‹ Voyage militaire dans l'Empire Othoman, ou, Description de ses frontières et de ses principales défenses, soit naturelles, soit artificielles, avec cinq cartes géographiquesChapitre 18 sur 84 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

De la basse Asie ou Asie-Mineure.

L'AsiE-MiNEURE est une grande péninsule quadrangulaire, de il\ à sS mille lieues de superficie, bordée sur le côté de l'est par la ligne de l'Euphrate, et sur les trois autres par la mer : au nord par la mer Noire et la Propontide, à l'ouest par la mer Egée, et au sud par la mer de Chypre. Le mont Taurus la traverse de l'ouest à l'est , et embrasse de ses différentes branches un plateau nO et parsemé de lacs, qui n'ont point d'is-

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sue apparente, mais que l'on peut regarder comme les sources principales des grandes rivières de la péninsule; C'est de ce plateau ou des montagnes environ* nantes que descendent le Mêlas dans l'Euphrate, l'Ha- \ys et le Sangare dans la mer Noire ^ le Rhyndaeus dans la Propontide, l'Hermus et le Méandre dans la mer Egée , le Cataracthés , le Calycadnus , le Gydnus , le Sarus et le Pyrame dans la mer de Chypre. Que Ton se figure un cône tronqué à son sommet et dé« chiré sur ses flancs par des vallées plus ou moins profondes, qui s'ouvrent toutes sur l'Euphrate ou sur la mer, et l'on aura une idée de la péninsule occidentale de l'Asie.

Le plateau de l'Asie-Mineure étant la plaine la pluà élevée de la péninsule, est pour celte raison environné des plus hautes montagnes^ quoique belles du littoral paraissent au premier aspect plus élevées. Au nord s'élève le mont Gordion, au sud le mont Lycaon, à l'ouest le mont Dindymène, lié par sa base au mont Olympe, et à Test le mont Argée, qui s'élance comme un immense obélisque dans les airs et autour duquel sem^ blent venir se grouper les différentes branches du Taurus, avant de traverser l'Euphrate; et c'est au pied de ces montagnes que l'on voit au nord Angora, à l'ouest Koutayèh, au sud Koniah et a Test Kaîsarièh ou Césarée.

Angora, l'ancienne Ancyre, est située au milieu d'une grande plaine autour d'un groupe de petites coïlines , dont la plus élevée est occupée par la citadeHe» La ville, bâtie autour de la citadelle, est fermée d'un double mur, flanqué de tours, dont quelques-unes sont terrassées et portent du canon; mais le mur exté^

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rieur est en général mal entretenu et croule sur plusieurs points. Au milieu de cette double enceinte est un labyrinthe de petites rues et quelques restes d'an* Gtens édifices, parmi lesquels on distingue ceux du temple d'x^uguste. Angora peut avoir 3o mille habi* tants, Turks ou Arméniens^ mêlés de quelques Jtti&. Son territoire est nu et dépouillé d'arbres à cause de sa grande élévation ; mais il est très fertile^ et surtout en pâturages, où l'on nourrit des chèvres, renommées . pour ta beauté et le soyeux de leur poiL

C'est à l'ouest d'Angora , dans la plaine arrosée par le Sangare et au pied des mojitagnes, dont le plateau de l'Asie - Mineure est bordé au nord, que l'on a cru reconnaître les ruines de Pessinonte et celles de Gordium, les premières vers la petite ville de Beybazar, et les autres vers le bourg de Nalikhan. Koutayèh ^ l'ancienne Cotyaeum, est plus à l'est, au pied des montagnes qui bordent de ce côté le plateau, et sur une haute vallée , arrosée par le Thymbrius , un des affluents du Sangare. La ville est bâtie au pied même, du mqnt Dindymène, et die s'élève en amphithéâtre sur une colline escarpée , couronnée par une vieille citadelle ; mais quoiqu'elle soit le siège du principal Pacha de l'Asie^Mineure, elle n'est fermée que d'une simple ^muraille, flanquée de. tours. On lui donne a5 mille habitants, Turks ou Grecs. Celle d'Afioum-Karahissar, située plus au sud, au pied des montagnes d'où le Méandre descend dans la mer Egée, en a au moins 4o mille , qu'elle doit à son industrie et à la fertilité de son territoire. On y fabrique des tissus de laine et de coton, des maroquins, des tapis, et l'on y cultive en grand le pavot qui donne ce suc laiteux connu

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sotis le nom d opium ; d'où lui est venu le nom d'Afioum-Karahissar. L'ancienne Métropolis ne devait pas être éloignée de cette ville, si même elle n*en occupait pas l'emplacement. La ville moderne est bâtie au pied d'un rocher de forme pyramidale, surmonté d'une ancienne citadelle, et elle est elle-même environnée d'an mur crénelé, qui s'élève en rampant sur ce rocher et qui a plus d'une lieue de développement. Son territoire, arrosé pas un cours d'eau qui va se jeter dans le lac de Balou-din, s'étend vers le sud-est jusqu'à ce lac, et vers le nord-est jusqu'à la vaste plaine d'Ipsus, où était l'ancienne Synnade, et où se donna entre les lieutenants d'Alexandre cette bataille célèbre, qui décida du sort de l'Asie.

