‹ Voyage militaire dans l'Empire Othoman, ou, Description de ses frontières et de ses principales défenses, soit naturelles, soit artificielles, avec cinq cartes géographiquesChapitre 23 sur 84 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Des routes qui traversent l'Asie-Mineure et les lignes de

TEuphrate et du Tigre.

Les routes qui vont de l'Asie -Mineure traverser les lignes de TEuphrate et du Tigre partent de Constantinople sur le Bosphore ou de Smyrne sur la mer Egée, et se réunissent toutes sur le plateau de TAsie- Mineure.

Les principales de ces routes sont celle d'Erzeroum et de Tauris , la route de Diarbékir et de Mousoul , et celle d'Alep et de Bagdad. On traverse, en sortant de Constantinople , le Bosphore devant Scoutari : puis on côtoie la Prppontide depuis Scoutari jusqu'au bourg de Gébissé , Tancienne Lybissa^ où l'on montre encore le tombeau d'Annibal , et on va , le long du golfe Astacénien, de Gébissé à Nicomédie, où les trois routes se séparent.

Celle d'Erzeroum se dirige directement à Test et côtoie la mer Noire, la route de Diarbékir coupé l'Asie-Mineure dans toute sa longueur et descend dans la vallée de l'Euphrate vers Malatie, et la route d'Alep la coupe obliquement et descend sur le littoral de la Méditerranée vers Tarsoùs.

La route d'Erzeroum traverse le San gare vers son embouchure , entre le bourg de Sabandja et celui de

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Khandâh , et conduit par le village de Doustcheh ou par le bourg de Modourli à la ville de Boli, située, près des ruines d'Hadrianopolis, au fond d'une plaiue qui par sa briHante culture ressemble à un vaste jar* din ; mais au-delà de Boli, la route devient âpre et mon tueuse, traverse successivement les bourgs de Gérideh et d'Hamanli et descend avec les eaux du Parthénius à la petite ville de Tcherkis. Tcherkis est à Tembrancbement de la route de Trébizonde et de celle de Tokat. La route de Trébizonde s'élève plus au nord, franchit les montagnes qui séparent le bassin du Par« thénius de celui de l'Halys et descend avec un affluent de THalys à Castamouni et de Castamouni, par le bourg de Tach-Keupri, à la v4Ue de Voyavat. Tacli- Keupri est bâti sur l'emplacement de Pompéïopolis , et Voyavat dans une plaine fertile, au pied d'une hauteur, couronnée par une vieille citadelle. Voyavat est une bonne position de passage , parce qu'elle est à Tin* tersection de la routé de Sinopç et de celle de Trébizonde.

La route de Sinope 3e détourne au nord et conduit à la ville de ce nom , à travers un pays très-accidenté et coupé de distance eu distance par des plaines ondulées, où se déploie la plus riche végétation : c'est un des cantons les plus fertiles de l' Asie-Mineure. La route de Trébizonde se dirige à l'est, passe l'Halys vers le bourg de Vizir-Keupri , et, après des montées et des descentes alternatives, elle débouche avec un petit cours d'eau au fond d'une baie bordée d'oliviers, oîi l'on voit la petite ville de Samsoun : elle côtoie ensuite la mer Noire , traverse l'Iris vers le bourg de Tcharchembeh, le Thermodon vers celui deThermeh; et

laissant à gauche , sur le rivage de la mer, la petite ville d'Ounieh , elle conduit par les bourgs de Fatsa , d'Ordou et de Kérisoun à celui de Tiréboli; d'où elle .va, en tournant la baie de Platana, à la ville de Trébizonde.

La route de Tokat fléchit plus vers le sud en sortant de Tcherkis, franchit les montagnes qui botdent le bassin du Parthénius vers le bourg de Karadjour, et descend par celui de Kodja-Hissar à la ville de Tosia sur lHalys : elle traverse ensuite le fleuve vers le bourg de Hadji-Hamzeh ou vers celui d'Osmandjik, et va par la petite ville de Marsivan traverser l'affluent occidental de Tlris à Amasie ; d'cm, en remontant cet affluent, elle s'élève par Turkhal à Tokat.

On va ensuite de Trébizonde et de Tokat à Erzeroum par deux routes très-difficiles; mais celle de Tokat Test un peu moins. La route de Trébizonde à Erzeroum se dirige au sud-est et traverse un pays très-âpre et trèsmontueux. Il faut d'abord s élever sur une première chaîne de montagnes , qui environne la mer Noire comme une ceinture, pour descendre par une pente rapide dans la vallée de Gumuch-Rhaneh, puis escalader deux autres chaînes encore plus élevées que la première et séparées entre elles par la profonde vallée de Beybout , et déboucher enfin ^ avec un affluent de TEuphrate, dans la plaine d'Erzeroum, vers le village d'Ilidja.

La route directe de Tokat à Erzeroum n'est guère moins difficile. Elle se dirige directement à Test, conduit de Tokat ou de Turkhal à Niksar sur le Lycus, l'affluent oriental de l'Iris ; et remontant cet affluent jusqu'à Kara-Hissar, elle s'élève, vers le village de

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Rérkif ou vers celui de Lori , sur les montagnes qui séparent les eaux de la mer Noire de celles de l'Euphrate, pour. descendre dans la plaine d'Ërzeroum vers le bourg de Vijan ; mais on va ordinairement de Tokat à Ërzeroum par la route de Sivas, la moins difHcile de toutes pour monter sur le plateau de l'Arménie, parce que Sivas est au débouché des montagnes les moins élevées de toutes celles qui lient le mont Taurus aux monts Moschiques. Cette route ftéchit d'abord plus vers le sud. On passe du bassin de l'Iris occidental dans celui de l'Halys oriental , et on remonte l'Halys jusqu^à Sivas ; d'où l'on ^'élève vers le nord-est sur la crête de la chaîne , pour descendre à ]Erz-Inghian sur l'Ëuphrate et remonter ensuite le fleuve jusqu'à Ërzeroum. C'est la route qui traverse tes cois de la chaîne les moins âpres et les plus abaissés.

Sivas, l'ancienne Sébaste, capitale de la petite Arménie, est située à la tête de la vallée de l'Halys, sur une haute plaine, fertile en fruits et en pâturages, et elle n'est fermée que d'une simple enceinte flanquée de tours, au milieu de laquelle s'élève une hauteur couronnée par une vieille citadelle. On évalue sa population à 5o mille habitants, et elle est le siège d'un pacha. Sivas est la position la plus importante de cette frontière de la Turkie,' parce qu'elle ouvre la seule route qui descende avec les eaux sur le plateau de l'Asie-Mineure : c'est la clef de la péninsule du côté de la haute Asie, et les Turks devraient mieux fortifier cette place, aujourd'hui surtout qu'ils sont menacés dans l'Asie - Mineure par les Russes, maîtres d'une portion de l'Arménie et de toute la Géorgie. Sivas et

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Ërzeroum sont uiaiiitenant lea seules barrières qu'on puisse leur opposer de ce côté.

Une autre route conduit de Constantinople à Sivas : c'est celle d'Angora. Elle se sépare de ia route de Tré^ bizonde à Nicomédie , passe le Sangare au bourg de Ghéîva ; et suivant la corde de l'arc que décrit le fleuve en descendant du plateau de l'Asie^^Mineure, elle va, par les petites villes de Dérékli et de Torbalî, rejoindre le Sangare. vers le bourg de Nalikhan , près des ruines de Gordium ; d'où elle s'élève par la petite ville de Beybazar sur le plateau d'Angora. Ce plateau est un des points dominants, dé l'Asie-Mineure ; et voilà pourquoi on attachait autrefois tant d'importance * à la forteresse de G^rdium. Dès que l'on a couronné le plateau^ on traverse les sources du Sangare sous la ville même d'Angora , et l'on s'élève par le village de Bébislar ou par celui de Tabadji sur le dos des montagnes qui séparent le bassin du Sangare de celui de l'Halys, pour descendre par le village d'Ak-Châr sur le dernier de ces fleuves. On le passe tantôt à gué et tantôt sur un bac, et l'on va par les villages de Sangor et d'Osman-Keuî à la ville d^ousgât , le siège principal de la famille de Tchapan-Oglou , une des plus puissantes de l'Asie- Mineure. Cette ville peut renfermer huit à dix mille habitants, et elle est située dans une riante vallée, arrosée par un affluent de l'Halys. Le palais du prince s'y fait remarquer par l'élégance de ses kiosques et par la beauté de ses jardins.

Yousgât est une bonne position de passage, parce qu'elle est au nceud des deux routes de Tokat et de Césarée. La première se dirige à l'est ; et, traversant les montagnes qui séparent le bassin de l'Halys de

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celui de ' Tlris , elle déboudie par un ravin profond sur la plaine élevée de Zéla, célèbre par la victoire de César sur Pharnace ; d'où elle descend par une pente douce sur llris occidental, vers Tokat. La route de Gésarée se détourne au sud, en sortant d'Yousgât, et va, par les villages dlngourli^ Kislan et Bouslian, repasser l'Halys vers celui d'Ëmlar ; d'où elle conduit par Hiklar à Gésarée. Hiklar est un gros bourg de deux à trois mille habitants, suspendu à une colline rocailleuse qui porte sur son sommet le tombeau d'un ancien roi de Gappadoce.

Une autre route conduit par Angora à Gésarée et de Gésarée à Malatie dans la vallée de l'Euphrate : c'est ia route de Gonstantinople à Diarbékir et à Mousoul. Elle quitte la précédente à Nicomédie; et se diri'» géant d'abord vers le sud, elle s'élève sur les mon* tagnes qui séparent le golfe Astacénien du golfe Gia* néen , pour descendre sur le lac Ascanius vers Nicéa ; d'où , en se détournant à l'est et en côtoyant le mont Olympe, elle va passer le Gallus au bourg de Louka, vers sqn confluent avec le Sangafe : puis remontant ce fleuve sur la rive gauche jusqu'à la ville de Soghât, elle traverse le Thymbrius vers celle d'Eski-Ghéer, Tancienne Dorylée, située au milieu d'une plaine vkste et nue, et s'élève insensiblement par les bourgs de Séid-Ghous et de Séver-Hissar sur le plateau d'Angora : c'est la route la moins difficile pour monter de Nicomédie sur le plateau de l'Asie - Mineure , parce qu'elle y va en suivant la direction des eaux.

Deux routes conduisent d'Angora à Gésarée en se dirigeant au sud««st : l'une traverse l'Halys vers le village de Kara-Keu'î ; d'où eu remontant le fleuve sur

sa rive droite jusqu'à la petite ville de Mandjour, où ses deux principaux affluents viennent se l'éunir, elle va traverser l'affluent oriental entre les villages de Tchalik et d'Ambar, pour s'élever au pied du mont Argée vers Césarée. L'autre côtoie Je plateau oriental de TAsie-Mineure ; et, remontant l'Halys sur sa rive droite, elle passe son affluent oriental au-dessus de Mandjour; d'où elle conduit à Césarée, à travers une vaste plaine , nue et dépouillée d'arbres : c'est la route la plus facile ; mais on n'y trouve ni habitations, ni subsistances , et l'on y est exposé à être pillé par les Turkmans.

Césarée est à l'embranchement de toutes les routes qui vont traverser l'Euphrate ou qui descendent du plateau de l'Asie^Mineure sur le littoral de la Cilicie. Une de ces routes conduit à Sivas , une autre à Diarbékir, une troisième à Aïntâb et une quatrième à Adana et à Tarsous.

La première se dirige au nord-est et remonte l'affluent oriental de l'Halys depuis Emlar jusqu'à Sivas : c'est la route la plus facile pour monter sur le plateau de l'Armépie. La route d'Angora par Tokat à Sivas est plus courte et mieux pourvue de subsistances ; mais la route par Césarée est moins rompue et plus accessible à l'artillerie.

La route de Césarée à Diarbékir se dirige à l'est ^ côtoie le Mêlas jusqu'à son confluent avec l'Euphrate^ au-dessous de Malatie, passe le fleuve sur un bac au village de Téïs-Oglou et s'élève par la petite. ville de Karpout sur la chaîne des montagnes qui lient ,1e mont Taurus au mont Nipliates, pour descendre, avec le principal affluent du Tigre, au bourg de Maïden et

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du bourg de Maïdeu à la ville d'A^rgana; d'où elle va, en côtoyant le fleuve ^ à Diarbékir et de Dîarbékir par Djesiré.à Mousoul.

