‹ Voyage militaire dans l'Empire Othoman, ou, Description de ses frontières et de ses principales défenses, soit naturelles, soit artificielles, avec cinq cartes géographiquesChapitre 25 sur 84 · II. ï · texte numérisé non relu

II. ï

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recrues. On incorpora ces recrues parmi les armés k la légère, et on alla d'Issus en cinq parasanges aux Pyles Syriennes, fermées par deux châteaux, éloignés seulement de trois stades l'un de l'autre , et entre les* quels coulait un ruisseau, nommé Carsus. Cyrus n'osant franchir un défilé aussi bien défendu, se disposait à le tourner , lorsqu'on vint lui dire qu'il n'était point gardé. Il le franchit alors sans hésiter, et déboucha dans une plaine qui est à la tête de la Syrie, et d'où il alla le long du rivage en cinq parasanges à Myrian*^ dre : c'était un port très^commerçant , où affluaient les vaisseaux de la Phénicie et de la Grèce '. L'armée y séjourna pendant sept jours ; et quittant vers ce point le rivage de la mer, elle s'éleva sur les montagnes ' qui le bordent à l'est, pour descendre dans la plaine de l'Oronte, d'où elle s'éleva sur une autre plaine ar* rosée par le Ghalus, qu'elle franchit vers Chalyboo : elle arriva ensuite en cinq marches aux sources du Daradax , et descendit avec le Daradax sur l'Euphrate, quelle passa à gué devant Tapsaque. On remar* qua qu'aucun des soldats n'eut de l'eau au«dessus de l'aisselle , quoique l'Euphrate n'eût jamais été guéable sur ce poinC : ce qui fut regardé comme un présage

I. Les distances de Xénophou en parasanges sont ici bien marquées > et je les ai marquées moi-même avec soin en milles de 60 au degré ou de deux milles et demi par lieue. Il y a de Messis ou du passage du Pyrame à Ajas 26 milles , d'Ayas à Pias a6 milles et de Pias à Alexandrette 16 milles : or en plaçant Issus à Ayas ou même à Pias , on ne pourrait pas concilier les distances anciennes avec les modernes. Il faut donc que ce pays ait été bouleversé par les volcans ou par les eaux.

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heureux, lé fleuve ayant paru s'abaisser devant Cyrus, comme devant son roi futur.

L'armée côtoya ensuite TEuphrate sur sa rive gauche, passa le Khaboras ou l'Araxe de Xénophon vers son embouchure, et s'engagea au-delà de ce fleuve dans une plaine unie comme la mer, entièrement dépouillée d'arbres et oîi l'on ne voyait d'autres animaux que des autruches et des onagres. Les cavaliers, pour se distraire des ennuis de la route , se mirent à les chasser. Les onagres, dès qu'on les poursuivait, s'enfuyaient avec la rapidité d'une flèche, et s'arrêtaient tout court dès qu'ils ne sentaient plus le chasseur à leurs trousses; mais quand celui-ci approchait, ils répétaient la même manceuyre : en sorte que les cavaliers les mieux montés ne pouvaient les joindre , à moins qu'ils n'eussent des relais, et que, postés en divers lieux, ils ne se renvoyassent les onagres les uns aux autres. La chair de ceux qu'on prit ressemblait à celle du cerf; mais elle était plus délicate. Personne ne put attraper d'autruches; car elles couraient si vite, en s'aidant de leurs ailes comme de deux voiles, qu'elles laissaient derrière elles les plus agiles cavaliers.

L'armée arriva ainsi, en chassant, au confluent du Mascas avec l'Euphrate sous les murs de Corsote, où elle se pourvut de vivres ; et côtoyant le fleuve de plus près, elle alla de Corsote à Pyles en treize marches, à travers un pays nu, où il n'y avait ni herbes, ni plantes. Alors elle commença à manquer de subsistances, et elle fut réduite pour vivre à tuer les chevaux du bagage et à se nourrir de leur chair ; maiâ aux environs de Pyles elle fk halte vis-à-vis la ville

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de Carmaiide, située sur la rive droite du fleuve; d'oîi Ton apporta des provisions sur des radeaux soutenus par des outres enflées. Ce fut dans cette halte, qu'une dispute s'étant élevée entre des soldats du corps de Cléarque et d'autres du corps de Mënon, toutes les troupes grecques allaient prendre parti dans cette quei*elle et se charger les unes les autres, l'épée à la main, lorsque Cyrus survint à propos pour rétablir la paix. I/armée décampa bientôt après, et ayant franchi le mur médique à Tune de ses extrémités, elle entra dans la Babylonie ; mais à peine y eut-elle fait la parasanges , que Cyrus fut averti qu'Artaxerxès venait audevant de lui , à la tête de sou armée. Il fît alors la revue de la sienne, et il trouva qu'elle était composée de ICO mille Perses et de i3 mille Grecs, parmi lesquels il y avait 10,600 hommes pesamment armés et !2,4^o hommes armés à la légère. Il fit de tous les Grecs un seul corps qui devait combattre séparément, poiir ne pas se priver des avantages de la discipline grecque, et il donna l'aile droite de ce corps à Cléarque, l'aile gauche à Ménon et le centre à Proxène. Artaxerxès, suivant le rapport des coureurs, devait avoir douze cent mille hommes, divisés en quatre corps ; mais un de ces corps n'étant pas arrivé, il n'avait encore avec lui que neuf cent mille hommes^ parmi lesquels il n'y avait guère, suivant Ctésias, que quatre cent mille combattants. Cyrus se décida de suite à aller présenter la bataille à Artaxerxès ; mais il n'avait pas encore fait 3 parasanges, qu'il se vit arrêté par un fossé profoud, qu'Artaxerxès avait fait creuser depuis l'Euphrate jusqu'au mur médique , pour s y retrancher. Entre le fleuve et le fossé, il n'y avait qu'un

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passage de 20 pieds de large. Ce fut à travers ce passage que l'armée défila ; et comme il ne lui fut point disputé, elle marchait le jour suivant à la débandade, lorsqu'elle fut avertie par les coureurs qu'Artaxer^ès approchait. Elle était alors près d'un lieu nommé Cunaxa, à 5oo stades de Babylone% dans une plaine unie et rase qui s'étendait sur la rive orientale de l'Euphrate; et croyant qu'elle allait être attaquée sur-lechamp, elle se forma à la hâte en bataille. Les Grecs occupaient Taile droite, qui fut appuyée au fleuve et couverte des armés à la légère : à l'extrémité de la droite était Cléarque, puis venait Proxène, ensuite Ménon , et à côté de Ménon le satrape Ariée avec une partie de la cavalerie persane. Cyrus était au centre avec l'élite de son infanterie ; et le reste de Tinfanterie et de la cavalerie occupait l'aile gauche qui se prolongeait dans la plaine, la ligne de bataille étant perpendiculaire au fleuve, que Tarmée de Cyrus descendait , tandis que celle du roi le remontait.

Cependant Artaxerxès ne paraissait point, et le jour se consumait en alertes ; mais dès que le soleil commença à baisser sur l'horizon, on aperçut des tourbillons de poussière, qui ressemblaient à une nuée

1. Cunaxa étant à environ 20 lieues de Babylone devait être à quelques lieues en avant de Féloudjeh , puisque Féloudjeh n'en est plus qu'à quinze lieues ; mais il n'est pas possible de déterminer avec précision remplacement de ce lieu, parce qu'il n'en existe plus de vestiges. Au reste toute cette plaine étant unie et rase, il impoi'te peu que la bataille ait été donnée un peu plus près ou un peu plus loin, puisque la coupe du terrain n'influa en rien sur le résultat de Taciion.