Le plateau de l'Asie-Mineure se prolonge de l'ouest à l'est depuis Afioum-Karahissar jusqu'à Césarée, et du nord au sud depuis Angora jusqu'à Koniafa. Koniah, l'ancienne Iconium, est au sud -est d' Afioum- Karahissar, au pied des montagnes qui bordent au sud le plateau. Cette ville n'a pas plus de vingt mille habitants, la plupart Turks; mais elle paraît mieux fortifiée que Routayèh et même qu'Angora, quoique ses fortifications soient très -anciennes et datent du règne des sultans Seljoucides : elle est fermée d'une muraille épaisse, flanquée de petites tours très-rapprochées les unes des autres, et elle renferme dans son enceinte un petit fort carré qui lui sert de citadelle , et où l'on voit le palais à demi ruiné des anciens sultans. Son territoire produit d'excellents fruits à noyau, et il abonde en pâturages, où des Turks nomades, connus sous le nom d'Yourouks, mènent paître leurs troupeaux.

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Kaîsarièb ou Césarée, l'ancieuiie Mazaca, capkale delà Cappadoce, est au nord-est de Koniah et au sud* est d'Angora, au pied du mont Argée, qui borde à l'est )e platçau de l'Asie-Mineure. Deux branches de ee mont s'avancent au milieu de la plaine, et forment une espèce de croissant ^ au fond duquel la ville est bâtie. Cette ville n'a pas aujourd'hui plus de 5 à 6 mille habitants, et elle est encombrée de ruines : on la croi^ rait démantelée, tant on a négligé ses fortifications, qui ne consistent plus qu'en une enceinte délabrée et en un vieux fort abandonné ; mais elle offre toujours une bonne position militaire, parce qu'elle est à la tête de la vallée du Mêlas , qui ouvre le débouché le plus facile pour descendre du plateau de TAsie-Mineure dans la vallée de l'Euphrate; et l'on y fabrique encore des tapis, qui pouj: la beauté du tissu et la vivacité des couleurs rivalisent avec ceux de la Perse.

Le plateau de l' Asie-Mineure , sur les bords duquel toutes ces villes sont bâties, a plus de 8o lieues de lopg d'ouest en est, depuis Afioum-Karahissar jusqu'à Césarée, sur environ 5o lieues de large du uord au sud, depuis Angora jusqu'à Koniah. Le pourtour occidental du plateau est parsemé de bourgs et de villages, parce qu'il est bien arrosé et très-fertile en grains et en fruits;, mais le pourtour oriental ne donne que des pâturages, et. il est nu et stérile sur plusieurs points , où l'on croit apercevoir le fond d'auciens lacs desséchés. Cette partie du plateau ressemble à un désert ; et à l'exception de quelques villages clair-semés dans les bas-fonds et sur les hauteurs, oii de pauvres paysans sont agglomérés avec leurs bestiaux dans des^cahuttes de boue, le reste de la plaine n'est habité que par des hordes er-

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rantes deTurkmans^ qui y sont descendus avec leurs troupeaux de la haute Asie et y ont conservé les mœurs pastorales de leurs aiicétres.

Ces peuples errent de pâturages en pâturages, et vivent sous des tentes de forme conique, semblables «^ de petites tours, tronquées à leur sommet. Ils élèvent une grande quantité de troupeaux et surtout de chevaux , dont ils se servent avec habileté âans leurs incursions. Ils mènent à-peu-près la même vie que les Kourdes; mais ils valent mieux qu'eux sous tous les rapports. Avec le même courage et la même aptitude à la guerre , ils ont plus de vertus domestiques : ils sont généreux, hospitaliers et n oublient jamais les bienfaits reçus : ils ont en général la taille élevée, le visage coloré, le regard vif. Leurs femmes sont renommées pour la beauté, de leurs yeux et pour la fraîcheur de leur teint, et elles ont des formes moins massives et plus élégantes que les femmes Turkes : elles paraissent aussi plus libres et se montrent sans voile aux yeux des étrangers. Les Turkmans sont les meilleurs de tous les peuples nomades de laTurkie d'Asie; et les Turks , qui croient avoir la même origine qu'eux, semblent avoir perdu les mœurs de leurs aïeux communs dans la corruption des villes , ou plutôt sous le régime despotique des sultans. Les Turkmans ont conservé'sous la tente une sorte de liberté: ils se gouvernent jd'après leurs usages, nomment leurs propres chefs et ne sont soumis envers le gouvernement turk qu'à un léger tribut , qu'ils refusent de payer, dès qu'ils se croient blessés dans leurs droits. Presque tous les Beys puissants de l'Asie-Mineure sont des Turkmans, qui se sont fixés dans les villes, et qui les gouvernent avec plus d'équité que les Pachas Turks.

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Le plateau de l'Asie-Mineure formait autrefois le noyau de la Pbrygie ; d'oii l'on descendait à Test, sur le littoral de l'Euplirate, dans laCappadoce et la petite Arménie: au nord, sur le littoral de la mër Noire, dans le Pont, la Paphlagonie et la Bithynierà l'ouest, sur la mer Egée, dans la Mysie, la Lydie et la Carie; et au sud, sur la mer de Chypre, dans la Lycie, la Pamphylie et la Cilicie. Tous ces pays ont changé de nom; mais la plupart des villes, que Ton y voyait, y existent encore ou y ont laissé des ruines.

La Cappadoce embrassait tout le pays autour du mont Argée et même toute la vallée du Mêlas jusqu'à Malatie,où commençait la petite Arménie, qui se prolongeait du nord au sud , sur la rive droite de l'Ëuphrate, depuis les monts Moschiques jusqu'à l'embouchure du Mêlas, et au-delà du Mêlas jusqu'à Samozate. On y comprit même dans la suite la vallée de Comana , l'ancienne Comagêne, et on l'étendit jusqu'au mont Amanus, où commence l'isthme, qui sépare l'Asie-Mineure de la haute Asie et qui se prolonge du sud au nord depuis le golfe d'Alexandrette sur la Méditerranée jusqu'à celui de Samsoun sur la mer Noire. Cet isthme n'a pas plus de cent lieues d'étendue, et pré«» sente une ligne d'eau presque continue , qui remonte d'un côté avec le Sarus jusqu'à la chaîne la plus méri* dionale du mont Taurus, et qui descend de l'autre avec un affluent de l'Halys, jusqu'à l'embouchure de ce fleuve dans le golfe de Samsoun; en sorte qu'i^ serait possible, en joignant tous ces cours d'eau, d'isoler la péninsule et d'en faire une île.