La route de Césarée à Aintab se dirige au sud-est, traverse un des chaînons qui lient le mont Argée à la branche méridionale du moîlt Taunis, et descend par le village de Garrin dans la vallée d'El-Boslan , vers les sources du Sarus. £l-Bostan est une petite ville, de quatre à cinq mille habitants, pittoresquement groupée au pied d'un vieux fort , et environnée de ruines que l'on présume être celles de Comane, célèbre par un temple de Bellone , dont le pontife était autrefois souverain de ce canton de l' Asie-Mineure, connu sous le nom de Gomagène» Cette souveraineté sacerdotale fut pendant quelque temps l'apanage des princes puînés de la maison des Séleucides, et Titus en disposa en faveur d'Antiochus, mari de Bérénice. La vallée d'£l-Bostan, quoique très-haute, paraît fertile : elle est parsemée d'arbres fruitiers , au milieu desquels s'élève la ville avec son donjon, comme une ruche au milieu d'un jardin anglais.

El-Bostan est à l'embranchement des trois routes qui conduisent , une à Samozate , une autre à Aîntâb et la troisième à Marach, à travers les branches entrelacées du mont Taurus et du mont Amânus. La pre* mière tourne à l'est le mont Amanus et descend, avec un affluent de l'Euphrate, à Samozate : la seconde traverse le mont à l'un de ses cols les plus abaissés, et descend par un ravin profond à Aîntâb et d'Aintâb à Alep avec le Chalus : la troisième le tourne à l'i^uest, et descend avec le Pyrame à la petite ville de Marach et de Marach au village de Messis sur le golfe d'A<* lexandrette.

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Mais la route la plus suivie de Gésarée h Alexandrette est celle d'Adana ou de Tarsous. Cette route se dirige au sud, tourne le mont Argée vers Fouest et va par le bourg d'Endjazou, l'ancienne Castabale, et par celui de Kara-Hissar, l'ancienne Cybistre, à un vieux fort, bâti sur un rocher coupe à pic et nommé Yeuji-Bar , qui parait être l'ancienne Nora , si célèbre par la belle défense d'Ëumène contre Antigone ; d'où elle s'jélève sur la haute plaine de Nigdeh , arrosée , comme celle d'El-Bostan, par un affluent du Sarus. Nigdeh est, comme £l-fiostan, une petite ville de trois à quatre mille habitants , groupée autour d'un rocher de forme conique et encombrée de ruines qui paraissent être celles de Cadyne. On descend de Nigdeh au bourg de Ketch-^Hissar , l'ancienne Thyane, nommée Dana par Xénophon, qui est toujours une bonne position de passage , parce qu'elle est à rintersection des deux routes de Césarée et de Koniah , et l'on descend de Retch-Hissar par le village de Tchikisla dans une gorge profonde et sinueuse, creusée dans les flancs du mont Taurus , où se réunissent les divers affluents du Sarus et d'où l'on débouche par le village d'Abi- Chéik dans la grande plaine de la Cilicie, autour de laquelle est d'un côté Târsous, et de l'autre Adana. C'est dans cette gorge affreuse, où l'on ne voit plus aujourd'hui que les deux misérables villages de Tchikisla et d'Abi-Chéik, que l'on croit reconnaître les Pyles Ciliciennes des anciens. Quelques voyageurs ont même cru voir les ruines de Nazi^nze sur l'emplacement de Tchikisla ; mais d'autres ont cru reconnaître pes ruines au nord de Nigdeh, sur le plateau même fie l'Asie-Mineure. En débouchant de ces défilés, on

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prend à droite, si l'on veut aller à Tarsous, et à gauche si l'on va directement à Adana et d'Adana à Alexandrette,

Mats la route la plus suivie de Constantinople à Alexandrette et en Syrie, est celle de Koniah qui tra^ verse le pourtour occidental du plateau de l'Asie -Mineure et qui coupe la péninsule obliquement du nordouest au sud-rcst. Cette route quitte celle d'Angora à Nicée ; et s'élevant sur les branches du mont Olympe, qui bordent au sud le lac Ascanius, elle descend à la petite ville d'Yeni-Chéer, où se croisent les deux routes de Brousse et de Koutayeh. La première se détourne à l'ouest et conduit à Brousse, en côtoyant le mont Olympe du côté du nord : l'autre se dirige au sud et s'élève , en côtoyant l'Olympe du côté de l'est , au bourg d'Yéni-Gheûl , vers les sources du Gallus , et du bourg d'Yéni-Gheûl par le village de Turbah à la ville de Koutayeh sur le Thymbrius. On remonte ensuite le Thymbrius jusqu'à ses sources vers le village d'Altoun - Tâch , pour s'élever enfin sur le plateau d'Afioum^Karahissar, bordé à l'ouest par la chaîne occidentale du Taurus, et à l'est par une rangée de petits lacs qui se touchent presque les uns les autres et qui se prolongent vers le sud jusqu'aux environs de Koniah. On est alors arrivé sur un plateau très-élevé , qui n'est plus séparé du plateau central de l'Asie-Mineure que par unre traînée de collines, couronnées vers le sud par le mont Baba-* Dâgh. La route. passe entre les deux chaînes des montagnes sur une chaussée antique, fioyée sur certains points, mais assez bien conservée sur d'autres^ et conduit par le bourg de Balou-Dyn, bâti sur l'emplacement de Dynia , et par celui d'Iza*

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kiou , renommé pour la beauté de son territoire , à la petite ville d'Ak-Chéîr, sur remplacement d'Antiochie de Pisidie. Cette petite ville, où l'on fabrique des tapis très -estimés et où l'ou élève beaucoup de troupeaux, peut avoir trois à quatre mille habitants : elle est située dans une plaine bien arrosée , au pied d'une montagne toute couverte de gazon, et à environ deux lieues de l'un des lacs qui bordent la plaine à l'est. On laisse tous ces lacs sur la gauche, et l'on va par le bourg d'Ilgoun et par celui de Kadoun<rKhan , qui paraissent occuper, l'un l'emplacement de Philomélium, l'autre celui de Tyriaeum, au village d'Hi-Ladek, bâti sur les ruines de Laodicœa-Combusta^ d'où l'on arrive en dix heures à Koniah , en côtoyant le pied des montagnes qui bordent au sud le plateau de l'Asie- Mineure et qui s'élèvent graduellement jusqu'à la chaîne méridionale du mont Taurus.

Toute cette zone de terrain, creusée, comme un long berceau, depuis Afioum-Karahissar jusqu'à Koniah et bordant à l'ouest le plateau de l' Asie-Mineure, est parsemée de lacs qui n'ont aucune communication apparente avec la mer, mais qui sont vraisemblablement les sources des principales rivières du littoral égéen ; et elle se divisé en trois bassins distincts, celui de Karahissar, celui de Laodicée et la plaine élevée de l^oniah. Cette partie de l'Asie-Mineure formait le cœur de l'ancienne Phrygie : elle est très-fertile en fruits et en pâturages, et aucune autre dans toute la péninsule n'a un , aspect plus riche ni plus varié. Le climat y est doux , tempéré , et l'espèce humaine s'y développe dans toute sa force et dans toute sa beauté. Tous les porte-faix de Smyrne, les homme&

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les plus beaux et les plus vigoureux de l'Asie, viennent de ce pays : on croirait que les sculpteurs grecs y prirent jadis le type de leurs cariatides.

C'est sur ce plateau que se croisent toutes les routes de Constantinople et du littoral de la mer Egée. Celles-ci partent presque toutes de Sinyrne, aujourd'hui le principal marché de l'Asie -Mineure et même de toute la Turkie. Les principales sont celles de Kou* tayeh, d'Afioum*Karahissar et de Koniah. La pi*emière se dirige au nord-est, et va, de Smyrne, rejoindre à Sardes l'Hermus qu'elle remonte par les villages de Kolah et de Sélendi, sur la rive gauche, jusqu'à ses sources, vers le bourg de Kadous ; d'où elle s'élève sur la croupe du mont Dindymène, pour descendre avec le Thymbrius à Koutayeh. Elle traverse ensuite la plaine élevée d'Ipsus et conduit par les bourgs de Keymak , de Séver-Hissar et d'Yerma à Angora ; d'où elle va par Tokat à Erzeroum : c'est la route directe de Smyrne à ce grand marché de la haute Asie. Des caravanes de cinq à six cents chameaux partent tous les mois de l'une de ces villes pour l'autre.

La route de Smyrne à ABoum - Karahissar quitte celle de Koutayeh à Sardes ; et tournant au sud-est, elle remonte un affluent de l'Hermus jusqu'à la petite ville d'Ala-Chéîr, l'ancienne Philadelphie, et va passer le Méandre , vers son confluent avec le Lycus et vers le bourg de Pampouk-Kalési , bâti sur les ruines dlliérapolis. Elle se détourne ensuite au nord-est ; et remontant le Méandre jusqu'à ses sources, elle s'élève par une vallée profonde et sinueuse , défendue par le fort Kanosi, l'ancienne Colosses, sur le plateau de r Asie-Mineure, vers les ruines de Célènes, confondues

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avec celles d'Àpamée , qui la remplaça depuis , ou qui peut-être nen fut que la citadelle. Dès que l'on a couronné le plateau , creusé de ce côté par une multitude de petits lacs, on s'élève vers le nord par une rampe douce à Afioum-Karahissar : ou bien l'on descend vers Test par un talus insensible , mais coupé de distance en distance par des ravins ou par des flaques d'eau, dans la belle plaine d'Isaklou ; d'où Ton va par celle d'Ak-Chéïr à Koniah.

Mais la route directe de Smyrne à Koniah fléchit plus vers le sud , traverse , en sortant des montagnes qui environnent Smyrné, la plaine Cilbanienne, tourne le mont Tniolus vers le sud, passe le Caystre à Tira, le Méandre au-delà de Gheuzel-Hissar , l'aucienne Magnésie ' ; et remontant le fleuve et l'un de ses affluents jusque vers la ville de Denigzlou , elle s'élève par celles de Bourdour et d'Isparta sur le plateau de l'Asie-Mineure , vers le lac et la petite ville d'Eyerdir; d'où elle va , à travers une plaine marécageuse , par les bourgs de Beykiri et de Serki-Seraï à Koniah : c'est la route de Smyrne à Tarsous , à Célenderis et même à Satalie.

Il y a bien une route qui va de Smyrne à Satalie, en se dirigeant encore plus au sud. Cette route quitte celle de Koniah au-delà de Gheuzel-Hissar , après le

I. Quelques voyageurs croient que les ruines de Gheuzel- Hissar sont celles de Tralles, et que les ruines de Magnésie sont celles que l'on trouve plus à Test, en remontant le Méandre; mais toutes ces ruines, même celles d*Aphrodisias , ayant été explorées par de savants voyageurs , je n*ai pas cru devoir me livrer ici à des conjectures, qui m'auraient fait sortir du plan de mon ouvrage.

DANS L EMPIRE OTHOMAN. 20^

passage du Méandre, et mène par les bourgs d'Yénifiazar et de Karajazou à la petite ville de Ghéira, l'ancienne Aphrodisias ; d'où elle s'élève sur une des plus hautes croupes du mont Taurus , vers les villages de Bazar-Khan et de Terfané, pour descendre par le bourg d'Ësténas, et avec, un affluent da Cataracthès, à Satalie, Mais cette route, qui traverse la chaîne du mont Taurtis vers son origine et vers ses plus hautes sommités, est si diiHcile qu'on préfère généralement le détour dlsparta et d'Ëyerdir , et l'on ne va guère aujourd'hui de Smyrne sur la côte méridionale de l'Asie^Mineure que par Koniah.

Koniah peut donc être considérée comme le nœud de toutçs les routes qui vont du nord et de l'ouest de l'Asie- Mineure sur la cote de Caramanie et sur celle de Syrie. Une de ces routes conduit à Satalie, en se dirigeant au sud-ouest , une autre à Célenderis , en se dirigeant au sud, et une troisième à Tarsous et à Adana, en se dirigeant au sud*est Cette dernière est la grande route de Smyrne à Alep.