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blanchâtre, et qui s'épatssissant peu à peu eurent bientôt couvert toute la plaine. Au milieu de ces tourbillons on vit d'abord briller l'airain et le fer des armures, puis toute l'armée ennemie se déployer pour s'aligner. Aux deux ailes était la cavalerie qui chargeait avec la lance et qui se retirait en décochant des flèches, et au centre l'infanterie, armée de piques et de boucliers, et disposée par nations, chaque nation formant une colonne pleine sur plus ou moins de profondeur.

Les deux armées étaient rangées chacune sur une seule ligne, les Grecs en phalange et sur huit hommes de hauteur. Les Perses ne l'étaient pas uniformément, et Artaxerxès devait l'être sur un ordre bien plus profond que Gyrus, puisque avec quatre fois autant de combattants, son front n'avait guère que le double d'étendue. Sur le front de chaque ligne étaient des deux cotés des chars armés de faux, et au milieu les deux princes , Gyrus avec une escorte de 600 cavaliers couverts de cuirasses rouges, et Artaxerxès avec une escorte de 6,000 cavalicîrs couverts de cuirasses blanches. II n'y avait plus que 3 ou 4 stades entre le front des deux armées , lorsque le signal du combat fut donné. Les Grecs chargèrent les premiers , la pique baissée et au pas de course, la cavalerie qui leur était opposée , et la mirent en fuite ' ; mais pendant qu'ils

I. On vante l'habileté naanœuvrière des troupes moderoes; mais peut-on la comparer à, celle des troupes grecques, lorsqu'on voit un corps d'infanterie pesamniyent armée charger en ligne pleine, sans se rompre, un corps de cavalerie, le replier et le poursuivre? Si Xénophon ne le disait en termes exprès, qui pourrait le croire! Voy. Xénophon, Expédition de Cyrus, lib. I.

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poussent devant eux, Artaxerxès de son côté pousse devant loi; et comme il ne trouve point de résistance, vu que son centre débordait l'aile gauche de Cyrus , qui était en l'air , il fait avec son escorte de cavalerie un mouvement de flanc pour tourner cette aile. Cyrus, qui veut prévttiir ce mouvement, pique droit à lui avec ses 600 chevaux ; et après avoir dispersé les 6,000 cavaliers qui escortaient Artaxerxès, il allait percer ce prince d'un coup de sa lance, lorsqu'il fut lui-^même frappé au-dessous de l'œil d'un javelot lancé avec force, qui l'étendit sur le carreau. A cette nouvelle, Ariée lâche le pied avec la cavalerie, et laisse les Grecs à découvert. Ceux-ci ne s'arrêtent dans leur élan, que lorsqu'ils ne voient plus d'ennemis devant eux.

Alors les Grecs d'un côté et Artaxerxès de l'autre, qui ne savaient plus ce qui se passait ailleurs, croient chacun avoir remporté la victoire, parce qu'ils n'ont plus ni les uns ni les autres d'ennemis en face ; mais s'étant bientôt aperçus qu'ils sont suries flancs les uns des autres, les Grecs, abandonnés par Ariée, craignent d'être enveloppés et s'adossent à l'Euphrate. Artaxerxès vient se placer au-devant d'eux, ses ailes courbées, comme pour les embrasser et les acculer au fleuve. Les Grecs, ainsi enfermés, chargent son centre avec furie, rompent sa ligne, et ils auraint détruit toute son armée, si elle ne se fût dispersée par une prompte fuite.

Ija victoire cette fois ne fut pas incertaine; mais elle coûta cher aux vainqueurs, puisqu'ils rachetèrent par la perte de Cyrus et de toute son aile gauche. Plutarque attribue la défaite de cette aile à la faute

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des Grecs, qui après avoir rompu Taile gauche d'Âr* taxerxès, n'attaquèrent point son centre; mais Plu^ tarque ressemble souvent dans ses conjectures aux médecins, qui indiquent le remède, quand le malade est mort, sans songer si le remède pouvait être appliqué. Il est vrai que les Grecs auraient dû attaquer le centre d'Artaxerxès , s'ils avaient pu changer leur ordre de bataille en phalange, devant une armée qui les débordait de tous cotés ; mais ce qui eût été plus sage encore, c'est que Cyrus aurait dû refuser sa gauche ou qu'il n'aurait pas dû la laisser en l'air , et c'est en quoi sa disposition fut vicieuse.