Au nord de la petite Arménie et de la Cappadoce > était le Pont qui s'étendait depuis Trébizonde jusqu'à

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Siiiope sur le littoral de la mer Noire. La mer Noire a la forme d'un arc bandé, courbé vers le nord, et dont la cote de TAsie^Mineure figure la corde. Trébizonde, située à Feictrémité orientale de cette corde, est l'ancienne Trapezus , ainsi nommée, parce qu'elle eut, dès l'origine, la forme d'un trapèze: elle est as-* sise au bord de la /mer sur la pente d'une colline, où. l'on voit deux réduits fermés qui lui servent de citadelle, et elle n'est elle-même environnée que d'un sim* pie mur crénelé et flanqué de tours , quoiqu'elle soit de ce coté la clef de l' Asie-Mineure, et l'un des grands entrepôts du commerce de la haute Asie avec Con-* stantinople. On ne lui donne guère que 1 5 à 1 8 mille habitants. Sa rade n'est pas tenable en hiver, et l'on est obligé, dans cette saison, d'aller mouiller au port de Platana, relégué à trois lieues plus à l'ouest. On pourrait de ce point monter en quelques marches sur le plateau d'Erzeroum, qui domine toute la Turkie d'Asie. Trébizonde est une position maritime très-importante; mais elle est dominée des montagnes voisines, et il faudrait, pour la défendre, occuper par un fort le point culminant de ces montagnes, ou couvrir les approches de la ville par des ouvrages avancés.

La cote depuis Trébizonde jusqu'à Sinope est agréablement découpée, et elle est sillonnée par une infinité de cours d'eau, parmi lesquels ou distingue la rivière du Gumuch-Kanéh qui a son embouchure près du bourg de Tiréboli, celle du Thermodon qui a la sienne près de Therméh, l'Iris qui se jette dans la mer au-dessous de ïcharcherabéh, et l'Halys qui s'y jette au-dessous de Bâfra. Toute cette côte paraît trèsfertile, et elle est revêtue Je sombres forêts qui s'é-»

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lèvent des bords de la mer jusqu'au sommet des montagnes et qui semblent sortir du sein des eaux : c'est ie pays , nommé Djanik , un des plus fertiles et des plus pittoresques de FAsie- Mineure. On y voyait autrefois plusieurs villes considérables, telles que Cérazonte d'où Lucullus apporta le cerisier à Rome, Cotyore où Xénophon dans sa retraite embarqua une division de son armée, Polémonium d'où cette partie du Pont re* çut le nom de Polémoniaque, Œnoé renommée pour la beauté de son site et l'étendue de son commerce. On n'y voit plus aujourd'hui que quelques misérables bourgades, telles que Kérisoun, qui a remplacé Cérazonte , Ordou et Yasoun qui paraissent occuper l'une ou l'autre l'emplacement de Cotyore, Fatsa qui semr ble occuper celui de Polémonium , et la petite ville d'Ounièh, l'ancienne Œnoè, qui s'élève, en amphithéâtre autour d'une anse , bordée de vergers d'oliviers, et fréquentée par tous les bateaux caboteurs de la mer Noire. Le bourg de Therméh , bâti sur l'emplacement de Thémiscire, et celui de Tcharchembéh , bâti sur l'emplacement de Magnopolis , le premier vers l'embouchure du Thermodon, l'autre vers celle de l'Iris, n'ont aucune importance maritime, parce qu'ils sont trop enfoncés dans les terres; mais Ouniéh pourrait en avoir une très-grande, parce qu'elle offre le meilleur port de la côte , après celui de Platana.

Le Thermodon, qui arrose les plus belles campagnes de ce littoral, n'a qu'un petit volume d'eau; mais l'Iris et l'Halys en ont un plus grand, et ne sont pas guéables en hiver vers leur embouchure. L'Iris a îies sources dans les montagnes, qui séparent les eaux (le la mer Noire de celles de l'ï^uphrate, et il est formé

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de deux affluents qui coulent parallèlement entré eux du sud-est au nord-ouesL Le plus oriental vient de Kara-Uissar et de Niksar, et le plus occidental de Tokat et d'Amasie. Kara-Hissar et Niksar, l'ancienne Néo- Césarée, sont deux petites villes, n'ayant chacune pour toute défense qu'un fortin à moitié ruiné, du haut duquel on jouit de la plus belle vue; mais Tokat et Amasie ont l'une et l'autre une plus grande importance commerciale et militaire. Tokat est située au fond d'une belle vallée, sur la pente de trois montagnes, séparées entre elles par des ravins, et elle est environnée d'une enceinte flanquée de tours , au milieu de laquelle on voit deux rochers taillés à pic, qui portent diacun un petit fort. Cette ville peut avoir 4o à 4^ mille habitants, et fait un grand commerce en soies, en maroquins et surtout en cuivre, que l'on exploite dans les montagnes voisines. Amasie, patrie de Strabon, n'a plus la même importance qu'autrefois; mais elle est encore peuplée de 12 à 1 5 mille habitants , et elle s'élève en amphithéâtre' du fond de la vallée de l'Iris sur deux collines, dont la plus élevée porte une vieille citadelle; en sorte que les deux quartiers de la ville sont en regard Tun de l'autre, comme ils l'étaient du temps de Strabon. C'est au*dessous d'Amasie, vers les ruines d'Eupatorie, que les deux branchés de l'Iris se réunissent dans un canal commun, pour aller se jetef dans la mer au-dessous du bourg de Tcharchembéh, qui est comme l'échelle de Tokat et d'Amasie.

La cote se courbe dans les terres au-delà de Tcharchembeh entre l'Iris et l'Halys, et forme un golfe ouvert, au fond duquel est la petite ville de Samsoun ,

Tancieiine Amisus , qui n'a plus que deux à trois mille habitants. Il parait que ce golfe était autrefois plus profond et qu'il a été comblé par les alluvions de l'Iris et de THalys.

L'Halys est formé , comme l'Iris, de deux princi* paux affluents : l'un vient de Sivas et du pied des mon* tagnes qui bordent l'Ëuphrate à l'ouest, l'autre du pied de celles qui bordent au sud le plateau de l'A^ sie-Mineure , et ils se réunissent tous deux sur ce pla* teau, autour du mont Argée, vers la petite ville de Mandjour, pour aller se jeter, après de nombreux détours, dans la mer Noire^ au-dessous de Bâfra. L'Halys est de toutes les rivières de l'Asie-Mineure celle qui a le plus long cours et le plus grand volume d'eau.

La côte de la mer Noire se recourbe dans les terres au-delà de l'Halys et présente une baie demi^circU'» laire, au fond de laquelle est le bourg de Gèurzeh, l'ancienne Carusa, et à l'extrémité la ville de Sinope. Cette ville est située sur l'isthme d'une péninsule qui a trois lieues de tour et qui couvre deux vastes rades, l'une au sud^est, l'autre au nord-ouest. La première est la mieux abritée, et la seule fréquentée par les Turks, qui y ont établi un chantier de construction. La ville ancienne occupait une partie de la péninsule : la ville moderne n'en occupe plus que l'isthme, de 200 toises de large au plus : c'est un carré , flanqué de tours, au milieu duquel est un réduit fermé, qui lui sert de citadelle. Cette ville pourrait être aisément défendue , parce qu'elle n'est acce^ible que sur le front de la campagne: il feudrait mieux fortifier ce front , Fenvironner d'un fossé, d'une rade à l'autre; et au heu du

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fort projeté, dont on veut couronner la crête de la presqu'île et qui ne sera bon à rien , parce qu'il est trop éloigné de la côte pour y empêcher une descente , il faudrait couvrir toute cette cote de batteries, et surtout mieux protéger la rade du sud-est, la plus favorable à un débarquement. Cette rade est le point le plus vulnérable de toute la côte septentrionale de TAsie-Mineure. La ville de Sinope est environnée de ruines qui attestent sa grandeur passée ; on y montre encore celles dW théâtre et de plusieurs temples.

La côte s'escarpe au-delà de Sinope et forme sur le littoral de l'ancienne Paphlagonie, depuis le cap Indjeh jusqu'au cap Carambis, une ligne convexe qui est la partie la plus saillante de l' Asie-Mineure. Aussi les anciens en ont -ils comparé les deux caps aux deux cornes d'un bélier. La mer Noire paraît très-rétrécie vers ce point, et l'on ne compte guère du cap Carambis au cap Criou-Métopon , la pointe la plus méridionale de la Tauride, que 4^ lieues marines. Entre les deux caps Indjeh et Carambis est le port d'Inéboli ou d'Yénopoiis, l'échelle de la ville de Castamouni, située plus au sud dans les terres sur un affluent de l'Halys. Cette ville a sept à huit mille habitants, et n'est pas éloignée des ruines de Pompéiopolis , qui fut jadis une des principales villes de la Paphlagonie. Tout ce pays est couvert d'arbres forestiers, et offre de très -beaux bois de construction.

La côte s'abaisse au-delà du cap Carambis, et pré* sente d'abord le port de Ghidros, et puis ceux d'Amasra. Ghidros, l'ancienne Cythorus, n'a plus qu'une douane turke, environnée d'un khan et d'un café; mais Amasra, l'ancienne Amastris, a conservé des vestiges de son

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ancienne splendeur. Cette "ville, encore peuplée de cinq à six mille habitants, est située, comme Sinope, sur Fisthme d'une péninsule, dont les deux échancrures forment deux ports, et elle serait aussi propre que cette ville à recevoir un établissement maritime. Les Turks devraient donc en relever le château qui tombe en ruine, ou du moins le remplacer par quelques batteries de côte. Le point d'Amasra est encore plus facile à défendre que celui de Sinope, parce que la côte environnante est plus acore et d'un accès plus difficile. De toutes les villes du littoral de la mer Noire, Amasra est celle qui a conservé le plus de restes d'anciens monuments. La campagne tout autour paraît très - fertile : c'est une suite continue de jardins, au milieu desquels on voit une multitude de colonnes de marbre encore debout.

La Paphlagonie finit au-delà d'Amasra, au fleuve Parthénius, où commence l'ancienne Bithynie. Le Parthénius vient des montagnes qui environnent au nord la plaine élevée d'Angora, et descend de la petite ville de Tcherkis au bourg de Bartin, au-dessous duquel il se jette dans la mer par une bouche profonde, semblable à un petit golfe. Ce fleuve est très-sinueux et très-encaissé, et les bateaux peuvent le remonter. Il faudrait en défendre l'embouchure , dont l'accès facile serait très-favorable à un débarquement, et d'où l'on pourrait, en quelques marches, se porter sur le plateau de l'Asie-Mineure. Le bourg de Bartin, que l'on a eu le projet de fortifier, est trop enfoncé dans les terres.