La route de Koniah à Satalie sort du plateau de r Asie-Mineure, en circulant autour des lacs qui le bordent au sud, et descend du lac et de la petite ville d'Eyerdii:, avec le Cat^racthès , au bourg de Dûden , et du bourg de Dûden, par le village de Bidjikli, à Satalie : ou bien elle y va plus directement encore par la petite ville de Bey-Chéîr ; d'où elle descend par une gorge profonde, creusée dans les flancs du mont Taurus, et avec les eaux du Cestrœus, à Satalie; mais ces deux routes sont très-pénibles. La dernière surtout est coupée par des ravins profonds, quelquefois même embarrassée de gros arbres liés ensemble par des vignes

sauvages et des clématites, qui barrent le chemin : on se croirait transporté dans les sombres forêts de TAmérique.

La route de Koniah à Célenderis tourne à l'ouest le mont Kara-Dâgh < , qui s'élève au milieu de la plaine de Koniah , comme une île escarpée au milieu de la mer y et conduit par les bourgs d'Ali-Bey et de Cassaba à la petite ville de Caraman, le siège des premeirs sultans Seljoucides , et à peine peuplée aujourd'hui de 4 À 5 mille habitants. Cette ville, qui a donné le nom de Caramanie à toute la côte méridionale de l'Asie-Mitieure, est défendue par un vieux château, et elle a remplacé, sous le rapport militaire, l'ancienne forteresse de Laranda , dont on «voit les ruines à une lieue et demie au nord«est, au pied d'une montagne isolée. £n sortant de Caraman , la route s'élève par une rampe courte, mais roide, sur la chaîne méridionale du mont Taurus ; et dès qu'elle en a couronné la crête, elle descend avec l'af&uent occidental du Calycadnus au bourg d'£rmineh, que l'on croit bâti sur l'emplacement de Philadelphie , ou , avec son affluent oriental, à la petite ville de Moût, environnée de ruines qui paraissent être celles de Claudiopolis. Le pacha de Moût est niché sur une hauteur escarpée , dans un donjon dont le pied est baigné par la rivière. Les petites tours, alternativement rondes et carrées, qui flanquent ce donjon, le précipice qui le borde d'un côté, et la colonnade en ruine qui l'entoure de l'autre, produisent au milieu de ces campagnes

1. Il paraît que c'est le mont Lycaon des anciens, qui fit donner le nom de Lycaonie à ce canton de T Asie-Mineure.

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solitaires l'effet le plus pittoresque. On descend ensuite, à travers un terrain haché , de Moût au bourg de Scheïk- Amour , et de ce bourg au port de Cëlenderis , à travers les montagnes qui bordent la cote : ou bien prenant plus à l'est et suivant le cours des eaux, on descend avec le Calycadnus par un terrain moins âpre, à la petite ville de Sélefkeh ; d'où, en tournant le cap Sarpédon, on va s'embarquer au port de Célenderis pour celui de Cérina. C'est la route par terre de Smyrne et de Gonstantinople à l'île de Chypre.

Mais, de toutes les routes de Koniah, la plus suivie et la plus intéressante à connaître est celle qui conduit par Tarsous, ou par Adana, à Alexandrette : c'est la route de Smyrne et de Constantinople à Alep et à Bagdad, celle du commerce de l'Europe avec l'Inde : c'est la route d'Antioche, de Palmyre et de Babylone, c'est celle de tous les conquérants.

Cette route tourne , en sortant de la plaine de Koniah, le mont Kara-Dâgh vers le nord, va par les villages dlsmil , de Ghéïveh et d'Hartan au bourg d'Erékli, l'ancienne Arcliélaïs, située sur l'affluent occidental du Sarus ; et après s'être réunie à la route de Césarée au-dessous de Ketch-Hissar , l'ancienne Thyane, vers le confluent de toutes les eaux du Sarus, elle descend, avec le fleuve, vers le village de Tchikisla, dans une gorge profonde et sinueuse, .creusée dans les flancs du mont Taurus ; d'où elle débouche dans la grande plaine de Cilicie par deux issues, Tune conduisant vers le sud-ouest à Tarsous, et l'autre vers le sud-est à Adana.

I^ route d'Alexandrette coupe la plaine obliquement ; et laissant Tarsous sur la droite, elle va passer n. 14 .

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le Sarùs à Adaua, 1^ Pyraroe au village de Messis, TancienDe Mopsueste, et s'enfonce, à trois milles de ce village , dans un défilé resserré entre les montagnes qui bordent le golfe d'Alexandrette; d'où elle débouche dans une plaine fertile, mais déserte, de neuf milles de long sur trois à quatre de large et environnée de tous cotés par des montagnes brunes et arides. On se croi* rait perdu dans un bassin sans issue : on en sort cependant vers Test, en gravissant par plusieurs détours des hauteurs très*escarpées ; et après une marche pénible de près d'une heure , on descend au bourg ruiné de Kartanieh, habité, seulement pendant l'hiver, par quelques familles de Turkmans nomades. Ce bourg, désert pendant l'été, est situé à l'origine d'un long plateau, ou plutôt d'une terrasse d'environ trois railles de long , resserrée à son extrémité orientale par des rochers noirâtres, qui se rapprochent tellement entre ei)x, qu'ils ne laissent plus dans leur intervalle qu'un passage étroit, fermé par un vieux portique de granit noir, auquel les gens du pays donnent le nom de Kara^Kapou ou de Porte -Noire. Ce portique est soutenu par des arcades peu élevées et parait être un fragment d'un ouvrage de fortification , construit jadis pour défendre le passage. Dès qu'on l'a franchi , le défilé s'ouvre peu à peu, et l'on débouche , à un mille de là , dans une petite plaine , d'environ deux milles de long sur un mille de large au plus, bornée au sud par le golfe d'Alexandrette, à l'est par un vaste marais qui borde le fond du golfe , et au nord par une chaîne de hauteurs qui s'élèvent graduellement jusqu'au mont Amauus. Le bourg d'Ayas est au pied de ces hauteurs, sur une plage absolument déserte,

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et à iiu mille environ de la mer. Il n'est guère composé que de deux à trois cents cahuttes, et il a l'aspect le plus misérable. On n'y voit que des Djinghénis ou Bohémiens et quelques familles de pêcheurs : c'est pourtant le marché de tous les environs. En sortant de ce bourg, le chemin tourne au sud, suit pendant quelque temps les bords d'une plage sablonneuse, où l'œil ne se repose plus que sur un marécage couvert de joncs, et traverse ensuite une petite rivière torrentueuse, qui s'écoule dans le marais et que des voyageurs ont prise , les uns pour le Carsiis de Xénophon, les autres pour le Pinarus d'Arrien , quoique ces noms puissent également convenir à d'autres petits cours d'eau qui sillonnent le littoral. Après avoir passé le torrent et arrondi le fond du golfe , le chemin s'éloigne du rivage et s'élève par une rampe douce au bourg de Pias, situé, comme celui d'Ayas, à une petite distance de la mer et au pied des hauteurs qui vont se pyramider au mont Amanus : tout fait présumer que ce bourg est l'ancienne Baia. Pias est aujourd'hui désert et n'est habité que par quelques derviches qui y ont conservé un couvent ; mais on y voit encore plusieurs édifices très^solidement construits, deux 'ou trois mosquées et un beau bézestein voûté, bâti en briques. Ce bourg est le seul lieu intermédiaire entre ceux d'Ayas et d'Alexandrette : il est à 26 milles du premier, à 16 du second, et à l'angle sud-est d'une baie, sur les bords de laquelle on voit un petit fort ruiné, construit autrefois pour la défendre. On aurait dû conserver ce fort, parce que la plage est ici plus accessible que du côté d'Ayas et qu'il aurait pu servir à empêcher un débarquement ; mais l'usage des Turks est de ne rien

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réparer et de ne reconstruire qu'au moment du dangex* : c'est le moyen de n'être jamais préparé à la défense. Ce point est cependant un des plus vulnérables de la cote, et l'on peut de Pias, comme d'Alexandrette ^ s'élever en deux ou trois marches sur le plateau d'Antioche, le point dominant et la principale clef de la Syrie.

La plupart des voyageurs ont cru que l'ancienne ville d'Issus était sur l'emplacement d'Ayas, quelques autres sur celui de Pias ; mais peut-être n'occupaitelle ni l'emplacement de l'un, ni celui de l'autre, et a-t-elle été ensevelie dans le marais qui a envahi le fond du golfe. Tout ce littoral paraît en effet avoir été bouleversé, et depuis le défilé de la Porte-Noire jusqu'à Pias, et même jusqu'aux approches d'Alexandrette, il n'y a aujourd'hui aucune plaine où l'on put déployer, ni moins encore faire manœuvrer une armée. £n sortant de Pias, on laisse le mont Amanus sur la gauche ; et côtoyant le pourtour oriental du golfe, on traverse un terrain haché, couvert de flaques d'eau et de bois taillis, que pare une verdure éternelle.

Le chemin est tantôt uni, tantôt sillonné par des ravins. Quelquefois les montagnes s'éloignent jusqu'à trois milles du rivage, quelquefois elles s'en rapprochent jusqu'à moins d'un mille; et c'est sur une des passes les plus étroites, à environ neuf milles de Pias , que Ton voit les ruines d'un vieux fort , et tout auprès, sur une langue de terre saillant en mer, les restes d'un obélisque, qui indiquent l'emplacement d'une ancienne ville , dont on n'a pas encore deviné le nom. A trois milles de ces ruinés, on traverse un ruisseau que l'on pourrait prendre avec quelque raison

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pour le Pinarus d'Arrien , à la rapidité de soti cours et à l'escarpement de ses rives ; mais il n*a guère qu'un filet d'eau. A un mille au-delà de ce torrent sont les vestiges d'un ancien mur qui se prolonge jusqu'à la mer, et ce n'est qu'à deux milles et demi plus loin , que l'on commence à tourner la baie, au fond de laquelle s'élève le bourg ou la petite ville de Skandéroun ou Alexandrette. IjC golfe s'avance vers l'ouest au-delà d'Alexandrette et projette un cap bordé de marécages, au milieu desquels sont des ruines que l'on présume être celles de Myriandre : puis se recourbant au sud , il va se terminer au cap Kanzir, au pied du mont Rhosus qui sépare le golfe d'Alexandrette de celui de Séleucie. \je cap Kanzir termine le golfe d'Alexandrette à Test, comme le cap Mallus le termine à l'ouest. Ce golfe est très-redouté aujourd'hui des navigateurs , parce qu'il est malsain ; mais il a 4 «^ 5 Ireues de profondeur sur un bon fond , et il offre le plus beau mouiK: lage de la Syrie.

La route d'Alep quitte à Alexandrette le rivage de la mer ; et se dirigeant au sud-est, elle s'élève par une gorge profonde au bourg de Beylan, et du bourg de Beylan sur la croupe des montagnes qui bordent le golfe à l'est et qui lient la chaîne taurique à la chaîne syrienne, pour descendre dans la plaine d'Antioche sur les bords d'un lac, où viennent se rendre les eaux de toutes ces montagnes, avant d'aller se jeter, dans rOronte. Là le chemin se divise en deux branches : Tune côtoie les montagnes qui sont au nord ; et laissant à gauche, sur une hauteur escarpée, le vieux château de Gindare, elle conduit par le bourg de Killis à la yille d'Aïntab, vers les sources du Chalus,

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et va passer I'£uphrate à Roum-Kaleli , l'ancienne Zeugtna : l'autre coupe la plaine d'Antioche du nord au sud, passe l'Oronte sous les murs de la ville; et tournant à l'est, elle va franchir le Chalus sous Alep.

Alep est à l'embranchenient de deux routes qui vont traverser l'Euphrate, l'une à Bir, en se dirigeant au nord-est, l'autre vers Kerkisièh ou vers Ana,ense dirigeant au sud-est : la première est la route de Mousoul , et la seconde celle de Bagdad par la Baby* lonie et lé désert.

