‹ Voyage militaire dans l'Empire Othoman, ou, Description de ses frontières et de ses principales défenses, soit naturelles, soit artificielles, avec cinq cartes géographiquesChapitre 15 sur 84 · I02 VOYAGE MILITAIRE · texte numérisé non relu

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être qu'un reste défiguré de la religion des anciens mages. Les Yésidis sont , comme les Kourdes , à moitié pasteurs et à moitié cultivateurs; et quoique leurs villages paraissent très-pauvres , comme ceux des chrétiens au milieu desquels ils vivent, ils ne se laissent pas opprimer comme ceux-ci par les Turks, et ils ont conservé plus d'énergie, parce que leur pauvreté fait une partie de leur liberté , tandis qu^ les autre» sont sans aucune vertu^ parce que leur pauvreté fait une partie de leur servitude. Les Yésidis sont grands et bien faits comme les Kourdes : ils sont armés comme eux, et ils se disent issus des anciens Chaldéens; mais ils le sont plus vraisemblablement des anciens Assyriens, et ils paraissent n'avoir point oublié le lieu de leur origine, puisqu'ils vont tous les ans faire un pèlerinage à Àmadie, auprès du tombeau d'un de leui^ plus célèbres santons. Ces peuples sont encore répandus sur toute la rive orientale du Tigre , dans toute l'ancienne Assyrie , et ils vivent du produit de leurs cultures et de leurs troupeaux. Ils ne sont pas moins courageux à la guerre que les Kourdes; mais ils ne combattent guère qu'à pied, tandis que les Kourdes combattent presque toujours à cheval. Les Yésidis détroussent, comme les Kourdes et les Arabes, les caravanes, quand ils ne sont pas payés pour les escorter : de là leur mauvaise réputation parmi les Turks, quoiqu'ils soient moins cruels que les Kourdes et les Arabes. Leurs femmes ont le teint beau, et paraissent plus jolies que les autres femmes du pays. On les voit souvent sans voiles à l'entrée de leurs maisons, et même sur les chemins.

La traînée de collines, qui se prolonge depuis

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Kharres jusqu'à Sindjar et depuis Sîndjar jusque vers Mousoul, descend sur la rive droite du Tigre jusqu'au dessous de ïékrid , comme pour encaisser le fleuve et aller se rattacher au-delà par les collines de Saniire è la chaîne médique. Tout le terrain , au nord de cette traînée de collines, est en général très-fertile; mais il est peu cultivé, parce qu'il est exposé tout àla-'fois aux incursions des Arabes, des Kourdes et des Yésidis.

La troisième zone de la Mésopotamie s'étend entre les deux fleuves au sud de cette traînée de collines, depuis le Khaboras jusqu'à l'isthme compris entre Féloudjeh et Bagdad, et fermé jadis par le mur médique : c'est une vaste plaine, unie' comme la mer, qui se confond avec le désert de l'Arabie et qui n'est cultivable que sur les terrains où les deux fleuves, épanchant leurs eaux , ont déposé une couche épaisse de limon. On n'aperçoit dans cette vaste solitude que des terres blanchâtres, imprégnées de sélénite et de sel marin. Le gypse s'y montre jusqu'à la surface de la terre, et le pétrole et le napthe y coulent en ruisseaux. On n'y trouve d'autre plante qu'une sorte d'absinthe odoriférante, ni d'auti'es arbres que quelques bouquets dé palmiers. On n'y voit même presque point d'animaux, excepté quelques autruches, dont les ailes déployées apparaissent dans le lointain comme les voiles d'un vaisseau. Ce désert n'a jamais été habité, et il ne l'est aujourd'hui que par des hordes d'Arabes errants , qui le parcourent pendant l'hiver avec leurs troupeaux, et qui pendant l'été se réfugient dans les montagnes de Sindjar. Aucune armée ne pourrait le traverser sans s'exposer à y mourir de faim ou de soif, et il faudrait

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qu'elle s'élevât jusqu'au pied de la chaîne taurique, ou que, convoyée par une flotille, elle côtoyât TEuphrate sans jamais s'en éloigner.

La quatrième zone s'étend depuis le mur médique jusqu'au confluent des deux fleuves : c'est l'ancienne Babylonie, nommée aussi Ckaldée du nom de ses habitants et séparée jadis de la troisième zone par un mur qui allait de Macépracta à Silace. Ce pays est, comme le Delta égyptien, une terre d'alluvion; mais il est moins fertile, parce que l'Euphrate et le Tigre n'ayant pas, comme le Nil, des crues périodiques, il est moins régulièrement inondé, et il est plus chaud en été, parce qu'étant plus éloigné de la mer, il est moins rafraîchi par les brises : il est pour cette raison exposé à de plus grandes sécheresses, et les plantes y meurent souvent sur leur tige, avant de parvenir à leur maturité.