La côte se recourbe au-delà du Parthénius et forme un golfe très-ouvert et peu profond, à l'entrée duquel est Héraclée, au fond l'embouchure du Sangare, et à

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rextremité le petit port de Galpé. Hëraclee est une ville de cinq à six mille habitants, située sur Tisthme de la péninsule Achérousienne, à un tiers de lieue de la mer. Son port, caché derrière la péninsule, est abrité par un vieux môle; mais la ville, renommée autrefois pour la beauté de ses édifices, n'offre plus rien d'agréable aujourd'hui que sa position en amphithéâtre: c'est l'échelle de la ville de Boli, située plus au sud dans les terres et peuplée de 8 à lo mille habitants.

Le Sangare, qui se jette dans la mer au fond du golfe, est formé de trois affluents, dont un vient de la plaine. élevée d'Angora, un autre, l'ancien Thymbrius, du mont Dindymène et le troisième, l'ancien Gallus, du mont Olympe. Le premier, ou le Sangare proprement dit, né sur un plateau peu incliné, fait sur ce plateau de longs détours, comme s'il voulait s'y arrêter, baigne les ruines de Pessinonte vers la petite ville de Beybazar, celles de Gordium vers le bourg de Nalikhan, et descend ensuite du plateau de l'Asie-Mineure dans la plaine d'Eski-Chéer ou de Dorylée , où il reçoit le Thymbrîus : de là il se dirige d'abord à l'ouest vers la petite ville de Soghât , le premier siège des sultans othomans, puis vers celle de Louka, où il se mêle avec le Gallus, et se replie enfin au nord vers le bourg de Ghéïva, pour aller se jeter dans la mer au-dessous des ruines de Bithynium , appelée depuis Claùdiopolis.

La côte se relève au-delà du Sangare, pour se recourber de nouveau vers la petite île de Thynias ou d'Apollonie; et c'est à l'origine de cette courbure que l'on voit le petit port de Calpé, qui semble être l'ou-

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vrage de l'art , et qui est pourtant celui de k nature. Ce port e$L abrité par un roclier, qui s'avance dans la mer et qui, réuni à la terre par un isthme très-étroit , pourrait porter une ville, très-facile à fortifier. Xéno* ption, au retour de son expédition avec les dix mille , eut la pensée dy en bâtir une et de s'y Êiire roi, et il faut avouer que l'emplacement aurait été bien choisi, lie bassin du port est creusé sous le rocher même, et il est k l'abri de tous les vents. Une source d'eau douce sort des flancs du rocher, et forme une belle fontaine à quelques pas de là. La côte tout autour est trèsfertile et couverte d'une épaisse foret , d'où les plus beaux arbres peuvent descendre dans la mer et s^y mé^ tamorphoser en vaisseaux.

Au-delà de Calpé, la cote devient plus accessible ^ ue présente plus, jusqu'à l'entrée du Bosphore, qu'une plage ouverte, presque partout favorable à un débarquement; mais les points les plus favorables de tous sont la baie d'Artane, et surtout celle de Riva, la plus voisine du Bosphoi*e. Les deux baie^ offrent cet avantage, qu'une armée, descendue sur Tune ou sur l'autre, pourrait se porter en deux marcher sur Scoutari, tourner toutes les défen$es du Bosphore et se présenter inopinément devant Constantinople. La baie de Riva^ ainsi pommée d'une petite rivièi^ de.scendue des hauteurs qui bordent le Bosphore ^ a la forma d'un croisasaut, au fond duquel est un fortin carré ^ qui défend tout à la fois l'entrée de la rivière et le pourtour de la baie; mais jce fortin a l'incouvéniefit d'être dominé, et ne pourrait pas faire une longue résistance. Il faudrait le remplacer par quelques batteries de côte et construire aux deux extrémités du croissant deux rer

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doutes, qui croUassent tei^rs fwx et les porU&s^nC en dehors sur les anses voisines. Le fort de Riva n'est plus qu'à une lieue de l'embouchure du BospI^H^e, et peut, en qqelque sorte, être regarde comme un« ve* dette avancée de Constantiuople; mais celtte vedette est mal placée, parce qu'^elle est cachée dan$ une petite anse. Il faudrait la porter plus loin et élever depuis la baie d'Axtane jusqu'au golfe de Nicomédie une ligne de retranchements, qui enveloppât tous les dehors de Scoutari. Cette ligne de fortifications douterait peu de travau;8:, parce qu'elle n'aurait guère que pinq à six lieiies d'étendue , et qu'elle serait coiiverte par les pours d'e^u, qui descendent d'un côjté dans le golfe de Nicômédie et de l'autre dans 1^ jner Noire. Il faudrait aqssî fermer par une redoute une autre petite baie, également lEavorable à un débarquement, qui n'est plus qu'à 3oo toises an Bosphore et par où l'on pourrait tourner les châteaux, situés à so» entrée. Cette petite haie est conouç sous le nom de b^ie de Y ancre, parce qye les Argonautes y mpuillèrent, en abordant da»s h mer Noire, et y prirent l'ancre de pierre, conformément aux ordres de roracle.

La côte de la mer Noire se prolonge encore presque en ligne droite au -delà du Bosphor,e jusque vers le golfe de Derkop, et même jusqu'à celui de Média, où commence l'arc que décrit cette mer, en se courbant vers Je nord; et c'est ds^ns cet angle que toutes les e^ux de la mef îïoire s'engouffrent comme dans un entonnoir; d'où elles s'écoulent par le Bosphore dans la Propontide, et de la Propontide par l'Hellespont d^ns 1q IVIéditerr^ijée. .On voit sur la côte d'Europe, à une lieue au-delà de l'entrée du Bosphore, un autre

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petit fort, destiné comme celui de Riva à défencTre cette entrée. Il est connu sous le nom de Kilia , parce qu'il est situé sur le cap Kilios, à Torigine d'une baie, oïl Ion a bâti le village de Domousdéré. Ce fort est la vedette de Constantinople sur la cote d'Europe, comme celui de Riva en est la vedette sur la cote d'Asie.

