CHAPITRE V
Suite du précédent.
Telles sont les principales places qui bordent la ligne de l'Euphrate : voici celles qui bordent la ligne du Tigre.
La branche du mont Taurus, qui traverse l'Euphrate sous Malatie, se divise au-delà du fleuve en deux autres branches, dont l'une se relève vers le nord au mont Niphates, l'autre vers le sud au mont Masius; et c'est entre ces deux branches que coule le Tigre, formé de trois affluents, venant l'un des montagnes qui sont au-dessus d'Argana, un autre du mont Niphates qui est au-dessus d'Erz*én , et le troisième des montagnes qui sont au-dessus de Bidlis et qui envi-* ronnent à l'ouest le lac de Van.
Ârgana est une petite ville, où l'on prépare le
cuivre exploité dans les montagnes voisines, et qui n'a d'importance militaire, que parce qu'elle est sur la route de Malatie à Diarbékir.
Diarbékir, l'ancienne Amide, est située au sud -est d'Argana dans une grande plaine et sur un rocher escarpé, bordé par l'affluent le plus occidental du Tigre: elle a la forme d'un trapèze, dont le fleuve baigne trois côtés. Ses murs, flanqués de tours- rondes et carrées, sont très-élevés, et ils ont été construits avec une pierre dure et noire, qui a fait donner à Diarbékir le nom de Kara-Amid ou de noire Amide. Cette ville a une population de 3o à l\o mille habitants, la plupart Turks et armigères; mais malgré sa population guerrière et tous les avantages de sa position , elle se défendrait difficilement, si elle était attaquée sur le front de la campagne , parce que toutes les hauteurs , dont elle est environnée, favoriseraient les approches. Il faudrait la couvrir sur ce front de quelques ouvrages avancés, et l'escarper sur tous les autres. Diarbékir est, comme Ërzeroum, le siège d'un pacha à trois queues. L'aspect, qu'elle présente, quand on vient d'Argana, est magnifique. Située sur une éminence, la plupart de ses maisons et de ses mosquées surmontent encore ses hautes murailles , qui par leur couleur sombre tranchent fortement avec les flots argentés du fleuve et le vert des arbres environnants : une ligue de montagnes bleuâtres, qui se dessinent dans le lointain , ajoute encore à la magnificence du paysage.
Au-dessous de Diarbékir et sur un autre rocher, bordé par le Tigre, est le fort de Reïfa, environné d'eau sur deux de ses fronts et passablement défilé sur le troisième, du côté de la campagne. Mais ce fort est
DANS l'empire OTHOMAN. 69
d'une trop petite capacité, et Foa pourrait aisément le masquer et passer outre. C'est au-dessous de Keifa que le Tigre reçoit l'affluent qui sort du petit lac d'£rz-én et qui descend dans le lac du mont Niphates, connu maintenant sous le nom de mont Nimrod. La petite ville d'£rz-ên est bâtie sur cet affluent à sa sortie du lac, et présente une bonne position de pas«^ sage, parce qu'elle est sur la route de la vallée du Tigre dans celle de l'Ëuphrate, à travers les cols du mont Niphates.
Après avoir reçu l'affluent d'Erz-ên , le Tigre s'enfonce dans une gorge encaissée entre de hautes montagnes et coule sur un fonds de rochers : de là ses cascades et ses chutes fréquentes. Les plus grandes sont celles des environs de Djésiré, petite ville de cinq à six mille habitants^ située, comme le fort de Keîfa, dans une presqu'île triangulaire, dont deux côtés sont baignés par le fleuve, et dont le troisième est défendu par une hauteur bordée de ravins. Cette petite ville par sa position serait susceptible d'être bien fortifiée.
Le Tigre reçoit au-dessous de Djésireh son affluent le plus oriental , descendu des montagnes qui environnent à l'ouest le lac de Yan et qui sont connues aujourd'hui sous le nom de. monts Hékiars. Ce sont des montagnes très-hautes et très-escarpées , que l'on a de .la peine à gravir; mais quoique nues, elles ne sont point arides, et l'on trouve jusque sur leur sommet d'excellents pâturages , où les Kourdes engraissent leurs troupeaux. La rivière, en sortant de ces montagnes, descend à Bidlis et de Bidlis à Sert; d'où elle va, en côtoyant le pied du plateau, sur lequel on voit la vjlle d'Amadie, se jeter dans le Tigre au-dessous de Zahou: