‹ Voyage militaire dans l'Empire Othoman, ou, Description de ses frontières et de ses principales défenses, soit naturelles, soit artificielles, avec cinq cartes géographiquesChapitre 3 sur 84 · II. a · texte numérisé non relu

II. a

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avalanches du Caucase. Toute leur industrie se borne à iaire des nattes et quelques cottes de mailles , qu'ils vendent auit peuples voisins. Rien n'est plus simple qne leurs habitations : un mur en clayonnage et un toit de chaume en forment tout l'appareil extérieur, et elles ne sont meublées dans l'intérieur que d'une natte de joncs, de quelques pots de terre et d'une chaudière de cuivre. Leur vêtement est composé d'un simple caleçon , d'un gilet à manches et d'une cotte de mailles qui leur sert également de cuirasse. Ils vont la tète nue ou simplement couverte d'une calotte, et ils ne couvrent leurs pieds de bottines que dans leurs voyages. Ils ont presque tous le regard dur et l'air farouche. Leurs armes sont le cimeterre et l'arc ou le fusil à mèche, et ils font des incursions sur mer comme sur terre. Ils détroussent sans pitié les voyageurs, étrangers à leur nation ; mais ils respectent ceux qu'utfi Abaze accompagne. L'Abaze, qui ne peut escorter son bote 9 se contente de lui donner sa flèche; et cette flèche I montrée à ceux qu'il rencontre, lui sert de sauvegarde. Les Abaz^ font le commerce des es* claves de l'un et de l'autre sexe, qu'ils prennent dans leurs courses ou qu'ils achètent des Circassiens, et ils vont sur leurs bateaux les vendre à Trébizonde ou à Sinope, et même quelquefois jusqu'à Constantinople. La côte se recourbe au sud au-delà de Dioscuriade , vers le cap Cador, où commence l'ancienne Colchide, et elle est fréquemment sillonnée par des cours d'eau, qui arrosent les plus riantes vallées, mais qui s'épancbdnt dans les terres y corrompent l'air et y causent des épidémies. Le Caucase s'éloigne ensuite sur la gauche, le pays s'ouvre et présente une plaine basse

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et marécageuse, au milieu de laquelle serpentent Tlngour, le Khopi et le Phase : c*est la Mingrélie moderne , qui occupe la partie occidentale ou maritime de l'ancienne Colchide. On y voit les fortâ d'Anakria, de Bedout-Kaleh et de Poty. Le fort d'Anakriâ est situe à Tembouchure de l'Ingour, où Ton pèche un poisson très*recherchë , avec les œufs duquel on feit le caviar ou la pôutargue. Les Russes oM abandonné ce fort à cause de son insalubrité; mais ils ont construit à l'embouchure du Khopi celui de Redout-Kaleh, au milieu duquel est uD bazar formé de deux lignes parallèles de boutiques, et devenu le principal marché du pays. Le port de Redout-Kaleh est encombré de bancs de sable, et l'entrée en est difBcilet il faudrait faire de grands travaux pour le nettoyer. Celui de Poty, situé à l'embouchure du Phase, ne vaut pas mieux, et les gros bâtiments ne peuvent en approcher qu'à une demi-lieue; mais la petite forteresse de Poty est la meilleure de la côte, et l'on y compte encore trois à quatre mille habitants.

La foi'teressé de Poty, et tous les petits forts de la cote depuis l'embouchure du Kouban jusqu'à celle du Phase , sont tombés dans la guerre actuelle au pouvoir des Russes, et il est difficile que les Turks puissent les leur arracher, tant que les premiers occuperont le revers méridional du Caucase et qu'ils seront maîtres des boucher du Phase.

. Le Phase ou le Rhion, lé plus grand fleuve de la Colchide, est formé de trois affluents, dont deux viennent des plus hautes sommités du Caucase, et le troisième des monts Moschiques qui lient le Caucase au mont Tàurus et séparent les eaux de la mer Noire de

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celles de la mer Caspienne. Les trois affluents descen* dent rapidement des montagnes; mais parvenus dans la plaine au-dessous de Koutaîs, ils se calment les uns par les autres, et le fleuve descend majestueusement dans la mer au-dessous de Poty.