La mer Noire a 2a5 lieues marines de long, si on la mesure du golfe de Bourgas à l'embouchure du Phase, parce qu'elle est très -évasée vers ces deux points; mais elle n'en a pas plus de 2100, si on ta mesure sur la corde de l'arc, qu'elle décrit depuis ïe Bosphore jusqu'à Trébizonde. Sa largeur varie , parce que le pourtour de l'arc, qui a son sommet dans la Tauride, est très-écliancré : elle est très-large dans sa partie occidentale depuis le golfe dlléraclée jusqu'à celui du Borysthène; mais elle va en se rétrécissant dans sa partie orientale, et elle est si étranglée vers son centre par la péninsule de la Tauride, que les navigateurs, placés entre le cap Criou-Métopon de cette péninsule et le cap Carambis de l'Asie-Mineure, ne les perdent jamais de vue l'un ou l'autre, et qu'ils croient quelquefois les voir tous les deux.

Le bassin de la mer Noire est incliné dans sa longueur vers le sud-est ; mais quelques géographes l'avaient trop étendu de ce côté, en échancrant trop la côte de l'Asie-Miueure : il a fallu relever cette côte de près d'un degré. Ce qui avait trompé ces géographes , c'est que les anciens ne donnaient guère à l'isthme de la péninsule asiatique que 80 lieues d'étendue, tandis qu'elle en a au moins 100, en la mesurant même dans sa partie la plus étroite, depuis le golfe d'Alexandrette jusqu'à celui de Samsoun. Quoi qu'il en soit,

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cette mer paraît se rétrécir et se combler insensiblement comme le Palus-Méotide; et si le progrès des alluvions y est moins sensible, cW que son bassin est beaucoup plus étendu.

Le Bosphore taurique ou cimmërien verse les eaux du Palus-Méotide dans la mer Noire, et le Bosphore de Th race verse celles de la mer Noire dans la Propontide. Le Bosphore de Thrace, qui sépare l'Europe 'de l'Asie, est un canal d'environ sept lieues de long sur une largeui' variable de 1900 à 36o toises. Il se dirige d'abord d'est en ouest ; mais il se courbe ensuite au, sud : en sorte que sa direction générale est du nord-est au sud-ouest. Â l'entrée du canal sont les îles Cyanées, rochers volcaniques, qui s'élèvent comme de petites pyramides au-dessus des eaux et que les anciens représentaient sous la forme de dragons ailés, vomissant des flammes pour défendre aux na* yigateurs l'entrée de la mer Noire: sur un de ces rochers est un autel antique de forme ronde et orné sur son pourtour d'un€ guirlande de lauriers, soutenue par des têtes de bélier.

A l'entrée du Bosphore sont deux phares, l'un sur la côte d'Asie, l'autre sur celle d'Europe, et près des deux phares deux forts, éloignés l'un de l'autre de a,aoo toises et qui croisent mal leurs feux; mais à une demi-lieue plus loin, vers le point où le canal commence à se rétrécir , sont deux autres forts qui les croisent mieux: ce sont les deux petits forts de Poïras et de Karibjé, construits par Tott, et éloignés seulement entre eux de 900 toises : et c'est à une lieue de ces deux forts, sur une des passes les plus étroites du canal, que l'on trouve les deux châteaux vieux, con-

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nus MiUâ le nom de KavacSy à la distance de 35o tof^s Fun de Fautre. Ces deux châteaux sont armés de batteries à fleur d'eau ; mais ils sont mal défilés, et celui d'Asie est dominé par un vieux château de construction génoise , d'où il pourrait être foudroyé. IjC canal s'élargit ensuite et présente sur la côte d'Europe le golfe profond de Bouyouk-Déré, et sur celle d*Asîe le modt du Oéant, qui porte sur son sommet un tombeau gigantesque, que l'on a pris pour celui d'Amycus. Au-delà de ce mont, le canal se rétrécit de nouveau en se courbant au sud; et c'est à deux lieues plus loin que l'on voit sur une des passes les plus étroites les deux châteaux neufs, nommés proprement Hissars , éloigués Fun de l'autre de 4oo toises , et tous les deux de Constantinople d'environ a lieues.

Ces deux châteaux sont les derniers, et peuvent être regardés comme les clefs de la capitale; mais malgré leur importance , ils ne valent pas mieux que les autres. En général, tous les forts du Bosphore, tant ceux d'Europe que ceux d'Asie, sont mal construits et plus mal défilés. Il faudrait les reconstruire sur un plan nouveau, ou plutôt leur substituer une chaîne de redoutes, qui présentât une ligne continue de feux, depuis l'entrée de la mer Noire jusqu'à celle de la Propontide.

Depuis les derniers châteaux jusqu'à Constantinople , les deux rives du Bosphore n'offrent plus pendant deux lieues qu'une suite rfon interrompue de villages embellis par des maisons de plaisance, trèsagréablement peintes et si légèrement construites, qu'on les prendrait de loin pour des décorations de théâtre ou pour des palais de carton.

