‹ Voyage militaire dans l'Empire Othoman, ou, Description de ses frontières et de ses principales défenses, soit naturelles, soit artificielles, avec cinq cartes géographiquesChapitre 19 sur 84 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Suite du précédent.

Dès que l'on a doublé le cap Sigée, la côte de l'Asie-Mineure tourne au sud, et l'on débouque dans la mer Egée, vis -«à -vis l'île de Ténédos. La ville d'Alexandria-Troas, bâtie depuis sur cette côte dés. ruines de l'ancienne et de la nouvelle Troie , est encore recounaissable aux murs de son enceinte, qui ressemblent de loin à ceux d'un parc; mais son port

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est eutièiieinent comblé, et ne peut pkis recevoir que des bateaux. Cette yille était située entre le cap Sigée et le cap Leetos, nommé aujourd'hui c^p Baba» derrière lequel le golfe d'Adramit s'enfonce dans les terres jusqu'au pied du mont Ida. A l'entrée de ce golfe sooit d*un coté les ruines d'Assos, de f autre l'île de L^bos, nommée aujourd'hui Mitylène, et par corruption MétéUrty du nom de sa ville principale. La ville d'As» SQS s'élevait sur une colline légèrement indîoée et faisant face à l'île^ Ses murailles, dont on voit encore les vestiges, avaient plus d'une lieue da tour^ Trois portes restent entières, et on reconnaît les ruines d'une quatrième* L'enceinte d^ l'acropoU^ est encore debout : on y voit les débris d'un te«iple , dont les basreliefs de style égyptien représentent une marche reU^^ gieuse. Au pied de la citadelle est un autre édifice surmonté d'une coupole, oîi les Turks ont établi un bain de vapeur, et sur le penchant de la colline sont les gradins d'un ancien théâtre qui savait 4o rangs de sièges. Au fond du golfe paraît la petite ville d'Adramit, l'ancienne Adramythium, située dans une plaine couverte d'oliviers, s*étendant jusqu'au pied du mont Ida , et séparée seulement du littoral de la Propontide par une chaîne de montagnes qui lie ce mont au mont Olympe : c'est l'isthme de la péninsule, qui formait l'ancijenne Mysie, et dont le littoral, pç.uplé de Grecs éoliens, prit ensuiî« le nom d'Éolide.

Entre le golfe d'Adramit et l'île de Lesbos sont le» petites îles Moskoni.sî , les Hécatonisi des anciens, dont une est réunie par wue lopgqe chaussée au liijtoral de l'Asie-Mineure^ vers le lieu oii l'pn voyait naguère la jolie ville de I^idonia ou Cidonie, uniquement

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peuplée do Grecs, et qui devait sa prospérité à l'espèce de liberté dont elle jouissait sous le gouvernement des Turks, et surtout à un collège très-renommé dans le pays eit digne de sa réputation. Cette ville a été ruinée de nos jours et elle anra de la peine à se relever, parce que k population en a été dispersée dans toutes les îles de l'Archipel.

Le cariai, entre l'île de Lesbos et la xîote de l' Asie- Mineure ^^ finit aux îles Arginuses, vers le cap Cana, derrière lequel est la petite ville de Sanderli, située au fond d'un golfe , oii débouche le Caïcus. Ce fleuve vient de$ montagnes qui lient le mont Ida au mopt Olympe, arrose la plaine de Kirk-Agach et eeUe de Pergaroe, où l'on cultive le plus beau coton de r Asie-Mineure î et va se jeter dans la mer entre le port de Sanderli et celui d'Elée.