La Babylonie est encore exposée à un autre fléau, c'est à un vent du sud qui brûle les plantes, étouffe les animaux et amène presque toujours sur ses ailes des nuées de sauterelles, dont le ravage est aussi prompt que celui de la grêle. Ces insectes, dont le vol, lent et uniforme, ressemble au bruit de la pluie, ont bientôt dévoré les champs, sur lesquels ils s'arrêtent; mais ils n'y vivent pas long -temps, et ils semblent n'y être venus que pour se reproduire et servir de pâture aux merles-roses, qui suivent leurs traces.

Ce pays était autrefois très-bien cultivé , et il était coupé par une infinité de canaux qui, en distribuant l'eau des deux fleuves sur toutes les terres, les fertilisaient. L'aspect du terrain et ses hachure^ multipliées semblent indiquer que ces terres étaient disposées en

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échiquier, pour être arrosées avec plus de facilité. Des champs de blé et de sésame y coupaient des jardins potagers ou des vergers d'arbres fruitiers, et présentaient une infinité de compartiments, diversement variés et séparés entre eux par des bordures de palmiers ou de peupliers. Il ne reste maintenant plus rien de ces anciennes cultures : plus de jardins, plus de vergers, presque plus de moissons. Quelques bouquets de palmiers, semés de loin en loin, y rompent seuls la nudité du désert. Que Ton se figure une plaine humide et fangeuse pendant l'hiver, sèche et poudreuse pendant l'été, et l'on aura une idée d'un pays, qui fut la Hollande des anciens.

Toutes les anciennes villes en ont disparu, presque sans laisser de ruines : c'est que le pays étant dépourvu de pierres, les édifices bâtis en briques n'ont pu résister aux injures de l'air ni des eaux. Ainsi ont péri Babylone, Périsabour, Séleucie, Sitace; et tel est le sort réservé à toutes les villes, bâties de terre et de boue.

Le cUmat de la Mésopotamie varie , comme ses différentes zones. La première est froide et n'est tempérée que dans ses vallées : la seconde est tempérée dans ses vallées et jusque sur ses coteaux : la troisième est aride et sèche comme l'Arabie , et la quatrième est brûlante pendant l'été, et ne jouit d'un climat doux que pendant l'hiver. On a comparé le climat de celte dernière zone à celui de l'Egypte ; mais quoiqu'elle ait ses belles nuits et son soleil brillant , elle n'a point sa douce température. Il y fait plus chaud en été, ps^rce que le vent de la mer, qui rafraîchit l'Egypte, s'échauffe en traversant l'Arabie. En hiver, au contraire, il y fait plus froid, parce que

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les vents, qui souflflent du nord, se glacent en traversant la chaîne taurique, presque toujours couverte • de neiges, tandis qu'en Egypte les mêmes vents perdent de leur âpreté en traversant la Méditerranée.

A Forient de la Mésopotamie et au-delà du Tigre, le terrain s'élève insensiblement et présente cette longue zone qui s'étend le long de la chaîne médique, depuis le mont Taurus jusqu'à l'Océan, et qui est coupée en deux par la Diala. La partie septentrionale est onduleuse et inégale; mais la partie méridionale est rase et unie, et se confond avec le désert de l'Arabie, qui borde l'Ëuphrate à l'ouest, depuis sa sortie des montagnes jusqu'au golfe Persique.

L'Arabie est une vaste péninsule, bornée, au nord par l'Euphrate et la Syrie, et' qui s'étend vers le sud entre le golfe Persique et la mer Ronge jusqu'à l'Océan. . On évalue sa superficie à plus de 120 mille lieues car*rées, et on ne lui donne pas plus de 5 à 6 millions d'habitants, dont une inoitié à peu près habite les villes qui bordent son pourtour, et l'autre moitié erre dans les déserts de l'intérieur. Son sol est recouvert d'une croûte blanchâtre, imprégnée de sel, et n'est coupé que par quelques rochers anguleux, semblables à des obélisques , ou par quelques veines d'un terreau léger, qui donnent un peu de verdure et qui paraissent de loin comme des îles au milieu de la mer : c'est ce que l'on nomme les Oasis. Les anciens comparaient cette péninsule à la peau d'un léopard, dont les oasis figurent les mouchetures; mais elle n'offre dans la réalité qu'un plateau nu qui semble avoir été interposé entre la Méditerranée et l'Océan, comme pour les empêcher de confondre leurs eaux. Ce plateau est

