CHAPITRE VI
Des pays shnés entre l'Euphrate et le Tigre et des pays voisins , on de rArméaiei de la Mésopotamie, de la Babyloaie et de TArabie.
Les pays situés entre TEuphrate et le Tigre s<Hit d'abord l'Arménie, puis la Mésopotamie et enfin la Babylonie, bordée au sud et à l'ouest par l'Arabie.
L'Arménie s'étend dans tout le pays compris depuis l'Euphrate jusqu'à la chaîne médique entre les trois branches du mont Taurus, dont une va se pyramtder au mont Abos, une autre au mont Niphates , la troisième au mont Masius, et elle s'étend même au-delà du mont Taurus jusque dans la vallée de l'Araxe : c'est ce que les anciens nommaient la grande Arménie^ pour la distinguer de la petite, située plus à l'ouest et comprise entre l'Euphrate, l'Iris et ITlalys. La grande Arniénie est naturellement divisée en deux régions^ l'une au nord entre le mont Abos et le mont Niphates, l'autre au sud entre le mont Niphates et le mont Masius. La première s'étend du nord au sud depuis Erzeroum jusqu'à Mouch , et de l'est à l'ouest depuis Diadin jusqu'à Kebban : c'est la région la plus életée et la plus fertile en pâturages. L'autre, moins élevée et plus fertile en grains et en fruits, s'étend du nord au
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sud depuis le mont Nipliates jusqu'au mont Masius et de i ouest à l'est depuis Ârgana jusqu'à Zahou , et elle se subdivise en deux autres parties^ séparées entre elles par l'affluent du Tigre, venant d'Erz-ên, l'une à l'ouest qui est l'aucienne Sophène ou le Diarbékir des Turks, l'autre à l'est qui est l'ancienne Korduèae ou h Kourdistan moderne. C'est dans ces deux régions que coulent l'Ëuphrate et le Tigre depuis leurs sources jusqu'à leur sortie des montagnes. Le plateau d'Erzeroum est le point dominant de ces deux régions, et même de toute la Turkie d'Asie; et c'est de ce poipt que partent les difierentes routes, qui conduisent d'un coté dans l'Asie-^Mineure, et de l'autre dans la Perse.
Les routes de l'Asie-Mineure se dirigent vers l'ouest, et conduisent, une à Malatie, une autre à Sivas, une troisième à Amasie et une quatrième à Trébizonde.
La route de Afjs^latie descend l'affluent septentrional de l'Ëuphrate jusqu'à sa jonction avec l'affluent méridional , vers le bourg de Kx^bban : d'où elle va à Malatie en côtoyant le fleuve .sur sa rive droite jusqu'à son confluent avec le Mêlas, et de Malatie à Césarée sur le plateau de TAsie-* Mineure, en remontant le Mêlas jusque vers ses sources.
La route de Sivas se sépare de celle de Malatie à Ërz-Inghiam, et conduit par AkrCbéîr à Sivas, t^itué vers les sources de l'Halys, et de Sivas à Tokat, situé sur l'affluent occidental de Tlris.
La route d'Amasie se sépare de celle de Sivas du bourg deVijan et. mène par les villages de Kara-Colagh et de Karadja à Kara-Hissar, situé sur l'affluent oriental de l'Iris, que l'on côtoie jusqu'à Niksar; d'où l'on va par Turkhal à Amasie, située sur. son affluent occi-
dental , pour descendre ensuite sur le littoral de la mer Noire vers Samsûun.
La route de Trébizonde ne côtoie l'affluent septentrional de t'Ëuphrate que jusqu'au village dllidja ou jusqu'au bourg de Djennès^ et s'élève de ce bourg sur une chaîne de montagnes , qui lient le mont Taurus aux monts Moschiques, pour descendre dans la vallée du Bathys, vers Beybout, où se divisent les deux rou* tes de Gounièh et de Trébizonde. La première se dirige vers le nord et descend par Ispira le Batbys jusqu'à son embouchure : la seconde gravit une autre chjaîne de montagnes couronnée par le mont Tekès, descend du mont Tekès dans l'âpre vallée de Gumuch- ^ Khanèh , et s'élève par le village de Stavros sur une troisième chaîne de montagnes, qui forme comme la dernière ceinture de la mer Noire, pour descendre enfin par te village de Ghévislik à Trébizonde. Cette route é^st la plus difficile de toutes les routes d'Erzeroum dans l'Asie-Mineure.
