‹ Voyage militaire dans l'Empire Othoman, ou, Description de ses frontières et de ses principales défenses, soit naturelles, soit artificielles, avec cinq cartes géographiquesChapitre 22 sur 84 · IL . la · texte numérisé non relu

IL . la

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lidoniennes. On dirait que les eaux du Nil, après avoir longé la cote de Syrie du sud au nord ^ se détournent ensuite vers l'ouest, pour s écouler dans la mer Egée par le canal qui est entre Tile de Chypre et l'Asie- Mineure.

Au-delà du cap Kélidonia paraît la petite ile Crambousa, lancienne Dionysia, où l'on trouve une source d eau vive, venant de la cote voisine de l'Asie-Mineure par un conduit naturel sous-marin : phénomène analogue à celui de la fontaine Aréthuse dans le port de Syrar cuse sur la côte de Sicile, et que l'on retrouve aussi sur celle de Syrie, dans la petite ile d'Aradus. .

L'île Grambousa est à l'entrée du golCe de Satalie, qui s'enfonce dans les terres jusque dans l'ancienne Pamphylie, séparée de la Lycie par le mont Clymax. C'est sur le pourtour occidental du golfe que sont les ruines de Phasèlis, sur une presqu'île située au pied du mont Clymax et bordée d'une plage basse et étroite^ presque toujours couverte par les flots, lorsque les vents du midi soufflent avec violence. Ce passage est alors très-dangereux, et l'armée d'Alexandre faillit y périr, la plupart des soldats ayant de l'eau jusqu'à la ceinture.

Au fond du golfe s'élève la ville de Satalie ou d'Adalic, située en amphithéâtre sur les premiers gra^ dins du mont Taurus et fermée d'une simple enceinte, flanquée de tours. On lui donne une population de 7 à 8 mille habitants, la plupart Turks, mêlés de Grecs. Celte ville renferme quelques restes de monumens an» ciens, et entr'autres quatre colonnes d'ordre corinthien, enclavées dans les murs de son enceinte: ce qui a fait croire à quelques voyageurs que Satalie était

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l'ancienne Attalée; .mais d'autres présument que les ruines tfAttalée sont à cinq milles plus à l'est, sur le pourtour oriental du golfe et dans un lieu nommé Tjâra, où l'on trouve des vestiges d'un large quai et des tronçons de colonnes , ainsi que d'autres fragments d'architecture. C'est entre la ville d'Adalie et ces ruines que coule la rivière de Dûden , l'ancien Cataracthès , formé de deux affluents, dont l'un vient du bourg d'Esténas, et l'autre de la petite ville et du lac d'Eyerdir. Plus à l'est coulent parallèlement deux autres rivières, descendues des montagnes qui bordent au sud le plateau de l'Asie-Mineure et qui forment la chaîne principale du mont Taurus : il paraît que l'une de ces rivières est le Cestrœus, et l'autre l'Eurymédon des anciens. Au-delà de la dernière paraissent des ruines encore plus considérables, connues sous le nom d'^^ki-Adalia ou d'Adalie la vieille, qui doivent être celles de Sidé, à moins que l'on n'aime mieux croire qu'Attalée avait été bâtie dans divers temps en trois endroits différents. Quoi qu'il en soit, la ville bâtie stir l'emplacement de la vieille Adalie devait être une ville importante, puisqu'on en retrouve encore l'enceinte, les portes principales, des portiques, des galeries, un aqueduc et surtout un théâtre de 4oo pieds de diamètre à 49 rangs de sièges, et le plus grand, comme le mieux conservé de tous ceux de l'Asie-Mineure.

Le golfe dé Satalie finit au fort d'Alaya, situé sur une petite péninsule, dont les ruines de Goracésium occupent l'isthme; et c'est à deux milles au nord-ouest de ces ruines que l'on voit sur une hauteur escarpée les restes d'une autre ville, entqurée de murs cyclo-

la.

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péens. Celle-ci n'était peut-être que FAcropolis de la première.

A l'est (lu fort d' Alaya et au pied d'un cap élevé , baigné par le Sélinus, sont les ruines de Sélinonte, oii mourut Trajan : ce qui fit donner à cette ville le nom de Trajanopolis. Le Sélinus séparait autrefois la Pampliylie de la Cilicie.

Au-delà du Sélinus s'élève le mont Cragus de Cilicie, au pied duquel on trouve d'autres ruines, que l'on présume être celles d'Antiochia ad Cragum^ et près de ces ruines les petites îles Aconnésies, qui masquent l'embouchure du Charadrus. Plus loin s'avance dans la mer le promontoire Anamour, éloigné seulement de i4 lieues marines du cap Crommyon de rîle de Chypre : c'est le promontoire Anémurium des anciens, la pointe la plus méridionale de l'Asie-Mineure. On voit au pied de ce promontoire une multitude de tombeaux qui attestent l'existence d*une ancienne ville. Ces tombeaux sont de petits édifices carrés ou oblongs, détachés les uns des autres et divisés chacun en deux chambres , l'une intérieure et destinée à la sépulture des corps, l'autre extérieure et réservée aux cérémonies funéraires.

Le petit château d'Anamour, construit pour défendre les approches de la côte^ s'élève plus à l'est , sur les bords d'un torrent, qui paraît être l'Arymagdus; et c'est audelà de ce torrent, sur la plage qui se prolonge jusqu'au cap Kizliman, l'ancien promontoire Posidonium, que l'on voit successivement les ruines de trois autres villes, dont une était située sur le sommet d'une colline, une autre sur une petite péninsule et la troisième sur la plage même : c'étaient peut-être Magidos, Ar-

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sinoé et Mélania. Le port de Kélindreh est au-delà de la dernière, dans une courbure du rivage.

Kélindreh, l'ancienne Célenderis, ne présente plus que quelques ruines informes ; mais elle a encore un petit port bien abrité, ou l'on s'embarque ordinairement pour celui de Cérina dans l'île de Chypre. Ces deux ports ne sont éloignés l'un de l'autre que de i8 lieues marioes, que l'on fait aisément en un jour avec un vent favorable.

L'île de Chypre, une dçs plus grandes de la Méditerranée, a la forme d'un segment de cercle, dont la coi:de^ parallèle à la côte de l'Asje -Mineure, peut avoir 4o à 5o lieues de long et la ^chç \Sh i8 jjeues. On évalue sa superficie à. 5 ou, 600 lieues caçrée^^. elle est traversée dans toute sa longueur par uiie chaîne, de montagnes, qui s^ pyramide au mont Olymp,e et qui projette à l'ouest le cap Acamas, et à l'est le cap, Pinarétum , le premier nommé maintenapt Saint- Ephiphane , et l'autre Saint-André. Cette chaîne paraît rompue sur plusieurs points , et elle se divise vers le

mont Olympe en deux autres chaînes qui embrassent une plaine élevée, où l'on voit la ville de Nicosie. La chaîne du sud suit la courbure de la cote et s'élève en échelons depuis les bords de la mer jusqu'aux montagnes qui environnent la plaine de Nicosie : la chaîne du nord au contraire est droite et escarpée, et ne paraît brisée qu'au cap Crommyon, derrière lequel est le port de Cérina. La première est formée de roche cornée de toutes sortes de nuances , depuis le vert pomme jusqu'au vert noirâtre, et elle est revêtue à sa basp d'orangers, d'oliviers et de vignes, et vers son sommet die pins, de cyprès et d'autres arbres résineux.^

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La seconde est calcaire , et paraît volcanique : une forêt de chênes et d'autres arbres forestiers ombrage ses dmes, et ses flancs escarpés sont couverts de vignes et de mûriers. La plaine de Nicosie est creusée comme un bassin, et paraît avoir été le fond d'un ancien lac, qui se serait ouvert un passage vers l'est dans la baie de Famagouste : du moins on peut le présumer d'après le cours d'une petite rivière, qui la parcourt et qui va se jeter dans cette baie. C'est la partie de l'île la plus fertile : elle est couverte d'un terreau noir et facile à cultiver : tous les champs y sont bordés de mûriers et d'arbres à fruit entremêlés d'aloès et de lauriers-roses : c'est un jardin continuel.

L'île de Chypre est une des plus fertiles de la Méditerranée : elle produit du blé, de l'huile, du coton, de la soie, de la garance, et surtout des vins liquoreux très-renommés; mais, malgré sa fertilité, elle paraît dépeuplée, et elle n'a pas aujourd'hui plus de 60 mille habitants, la plupart Grecs: presque toute la population turke est concentrée dans la ville de Nicosie. Cette ville peut avoir iq à 1 5 -mille habitants, et n'est fermée que d'un simple mur, flanqué de tours , quoiqu'elle soit la capitale de l'île : toutes les autres villes ont disparu ou fait place à de misérables bourgades. On ne voit plus sur là côte du nord que le bourg de Cérina , et sur celle du sud que le village de BafTa , les petites villes de Limassol et de Larnaca, et la place démantelée de Famagouste. Cérina occupe l'emplacement de Cérinia , et on voit encore les ruines de Paphos, d'Amathonte, de Citium et de Salamis autour des baies de Baffa, de Limassol, de Larnaca et de Famagouste. Les ruines de Salamis sont les plus re-

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tnarquables : elles sont à deux lieues au nord de Famagouste, et elles consistent dans des restes d'ancieris murs qui ont au moins une lieue de circuit. La ville de Famagouste, la seconde de l'île du temps des Vénitiens, a été abandonnée à cause de son insalubrité : c'est aussi l'insalubrité de Tair qui a dépeuplé le village de BafTa et la petite ville de Limassol, et qui finirait par dépeupler celle de Larnaca, si la population n'y était entretenue -par les marchands et les marins, attirés par le commerce de l'île ; car Larnaca en est devenue V^ntrepôt, à cause de sa rade, moins mauvaise que toutes les autres, et par conséquent plus fréquentée. Celles de Baffa et de Limassol ne le sont que par quelques bateaux caboteurs ; mais la rade de Famagouste et celle de Cérina le sont encore, la première par les bâtiments qui trafiquent sur la côte de Syrie, et la seconde par ceux qui trafiquent sur la côte méridionale de l'Âsie-Mineure. La rade dé Cérina est la seule de la côte qui soit défendue : elle l'est par un petit fort carré, flanqué aux angles de tours rondes et environné sur un cofé par la mër, et sur l'autre par un fossé profond. Tontes les autres rades, même celles de Larnaca et de Ijimassol , sont ouvertes , et la ville de Nicosie, située dans l'intérieur des terres, est la seule place fortifiée de l'île. Encore ses fortifications datent*elles du tem|)s des Vénitiens, et elles ne pourraient pas résister aujourd'hui à de l'artillerie.

On a souvent comparé les îles de Crète et de Chypre rentre elles, pour apprécier leur valeur relative et les comr penser l'une par l'autre dans des échanges diplomatiques. Envisagées âouîJ le rapport physique, elles diffèrent en ce que la première a une forme pyramidale, tandis axxç

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la seconde est creusée vers son centre, différence que Tonobserve aussi entre Tile de Corse et celle de Sardai* gne; mais si on les envisage sous le rapport politique, elles ont chacune des avantages particuliers. L'île de Crète est située au milieu de la Méditerranée , et offre les plus beaux ports de TArchipel : celle de Chypre au contraire parait trop reculée au fond de la Méditerranée et n'offre sur son pourtour que quelques rades trèsdifHciles à prendre et à tenir; mais elle est comme la station obligée et le refuge nécessaire de tous les bâ* timents qui vont sur la côte de Syrie ou sur celle d'Egypte, et qui ne peuvent pas aborder ces deux cotes inhospitalières ou qui en sont détachés par la violence des vents. Chypre d'ailleurs est plus fertile et peut nourrir plus d'habitants. Ainsi l'une vaut l'autre; et si la première a plus de valeur pour les maîtres de la Syrie et de l'Egypte, la seconde en a davantage pour ceux de l'Archipel et de la Grèce.