Pergame, l'ancienne capitale des rois Atjtalides, est située à quatre lieues de la mer et à une petite lieue au-dessus du confluent du Cétius avec le Çaïcus, au pied d'une xîolUne^ doot on avait éprèté le somn^t, pour y bâtir l'acropolis ou citadelle* Au milieu de 1 acropolis s'élevait un temple, consacré à Minerve , pareil à pelui d'ALthènes. Un aqueduc en pierre, dont il rest^ encore quielques arcades, portait l'eau du Cétius dans l'acrojpolis. La ville moderne, construite à la plîwe de l'Ancienne^ aq pied de la colline, n'a guère que cinq à sis; mille habit^^nts; mais elle est encore toute rem^plip de restes d'anciens monuments, parmi lesquels on distingue ceu:x:.des temples d'Escqlape et de Jupiter Nicéphore, et tout autour de la ville plusieurs émii^i^ces factices ^ oii l'pn croit reconnaître les tombeaux de Philétérus et d'JBumène, celui d'Awgé mère de

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Télèphe, et ceux des héros Pergamiis et Euripile.

La côte devient très-dentelée au-delà du golfe de Sanderli et présente successivement les trois baies de Cumes, de Phocée la nouvelle et de Phocée la vieille ^ les deux dernières séparées entre elles par une péninsule, située à l'entrée du golfe de Smyrne. La forteresse de Foglièri , bâtie sur Tisthme de cette péninsule et sur une hauteur qui domine les deux baies, n'est qu'un simple carré flanqué de tours, pouvant renfermer a à 3 mille Turks et occupant, suivant les uns, le site de Leuce, et, suivant d'autres, celui de Phocée la vieille, le berceau de Marseille; mais le port, protégé par la forteresse, est très-sûr, et il est le refuge ordinaire de tous les bâtiments qui ne peuvent entrer dans le golfe de Smyrne, ni en sortir par la contrariété des vents. Ce port, à peine aperçu et peu connu des navigateurs, est destiné peut-être à remplacer un jour celui de Smyrne, situé au fond d'un golfe que les sables de l'Hermus menacent d'envahir.

Le golfe Smyméen, aux contours sinueux, a lo à ii lieues de profondeur, et il est bordé de très-beaux havres. A l'entrée, sont d'qn côté la péninsule de Phocée, de l'autre le cap Mélaena, nommé aujourd'hui Kara-Bouroun , au milieu , vis-à-vis les bouches de l'Hermus, les îles de Vourla, et au fond la ville de Smyrne qui s'élève en amphithéâtre sur la croupe du mont Pagus, couronné par une vieille citadelle, comme par une vaste ruine. Vue de la mer, cette ville présente une perspective imposante : sur le premier plan, au bord de l'eau, une longue ligne de jolies maisons, coupée par un beau bézestein et par les murs crénelés* d'un fort génois : derrière cette ligne d'autres groupes

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de maisons plus élevées, dont les galeries saillantes semblent suspendues dans les airs, et dans le lointain des coupoles et des flèches dorées qui s'élèvent audessus des mosquées, au milieu de pyramides verdoyantes de cyprès; mais l'intérieur de la ville ne répond pas à cette brillante perspective. Des rues sales, tortueuses et étroites, bordées de maisons basses et petites, la plupart en bois, les autres en moellons enduits de plâtre ou de chaux : des Grecs , des Juifs , des Arméniens répandus dans toutes ces rues sous les haillons de la misère : des Turks marchant gravement au milieu d'eux avec leurs habits amples, la tête enflée d'un turban, le front haut, le regard altier, toujours armés comme des conquérants : des femmes de tous les états et de toutes les conditions, enveloppées d'un grand voile blanc, glissant à travers ces différents groupes d'hommes ou filant à l'écart, le long des murs, comme des ombres : voilà ce qui frappe le plus le voyageur européen qui arrive par mer dans cette ville.

La ville actuelle parait occuper le même emplacement que la ville ancienne bâtie par Lyzimaque sur le plan même d'Alexandre; mais la première Smyrne, celle du temps d'Homère, dont les maisons étaient dispersées dans la plaine, avait été vraisemblablement bâtie à trois quarts de lieUe plus au nord -est, autour d\ine belle fontaine connue maintenant sous le nom de Bains de Diane^ et au pied d'un coteau demicirculaire , que l'on croirait avoir été taillé exprès pour l'emplacement d'une citadelle; en sorte que le Mélès, qui coule maintenant entre le site supposé de la première ville et le site réel de la seconde, pouvait également baigner les murs de l'une et de l'autre : ce qui

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