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bordé au nord par la chaîne du mont Taurus et par celle du Liban, à louest par la mer Rouge, au sud par rOcéan et à l'est par le golfe Persique et TEuphraté. Ses bords sont hérissés de collines, au pied desquelles on cultive le café, laloès, Tencens et toutes les plantes aromatiques de Tlnde; mais Tintérieur ne présente qu'un terrain nu et brûlé par lïn soleil ardent. Aucun ruisseau, presque aucune source ne fécondent cette terre calcinée; et les vents, loin de ta rafraîchir de leur soufBe, n'y répandent qu'une vapeur étouffante. Quelques plantes, végétant sans le secours de l'eau, quelques palmiers plantés dans les b^s-fonds, quelques puits d'une eau saumâtre et bourbeuse, sont les seuls trésors de ces déserts, qui seraient inhabitables, si la nature n'y avait fait naître le cheVal et le chameau.

Le cheval arabe est comme le prototype de sou espèce : il a pu embellir ses formes sous d'autres climats; mais c'est dans l'Arabie seule qu'il a conservé son intelligence et sa bonté natives. Ce qui le distin-r gué des autres chevaux , c'est la finesse de sa taille et de sa tête , la sécheresse de ses jambes et la petitesse dç son sabot. Vif et léger, il ssiute les fossés et les plaies comme une biche, et il devance les autruches à I4 course : il £| du feu , de la souplesse et de la grâce dans tous sas mouvements. Lorsqu'il est abandonné à lui-même, il est doux, familier, caressant comme un chien; mais lorsqu'il est monté, il se relève, dresse la crinière et la tête, et paraît fier de son fardeau. Comme les Arfiibes ne le touchent jan^ais du fouet ni de l'éperon, ses sensations ne sont point émaussées; et dès qu'il sent la main ou le genou du cavalier, il part comme l'éclair et vole comme le vent.

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Obligé d'aller chercher sa nourriture au loin, TArabe se sert de son cheval , comme les oiseaux se servent de leurs ailes. Aussi en a-t-ii un soin extrême, et il ne prend jamais sa nourriture , qu il n'ait pourvu à celle de cet animal. Il l'élève sous sa tente avec ses enfants, et il en fait son compagnon; mais il a pour aide dans ses travaux pénibles un autre animal, encore plus fort et plus patient, le chameau, nommé avec raison le vaisseau du désert, parce qu'il transporte, à travers le désert, les plus lourds fardeaux. A voir là destination de ces deux animaux, on dirait que l'un a été donné à l'Arabe pour ses plaisirs, et l'autre pour ses besoins. Le cheval fait tout le charme de sa vie : le chameau en fait tout le bien-être : il se nourrit de son lait, se chausse de sa peau et se vêtit de son poil. La prévoyante nature semble avoir fait exprès cet animal • pour le désert.

L'Arabie n'est peuplée que sur sa circonférence : à l'est sont les villes qui bordent l'Euphrate et le golfe Persique, telles que Ana, Hella, Bassora, Maskate : au sud celles qui bordent l'Océan , telles que Hazèh , Kis^n et Aden : à l'ouest celles qui bordent la mer Rouge, telles que Moka, la Mekke , Médine; et au nord, sur le chemin de Damas à Circésium, Palmyre, qui par ses ruines semble encore attester la puissance de l'homme jusqu'au milieu des déserts. L'intérieur de la .péninsule n'est habitée que par quelques hordes errantes.

Les Arabes ont presque tous une petite stature, le corps maigre et anguleux, les jambes grêles, la peau brune et comme tannée, les cheveux d'un noir d'ébène; mais ils sont faits en général dans les plus belles pra-*

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portions : ils ont la taille svelte, la tête ovale, le profil du visage presque droit, le front haut et bombé, le nez aquilin, les yeux noirs et bien fendus, le regard vif mais doux, la bouche mince mais dure : différents en cela des hommes de la race mongolique, dont la férocité est dans le regard, et Fexpression humaine dans la bouche.