Celles d'Erzeroum en Géorgie et en Perse se dirigent ^ners le nord ou vers l'est, et. traversent toutes le mont Abos; d'où sort, d'un coté lafHuent septentrionî^l de l'Euphrate, et de l'autre l'Araxe. Une de ces routes, celle qui remonte le plus au ïiord, traverse le mont Abos vers le col d'Alovir, descend par Hassan-Ralèh dans la vallée de l'Araxe et s'élève par Kars ou par Goumri sur le plateau de la Géorgie. La route de Kars est la plus suivie et descend du plateau de la Géorgie par Akalkalaki dans la vallée du Kour vers Akalsikeh; d'où elle va par Soûram et Gori à Téflis. La route de Goumri traverse directement le plateau de la Géorgie du sud au nord, et descend par
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des terrasses brusques et successives dans la vallée du Kour vers Téflis. De quelque côté que l'on descende dans cette vallée, le changement de scène est soudain et inattendu. Les arbres, qui avaient disparu sur le plateau, reparaissent de toutes parts, et le paysage est embelli par une infinité de ruisseaux qui se précipitent dans le fleuve.
La route directe de la Perse se dirige à Test; et côtoyant l'Araxe sur sa rive gauche jusqu'à son confluent avec l'Harpazous, vers le fort de fiaîramlou, elle s'élève par le monastère d'£k-Miazin jusqu'à la forteresse d'Erivan ; ou bien laissant à gauche cette forteresse, elle va passer le Zirma vers les ruines d'Artaxate, et descend avec l'Araxe jusqu'au fort d'Abas^Abad, audessous de Nakchivan et même jusqu'aux ruines de Djoulfa, où l'on traverse le fleuve sur un bac pour aller par Ahar à Ardébil, ou par Mérend à Tauris, et de Tauris par Miana , Soultanieh et Casbin à Téhéran : c'est l'ancienne route d'Erzeroum en Perse par Erivan.
Une autre route se dirigeant plus à l'est traverse le mont Abos, aux sources même de l'Araxe, vers le village de Tatou; et passant le fleuve vers celui de Kulli, elle monte par des rampes roides et sinueuses sur le plateau , ou plutôt sur la longue terrasse , qui unit le mont Abos au mont Ararat. Ce superbe plateau, un des points les plus élevés du globe, et dont les talus découpés en festons penchent d'un côté sur l'Araxe et de l'autre sur l'affluent méridional de l'Euphrate, présente à l'œil les bastions naturels d'une immense forteresse qui plonge dans les deux vallées. C'est sur ce plateau que l'on voit la petite ville de Toprac-Kalèh, autour d'un mamelon, couronné «par
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un fort en terre, flanqué de tours; et c'est autour de ce fort que les Turks, dans leurs guerres avec les Russes et avec les Persans, devraient former un camp retranché qu'ils pourraient occuper pendant tout l'été, et d'où ils pourraient se retirer à l'approche de l'hiver sous la forteresse d'Ërzeroum ^ On descend de Toprac- Kalèh par les villages de Kara-Klissa et de Jungéli sur l'affluent oriental de l'Euphrate, nommé Mourad-Chaïy vfers le bourg de Goulassor; d'où l'on s'élève, en remontant cet affluent vers ses sources , a Diadin , située au pied du mont Ararat et défendue, comme Toprac* Kalèh, par un simple fort en terre, flanqué de tours, mais d'une défense plus Êicile , parce qu'il est plus grand et qu'il renferme une source d'eau vive. Diadin est une petite ville de trois à quatre mille habitants, formée de plusieurs groupes de maisons : c'est après Ërzeroum la position la plus importante de l'Arménie, et elle mériterait d'être mieux fortifiée, parce qu'elle est au débouché des passes du mont Ararat.
Le mont Ararat est un des points les plus élevés de la chaîne taurique, et cornme le nœud de cette autre chaîne qui, en séparant le lac de Van de celui d'Our* mia, va, sous le nom de chaîne médique, se pyramider au mont Zagros et se prolonger jusqu'au golfe Persique.
