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Sovërak, rancienne Saura, n'est plus quune misérable bourgade; mais c'est toujours une bomie position de passage, parce qu'elle est située à l'entrée des dé61és qui conduisent à travers la chaîne taurique dans ' la vallée du Tigre vers Diarbékir; d'où l'on descend à Djésiré et à Mousoul en côtoyant le fleuve. C'est le chemin que doit prendre une armée, quand elle a passé l'fiuphrate à Samozaté ou à Bir, et qu'elle craint d'être inquiétée par la cavalerie dans les plaines d'Orfa et de Kharres : c'est celui qu'aurait dû suivre Crassus, qui se fit exterminer dans ces plaines.
Merdin , l'ancienne Miride , est une ville de sept à huit mille habitants, qui paraît de loin suspendue au mont Masius. Jamais position plus effrayante : on dirait que la ville va tomber dans la plaine. La citadelle est au-dessus de la ville sur un rocher Cik^arpé, où l'on ne peut monter que par un chemin taillé dans le roc, - et elle est si bien défendue par la nature , que l'art ■n'a pu rien ajouter à sa défense. Les maisons de la ville sont bâties en amphithéâtre sur l'escarpement de la montagne; en sorte que les toits des unes servent de terrasses aux autres, et que la plupart des rues sont formées par le prolongement de ces terrasses. On ne monte à Merdin que par un sentier tortueux, et les approches de la ville sont très-difficiles; mais on peut la masquer et passer outre, et si on veut l'assiéger, ou peut la foudroyer des hauteurs latérales, dont quelques-unes paraissent la commander. La campagne tout autour est renommée pour la bonté de son air, de ses eaux et de sqs fruits.
Au pied de la montagne de Merdin est le village d'Elidja , d'où Ton va eu tôtoyant le mont Masius à
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Nisibe. On trouve à mi-chemin les ruines de la forteresse de Dara, jadis le boulevard de Tempire romain, et l'un des chefs-d'œuvre de l'architecture militaire des anciens. La place avait deux enceintes : Tune intérieure de 60 pieds de haut et flanquée de tours qui en avaient 100 : l'autre extérieure, moins élevée, mais défendue sur le côté le plus faible par une demi -lune, et sur tous les autres par un double fossé. Ce fut sous les murs de cette ville que Bélisaire remporta sa plus brillante victoire sur les Perses. On reconnaît encore le tracé de la forteresse à d'énormes pierres de taille, qui entraient dans la construction de ses murs : il paraît qu elle avait près d'une lieue de circonférence. Un ruisseau d'eau courante, qui traverse cette enceinte, a engagé quelques familles kourdes à venir s'y établir. Dara liait la forteresse de Miride à celle de Ni^e, et couvrait de ce côté, sous les empereurs grecs, les frontières de Tempire contre les Perses, Au sud de Dara le désert commence, et la culture ne reparaît que vers Nisibe, dans la seconde zone de la Mésopotamie*
La seconde zone est unie ou légèrement ondulée, et s'étend depuis le pied des montagnes jusqu'au confluent du Khaboras et du Mygdonius, et à l'est du Mygdonius, jusqu'à une traînée de petites collines, qui semblent masquer le désert comme par un rideau : c'est la Mésopotamie, proprement dite, divisée en deux régions, l'Osrhoêne à l'occident et la Mygdonie à l'orient. Edesse était la capitale de la première, et Misibe de la seconde.
Edesse, nommée maintenant Orfa, devait son ancien nom aux Macédoniens, qui l'avaient ainsi appelée
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du niom d^clesse en Macédoine , et elle était aussi renommée dans l'Orient pour la beauté de ses eaux, quÉdessé 4'était dans la Grèce. Elle est à environ ao lieues à l'est de Bir, et elle est bâtie sur la pente de deux collines, au fond d'un vallon, d'où sort une source d'eau vive, qui arrose toutes ses rues et qui, divisée en plusieurs ruisseaux, fertilise tous ses environs. Cette ville peut avoir ^5 à 3o mille habitants, la plupart musulmans , et le reste mêlé de chrétiens et de Juifs. Un mur flanqué de tours l'environne de tous côtés, et elle est défendue par une citadelle, assise sur la cime d'un rocher, où l'on ne peut monter que par un escalier taillé dans le roc : c'est un parallélogramme irrégulier, avec des tours aux angles, que l'on a cherché à isoler par une coupure profonde de la montagne, à laquelle le rocher est adossé. Édesse est la clef de la Mésopotamie; et comme position de passage, elle est préférable à Harran, l'ancienne Kharres, patrie d'Ibrahim tm d'Abraham, que Ton trouve à neuf lieues plus au sud-est dans le désert, au pied d'une colline rougeâtre, liée par une traînée d'autres collines à la montagne de Sindjar. C'est sur le chemin de Kharres à Résaïn que périt Crassus avec son armée. L'Osrhoêne est arrosée par le Belès et le Rhaboras. Ijô Bélès , nommé maintenant Ghilâb , sort de la montagne d'Orfa, et va se jeter dans l'Euphrate vers Racca ou Nicéphorium. Le Rhaboras coule pli^ à l'est, et il est formé de deux affluents, l'un venant de Résaïn, et l'autre, appelé Mygdonius, de Nisibe : ils se réunissent au-dessous de Sindjar, et vont se jeter dans l'Euphrate vers Rerkisièh ou Circésium. Résaïn , Fancieune Roesina, et Nisibe, nommée maintenant
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Nisibin, ne sont plus que de misérables villages, environnés de rizières, qtri en rendent l'air malsain. L'eau du Mygdonius passe même pour pernicieuse, et Ton prétend que c'est une des principales causes qui ont ruiné Nisibe et fait déserter la Mygdonie. Nisibe conserve encore quelques restes d'antiquités : on y voit un arc de triomphe à demi-ruiné, et un petit temple carré d'architecture romaine, qui a servi autrefois deglise aux chréti^s. Hors du village, sont plusieurs colonnes debout et à moitié enterrées : elles paraissent avoir soutenu le fronton d'un autre temple.
Sindjar, l'ancienne Singara, est un bourg d'environ deux mille habitants, situé au sud-est de INisibe, au pied d'une montagne, qui s'élève au milieu d'une plaine rase et nue, comme une île au milieu de la mer. Sur le sommet de la montagne est un plateau fertile en pâturages, sur ses pentes un verger presque continuel d'arbres fruitiers et à sa base une immense prairie, presque toujours émaillée de fleurs. Cette montagne est très - renommée pour la pureté de l'air, et elle est habitée par les Yésidis, ainsi appelés d'Yésid, leur fondateur. Ces peuples adorent, dit-on, un double principe, l'un bon, l'autre méchant, et ils mêlent à leur culte plusieurs pratiques chrétiennes et musulmanes : ce sont, suivant les uns, d'anciens Manichéens , et , suivant d'autres , des musulmans réformés, dont le schisme remonte à une époque inconnue. Il paraît qu'ils sont ignicoles ou adorateurs de Dieu sous l'emblème du feu ou du soleil, sa plus brillante image; et leur secte, restée cachée dans l'Orient, d'abord sous le manteau de la religion chrétienne, puis sous celui de la religion musulmane, n'est peut-