên jusqu'à la chaîne Médique et au lac de Van, est le Kourdistan , proprement dit, qui se prolonge du nord au sud sur le revers occidental de cette chaîne, depuis les sources de l'Ëuphrate jusqu'à celles de la Diala, et depuis Diadin jusqu'à Scherzour. La chaîne du mont Niphates et des monts Hékiars divise ce pays en deux régions tout-à-fait distinctes, l'une au nord renfermant le pachalik de Bayazid et celui de Van, l'autre au sud renfermant ceux de Bidiis, d'Âmadie, de Zahou, de Djulamerk et de Scherzour, la première très-fertile en pâturages, et la seconde en grains et en fruits : celle-ci est la partie montagneuse de l'ancienne Assyrie, dont Ninive était la capitale.
Les Kourdes sont des peuples à moitié sédentaires et à moitié nomades. La plupart d'entre eux errent pendant l'été avec leurs troupeaux, et ne se fixent que pendant l'hiver dans les villes et les villages. Us jouissent tous d'une sorte d'autonomie et se gouvernent d'après leurs usages. Ils proposent eux-mêmes leurs beys ou chefs au sultan des Turks, qui les institue et qui élève ordinairemeilt au rang de pacha les principaux d'entre eux, et surtout ceux des villes les plus importantes; mais ces pachas kourdes sont toujours subordonnés aux pachas turks, nommés immédiatement par le sultan, ceux du Kourdistan septentrional aux pachas d'Erzeroum et de Van, et ceux du Kourdistan méridional aux pachas de Diarbékir, de Mousoul et de Bagdad.
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Ces peuples, comme tous les peuples errants de la hatite Asie, se croient d'origine tartare; mais la hauteur de leur stature et l'élégance de leur taille, la grandi^r et la beauté de leurs yeux , la coupe de leur visage et la blancheur de leur teint, démentent cette origine, et prouvent qu'ils sont indigènes et vraisemblablement les descendants des anciens Kordouques ou des anciens Mèdes'. Ils parlent une autre langue que les Turks et ont d'autres usages : ils s'habillent aussi différemment; et au lieu d'un turban ou d'un cahouk , ils portent sur la tête un long bonnet de drap rouge, qui retombe avec grâce sur les épaules, au* tour du corps un habit serré et sur cet habit un grand manteau de poil de chèvre : ils se rasent la barbe et ne portent que des moustaches : leurs tentes, qu'ils placent ordinairement sur les bords d'un ruisseau ou au milieu d'une riante pelouse, ont peu d'élévation et sont composées d'un tissu de laine noire : ils les entourent d'une claie de roseaux, au-dedans de laquelle ils placent leurs bagages, et ils attachent à des piquets, plantés au*dehors, leurs chevaux, qu'ils tiennent près* que toujours sellés et bridés. Les Kourdes excellent à monter à cheval, et comme tous les peuples pasteurs, ils dédaignent de combattre à pied. Ils sont armés d'une lance et d'un sabre, et ils portent un petit bouclier ovale d'un pied et denjii de long sur un pied de large : ils n'ont aucun principe de tactique; mais ils font la petite guerre avec une sorte d'instinct , et ils la font bien : ils sont très-fermes sur leur selle, fuyent avec la même rapidité qu'ils avancent, se retournent