Le port de Célenderis, au nord de l'île de Chypre, n'est guère fréquenté, que parce qu'il est au vent de cette île» et qu'il offre avec -elle la communication la plus courte et la plus aisée. A l'est de ce port est un des points les plus proéminents de la cote méridionale de l'Asie-Mineure : c'est le cap Cavalier, l'ancien promontoire Sarpédon , célèbre par un temple et un oracle de Diane. La petite ville de Sélefkeh, l'ancienne Séleucia-Trachœa , est située au-delà du cap Sarpédon sur la rive droite du Calycadnus, formé de deux affluents qui viennent, l'un du bourg d'Ermineh, l'autre de la petite ville de Moût , et qui se réunissent au sud de Moût, pour aller se jeter dans la mer au-dessous de Sélefkeh. Cette ville a maintenant un aspect misérable

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et paraît mal bâtie; mais elle a conservé quelques restes de sa grandeur passée. Sur une montagne à l'ouest s'élève une vieille citadelle, de forme ovale , entourée d'un double fossé et d'un mur flanqué de tours.

Depuis l'embouchure du Calycadnus jusqu'à celle du Lamus , la côte ne présente plus que les deux forts abandonnés de Korghos-Kaléler, le premier sur la terre ferme, le second sur une petite île jointe à la terre ferme par une jetée, tous les deux environnés de ruines, dont les unes paraissent être celles de Corycus, patrie d'Oppien, et les autres celles d'Éleusa, appelée depuis Sébaste. Le Lamus séparait autrefois les deux Cilicies, Tune appelée Trachœa ou montagneuse, et l'autre plus unie, appelée Campestris. Aussi la cote devient -elle moins escarpée, dès qu'on a passé le Lamus; et les montagnes, en s'éloignant de la mer, laissent sur ses bords une plaine plus ou moins large. Une rangée de colonnes élevées au milieu de cette plaine, le relief bien marqué d'un ancien théâtre à micote, et sur le rivage les restes à fleur d'eau de deux jetées qui embrassaient un bassin ovale, annoncent l'emplacement du port et de la ville de Soli, une dies plus importantes de la Cilicie. D'autres ruinés à l'est de Soli paraissent être celles d'Anchiale, bâtie, comme Tai^ous, par Sardanapale, le type des monarques indolents. Aussi l'inscription gravée sur sa tombe ne mentionnait-elle que ces deux actions de sa vie : J^cU bâti Tarse et jéjichiale , et je suis mort : comme si toutes ses autres actions étaient indignes de l'histpire , et il est vraisemblable que sans la fondation de Tarse et d'Anchiale , la mémoire de ce prince serait ensevelie dans l'oubli.

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Au-delà d'Anchlale est le villdge de Kazali, dont la tadfe Jert de port à Tarsôus , située à trois lieues plus au nord-est sur la rïve droite du Cydnus et au pied d'une colline, couronnée par une citadelle d'une con* struction très-ancienne. Les maisons, dispersées dans la plaine autour de la citadelle et séparées entre elles par des jardins et des vergers, offrent un aspect agréable et peuvent renfermer huit à dix mille habitants; mais bû cherche en vain des ruines dans cette ville, on îl'y trouve qvte celles d'une ancienne porte; et le fleuve, qui y amena les gâlètes de Cléopâtre, ne peut plus recevoir aujourd'hui que des bateaux , à cause de la barre qui obstrue son embouchure.

A dix lieues à l'est de Tarsous, sur la rive droite du Sârus, est la ville d'Adaiia , plus peuplée que la première, et s'élevant en amphithéâtre sUr un coteau riant, fcouvert de vignes et d'arbres fruitiers. Un petit fort, dont le fleuve baigne les mUrs, fait toute âa défense. La plaine entre les deux villes est très-fertile, rattout en grains et en cotons, et elle est arrosée par le Cydnus et le Sarus qui descendent tous les deux du mont Taurus, et qui, après s'être répandus daiis la plaine, se rapprochent tellement vers leur embouchure, qu'ils Semblent vouloir confondre leurs eaux et qu'ilà ie^ confondent quelquefois dans les grandes crties : on dirait que ce sont deux canaux d'un même fleuve.

Le Cydniis prend sa source au pied de la chaîne méridionale du Taurus ei n'a que peu de cours; mais !e Sarus, né sur le plateau même de l'Asie-Mineiire , a tin cours plus long et il est formé de deux sifflueîiits qui viennent, l'un des eitvirons d'Etékli, l'ancienne Arphélaïs , l'autre de ceux d'EI-Bostari , l'ancienne Co-

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mane, et qui se réunissent âu-dessous de Keteh-Hissar, Tancienne Thyane, dans une gorge profonde et sinueuse, creusée dans les flancs de la chaîne Taurique; d'où le fleuve sort vers Adana pour aller se jeter dans la mer, à travers une grande plaine qui se confond vers le sud avec celle de Tarsous.