I^a route de Mousoul s'élève, en sortant d'Alep, sur une plaine nue , sillonnée par les deux affluents du Sadjour qui va se jeter danâ l'Euphrate vers les ruines d'Hiérapolis. La première station est au village de Hardaran , situé au pied d'un monticule factice et remarquable par la forme de ses maisons, qui sont de petits carrés en terre, surmontés d'un dôme conique. On traverse au-delà de Hardaran les deux affluents du Sadjour, et l'on descend par une pente insensible, à travers des vergers d'oh'viers, sur les bords de l'Euphrate, qne l'on passe sur un bac devant Bir. Le fleuve est très-encaissé vers ce point, et il serait difficile de le guéer. On s'élève, au sortir de Bir, sur deux chaînons de collines calcaires, au milieu desquelles est une jolie vallée, Ombragée par des arbres fruitiers, et l'on descend de la crête du second chaînon à Orfa par un chemin roide, pavé de grosses pierres et taillé en plusieurs endroits dans le roc : c'est une ancienne voie romaine. Orfa, l'ancienne Edesse, est située au fond d'un vallon , renommé pour la beauté de ses eaux , entre deux collines absolument détachées de la chaîne taurique et liées par leur base à une traî-

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née d'autres collines, qui coupent comme un rideau la vaste plaine de la Mésopotamie. Point de pérspec* tive plus variée que celle du château d'Orfa : au loin se déroule une plaine nue, légèrement ondulée et où les collines , qui masquent le désert , ne se montrent que comme des points noirs, presque imperceptibles : plus près, des bouquets d'arbres à fruits, qui ombragent des pâturages toujours verts : ici la fontaine de Callirhoé coulant en plusieurs canaux qui se réunissent et se séparent tour à tour pour se réunir encore : là le petit fleuve Bélés , qui serpente en longs détours au milieu de bois touffus d'orangers : de toiis côtés des vergers d'oliviers, et de longues allées de noyers et de mûriers, liés entre eux par des guirlandes de vignes : c^est la végétation qui étale tout son luxe, avant d'aller mourir dans le désert.

D'Orfa à Môusoul il y a deux routes : l'une, plus au nord, va rejoindre vers Sovérak celle de Samozate; et franchissant un des cols du mont Masius, elle des* cend avec un affluent du Tigre à Diarbékir et de Diarbékir par Djésiré à Mousoul : c'est la route la plus difficile, mais la seule où l'on trouve des subsistances : l'autre, plus au sud, s'élève ver» les sources du Khaboras , suit la corde de l'arc que forme la chaîne taurique de Sovéï^k à Merdin , et va de Merdin à Nisibe à travers une plaine cultivée , qu'arrose le Mygdonius , et de Ni^ibe à Mousoul , à travers une plaine inculte, qui s'étend du pied de la chaîne taurique à la montagne de Singare. Rien ne saurait arrêter une armée sur ce chemin uni, si ce n'est le défaut de subsistances, et elle pourrait, sans monter la chaîne, en masquer tous les débouchés et passer outre :

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c'est la route la plus propre à la cavalerie, tandis que l'autre convient mieux à l'infanterie.

Deux routes conduisent de Mousoul à Bagdad, en se dirigeant au sud : l'une côtoie la rive droite du Tigre, et l'autre la rive gauche : la première y va par Tékrid à travers le désert, l'autre par Arbèles à travers l'ancienne Assyrie. Ce dernier chemin est le plus long, parce qu'il s'éloigne du fleuve pour éviter les collines, qui bordent sa rive gauche; mais c'est le seul où Ion trouve des terres cultivées et des subsistances. On traverse le Tigre, en sortant de Mousoul, sur un poiit de bateaux, et l'on va passer successivement le Bumadus et le Zabus à deux lieues l'un de l'autre, au-dessus de leur confl.uent. La plaine , entre les deux fleuves, est élevée et onduleuse au nord-est ; mais elle s'abaisse et s'aplatit au sud-ouest, vers l'angle où ils réunissent leurs eaux. Du gué, où l'on passe le Zabus, il n'y a plus que neuf lieues jusqu'à Arbèles, qui s'élève, comme une île, au milieu de la plus belle plaine de l'Assyrie. Le chemin est uni, avec quelques légères ondulations qui favoriseraient les manœuvres d'uue armée. Ou descend ensuite d' Arbèles avec un petit cours d'eau au bourg d'AItoun-Koupri , où l'on passe le Caprus sur un pont de pierre; et laissant à gauche, au pied de la chaîne médique, la petite ville de Scherzour, on va par celle de Kerkoud et par le bourg de Daoûk .déboucher vers les villages de Kifri et de Kara- Tépé dans la plaine de Bagdad.

La route directe d'Alep à Bagdad Se dirige au sudest et suit , en sortant de la plaine d'Alep, une longue vallée, resserrée entte deux coteaux, au milieu de laquelle est le bourg désert de Taïb ; d'où elle débouche

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sur i'Euphrate, d'un côté vers le bourg de Racca , raucieane Nicéphorium , et de l'autre vers les ruines de Tapsaque , à l'origine d'un coude que fait le fleuve en descendant à Kerkisieh, l'ancienne Circésium. Il paraît que les anciens passaient I'Euphrate, tantôt sur l'un et tantôt sur l'autre de ces points : on le côtoie maintenant sur sa rive droite jusqu'à Ana , l'ancienne Anatho, et même jusqu'à Hit, l'ancienne ^ïopolis, où on le passe sur un bac, pour le côtoyer ensuite sur sa rive gauche jusqu'à Ambar, l'ancienne Périsabour, et même jusqu'à Féioudjeh, qui est le point où I'Euphrate dans son cours sinueux se rapproche le plus du Tigre, et où se séparent les deux routes de Babylone et de Bagdad. La première se détourne au sud et conduit le long de I'Euphrate en quinze heures à Hella, bâtie sur l'emplacement de Babylone. L'autre se dirige à Test; et traversant la plaine nue et hachée, qui sépare les deux fleuves, elle conduit eu onze heures devant Bagdad, où l'on passe le Tigre sur un pont de bateaux pour entrer dans la ville. Il n'y a de Babylone à Bagdad, en ligne directe, que i8 lieues. La route est du sud au nord ; mais elle est très-pénible^ parce que les hachures du terrain se remplissent d'eau dans les inondations des deux fleuves, et les caravanes, allant de l'une de ces villes à l'autre, prennent ordinairement le détour de Féloudjeh, qui n'alonge le chemin que de 7 à 8 lieues.