Placés sur un sol, qui ne nourrit que peu de plantes et presque point d*animaux, ils ont quitté de bonne heure la vie de chasseurs pour embrasser celle de pas* teurs; mais ils se sont arrêtés à ce second degré de l'échelle sociale, et ils ne pourront s'y élever plus haut, que lorsqu'ils seront devenus navigateurs et coromerçantS; comme tous les peuples privés de bonnes terres. 1j3l nature ne les a pas condamnés sans doute à vivre de brigandage et à acquérir par la force les biens qu'elle leur a refusés, puisqu'ils peuvent les acquérir par les arts. Placés par elle entre deux mers, qui ne sont séparées l'une de l'autre que par une faible barrière, par l'isthme de Suez, il faut quHls rompent cette barrière et qu'ils deviennent les colporteurs de l'univers. Ils seront alors les bienfaiteurs du monde, au lieu d'en être la terreur.

Les Arabes des villes vivent presque tous sous un gouvernement théocratique , uniquement tempéré par le^ mœurs; mais les Arabes errants dans le désert et plus particulièrement connus sous le nom de Bédouins, vivent, comme les anciens patriarches, et ne connaissent encore que le gouvernement de la famille. Leur cheik ou chef est en même temjis leur magistrat civil et religieux. Quand plusieurs familles se réunissent pour composer une tribu, les chefs de la famille choi-

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sissent un chelk de toute la tribu, et lui servent de c^onseil. Le cheïk de la tribu réunit alors dans ses mains tous les pouvoirs; mais il ne les exerce qu'assisté dés autres cheïks, et il est rare qu'il abuse de son autorité , parce que du montent qu'une famille est mécontente de son chef, elle abandonne sa tribu et passe dans une autre, toujours empressée à la recevoir, pour en fortifier son parti. Ces peuples vivent avec la plus grande frugalité; et comme ils ont peu de besoins, il leur est très*aisé de les satisfaire. Leurs habitations sont de simples tentes, qu'ils transportent d'un lieu à un autre sur leurs chatneaux. Ces tentes sont faites avec le poil de ces animaux , et elles sotit tendues sur des piquets de cinq à six pieds de haut seulement : ce qui leur donne un air écrasé. Aussi de loin ne paraissent-elles x[ue comme des taches noires. Chaque tente est partagée par un rideau en deux pièces, l'une destinée aux hommes, l'autre aux femmes et aux enfknts. Les troupeaux parquent tout autour, et on reçoit ordinairement sous la tente la jument et ses poulains, élevés avec le même soin que les enfants de la famille. Tous le^ ustensiles du ménage consistent dans un moulin à blé et à café, une plaque de fer pour cuire les galettes, une chaudière, une cafetière et quelques vases de terre ou de bois. Les plus riches ont des tapis, les autres ont seulement des nattes de jonc.

Tels sont les Arabes tornades, qui errent dans l'intérieur de l'Arabie; mais ceux qui en habitent la circonférence et qui sont fixés dans les villes, ont pris les mo&urs des peuples avec lesquels ils se sont mêlés, les Arabes du golfe Persique les mours des Persans,

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et ceux de la mer Rouge les mœurs des Turks; mais ils ont tous conservé du goût pour la vie errante , et ils la reprennent sans peine, quand ils y sont réduits par la nécessité.

Les Bédouins, comme tous les peuples nomades , aiment la guerre et ils la font avec courage. Ils ont pour armes un sabré courbe, un javelot, une lance, et ils manient également bien toutes ces armes, et surtout la lance, leur arme favorite. Cette lance, à laquelle ils attaclient une houppe de soie ou de lapine noire, est un bambou noueux, léger et élastique, de lo à ja pieds de long et ordinairement terminé pi^r un fer aigu. Lorsqu'ils attaquent, ils tiennent la lance à un tiers de la hampe , et ils la lancent ou la laissent glisser, sans jamais s'en dessaisir : ils s'en servent éga* lément bien cDmme d'arme de jet et comme d'arme de main. Le javelot est la seifle arme qu'ils jettent de loin, et ils le lancent, en le brandissant, comme les Romains.

La guerre est comme l'élément des Bédouins; et dès qu'ils voient deux armées ennemies entrer en cam* pagne, ils y entrent eux-mêmes, non pour s'attacher à l'une ou à l'autre, mais pour les suivre et piller les vaincus. Ces hommes ne combattent presque jamais à pied , et ils manient avec adresse leurs chevaux. Emboîtés dans leurs selles avec des étriers très-courts, ils se dressent sur ces étriers pour allonger leur coup ou pour parer celui de l'ennemi. Leur position paraît d'abord incommode et gênante; mais elle leur donne la facilité de se courber, sur le cou de l'animal , pour éviter l'atteinte du javelot ou de la lance. Ils accoutument leurs chevaux à courir à toutes jambes et à

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s'arrêter court, pour pouvoir se retourner, et préienter eux-mêmes leur lance a celui qui les poursuit. Ils . combattent comme les Parthes en fuyant; et comme la première qualité de leurs chevaux est de savoir fuir à propos, ils les font poursuivre, quand ils sont jeunes, la lance sur la croupe : en sorte que ces animaux s'accoutument si bien à un pareil manège, que lorsqu'ils sentent un cavalier après eux, il ne faut que leur lâcher la bride, pour les voir partir comme l'éclair.