On monte de Diadin par une rampe , d'abord assez douce, puis très-roide sur la croupe des montagnes qui lient les deux chaînes, et l'on descend avec un
I. Toprac-Kalèh a a,5oo habitants, et Tod trouve dans ses environs une multitude de petits villages, où Ton pourrait cantonner les troupes du camp, même pendant Thiver.
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affluent de TAraxe, aommé Kara-Sou, à la ville de Bayazid; d'où l'on va par Khoï à Tauris : c'est la route des caravanes.
BayaEid est , comme Diadin , une bonne position de passage, parce qu'elle est au déboucbé des montagnes dans la vallée de l'Araxe, oii l'on peut descendre avec les eaux du Kara-Sou et se porter de là par Chérour sur Ërivan, ou par Mérend sur Tauris; mais cette ville n'a que de vieilles fortifications dominées de toutes parts, et ^Ue est rencognée au fond d'une vallée étroite, bordée de montagnes arides. Ses maisons sont dispersées sur les deux flancs de la vallée. A gauche, sur un pic très -élevé, est une vieille citadelle % et à droite, sur une autre hauteur, un réduit fermé, où réside un bey ou pacha kourde. Bayazid est la dernière place turke sur cette frontière et peut avoir sept à huit mille habitants, presque tous armigères.
Une troisième route, se dirigeant au sud-est, traverse le mont Abos vers sa sommité la plus méridionale, et descend vers le village de Touzli dans la plaine de Khénès, renommée pour la bonté de ses pâturages, qui nourrissent les meilleurs chevaux de l'Arménie : ce sont les plus beaux chevaux de bataille de toute l'Asie. On les reconnaît à leur tête carrée, à leur large poitrail, à la force de leurs jarrets et à la beauté de leur encolure. On dirait qu'ils ont servi de modèle aux chevaux de bronze transportés de la Grèce
1. Cest dans cette citadelle que fut si long- temps détenu M. Jaubert qui a introduit en France les chèvres de Cachemire. Voyex son Foymge en Perse, où Ton trouve les notions les plus exactes que l'on ait recueillies ^ur ce pays depuis Chardin.
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à Venise, que l'on vit jadis attelés au char du Soleil à Corinthe, et que Ton a vu de nos jours attelés à celui de la Victoire à Paris. La plaine de Khénès est arrosée par un cours d'eau ^ nommé la Touzla, qui a pris son nom d'un village voisin, et que l'on côtoie jusqu'à son embouchure, vers la petite ville de Mélez- Ghird, où l'on passe sur un pont de pierre l'affluent méridional de l'Euphrate, et d'où l'on s'élève par le village de Takoun sur la crête des montagnes qui environnent au nord le lac de Van , pour descendre sur ce lac vers le bourg d'Ardjich, l'ancienne Arsissa. On va ensuite à la ville de Van , en côtoyant le lac sur sa rive orientale, à travers un plaine basse et parsemée de rizières.
Van est situé au pied d'un rocher sur lequel on voit une vieille citadelle, dont on attribue la fondation à Sémiramis. On lit sur les flancs du rocher des inscriptions en caractères cunéiformes, qui font mention de Xerxès, fils de Dapius. La ville est assise au pied du. rocher, sur les bords du lac, et n'est fermée que d'une simple muraille flanquée de tours. Cette ville, où réside un pacha turk, est de ce côté la dernière de la Turkie, et peut avoir près de vingt millehabitants, mêlés de Turks et de chrétiens.
On s'élève de Van par le village de Mahmoudièhsur la croupe des montagnes qui lient la chaîne taurique à la chaîne médique, et l'on descend avec un affluent de l'Araxe à la ville de Khoï, ou avec un affluent du lac d'Ourmia à celle de Selmas; d'où l'on va à Tauris en côtoyant le lac sur sa rive orientale ,^ ou à Ourmia en le côtoyant sur sa rive occidentale.