Cette plaine est renfermée entre deux branches du mont Taurus , qui se courbent comme un arc sur la mer; et c'est sur la courbure de l'arc et au débouché des montagnes, que sont d'un côté Tarsous, et de l'autre Âdanà : ce qui fait de ces deux villes deux positions militaires très-importantes. On devrait restaurer la citadelle de Tarsous, mais abandonner le fort d'Âdana , parce qu'il est dominé par les coteaux voisins; et si on voulait le conserver , il faudrait le transporter sur ces coteaux. Il paraît que les gorges du Sarus, qui offrent le débouché le plus facile pour descendre du plateau de l'Asie-Mineure sur le littoral de la Cilicie , sont les Pyles Ciliciennes des anciens, et que leurs Pyles maritimes sont les (}éfilés que l'on traverse, en allant d'Adana à Alexandrette, le long du golfe de ce. nom. Ce golfe commence au-delà du Sarus, au cap Kara-Dâgh, l'ancien cap Mallus , et présente un bassin ovale, à l'entrée duquel était autrefois la ville de ce nom, et au fond celle d'Issus, vers le lieu où l'on voit aujourd'hui un marais. Derrière le cap Mallus coule le Pyrame. Ce fleure paraît avoir à son embouchure un aussi gros volunfie d'eau que le Sarus, parce qu'il a un cours presque aussi long: il naît au pied des montagnes qui environnent au sud EI-Bostan, et qiii lient le mont Taurus au mont Amanus, et il descend du pied de ces mon-

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tagnes à la petite ville de Marach et de cette petite ville aux ruines d'Anazarba ; d'où il va se jeter au-dessous du village de Messis dans le golfe d'Alexandrette. La vallée, qu'il arrose, paraît très-fertile; mais elle est inculte et n'est habitée que par quelques hordes de Turkmans. Au-delà du Pyrainc , la chaîne méridionale du mont Taurus se rapproche de la mer, pour aller s'unir au mont Amanus, et ne laisse plus sur le littoral qu'une plaine déserte , resserrée au nord par un demi-cercle de montagnes, que Ton franchit à l'extrémité du demi-cercle, pour pénétrer dans une autre plaine, encore plus resserrée que la première et où l'on voit le bourg d' Ayas , séparé de celui de Pias par le marais qui borde le fond du golfe. Quelques voyageurs ont. pris les ruines d'Ayas , et d's^utres celles de Pias pour les ruines d'Issus; mais ces ruines paraissent être de construction moderne , et rien n'indique que ce soient celles, de villes apcienqes. La plaine s'ouvre audelà de Pias , les montagnes s'éloignent du rivage ; et l'on va, en côtoyant le golfe sur son pourtour oriental, à la petite ville de Skandéroun ou Alex^ndrette. Il n'est pas facile de déterminer à l'inspection de tous ces lieux, qui paraissent avoir été bouleversés, si c'est dans la plaine d'Ayas ou dans celle de Pias. que se donna la bataille d'Issus; maisi I^ première de ces plaines est si étranglée, qu'il est diflScilede çroircque les Perdes aient pu s'y ranger, et même que les Macédoniens malgré leurs rangs serres aient pu y manœuvrer. Quoi qu'il en soit, il paraît qu'Alexandre s'engagea imprudemment dans ces défilés, puisqu'il y fut tourné par Darius, descendu selon les apparences des défilés du mont Amanus dans, la plaine du Pyr^ine, et,

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qu'il fut obligé de revenir sur ses pas pour lui livrer bataille. Tout ce qu'on sait de positif, c'est qu'Alexandre entra dans la plaine du côté de la Syrie , qu'il débou* cba en ordre de bataille, sa droite appuyée aux moti* tagnes, sa gauche à la mer, et qu'il se déploya peu à peu, à mesure que la plaine s'ouvrait, pour n'être pas débordé ; tandis que Darius y entra du côté de la Cilicie , et que ne pouvant s'y déployer avec sa nombreuse cavalerie , il dut céder au choc de la phalange macé-» donienue. Cette bataille ne pouvait être que funeste à l'armée vaincue, puisque sa ligne de retraite lui était coupée. C'est au fond du golfe d'Alexandrette que finit l'Asie-Mineure.