Quand une armée appuyé une de ses ailes à un fleuve, il ne faut pas placer à cette aile les meilleures troupes, parce que si l'aile opposée est enlevée ou refoulée, toute l'armée se trouve acculée au fleuve et dans une position à être exterminée. Cyrus rangea donc mal son armée, en appuyant au fleuve son aile droite, composée du corps des Grecs, et en laissant en l'air son aile gauche , composée de ses plus mauvaises troupes.

On a encore blâmé les Grecs de s'être adossés au fleuve pour recommencer le combat ; mais la phalange grecque, qui était si forte sur son front, et si faible, dès qu'elle était tournée ou prise à dos, devait naturellement chercher à assurer ses derrières par un obstacle insurmontable : c'est pour cette raison que Cléarque ne voulut pas changer sa disposition , quand Cyrus lui ordonna d'attaquer le centre de l'armée persane , parce qu'il ne pouvait pas la changer daus le poste oîi il avait été placé, et que dans le second combat, il s'adossa au fleuve, dès qu'il se vit aban-

donné par Ariée. La bataille de Cunaxa ne fut donc pas perdue par la faute des Grecs, mais uniquement par celle de Cyrus, qui Texpiapar une mort glorieuse; et ce malheur même fut utile aux Grecs, en ce qu'il leur fit sentir ce que peut le courage, quand il est joint à la discipline, puisque les Perses, quelque nombreux qu'ils fussent , ne purent' jamais les entamer.

Cependant les Grecs ne sachant pour qui ils avaient vaincu , ne purent recueillir le fruit de la victoire ; mais persuadés que c'était aux vainqueurs à disposer de l'empire, ils le firent offrir à Ariée, qui ayant eu la lâcheté de fuir, n'eut pas le courage de l'accepter. Artaxerxès, regardant les Grecs comme ses prisonniers, parce qu'ils étaient renfermés dans ses états , leur fit proposer de son côté de lui rendre leurs armes. S'il les veut, répartirent-ils tous de concert , comme les Spartiates aux Thermopyles, qu'il vienne les chercher. T7armée persane , quoique dispersée, couvrait encore toute la plaine. Les Grecs, qui l'a* valent vaincue, n'eurent pas de peine à se faire jour à travers cette armée , et résolurent de retourner dan& leur pays. Ariée leur conseilla de prendre une autre route que celle par où ils étaient venus, pour ne pas s'exposer à périr de faim ou de soif, en traversant de nouveau le désert. L'armée suivit ce conseil ; et aui lieu de revenir sur ses pas et de se diriger à l'ouest , elle prit au nord, à travers des canaux dérivés du Tigre et de l'Ëuphrate. Elle n'eut pendant plusieurs jours pour to^te boisson que du vin de palmier et pour toute nourriture que des dattes et des chouxpalmistes, qui avaient un goût agréable, mais qui causaient de violents maux de tête , et elle fut obligée , pour éviter les surprises, de marcher en bataille. Le

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roi, qui la suivit pendant quelque temps et qui vit sa ferme contenance , n'osa pas Tattaquer, et il lui eqvoya des hérauts, non plus pour lui demander ses armes, mais pour lui proposer la paix, qui fut conclue, à condition qu'on lui fournirait des vivres pour sa subsistance, et des bateaux pour traverser les canaux et les fleuves, jusqu^à ce qu'elle fit arrivée sur la route de l'Asie-Mineure.

