‹ Voyage militaire dans l'Empire Othoman, ou, Description de ses frontières et de ses principales défenses, soit naturelles, soit artificielles, avec cinq cartes géographiquesChapitre 27 sur 84 · II · texte numérisé non relu

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'xl\'X ^ VOYACli MILITAIRE

trdiiva dafH^ un nouvel embarras : d'un coté étaient des montagnes très-élévées , de Tautre un fleuve si ^rofoud, que les soldats en le sondant avec leurs piques n'en pouvaient toucher le fond. Quel parti prendre? Les généraux s'assemblent. Un Rhodien, qui servait dans les troupes légères , vient leur proposer de Ëiir6 passer Tarmée sur des radeaux couverts de fascines et de terre, et soutenus, à la manière du pays, par des outres enflées. Les généraux trouvèrent cette invention ingéniieuse , mais l'exécution leur en parut impossible ; car il y avait au-delà du fleuve la cavalerie ennemie qui aurait empêché Jes premières troupes * d'aborder, où qui les aurait détruites, dès qu'elles seraient débarquées. Il fallait cependant prendre un parti, parce que les Barbares ayant tout brûlé dans là plaine y avaient détruit toutes les provisions. Les géhéraux résolurent de revenir sur leurs pas et d aller fraiichir les montagnes du côté où elles étaient le plus accessibles , fen les tournant du côté de l'est. C^s montagnes étaient habitées par les KorduqueS, peuples nomades, qiii avaient conservé leur indépendance au milieu de l'enlflire deB Perses. L'armée persane ne voulut pas feuivi'e les Grecs dans ces montagnes, et l'armée grecque y entra sans obstacle ; mais à peine y eut- , elle? pénét^é, qu'elle y fut assaillie de toutes parts par les Korduques. Ils gardaient tous les défllés et tous les passages, et il fallait les déloger de toutes les hau-

Tigre derrière cette chaîne ; et voiKi pourqifûi rârtnée grecque se rejeta dans l'intérieur et chercha à traverser la chaîfie par un col qui paraît être celui d'Amadie. Il y a en effet tiii défilé qui conduit de Hatara a Àmadie , à travers ces montagnes.

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leurs qui bordaient le chemin. Quelquefois ils disparaissaient tout à coup, et se retiraient dans leurs montagnes : d'autres fois ils en descendaient inopinément, roulant devant eux des quartiers de roche, qui se fendaient en éclats en tombant et retentissaient dans les vallons : c^était tantôt un bruit effroyable pareil à celui de la foudre, tantôt un silence profond, tel que celui de la nuit. Il fallut marcher lentement, en s'éclairant de tous côtés, crainte de surprise, et, pour accélérer la marche de l'armée, se débarrasser de tout le butin que l'on avait fait : ou ne garda que quelques jeunes filles et quelques jeunes garçons, dont les chefs ne voulurent pas se séparer. Enfin , après Sept marches, toutes plus pénibles les unes que les autres, l'armée déboucha dans la vallée du Khabour, nomnlé Centritès par Xénophon, où elle trouva des vivres et où elle se reposa ; mais là, nouveaux obsta*^ clés et nouveaux embarras. Uue partie'de l'armée persane, qui avait paru se retirer, avait passé le Tigre; et remontaut le fleuve sur sa rive droite, elle l'avait repassé au-dessus du confluent du Centritès, et avait reparu tout à coup, comme si elle fût sortie de dessous terre. Jamais surprise pareille à celle des Grecs , quand ils virent cette armée devant eux au-delà du Centritès et prête à leur en disputer le passage, la cavalerie rangée en bataille sur les bords du fleuve, et derrière elle, l'infanterie sur les hauteurs environnantes. 11 n'y avait plus à reculer. Les Korduqucs étaient restés en armes sur leurs montagnes, et ils menaçaient d'en descendre, pour attaquer l'armée grecque sur ses flancs et sur ses derrières. Dans cette position, il fallut avancer, et on se disposa à passer le

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fleuve ; mais Tayant sondé , on reconnut que les soi-' dats auraient de l'eau jusqu'au-dessus de l'aisselle et ne pourraient pas combattre. Alors on le remonta, sur sa rive gauche, jusqu'à ce qu'on eût trouvé un gué plus facile, où les soldats n'avaient de l'eau que jusqu'à la ceinture ; mais la cavalerie ent>emie suivit le mouvement des Grecs et remonta le Centritès sur l'autre rive. On résolut alors de passer en présence de l'ennemi^ et l'on se forma en deux divisions : la première conduite par Chirisophc se forma en colonnes par cohortes ' , chaque cohorte formant une colonne^ et toutes les colonnes marchant de front sur une même ligne , coupée par des intervalles, et elle traversa ainsi le fleuve, pendant que la seconde division sous le commandement de Xénophon fit volte-&ce et se forma en phalange sur une ligne pleine, pour couvrir le passage et arrêter les Korduques, comme devant

1. Les Gi'ecs avaieiit deux manières de combattre : tantôt ils combattaient sur une ligne pleine , dont ta profondeur variait suivant les accidents du terrain , et alors ils couvraient les flancs de leur ligne par les armés à la légère : c*est ce qu'ils nommaient proprement combattre en phalange. Tantôt ils combattaient sur une ligne coupée par des intervalles et formée par le front d'autant de colonnes qu'il y avait de cohortes, et alors ils plaçaient dans les intervalles les armés à la légère : c'est ce qu'ils nommaient combattre en colonnes par cohortes. Au passage du Centritès, la première division se forma sur le dernier ordre, qui était le plus propre à l'attaque, et la seconde sur le premier, qui était le plus propre à la défense. J'ai exposé ces différentes manières de combattre dans ma Tfiéorie des Gouvernements, liv. III, où il est question de la force armée des Spartiates et des Athéniens. Il faut avoir une idée de leur tactique, si Ton veut comprendre la marche des Dix-Mille.

