‹ Voyage militaire dans l'Empire Othoman, ou, Description de ses frontières et de ses principales défenses, soit naturelles, soit artificielles, avec cinq cartes géographiquesChapitre 12 sur 84 · II. fi · texte numérisé non relu

II. fi

8l VOYAGE MILITAIRE

Ije Tigre a sous Bagdad environ ia5 toises de large, et semble ralentir son cours, parce qu'il reçoit à trois lieues plus bas la Diala sous un angle très-ouvert. La Diala , Je Dèias des anciens , est formée de deux affluents, qui descendent de ce massif de montagnes connu sous le nom de mont Zagros, la plus haute sommité de la chaîne médiqne, mais dont l'un vient des environs de Scberzour, et l'autre de ceux de Zâr- Pil. Il y a une route qui va de Bagdad par Maydecht à Kirmanchah sur ie plateau de la Médie et de Kirmanchah à Hamadan sur celui de la Perse : c'est la route la plus suivie de la Turkie en Perse.

Cette route va joindre la Diala vers le bourg de Bakouba, renommé pour la bonté de ses dattes, et remonte la rivière jusque vers le bourg de Cherâban , bâti sur les ruines d'Apollonie, où elle se divise en deux branches : l'une traverse la chaîne vers le bourg de Zâr-Pil, l'autre vers cislui de Mendèli, et elles vont se réunir toutes deux à Maydecht sur le plateau de la Médie. La dernière est la plus courte, mais la plus difficile, parce qu'elle traverse un pays aride et désert : l'autre se dirige plus au nord, et remonte un des af» fluents de la Diala jusqu'aux piles du mont Zagros, à l'entrée desquelles est le bourg de Zâr-Pil ou, pour mieux dire, de Zagr-Pil; d'où elle s'élève sur le plateau de la Médie vers le bourg de Kirend, pour descendre par celui de Maydecht à la ville de Kirmanchah.

Les deux bourgs de Mendèli et de Zâr-Pil ne sont fermés que d'un simple mur en terre, percé de meurtrières, quoiqu'ils soient regardés sur cette ligne comme les deux clefs de la ïurkie, à cause de leur situation «aux débouchés de la chaîne médique. La

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crête du mont Zagros, que l'on atteint après avoir gravi la montée de Zâr-Pil, sépare le territoire. turk du territoire persan. Dès que Ton a franchi oette crête, on entre sur le territoire de la Perse, et Ion descend par une pente douce au bourg de Kirend, l'ancienne Kirina, bâti au pied d'un rocber, d'où jaillit une source d'eau vive. Ce bourg n'est fermé que d'un mur en terre ; mais s'il était mieux fortifié , îl serait la clef de la Médie, comme celui de Coni l'est du Piémont : il est même mieux situé que celui de Coni, parce qu'il est à la fourche de deux vallées, qui con-* duisent l'une et Tautre dans la plaine de Kirmanchah.

Après avoir reçu la Diala sur sa rive gauche, le Tigre fait de nombreux détours et revient sans cesse sur lui-^méme, comme s'il ne voulait pas entrer dans le désert; et c'est sur l'un de ces détours que l'on voit, d'un côté les ruines de Séleucie, et de l'autre celles de Ctésiphon, parmi lesquelles on distingue les restes d'un édifice en briques, dont la façade est ornée d'un portique de 1^70 pieds de long sur 86 de haut; mais ces ruines n'ont rien qui puisse justifier les regrets des voyageurs, On appelle encore ces deux villes El- Medaim ou les deux villes par excellence, para) qu'elles furent la résidence des anciens rois de Perse : c'est près de Séleucie, bâtie sur la rive droite du fleuve, que commençait le Nàar-malka ou canal royal y qui allait joindre l'Euphrate sous Massique.

Toute la zone de terrain, entre le Tigre et la chaîne médique, depuis la Diala jusqu'au golfe Per&ique, est une plaine unie et rase, qui n'est sillonnée que par quelques cours d'eau , dont les plus considérables sont le Kérah ou la rivière de Kirmanchah, l'Eulée des

anciens, et^es deux branches principales du Kâroon, l'ancien Oroate , que l'on traverse au pied de la chaîne médique , quand on va directement de Bagdad à Ispahan ou à Schiras. On traverse le Kérah vers les ruines de Suze , et les deux branches du Kâroon , l'une vers la petite ville de Desfal et l'autre vers celle de Schoustcr, que l'on a cru bâtie sur l'emplacement de Suze, quoiqu'elle soit éloignée des ruines de cette ville de plus de quinze lieues.

Toute cette zone n'est habitée que par des Arabes errants , et l'on n'y voit le long du Tigre (|ue quelques misérables bourgades, parmi lesquelles celle d'Amara tient le premier rang. IjC canal, qui joint le Tigre à l'Ëuphrate sous cette bourgade, embrasse une grande île triangulaire, dont langle le plus aigu est au confluent des deux fleuves; et c'est à cet angle que l'on a bâti la forteresse de Korna sur l'emplacement de Digba. Cette forteresse n'a jqu'une simple chemise en terre enveloppée d*un fossé sur le front de la campagne, et n'est bonne qu'à protéger la douane qui y est éta» blie.

Le fleuve Arabique, ou le Pasitigre, formé de la réunion des deux fleuves, a sous Korna près d'un quart de lieue de large , et serait très-diflScile à franchir pour une armée, à cause de son énorme volume d'eau ; mais on peut franchir séparément sur des ponts volants les deux fleuves, avant leur jonction. Toutefois il serait plus aisé de franchir l'Ëuphrate que le Tigre, parce que celui-ci a presque partout ses bords inoiidés et qu'il parait d'un niveau inférieur ; et voilà pourquoi la navigation en est plus difficile et qu'on préfère généralement celle de l'Ëuphrate. Le Tigre est

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la seule bonne ligne de défense qu'il y ait sur cette frontière, et il devrait servir de limite entre la Perse et la Turkie; car, avec cette limite, la Perse serait encore défendue sur sa rive gauche par la chaîne médique, et la Turkie le serait encore sur sa rive droite par l'Euphrate et par les déserts de l'Arabie.

Il n y a plus de Korna à Bassora que quinze lieues, et le Pasitigre, que l'on peut comparer pour le volume de ses eaux au Nil sous le Kaire, entre, à dixhuit lieues au-dessous de Bassora, dans le golfe Persique par deux bouches, dont la plus occidentale est seule accessible aux grands vaisseaux. La côte tout autour est basse et nue, et l'atterrage difficile. Il faut en entrant se faire piloter pour éviter les bas -fonds. On va de l'embouchure du fleuve à Bassora dans un jour avec le secours de la marée, et de Bassora à Korna dans un autre jour. Puis on remonte l'Euphrate jusqu'à Hella, où Ton décharge les marchandises, que l'on porte par terre jusqu'à Bagdad et à Mousoul, quand elles prennent la route de la Mésopotamie, ou jusqu'à Damas et à Alép, quand elles prennent celle du désert. Telle est aujourd'hui la route du commerce de l'Inde avec la Turkie. Si le Tigre et l'Euphrate coulaient sous les lois d'une nation civilisée, on pourrait établir un grand entrepôt à Korna, rendre navigable le Tigre jusqu'à Mousoul et l'Euphrate jusqu'à Bir, et ouvrir avec les eaux du Chalus et de l'Oronte un canal entre Bir et Antioche, pour joindre l'Euphrate à la Méditerranée, et l'on verrait alors Babylone et Palmyre renaître de leurs cendres.

86 VOTA.GE MfLITAlRE

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