En remontant le Phase, on trouve d'abord sur sa rive droite, à trois lieues de Poty, le fort de Rionskaïa, et ensuite Marane, Routais et Sorapanis. Marane, si* tuée vers l'embouchure de l'Hippus, l'affluent le plus occidental, n'est qu'une misérable bourgade, qui n'a d'importance que par sa position; mais Kou£ais ou Kotatis en a une très-grande, parce qu'elle est la capitale de rimirette, la partie orientale de la Colchide. La ville vieille, l'ancienne Cyta, patrie de Médée, est assise sur une montagne qui borde la rive droite du Phase; mais la ville nouvelle « embellie par les Russes, est située dans la plaine sur la rive gauche et l'on communique de l'une à l'autre par un pont de pierre, bâti sur des culées antiques, où l'on descend par une chaussée rapide pratiquée sur les flancs de la montagne et dominant le fleuve de plus de 60 pieds. Routais n'a guère que 4 à 5 mille habitants, chrétiens ou juifs, quoique les Russes y entretiennent une nombreuse garnison. La ville ancienne était mieux située, comme place de guerre; mais la ville moderne l'est mieux, comme place de commerce. Il faudrait conserver Tune pour la garnison, et agrandir l'autre pour en faire un grand entrepôt commercial. Le bazar de celleci est formé de deux lignes parallèles de boutiques, et la ville nouvelle présente un aspect assez agréable par le mélange des arbres et des maisons : la ville vieille au contraire est mal bâtie et encombrée de maison-

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nattes ; mais elle a en perspective un magnifique amphithéâtre de montagnes qui l'environnent à l'est, au nord et à l'ouest, comme un' vaste croissant.

Sorapauis, si célèbre chez les anciens- par son mar* ché, n'est plus qu'un méchant village, environné de ruines qui attestent sa grandeur passée et qui sont dispersées au pied du mont Amarantfae sur la Quirila , l'afilùent le plus oriental du Phase. On voit encore près de ce village les vestiges d'une ancienne muraille qui fermait jadis les passes du mont Âmaranthe, et ceux d'un canal projeté, qui, en suivant le cours du Péiore, devait aller joindre la vallée du Kour vers Soû« ram. C'est l'ancienne route de la Colchide en Géorgie. La nouvelle se dirige plus au sud, traverse au village de Quirili l'affluent de Sorapanis, et va passer le mont Amarantbe, un des plus élevés des monts Mosohiques, vers le village de Malinski, pour déboucher dans la vallée du Kour, entre Akalsikeh et Soûram. Cette route n'est pas mauvaise, et pourrait être praticable pour de l'artillerie, avec quelques réparations.

Celle qui côtoie la mer Noire et qui conduit de Poty à Batoun, est plus difficile, parce qu'elle est fréquemment coupée par les eaux descendues des monts Moschiques. Batoun est une petite ville de a^ooo habitants, située vers l'embouchure du Bathys,et qui n'a guère d'importance que par sa rade , où les bâtiments sont aussi bien abrités que dans un port; mais quoiqu'elle se trouve aujourd'hui sur l'extrême frontière de la Turkie, elle est entièrement ouverte et n'a pour toute défense qu'une tour en pierre, placée sur une hauteur qui domine la ville et où réside le gouver-

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naur. Les Turks devraient la mieux forti6er, ne fut-ce que pour la mettre à l'abri d'un coup de main.

A sept lieues au-delà est la petite ville de Gounieh, peuplée de trois à quatre mille habitants et séparée de Batoun par les marais du Tchorok, le Batbys des an* ciens. Le Bathys vient des montagnes qui environnent a Test Trébizonde, descend de Beybout à Ispira en se dirigeant au nord ; et après avoir reçu l'affluent qui vient d'Âmaoudji , il se détourne à l'ouest pour aller se jeter dans la mer entre Batoun et Gounieh. Arnaoudji est un fort situé sur un roc escarpé , où l'on ne peut monter que par un sentier taillé dans le roc même, et qui serait très-propre à former le noyau d'un camp retranché , parce qu'il est au débouché des montagnes qui séparent la vallée du Kour de celle du Batbys. Ispira et Beybout, situées dans cette dernièj'e vallée^ mais plus au sud, sont de petites villes, formées de plusieurs groupes de maisons et renommées pour la bravoure de leurs habitants.