La route d'Alep à Bagdad par le désert et la Babylonie a cet avantage sur celle de Mousoul , qu'elle est plus courte, puisqu'elle suit la corde de l'arc, dont l'autre parcourt toute la circonférence ; mais depuis que le pays entre Alep et Tapsaque n'est plus cultivé,

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et qu'on ne peut plus s'y faire convoyer par une (lotille de bateaux, elle n'est plus praticable pour une armée, et elle n'est guère bonne que pour une division de cavalerie et pour des caravanes de cliatneaux : encore y est-on exposé à périr de faim ou de soif. La longue zone, qu'elle traverse et qui se confond avec le désert de l'Arabie, est une plaine unie ou légèrement ondulée , mais dont les ondulations sont si faibles , qu'elles peuvent à peine cacher un homme à cheval. K)u n'y trouve que quelques plantes séléniteuses et quelques ruisseaux de pétrole, presque point dani» maux , pas même d'oiseaux, partout un sol blanchâtre, imprégné de gypse ou dé sel. Quelques bouquets de palmiers et quelques vergers d'arbres fruitiers, qui s'élèvent au milieu de jardins poudreux, couverts de melonières et environnés d'un mur de boue ou de roseaux, annoncent seuls les approches de Bagdad.

Bagdad est le point d'où partent les deux principales routes , qui conduisent l'une dans le midi de la Perse, l'autre dans le nord. La première se dirige au sud^est ; et côtoyant le pied de la chaîne médique, elle va passer le Kérah ou rivière de Kirmanchah, l'ancien Ëulée, vers les ruines de Suze, et les deux branches du Râroon, l'ancien Oroate, l'une à Desfal, l'autre à Schouster ; d'où elle s'élève sur le plateau de la Médie vers Lourkian, pour aller passer les Pyles Persiques vers- les sources du Bendémir ou de l'Âraxe persique et descendre avec ce fleuve sur le plateau de la Perse vers Ispahan : c'est l'ancienne route de Persepolis. lia seconde se dirige au nord^est, remonte la Diala jusqu'à Cheràban ou Apollonie; d'où elle s'élève par Zâr-Pil ou par les pyles du mont Zagros sur le

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plateau de ia Médie vers Kit'tnanchah, pour aller pas ser vers Kangover les défilés du monl Oronte et descendre sur le plateau de la Perse vers Hamadan : c'est lancienue route d'Ecbatane, la graude route de la Turkie en Perse, parce que Hamadan est à l'intersection des deux chemins, qui mènent, l'un à Ispahan en se dirigeant au sud-est, et Tautre à Téhéran en se dirigeant au nord-est.

Telles sont les différentes routes qui vont de FAsij^ Mineure dans la haute Asie à travers les lignes de l'Euphrate et du Tigre : d'où l'on voit qu'elles 6e réduisent toutes à trois principales, à la route d'Erzéroum et de Tauris qui tourne les deux fleuves vers leurs sources, à celle d'Orfa et de Mousoul qui les traverse au milieu de leur cours et à celle d'Alep et de Bagdad qui côtoie l'Euphrate J4isque vers Babylone et qui va passer le Tigre sous Bagdad , la première impraticable à l'artillerie, la dernière à l'infanterie. Celle du milieu est donc la seule accessible a une graude armée, parce que dans le temps même qu'on ferait filer la cavalerie et l'artillerie par Merdin et Nisibe, l'infanterie pénétrant d'Orfa par les défilés de Sovérak dans la vallée du Tigre, pourrait descendre avec ce fleuve de Diarbékir à Mousoul et de Mousoul à Bagdad; d'où en remontant la Diala, elle s'élèverait par les défilés du mont Zagros sur le plateau de la Médie, vers Kirmanchah, et du plateau de la Médie par les défilés du mont Oronte sur celui de la Perse, vers Hamadan. Maîtresse du plateau de la Perse, elle pourrait ensuite s'élever vers Téhéran jusqu'au pied de la chaîne taurique, côtoyer cette chaîue jusqu'au mont Paropamiisus et descendre par Kandahar ou par Caboul dans la

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vallée de llndus, vers Attok. Quelque longue et pénible que soit cette route , elle n'est pas impraticable à une armée qui aurait vaincu les Turks et les- Persans, parce qu'elle offre partout des subsistances, et qu'on ne pourrait y être arrêté que par des hordes errantes qui, comme les Arabes et les Kourdes, parcourent les déserts de la Perse, ou par des peuples fixés qui, comme les Afghans et les Scheïks, occupent les versants de Tlndus ; mais les premiers ne suivent guère une armée que pour la piller, et les autres ne pourraient la combattre avec sucx;ès, qu'autant qu'ils seraient unis. Or il n'y a point d'harmonie entre eux, et il ne peut pas y en avoir, parce que le pays est divisé en petites souverainetés indépendantes, et qu'il suffirait de combattre ces divers peuples les uns après les autres , pour les vaincre tous en détail. Cette route a été suivie autrefois par Alexandre, et nous avons vu de nos jours Napoléon et Paul I, les deux plus puissants monarques de l'Europe, montrer le désir de la suivre, pour aller attaquer les Anglais dans l'Inde; mais ce projet , le plus hardi que l'on ait conçu dans les temps modernes, ne pourrait être exécuté que par des princes généreux , qui voudraient conquérir l'Inde, non pour la garder, mais pour la civiliser; et dans la situation présente de l'Europe , il ne pourrait l'être que par les Russes, acculés au pôle du monde et presque inaccessibles aux attaques des autres nations. Maîtres de la Géorgie et de la ligne de l'Araxe, les Russes peuvent aujourd'hui tourner la côte' occidentale de la mer Caspienne et pénétrer par Casbin sur le plateau de la Perse, ou y pénétrer par la côte orientale et par Bokara, à travers l'Oxus et l'Yaxarte, qui ne sont pas

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des barrières insurmontables, puisque l'un de ces fleuves se perd dans le lac d'Aral, et que l'autre, comme le Rhin, disparaît dans des sables. Ils peuvent même aller d'Orenbourg à Bokara à travers le désert , et de Bokara remonter l'Oxuç jusqu'à ses sources, pour descendre à Caboul avec un affluent de l'Indus. Au reste, cette entreprise serait si périlleuse et coûterait tant d'hommes et de travaux, qu'elle ne pourrait être justifiée que par un but glorieux, tel que celui de civiliser l'Inde; et les Anglais, déjà maîtres de la péninsule, ont bien plus de moyens d'atteindre ce but que les Russes, qui ont besoin de se civiliser eux-mêmes, avant de songer à civiliser les autres nations.

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