Ariée , rentré en grâce auprès du roi, lui fut donné pour guide avec le satrape Tissapherne, qui allait gouverner la Lydie et l'Ionie à la place de Cyrus ; mais les Grecs se défiant des Perses ne voulurent jamais camper ni marcher avec eux. Cette défiance engendra des haines, et les haines engendrèrent des quereHes. Quelquefois, les Grecs et les Perses, en allant au fourrage, se chargeaient, comme s'ils avaient été ennemis, et les chefs, au lieu de séparer les soldats, prenaient souvent leur parti. L'armée arriva avec cette escorte en trois marches , du camp de Cunaxa au mur médique; et comme en venant elle l'avait traversé à son extrémité occidentale, elle le traversa en retournant à son extrémité orientale. Ce mur était construit de briques cuites au feu et liées par un ciment d'asphalte : il avait ûo pieds d^épaisseur, loo de haut et 20 pa-« rasanges de long.

Après avoir passé le mur médique, l'armée fit encore deux marches, à travers de grands canaux qui se divisaient successivement en de plus petits, pour mieux arroser le terrain, et elle arriva à Sitace, où elle passa le Tigre sur un popt de bateaux '. Elle re-

I. D'après les distances indiquées*, l'emplacement de Sitace ne devait pas être éloigné de celui de Bagdad.

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monta ensuite le fleuve sur sa rive orientale^ et alla de Sitace à Opis en quatre marches. Opis était au confluent du Pbyscus, que Ton traversait sur un pont. Tous les habitants des environs accoururent vers ce pont, pour voir défiler t'arméé grecque. Les chefs ^ pour la multiplier à l'œil et faire illusion aux Bariba-* Fes, la firent défiler seulement sur deux de front ; mais cette parade pouvait devenir funeste ; car à moins que la colonne ne se dédoublât en défilant et ne se reformât bientôt après, rien n était plus aisé que de la couper. L'armée continua cependant sa route sans accident; et côtoyant toujours le Tigre, elle arriva en six marches vers le confluent du Caprus qu'elle passa vis-à-vis la ville de CkiMies, située de l'autre côté du Tigre, d'où on lui apporta des vivres sur des radeaux soutenus par des outres ; et après avoir Êiit cinq autres marches, elle était déjà campée sur les bords du Za* bus, lorsque la méfiance entre les Grecs et les Bar-« bares augmentant tous tes jours, les chefs crurent pouvoir la dissiper en s'abouchant «itre eux. Cléarque, Proxène et Ménon allèrent donc trouver Ariée et Tissapherne dans leur camp; mais, victimes de leur loyauté, ils furent tous les trois massacrés dans la tente même de Tissapheme.

Cléarque emporta les regrets de l'atmée t c'était un des meilleurs généraux de son temps, et il aimait la guerre, comme d'autres aiment la chasse, avec passion. Il se plaisait dans les dangers, autant que d'autres daos les plaisirs , et il excellait dans l'art de faire subsister une armée et de la retenir dans le devoir : c'est de lui que l'on tient ces paroles, qu'un ^Idat doit plus craindre son général que l'ennemi;..

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Proxène au contraire ne. savait pas se faire obéir ^ parce qu'il craignait plus ses soldats qu'il n'en était craint ; et quoiqu'il fût sage , prudent et même trèsbrave , il n'était bon à rien« Quant à Ménon, il aimait l'argent par -dessus tout, et il faisait la guerre, non pour acquérir de la gloire, mais de l'or. Tous les moyens de s'enrichir lui étaient bons , et il regardais la probité comme un défaut d'esprit. Un de ses ofRciers lui ayant présenté pour un emploi un homme de talent qui n'avait jamais voulu s'avancer que par des moyens honnêtes : C'est un sot^ répondit-il , il ne peut me convenir : maxime, qui a passé depuis dans tous les gouvernements corrompus, oîi la vertu est dé* daignée et le vice seul profitable.