Les Arabes n'ont aucun principe fixe de combattre ni de camper. Leurs camps sont formés tantôt sur une seule ligne, tantôt sur deux lignes de tentes, disposées circulairement. Au milieu parquent les chameaux. Il n'y a point à l'entour de retranchements, point de gardes avancées : les seules sentinelles sont des chiens ; et voilà pourquoi il n'y a rien de si facile que de surprendre les Arabes dans leurs camps. Aussi la plupart de leurs guerres ne sont-elles que des guerres de surprise. Quand ils en viennent à un combat, ils se précipitent tous en masse les uns sur les autres, et sans se mouvoir de concert : les plus braves sont les premiers : ceux , qui attaquent , semblent plutôt vouloir tâter que combattre l'ennemi : ils se répandent sur son front, cherchent à pénétrer par le côté le plus faible, et, s'ils ne peuvent percer, ils fuient pour être poursuivis; mais si l'ennemi se rompt en les poursuivant, ils reviennent à la charge avec encore plus de vitesse qu'ils n'ont fui. Quelquefois ils arrivent inopinément, enveloppent l'ennemi comme un tourbillon; et pour peu qu'ils trouvent de résistance, ils disparaissent encore plus rapidement qu'ils ne sont venus. La seule manière pour un corps d'armée de les combattre est de

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se t^ir uni et serré; car st' ou veut les attaquer isolément, on se prive des avantages de la discipline, et on leur laisse tous ceux qu'ils tirent de la vitesse et de la légèreté de leurs chevaux. Bien ne serait plus aisé maintenant à une armée régulière, et même à une simple division, que de traverser le désert, en présence d'une armée arabe : la difficulté serait d'y subsister.

Les Arabes professent la religion musulmane; mais ils sont divisés en différentes sectes, et parmi ces sectes, il s'en est élevé de nos jours une nouvelle, qui menace d'engloutir toutes les autres : c'est celle des Wahâbis, que l'on croit issus des anciens Karmantes et qui habitent la ville de Drîéh , située sur le plateau central de l'Arabie , au milieu d'une vallée ceinte de collines, comme d'un rempart. Les Wahâbis ont pris leur nom d'Abdoul- Wahâb , le père de leur fondateur, qui vivait vers le milieu du dernier siècle. Ils professent l'islamisme, tel que Mahomet l'a enseigné, mais dégagé de toutes les pratiques que l'on y a mêlées; en sorte qu'ils en ont fait une.espèce de théisme pur, qui' consiste dans l'adoration d'un seul dieu,. par la médiation de Mahomet son prophète : ils n'ont point de jeûnes, point d'ablutions légales, et ils ne reconnaissent point d'imans ou prêtres, ou du moins ils ne reconnaissent dans leurs imans aucune consécration ni aucune hiérarchie. L'égalité politique et religieuse semble avoir été le but de leur réforme : ce sont , si l'on peut ainsi parler, les protestants ou, pour mieux dire, les puritains du mahométisme« Cette religion simple, débarrassée de toute pompe extérieure, devait plaire à des hommes pauvres, obligés d'errer dans des déserts pour y chercher leur nourriture; et de là la

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principale cause de son triomphe parmi les Bédouins. Les Arabes sédentaires, et surtout ceux de Médine et de la Mekke, les chefs-lieux de l'islamisme, ont repoussé avec horreur la nouvelle doctrine, et ne paraissent pas disposés à l'adopter.

L'wahâbisme est un culte trop simple; et à moins que les Wahâbis ne se relâchent de la rigueur de leurs principes, jamais leur réforme ne fera de grands progrès dans les pays, et moins encore dans les villes, qui bordent le désert. Cette réforme est tombée dans un excès contraire au mahométisme actuel. Celui-ci a trop de pratiques, et l'autre en a trop peu : il ne faut pas que les pratiques absorbent l'homme tout entier et lui fassent oublier ses devoirs; mais il faut qu'elles l'y rappellent , parce que l'homme est tellement distrait durant sa courte vie par ses besoins et ses plaisirs, qu'il pourrait oublier sa destination, si on ne la lui rappelait de temps en temps par des rites et des cérémonies , qui parlent à son esprit et à son cœur.

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