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Les eauft du Bosphore , en clescenditnt dain» la Propontide, vont se briser contre une pointe dé l'Europe, qui les divise en deux. Une partie s'enfonce dans les terres, et y forme le port de Chryso-Réras ou de la corne d'or : l'autre entre directement dans là Propontide, et c'est sur la pointe, qui divise les eaux et qui finit l'Europe , que l'on a bâti Constantinople. La ville de Scoutari , regardée comme un de ses fiiubourgs, est bâtie sur ki côte opposée de l'Asie, et n'en est éloignée qiie de looo toises. Le canal, qui les sépare, forme Tenobouchure du Bosphore dans la Propontide.

Scoutari, l'ancienne Chrysopolis, s'élève en aniphi^ théâtre sur un coteau riante Cette ville est ouverte et n'est environnée que de vastes cimetières, ombragés par de ioagiies allées ou de grands massifs de cyprès. On dirait que c'est une ville de morts, une moderne Pfécropolis : derrière la ville s'élève la colline de Boutgourtou , qui domine tous les environs et du haut de laquelle on découvre tout Constantinople. I^es Turks auraient dû y établir un fort, pour couvrir de ce côté les approches de leur capitale.

La cote de l'Asie s'évase au-delà de Scoutari pour embrasser la Propontide, et présente successivement le village de Cadi-Keui, l'ancienne Chalcédoine, et les petites îles des Princes , situées à l'entrée du Bosphore du côté de la Propontide ^ comme les lies Cyanées le sont à san entrée du côté de la mer Noire.

La Propontide est un bassin ovale, d'environ 5o lieuefr de long sur %S de large, qui reçoit par le Bosphore les eaux de la mer Noire , et qui les verse par l'HeJlespont dans la Méditerranée. Sa côte septentrionale, ou celle d'Europe, est presque droite; mais sa

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côte méridionale, ou celle d'Asie , est sinueuse et découpée en plusieurs golfes, dont les principaux sont ceux d'Âstacus, de Cius et de Cyzique.

I^ golfe Astacénieu est très -profond et s'enfonce dans les terres jusqu'à Nicomédie, qui n'est plus aujourd'hui qu'une ville à moitié déserte, avec une vieille enceinte flanquée de tours; mais c'est toujours une ville importante par sa position, parce qu'elle est si^ tuée sur l'isthme de ce petit coin de terre ou de cette péninsule qui borde le Bosphore et que l'on pourrait aisément défendre avec une chaîne de redoutes, en coupant l'isthme par un canal qui joindrait le golfe de Nicomédie à la mer Noire. Nicomédie est aujourd'hui connue sous le nom d'Ismid.

Nicée, connue sous celui d'Isnik, est à quelques lieues plus au sud, au fond du lac Ascanius qui veif'se ses eaux dans le golfe Cianéen, appelé maintenant golfe de Moundania du nom d'une petire ville bâtie sur son pourtour méridional. Moundania est le port dé Brousse, l'ancienne Pruse, située à 7 lieues plus au sud-est, au pied du mont Olympe.

Brousse, Nicée et Nicomédie sont trois villes anciennes, également célèbres dans Thistoire; mais Nicomédie n'a conservé de son ancienne grandeur que des restes de ses édifices publics, et Nicée que les murs de son enceinte, flanqués de hautes tours et si bien conservés, qu'ils pourraient encore résister à un assaut. On ne trouve plus dans la seconde de ces villes que dix à douze mille habitants , et dans la troisième que douze à quinze cents ; mais la première , ou celle de Brousse, en a cinquante à soixante mille et passe pour une des villes les plus importantes de la Turkie. Elle

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est située au fond d'une vaste plaine toute couverle de mûriers, et elle s'élève en amphithéâtre sur un contrefort du mont Olympe, ou l'on voit une citadelle flanquée de tours casematées , dont quelques-unes portent du canou. L'enceinte de la ville, flanquée de tours plus petites, mais couronnées de merlons, a plus d'une lieue de développement , et présente de loin un aspect agréable par le mélange des arbres, des mosquées et des maisons: c'est la ville la plus renommée de l'Asie- Mineure pour la beauté et la multitude de ses fontaines, et un des séjours les plus attrayants de la Turkie.

Le mont Olympe, qui domine la ville, est une des plus hautes montagnes de l'Asie-Mineure, et paraît d'autant plus élevé , que sa base pose immédiatement sur une plaine de niveau avec la mer. Cette montagne se lie par le Dindymène à la branche occidentale du Taurus : de ses flancs sort le Rhyndacus, qui vient se jeter au-dessous de la petite ville de Mokalitch dans la Propontide, entre le golfe deMoundania et celui de Cyzique. T^a ville de Cyzique, dont il ne reste plus que des ruines, était située sur l'isthme d'une péninsule qui n'a pas plus d'une demi-lieue de large et qui , faisant dans la Propontide une énorme saillie, offre sur ses flancs deux vastes baies, l'une à l'est, l'autre à l'ouest. C'est dans la baie occidentale, couverte parla petite île de Marmora, l'ancienne Proconèse, que le Tharsius, l'OEsépus et le Granique ont leurs embouchures. La premier de ces cours d'eau descend du mont Pédasus, et baigne les ruines de Zéléïa: les deux autres descendent du mont Ida. L'Œsépus a le cours le plus long et se jette dans la Propontide au-

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dessous du bourg de Biga : le Granique a le cours le plus rapide et se perd aujourd'hui dans un marais. Toute la côte, depuis Tisthme de Cyzique jusqu'au cap Cara-Boas, à Téntrée de l'Hellespont, est basse et marécageuse. Derrière le cap Cara-Boas coule un autre ruisseau que tes uns présument être le Practius , tandis que d'autres croient que le Practius est la rivière qui se jette dans lUellespont, entre les ruines de Lampsaque et celles d'Abjdos.