Cette péninsule paraît aujourd'hui dépeuplée, et nourrit à peine 8 millions d'habitants, parmi lesquels on compte à peu près 5 millions de Musulmans, et 3 millions de Chrétiens, Grecs ou Arméniens : c'est le séjour favori des Turks, leur patrie de choix, puisqu'ils y sont plus nombreux que les Chrétiens, tandis qu'ils le sont moins dans la péninsule qu'ils occupent en Europe; mais leur population n'est pas homogène, et elle est composée de différentes peuplades, les unes encore errantes, les autres à peine fixées dans les villes et les villages. Ce sont celles-ci que nous connaissons proprement sous le nom de Turks , quoique ces peuples s'appellent eux-mêmes Osmanlis^ du nom d'Osman, un de leurs premiers sultans , qu'ils regardent comme le fondateur de la monarchie othomane. Les Osmaulis paraissent être de la même origine que les Turkmans et que les autres tribus nomades de la Turkie asiatique; mais il n'ont pas conservé leurs anciennes mœurs, et ils paraissent les avoir modifiées par leur

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séjour dans les villes , et surtout par leur mélange avec les Grecs. Ils ont corrompu ceux-ci en les asservissant ; mais la conquête les a aussi corrompus eux-mêmes, parce que l'esclave corrompt toujours son maître : ils sont devenus indolents, fiers, hautains, vindicatifs, cruels dans leurs vengeances : toutefois ils sont restés généreux et hospitaliers, et la religion musulmane semble sous certains rapports avoir amélioré leur caractère moral. Par leur constitution physique, ils ressemblent aujourd'hui plutôt aux Grecs qu'aux Tartares leurs ancêtres. Leurs formes se sont embellies sous le doux climat de l'Asie-Minèure : ils ont la stature haute, les épaules larges, la poitrine bien développée, la tête et le visage ovales, les yeux noirs, bien fendus, le regard vif^ expressif, tous les traits du visage fortemeut prononcés; mais ils ont en générinl le cou épais, les hanches fortes, les reins renflés, le ventre proéminent, tout le corps massif. Les Turks seuls des campagnes semblent avoir les traits plus déliés, et l'on en trouve parmi eux qui réunissent aux formes anguleuses des Arabes le profil du visage et la physionomie spirituelle des Grecs: ce sont les plus agiles de tous les Turks et les plus propres aux travaux des champs et de la guerre. Les femmes Turkes en général ne sont pas aussi belles que les Grecques et les Géorgiennes ; mais elles ont un teint plus frais que les unes , et plus de douceur dans la physionomie que les autres; et si elles ont en général trop d'embonpoint^ elles le doivent à leur vie molle et sédentaire, et à l'usage trop fréquent des bains de vapeur.

Ces peuples ont une manière d'être qui contraste en tout avec celle des Européens. Nous portons nos

ItANS L EMPIRE OïUOMAN. IQf

cheveux, ils se rasent la tête : nous nous rasons le visage 9 ils portent la barbe et les nipustaches : nos habits sont étroits et serrés, les leurs aipples et flottants: nous marchons à pas précipités, ils marchent à pas lents : nous parlons vite et en gesticulant, ils ne re-: muent en parlant que les lèvres , et semblent compt/er toutes leurs paroles : ils parlent peu et toujours sans ëmotiou : leur bonheur semble être dans le silence et le repos : ils ne conçoivent rien à notre goût pour le mouvement, à notre agitation perpétuelle; et leur délassement favori, que l'on a dérisoirement appelé une promenade turke, est d'être assis sur un sopha ou sur une pelouse , la pipe à la bouche.