Rhoï , Selmas et Ourmia sont sur cette frontière les
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trois premières villes de la Perse. Ourmia et Selmas ne sont fermées que d'un simple mur crénelé et flanqué de tours; mais Khoî passe pour la meilleure forteresse de la Perse , et elle est environnée d'une enceinte bastlonnée, construite d'après le système européen. La frontière de la Perse et de la Turkie est déterminée de ce côté par la crête des montagnes, qui séparent le lac de Van de celui d'Ourmia. Ces deux lacs, que l'on a quelquefois confondus mal-à-propos, quoiqu'ils soient éloignés l'un de l'autre de plus de vingt lieues et séparés par la chaîne médique, ressemblent par leur étendue à de petites mers, et abondent tous les deux en poissons. Lieurs bords sont très -fertiles, et couverts d'herbages et d'arbres fruitiers. Il paraît que le lac d'Ourmia faisait partie de l'ancienne Médie, et que le lac de Van, le lac Matiane des anciens, appartenait à l'ancienne Arménie. Le plateau, qu'ils occupent, est un des points les plus élevés de l'Asie.
Telles sont les trois principales routes qui conduisent d'Erzeroum en Perse; mais la route d'Erivan ne peut plus être suivie par les armées turkes, depuis que les Russes occupent la ligne de l'Araxe, et la route de Bayazid ne peut guère l'être que par les caravanes, parce ([u'elle est très - mon tueuse. Celle de Van est la seule accessible aujourd'hui à une armée , et les Turks devraient mieux fortifier les villes qui la couvrent.
Trois autres routes conduisent d'Erzeroum dans la Mésopotamie, en se dirigeant au sud. La première, la plus inclinée à l'est, traverse les montagnes qui bordent au sud la plaine d'Erzeroum vers les sources de la Touzla, et descend à travers la plaine de Khénès sur l'affluent méridional de l'Euphrate, vers le bourg
de Lysa; d'où elle monte vers l'étang de Nazouk sur le Séiban^i-Dâgh, pour redescendre vers la petite ville d'Aklât sur le lac de Van. Elle côtoie ensuite jusqu'au village de Tedvan le lac sur son pourtour occidental; et s'élevant sur les ipoutagnes, qui l'encaissent vers l'ouest 9 elle descend avec l'affluent le plus oriental du Tigre, nommé maintenant Khabour, à la ville de Bidlis, cachée au milieu des arbres et des vergers qui l'environnent, et de la ville de Bidiis par les villages de Cheïk-^Djama , Teskin et Halasni, au bourg de Sert, bât^ sur les ruines de Tigranocerte; d'où elle va le long du Khabour à Zahou et de Zahou à Mousoul le long du Tigre : c'est la route directe de Mousoul.
La seconde roule se dirige directement au sud, et descend du plateau d'Enseroum sur l'affluent méridio* nal de l'Euphrate ; d'où elle s'élève , en remontant une petite rivière qui vient du mont Niphates et qui pa» raît être le Téléboas de Xénophon, à la ville de Mouch, située dans une plaine agréablement ondulée. Motich, quoique le siège d'un pacha turk, n'a que trois ou quatre mille habitants, la plupart Kourdes, dispersés dans plusieurs groupes de maisons, et n'est défendue que par un réduit fermé , qui lui sert de citadelle. Le terrain se rompt ensuite, et l'on s'élève sur cq massif de montagnes couronnées par le mont Niphates et qui présentent les formes les plus bizarres et les plus va* riées : ici des bouquets d'arbres sur les pentes les plus abruptes, là des tapis de gazon au milieu de roches nues. Tantôt le chemin serpente autour de pics isolés, bordés de précipices: tantôt il descend en tournoyant dans des ravins profonds, où des arbres de la plus belle venue offrent des allées ombragées, comme celles
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dun jardin. Enfin on débouche sur le lac d'£rz-ên avec un affluent du Tigre qui se précipite de cascades en cascades des flancs du mont Miphates jusque dans la plaine , et l'on va d'£rz*ên à Diarbékir à travers un pays très*accidenté, et de Diarbékir à Merdin à travers les cols du mont Masius : c'est la route de Merdin et de Nisibe.
Ces deux routes sont très-difficiles, parce qu'il faut sans cesse gravir de hautes montagnes et défiler dans des gorges profondes ; et quand on songe que les Dix- Mille opérèrent leur retraite au cœur de l'hiver par l'une ou l'autre de ces routes, ayant tout à-la-fois l'en* nemi sur le front et sur les flancs, on ne peut s'empêcher d'admirer une pareille marche, qui est unique dans l'histoire.