La Propontide finit au-delà de ce groupe de petites îles , connues sous le nom d'îles de Marmora, devant lesquelles s'ouvre le canal de FHellespont. Ce canal a quinze lieues de long sur une largeur variable de 4000 à fooo toises; mais il est très-évasé à son entrée, et il ne commence à se rétrécir qu'entre le bourg de Tchardâk, l'ancienne Parium , et la ville de Gailipolis, oïl il n'a plus que 2,000 toises. La cote d'Asie présente au-delà de Tchardâk , d'abord les ruines de I^ampsaque, puis celles de Percote; et laissant à droite, sur la côte d'Europe, la petite rivière d'Egos-Potamos , on descend rapidement avec les courants jusqu'à la pointe de Nagara , vers les ruines d'Abydos , où le canal n'a plus que 1000 toises de large, et oii Léandre le passait, dit-on , jadis à la nage pour aller sur la rive opposée trouver Héro à Sestos. C'est derrière cette pointe, dans une des passes les plus étroites du canal , que sont les deux châteaux, des Dardanelles , l'un en Asie, l'autre en Europe, éloignés seulement entre eux df io4o toises, et ainsi nommés, parce que celui d'Asie a été bâti des ruines de Dardanos ou Dardanie, située plus au sud, vers le cap Ae^ Barbiers. Près de ce château est une petite ville moderne de 6 à

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6 mille habitants, qui a i^empiacé ralicienne, et qui est à rentrée d'une belle plaine , arrosée par le Rhodius, et sur les bords de laquelle on montre encore des ruines que les uns croient être ce!les d^Arysbe , d'autres celles d'Aslyra, quoiqu'il soit plus vraisemblable que cette dernière ville était plus au nord, sur les bords iilérae de l'Hellespont , entre Abydos et Percote. Il n'y a plus, depuis les deux châteaux des Dardanelles jusqu'aux deax autres châteaux , placés h l'entrée de l'Hellespont du côté de la mer Egée , que 4 lieues. Ces deux derniers châteaux sont éloignés de 1900 toises l'un de l'autre et situés, l'un en Asie au pied du cap Sigée; l'autre en Europe au pied du cap Éléonte. Que l'on se iigure une enceinte de hautes murailles flanquées de tours et percées à leur base d'embrasures, à travers lesquelles des canons dirigés à fleur d'eau vomissent des boulets de marbre d'un énorme calibre, et l'on aura une idée de tous ces châteaux. Le vieux château d'Asie est situé à l'embouchure du Rhodius et le nouveau , nommé Koum-Kaleh , à celle du Simoïs. Il y a près de ce dernier château un petit bourg , agréablement bâti et environné de ruines.

IjC Simoïs et le Rhodius descendent, comme l'Œsépus et le Granique, du mont Ida', dont les différentes branches remplissent tout l'intervalle entre l'Hellespont et la mer Egée , depuis la Propontide jusqu'au golfe d'Adramit: c'est l'ancienne Mysîe, reléguée dans

I. La plus haute sommité de Tlda a près de 800 toises. Quand on voit d'un point intermédiaire, comme de Tîle de Lemnos, le mont Ida et le mont Athos , le premier paraît presque aussi élève que le second.

un angle de l'Asie-Mineure , au sommet duquel était la Troade ou la plaine de Troie. Cette plaine peut avoir quatre lieues de long sur deux de large, et elle est arrosée par le Simoîs et par le Scaraandre. Le Simoïs descend des plus hautes sommités du mont Ida dans la riante vallée d'Œnaî; d'où il sort en tournant une colline escarpée, pour entrer dans la plaine de Troie et aller se jeter dans l'HelIespont, derrière le cap Sigëe, après un cours de i8 lieues. Le Scamandre n'a qu'un cours de 4 Heues : il naît en plusieurs sources au pied de la colline que tourne le Simoïs; et après avoir coulé pendant quelque temps à coté de ce fleuve, avec lequel il confondait autrefois ses eaux vers le revers du cap Sigée , il va se jeter maintenant par un cannai artificiel dans la mer Egée, vis-à-vis l'ile de Ténédos.

C'est au pied de la colline , ou naît le Scamandre et que tourne le Simoïs en sortant de la vallée d'Œnaî, près d'un lieu nommé Bounar-Bachi ', qu'était si* tuée Ilion ou l'antique Troie, capitale de la Troade. La colline de Bounar s'élève par une pente douce jusqu'à une hauteur escarpée, dont le Simoïs baigne le pied. Il paraît que la citadelle, nommée Pergame, occupait cette hauteur, et que la ville s'étendait au-dessous de la citadelle sur la pente septentrionale de la colline, où l'on voit maintenant un tchiflik ou métairie seigneuriale, appartenant à un aga des Dardanelles et environnée de plusieurs groupes de maisons; mais il faut avouer qu'il ne reste presque plus aucune ruine

I. Bounar-Bachi ou tête âe la source, ainsi nommé à cause des sources du Scamandre.

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ni de la ville ni de la citadelle, quoiqu'on ne puisse guère douter de l'emplacement de l'une et de l'autre d'après le récit d'Homère; et quand même ce récit ne serait qu'une fiction poétique, le lieu de la scène a été si bien indiqué, qu'il est impossible de le méconnaître. La ville de Troie devait, comme celle de Dardanie, son origine à un prince troyen , nommé Dardanus. Ce prince, qui régnait à Dardanie, bâtit vers les sources du Scamandre une maison de plaisance qui s'agrandit peu à peu et qui devint une ville, pendant que celle de Dardanie déclinait. Les choses sont revenues depuis à leur premier état : la ville de Troie n'est plus aujourd'hui qu'une maison de campagne, tandis que le petit village, bâti autour du château des Dardanelles, est devenu une ville.

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