II. IX
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concilierait les témoignages de tous les écrivains anciens. \ Il semblerait donc que la ville actuelle ^ bâtie sur le
même emplacement que la seconde, décrite par Strabon, devrait au moins conserver quelques restes de ses anciens monuments; mais ils ont presque tous disparu , et l'on y cherche en vain ses superbes portiques, ses temples resplendissant de marbre, son musée, sa bibliothèque, son Homérium enfin, où la statue du plus grand des poètes était exposée, comme celle d'un dieu, aux hommages publics. On montre seulement, près de la longue rue voisine du port et habitée par les marchands européens, les restes d'un mur massif que l'on présume être celui du gymnase , et dans l'intérieur de la ville, près d'un cimetière musulman ombragé par de superbes allées de cyprès, quatre ou cinq colonnes brûlées, qui paraissent être des débris du temple de la Fortune, d'après une inscription trouvée sur ce lieu, autour d'un autel en marbre, consacré à cette déesse. Toutes les autres ruines paraissent être du moyen âge; mais parmi ces ruines on doit distinguer les murs de la ville, à demi croules, qui s'élevaient en rampant jusqu'à la. citadelle et qui renfermaient dans leur en<ceinte un stade et un théâtre dont on voit encore les gradins, et surtout les murs mieux conservés de la citadelle , doqt une des portes, faisant fiice à l'ouest , est ornée d'une tête de marbre à cheveux bouclés, comme* celle d'un Apollon ou d'une amazone, et dont une autre, faisant face au nord, est surmontée d'aigles romaines et d'une inscription en l'honneur de Jean Comnène. Il parait aussi que l'aquéduc, en ligne brisée, qui amène dans la ville les eaux d'une montagne voisine et qui traverse sur des arches très-élevées If^ Mélès, en tournant au nord le mont Pagus, est encore un ou-
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vrage de construction romaine, mais qu'il a été recon* struit, ou du moins réparé par les Turks.
Smyrne est maintenant une ville ouverte et n'a d'autre défense que le petit fort génois, situé sur le port, et un autre fort turk, situé à l'entrée de la rade^ sur le pourtour méridional du golfe qui est très-rétréci vers ce point par les sables de l'Hermus; mais ce der* nier fort ne peut être considéré que comme un ou* vrage avancé, parce qu'il est à plus de deux lieues de la ville, et il ne consiste qu'en un simple carré de 5o toises de face, avec un donjon au centre, qu'il ferait aisé de foudroyer, et qu'on pourrait même tourner, parce que la langue de sable, sur laquelle il est assis, est basse et accessible de tous côtés. Smyrne n'a donc aucune importance militaire; mais elle a une trèsgrande importance commerciale, parce qu'elle est l'entrepôt de toute la Turkie asiatique. Des vaisseaux de tous les pays affluent dans son port , et l'on y voit arriver tous les jours des caravanes de chameaux , conduites par un ânon , qui y apportent les productions de toute l'Asie. L'Inde lui envoie ses mousselines et ses schâls, la Perse ses soies et ses tapis, l'Arabie son café, ses gommes et ses parfums, l'Egypte son riz, son sucre et ses dattes, les îles de l'x^rchipel leur huile et leurs vins, la Macédoine et la Thrace leurs laines et leurs tabacs, Constantinople tous les produits de la mer Noire, l'Europe tous ceux de ses colonies et de ses manufactures; et elle renvoie dans toute l'Europe des cotons, des laines, des soies, des fils de chèvre, des galles, des garances, du vermillon, des drogues , des parfums , des fruits de toute espèce. C'est ce commerce immense, que l'on évalue annuel-
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lement à plus de cent millions de francs, qui a fait de Smyrne une des villes les plus riches et les plus peuplées de la Turkie'. On y compte environ lao mille habitants, parmi lesquels il y a 60 mille Turks, 4o mille Grecs, 11 mille Juifs, 6 jnille Arméniens et 2 à 3 mille Francs ou Européens. Smyrne est, pour me servir d'une expression turke, le bazarde l'Europe, de l'Afrique et de l'Asie. Toutes les nations y sont mêlées et confondues; mais chacune y a conservé son type particulier. Les Grecques de Smyrne ou de l'Ionie, si renommées autrefois pour leur beauté, ne sont pas plus belles que les autres Grecques ; mais elles sont plus gracieuses. Comme elles ont presque toutes le visage ovale, le teint beau, de grands yeux noirs, pleins de feu et rayonnant d'intelligence, les cheveux superbes et naturellement bouclés, il n'y a pas de femmes laides parmi elles; et lorsque, selon leur usage, elles sont groupées plusieurs ensemble dans un salon, sur un sopha ou autour d'un tendour, on croit voir autant de têtes d'anges. J'ai souvent vu de ces groupes de vingt à trente jeunes personnes pendant mon séjour à Smyrne', et je ne me souviens pas d'avoir jamais vu nulle autre part tant de figures charmantes, réunies dans le même tableau. Les dehors de Smyrne sont tristes et nus, comme ceux de toutes les villes turkes; mais les campagnes environnantes sont couvertes d'oliviers et d'orangers, et n'attendent qu'une culture plus soignée pour donner toutes* sortes de fruits. Au sud s'élève le mont Mimas, à la double mamelle, qui va se ramifier vers l'ouest dans toute la péninsule de Clazomène, et à l'est le mont Pagus, auquel la ville est adossée, et