La troisième route, celle d'£rzeroum à Diarbékir, est moins difficile. £lle se dirige d'abord vers le sudouest et descend l'afïluent septentrional de l'Euphrate jusqu'à sa jonction avec l'afïluent méridional dans la plaine de Palou; d'où en tournant vers le sud-est, elle s'élève sur la chaîne des montagnes, qui lient le mont Taurus au mont Niphates, pour descendre avec l'affiiient le plus occidental du Tigre à Argana et d'Argana à Diarbékir : elle va ensuite par Sovérak, à travers les montagnes qui unissent le mont Taurus au mont Masius, à Orfa et d'Orfa à Bir : c'est la route directe d'Alep.
Tout le pays, que l'on traverse par ces trois routes, est montagneux et très-froid en hiver : il est habité par des peuples de race et de religion différentes, par des Turks, par des Rourdes et par des chrétiens du rit arménien; mais les Turks n'habitent guère que les villes, et les Rourdes, qui errent en été dans les cam-
gnes, se retirent en hiver dans les hautes vallées du Tigre et de FEuphrate ou autour des lacs de Van et d'Ourmia. Ce sont les chrétiens seuls qui cultivent les terreSy et qui forment le fond de la population. . L'Arménien est en général moins grand , mais plus gros que le Géorgien : il a le visage plus ovale, le cou plus épais et plus renflé , la taille moins svelte , toutes les formes plus massives : de là, sa démarche lente et compassée. Son regard est morne , et son air taciturne et pensif. Cet homme allie, à l'astuce et à la duplicité des peuples corrompus par un long état de servitude, les mœurs pures et simples des premiers âges. Comme au temps des patriarches, le père est le chef absolu de la famille. Il commande seul, et tous les parents lui obéissent. Ses enfants, sa femme même, ne s'asseyent jamais devant lui, et rarement ils sont admis à sa table. Sa maison n'a pas d'autres serviteurs, et nulle part on n'est servi avec plus d'amour et de zèle. Le père mort, le fils aîné lui succède dans le gouvernement de la famille. Ses frères puînés lui obéissent, comme ils obéissaient à leur père, et ses sœurs ne semblent être que ses servantes : c'est lui qui dans la distribution de l'héritage paternel fait la part aux uns, et dote les autres, quand elles se marient.
L'Arménien est le plus laborieux de tous les peuples soumis à l'empire othomair : il travaille lentement comme le bœuf; mais, comme cet animal, il est infatigable : il est sobre , patient et paisible : généralement peu expansif , il concentre toutes ses affections dans sa famille. Il passe pour avare ^ parce qu'il thésaurize ou prête son argent à usure, et il passe pour ingrat, parce qu'il ne montre jamais de
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la reconnaissance envers ses bienfaiteurs en disgrâce; mais il est secourable envers ses co-reb'gionnaires malheureux. Ajoutez à toutes ces qualités une sévère économie dans son ménage, de l'ordre et une rare intelligence dans ses affaires de commerce, et vous aurez une idée de ce peuple singulier, qui, comme les Juifs, ayant toujours été soumis à un gouvernement étranger ou à un gouvernement despotique, est aujourd'hui disperse comme eux dans tous les coins de l'Orient; mais c'est l'Arménie qui est sa véritable patrie, et qu'il préfère à tous les autres pays. Ce peuple en général n'est pas guerrier, comme ses ancêtres; mais s'il le devenait jamais, le gouvernement turk ne devrait pas compter sur lui pour la défense de cette frontière contre les Russes, parce qu'il fait secrètement des vœux en leur faveur : c'est au reste le vœu de tous les peuples opprimés d'appeler à eux des libérateurs.
La Mésopotamie, située au sud de l'Arménie et ainsi nommée à cause de sa situation entre l'Ëuphrate et le Tigre , a une forme oblongue et renflée vers le milieu : ce qui la faisait comparer par les anciens à un bateau. On peut la diviser en quatre zones qui se prolongent d'un fleuve à l'autre parallèlement entre elles. La première est montagneuse et s'étend sur le revers méridional de la chaîne taurique, depuis Samozate jusqu'à Djésiré. La chaîne taurique, ou pour mieux dire, la branche la plus méridionale de cette chaîne, forme à l'est de Samozate un demi-cercle, à l'origine duquel est Sovérak et à l'extrémité Merdin, sur une des croupes du mont Masius; d'où se détache une traînée de petites collines, qui vont expirer sur les bords du Tigre entre Djésiré et Mousoul.