L'armée ainsi privée de ses chefs était dans une sorte d'abattement, lorsqu'un jeune Athénien, disciple de Socrate, qui était venu servir dans le corps de Proxène comme simple volontaire, mais qui déjà avait attiré les regards de toute l'armée par sa brillante valeur, et surtout par sa mâle beauté, représentant qu'il fallait nommer de nouveaux commandants à la place de ceux que l'on avait perdus, parce qu'une armée sans chefs est un corps sans âme, toute l'armée le nomma par acclamation à la place de Proxène : c'était Xénophon. Puis elle nomma Timasion et Philésius à la place de Gléarque et de Ménon. Xénophon ayant pris alors les marques du gënéralat, harangua les soldats ; et comme la plupart d'entre eux déploraient la trahison d'Ariée, en se plaignant de ce qu'ils seraient obligés de combattre désormais sans cavalerie, il leur fit sentir qu'un cavalier n'avait guère d'autre avantage sur un fantassin que de fuir plus vite,

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que cet «avantage ne pouvait être envié des Grecs et qu'après tout ii valait mieux voir dans les rangs des ennemis que dans les leurs, des Barbares dont le plus grand art était de fuir. Félicitons-nous, ajouta-t-il, avec une confiance qui rassura l'armée, félicitons-nous d'être réduits à la nécessité de vaincre. Nous devons vaincre, si nous aimons la vie, puisque les vainqueurs donnent la mort, et que les vaincus la reçoivent. Nous devons vaincre encore, si nous aimons les richesses, puisqu'il n'y a point d'autre moyen de sauver son bien, et même d'avoir celui d'autrui.

Ayant ainsi relevé le courage des soldats, Xénophon proposa de marcher en pla^sion ou bataillon carré à centre vide, afin de pouvoir enfermer les troupes légères et le bagage au milieu du carré, et de faire front de tous cotés , si l'on venait à être attaqué pendant la marche. -On désigna sur-le-champ les chefs qui devaient commander à la tête de la colonne, ceux qui devaient veiller sur les flancs ; et Xénophon , comme le plus jeune des généraux, fut destiné à rester à la queue. De tous les anciens généraux , qui survivaient, le lacédémonien Chirisophe était le plus distingué , et ce fut lui qui partagea avec Xénophon l'honneur de ramener les Grecs dans leur pays.

L'armée ainsi formée décampa et passa le Zabus, harcelée par les Perses qui s'approchaient, dès qu'on cherchait à les éviter, mais qui s'éloignaient, dès qu'on leur faisait face : semblables à ces chiens timides qui courent après les passants, mais qui fuient, lors qu'on se retourne sur eux. On sentit dans cette marche le besoin de troupes légères, pour tenir les ennemis éloignés, et l'on forma deux petits corps, l'un de 200 fron-

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deurs, Fautre de 5o cavaliers. <]louverte en tête et en queue par ces nouveaux corps, l'armée marcha sans être inquiétée, et elle arriva en deux marches sous les murs d'une ancienne ville, qui u était plus habitée et qui se nommait Larisse. Ces murs, encore debout, avaient a parasanges de circuit, '^5 pieds d'épaisseur et f oo de hauteur, et ils avaient été bâtis en pierres depuis leurs fondemens jusqu'à la hauteur de 20 pieds, et en briques au-dessus. Près de là était une pyramide en pierre , de deux pièthres d'élévation , et d'un plèthre de long sur chaque côté de sa base '. Toute l'armée alla la voir , et elle continua ensuite gaîment sa marche sur Mespile, qui n'en était plus éloignée que de 6 parasanges : c'était une autre ville déserte, comme Larisse, mais plus grande ; et les murs en étaient mieux conservés. Sur une plinthe de 5o pieds de haut et d'autant d'épaisseur, construite en pierres détaille et incrustée de coquilles, s'élevait un autre mur en briques de la même épaisseur et de cent pieds d'élévation. Telle était l'enceinte de cette ville, qui avait 6 parasanges de tour : il paraît que c'était l'ancienne Ninive '.

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