La côte se recourbe à l'ouest au-delà de Gounieh et ne présente plus jusqu'à Trébizonde que la ville de Bizéh, dont le territoire s'étend jusqu'à la petite rivière d'Hyssus, oii commençait autrefois l'Asie «Mineure. Toute cette cote , qui se courbe dans les terres depuis Dioscuriade jusqu'à Trébizonde et qui forme le pourtour oriental de la mer Noire, était jadis couverte de colonies grecques, dont on fait remonter l'origine jusqu'à l'expédition des Argonautes. Il paraît que cette expédition fut une entréprise de commerce, ou, si l'on veut, de découvertes, à moins que l'on n'aime mieux croire que ce fut une espèce de croisade politique, entreprise par les Grecs contre les Colques qui infestaient

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alors toutes les côtes de rAsie*Miaeùre, et qui descendaient même par le Bosphore et l'Hellespont jusque dans la mer Egée, pour venir infester toutes celles de la Grèce. La partie de la côte, depuis Dioscuriade jusqu'au Phase, est occupée aujourd'hui par les Busses; mais l'autre partie, depuis le Phase jusqu'à Rizeh, est restée au pouvoir des Turks, et elle est habitée par les Lazes, peuple à demi«sauvage qui a les mêmes mœurs que les anciens Golques et qui parait avoir la même origine.

La ligne du Bathys est devenue nécessaire aux Russes, depuis qu'ils occupent celle de l'Araxe. Les Russes seront inquiétés par les peuples du Caucase dans la Ckilchide et dans la Géorgie, tant qu'ils n'auront pas rompu la communication de ces peuples avec les Turks, et ils n'auront rompu cette communication que lorsqu'ils occuperont la vallée du Bathys, comme ils occupent celle du Phase.

Telle est la route qui , de l'embouchure du Koiiban ^ conduit le long de la mer Noire dans l'Asie -Mineure. Il paraît qu'elle n'était pas inconnue des anciens, et c'est probablement par cette route et par l'île de Pfaanagorie que Mithrîdate allait autrefois du Pont dans la Tauride. Ce prince, aussi brave qu'éclairé, dépouillé par tes Romains de tous ses états de l'Asie-Mineure et acculé par Pompée au pied du Caucase, avait formé le projet d'enràler dans son armée tous les barbares qui habitaient cette cote, de tourner par la Tauride la mer Noire jusqu'au Danube, et de remonter ensuite le fleuve jusqu'à la Save on à la Drave, pour traverser de ce coté les Alpes et porter la guerre au seiu même de l'Italie : c'est la route que suivirent

après lui les peuples de la Scythie, et qu'il aurait luimême suivie , s'il n'avait péri , au milieu de ses projets, de la main d'un de ses fils.

La seconde route ' part de la ligne du Térek , et tourne le Caucase à l'est. On descend le Térek jusqu'à Kislar, et l'on va de Kislar à Derbent en côtoyant la mer Caspienne. Le chemin est d'abord uni, puis rompu et inégal , tracé ici sur la plage , là taillé dans le rocher et souvent inondé, en été par les Ilots de la mer, qui y sont poussés par les vents du nord, en hiver par les torrents qui s'y précipitent des montagnes. On ne trouve sur cette grève qu'une seule ville un peu importante, celle de Tarkou, peuplée de 6 à 7 mille habitants et bâtie au fond d'un amphithéâtre de montagnes, qui se courbe comme un arc autour de la mer Cas«pienne. D'un côté , le chemin est presque continuellement bordé par la mer, et de l'autre par des montagnes escarpées, s'approchant insensiblement du rivage et formant enfin le défilé , connu des anciens sous le nom de pyles albaniennes. Ce défilé est défendu par la place de Derbent , qui est moins une forteresse qu'une ligne de fortifications, liées les unes aux autres, et s'étendant depuis le pied du Caucase jusqu'à la mer.

La citadelle est adossée à la montagne et composée de plusieurs plate -formes les unes au-dessus des autres; d'où l'on descend par une porte, couverte de lames de fer et fermée tous les soirs, dans la ville proprement dite, dont l'enceinte forme un carré long, flanqué de quatre tours aux angles. Au-dessous de la ville est un camp retranché défendu par un fort en

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