Leur vie morale diffère encore plus de la nôtre. Us vivent sous un gouvernement qui ne leur laisse rieu à faire pour la chose publique , et qui prend pour sa peine une partie de leurs biens : ils la lui donnent saus regret; et quand ce gouvernement, non content dp prendre leurs biens, leur demande encore leur vie, il$ la lui donnent avec résignation, comme s'ils l'avaient reçue de lui et qu'ils ne l'eussent que par emprunt : ils w sortent de leur apathie, que lorsqu'ils sont agités par quelque grande passion; mais cette passiqn ne les agite pas long-temps , parce qu'ils la satisfont sur le champ, sans en calculer les suites. Haïs^ent-Jls quelqu'un? ils le tuent< Convoitent-ils son bien ? ils le lui prennent violemment. Aiment-ils une femme qu'on leur refuse? ils l'enlèvent de force. En sont-rils jaloux? ils l'enferment sous la clef. C'est toujours un vent impétueux qui les pousse sur les flots de la vie, pu up calme profond qui les y retient sans mouvement. Qn voit bien qu'ils vivent dans une société, qui ne réprime

iga VOYAGE MILITAIRE

ni ne dirige aucun de leurs penchants. Notre curiosité, notre sollicitude , et surtout notre loquacité excitent leur surprise et leur pitié. Avec cette manière d'être , sont-ils plus heureux que nous avec la nôtre ? Ils le prétendent, nous prétendons le contraire : il faut croire que chacun est heureux à sa manière. Ce qu'il y a de sûr, c'est que notre désir de savoir et d'agir, de communiquer aux autres notre instruction et de recevoir la leur, d'associer avec eux nos pensées et nos volontés, c'est que notre sollicitude, notre activité, notre amour des richesses et des distinctions sont les grands ressorts de cette machine sociale qui se meut sous nos yeux en Europe et qui nous entraîne dans son mouvement ; et c'est ce mouvement perpétuel, qui modifie sans cesse le monde moral , comme le monde physique. S'il n'y avait que des Turks dans le inonde, le monde serait encore aujourd'hui comme il fut autrefois; mais cet état stationnaire est l'ouvrage de leur gouvernement , et non le leur.

Ces hommes se laisseront-ils chasser , comme des bêtes fauves, de la portion de terre qu'ils occupent, de cette belle Asie-Mineure qu'ils regardent comme un Eden où ils ont été placés par la main de Dieu ; ou bien s'y laisseront-ils égorger , sans se défendre ? C'est ce que l'avenir nous apprendra. Mais s'ils veulent s'y défendre, ils doivent mieux s'y fortifier. Environnée d'eau sur les trois quarts de son pourtour, l'Asie-Mineure n'est accessible à une armée, qui voudrait l'envahir par terre, que sur deux points, sur le Bosphore et le long de l'Euphrate : sur le Bosphore , où elle n'est séparée de l'Europe que par un canal étroit qui ressemble à celui d'un fleuve : le long de

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l'Ëuphrate, d'où l'on peut y monter par Ja vallée An Mêlas ou y descendre par celles de l'Halys et de l'Iris. Il faut donc fermer ces trois vallées et mieux fortifier Césarée, Sivas et Tokat qui les défendent; mais surtout il faut mieux défendre les accès de la péninsule du côté du Bosphore. Rien ne serait plus aisé que de défendre l'Asie-Mineure de ce côté, en élevant deux lignes de retranchements, l'une entre le golfe Astacénien et la mer Noire, appuyée à Nicomédie, l'autre entre le golfe Cianécn et le Sangare, appuyée à Nicée ; et si ces deux lignes étaient forcées , rien ne serait plus aisé que de défendre pied à pied le terrain, en se retirant successivement, d'abord vers Brousse au pied du mont Olympe , entre les sources du Rhyndacus et du Gallus, et puis vers Koutayeh au pied du mont Dindymène, entre celles de l'Hermus et du Thymbrius. Si Antiochus , dans sa guerre avec les Romains, eût occupé cette dernière position et se fut arrêté à la tête de la vallée de l'Hermus , au lieu de descendre dans cette vallée pour aller au-devant de Scipion , il n'aurait pas été aussi aisément vaincu à Cotyœum qu'à Magnésie; et s'il l'avait été, il aurait pu se retirer sur le plateau de l' Asie-Mineure et descendre de ce plateau dans la Cilicie et de la Cilicie dans la Syrie, sans être obligé de livrer son armée et sa flotte aux Romains.

Tel est le sort réservé aux Turks, s'ils ne savent pas mieux choisir leurs positions qu'Antiochus , et se défendre dans les montagnes, au lieu d'aller se livrer aux Européens dans les plaines et sur le littoral de la péninsule.

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