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un rempart. Les Barbares, descendus de leurs montagnes, furent repoussés , et la cavalerie persane, n'osant pas soutenir le choc de Chirisophe, prit la fuite* Ayant ainsi passé le Centritès, l'année grecque marcha efi bataille sur deux colonnes, et fit 5 parasanges en une marche à travers des collines basses : puis elle fit en deux marches lo autres parasanges à travers des montagnes plus élevées, et elle arriva vers les sources de l'un des affluents du Tigre ', au pied des montagnes qui séparent les eaux de ce fleuve de celles de l'Ëuphrate ; et oprès avoir franchi ces montagnes en trois marches de 5 parasanges chacune, elle descendit sur les bords du Téléboas, qu'elle passa à gué au milieu, d'une plaine riante ^. Elle se trouvait alors dans cette partie de l'Arménie, où commandait le satrape Tiribase. Ce satrape la côtoya pendant quelques jours avec de la cavalerie, mais sans oser l'attaquer : elle fit ainsi dans la plaine i5 parasanges en trois marches, et alla camper dans un lieu entouré de plusieurs villages, où il y avait des provisions en abondance ; mais comme l'hiver commençait à se faire sentir et qu'il tomba de la neige pendant la nuit, le lendemain on cantonna l'armée dans ces villages. Puis à une alerte qui survint, ou la rassembla de nouveau dans le camp, où elle bivouaqua; mais pendant la nuit sui-

1. Il paraît que cet affluent était celui d*£r-zén, qui vient du ihont Niphates. Xénophon dit seulement les sources du Tigre, sans faire allusion à celles des deux autres affluents.

2. Cette plaine était selon les apparences celle de Moût, parce que c'est la plus belle que Ton traverse sur cette route à la dc-v conte des montagnes.

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vante, la neige tomba en plus grandie abondance, et les soldats en s*éveiUant s y trouvèrent comme ensevelis : ce qui obligea les généraux à renvoyer l'armée dans ses cantonnements, pour la mettre k couvert. L'armée fut ainsi tour à tour dispersée dans ses cantonuements ou réunie dans uii camp. Elle reprit ensuite sa route, et fit dans une plaine .entièrement nue trois marches, en remontant l'affluent oriental de l'Ëuphrate, qu'elle traversa à un gué, peu éloigné de ses sources ' , et où les soldats n'eurent de l'eau que jusqu'à la ceinture. Puis elle fit i5 parasanges en trois autres marches dans une plaine couverte d'une épaisse couche de neige, où elle eut beaucoup à souf&ir d'un vent du nord, qui soufflait au visage dès soldats, et qui leur coupait la respiration. Quelques bêtes de somme et plusieurs hommes périrent même de froid. On marchait le jour dans la neige , et la nuit on faisait de grands feux pour se réchauffer. On laissa en arrière des soldats que l'éclat de la neige avait rendus aveugles, d'autres auxquels le froid excessif avait geié les doigts des pieds ; et il faUut, pour se préserver de l'éclat de la neige et de la rigueur du froid» $ff couvrir le visage d'un crêpe noir pendant le jour, et se déchausser pendant la nuit , pour empêcher que le cuir des sandales , eu se gelant , ne gelât aussi les chairs. Les chevaux du bagage, perdant à tout» moment la trace du chemin, glissaient et enfonçaient dans des précipices, et on les aurait tous perdus, si l'on n'avait

I ■ * ■ ' ■ I I I ■ I I ■ M II ■ I ■ Il III . I I ■ I

I. On voit par ce passage que l'armée dut passer l'afBuent oriental de l'Euphrate vers l.ysa ou Slélès-Ghircl on peut-être plus haut, pour s'élever sur la plaine de Khènés.

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eu la précaution de leur attacher aux. pi/ediS des espèces de raquettes, qui les empêchaient dj^ iglisser et d'enfotu^er. Plu&ieiirs soldats, ton^banX de défailian<ce , detneurèrent couchés sur le clj^esrçin, et il &H ut leur faire prendre des liqueurs splritueuses pour .leur ,don- «er la force de se soutenir et de mardier. Pour surcroit de :malheur, l'arrière-garde, çonupaç^^e par Xénophon et retardée daiis sa mar;cl^e par Je^ traînards,, fut attaquée par l'enaei^i ; iuaiselle le reçut avec tant de vigueur, que de,puis i^ n'osa pilus reparaître. £nfiu ou arriva <1ans .des villages, oii toute Tarniée fut cantonnée. On trouva dans .ces villages des vivres en abondance, et pour boisson une espèce de bière, faite avec de l'orge, que Ton gardait dans des urnes de terre et que l'on humait dans ces urnes même comme les bœufs hument leur boisson, ou.(|ge Ton aspirait avec des challuméaux. :Gette boisson paraissait d'abord très-forte ; mais on la trouvait agréable, dès qu'on y était accoutumé. Les habitants du pays étaient remarquables par leur embonpoint et les femmes en particulier par leur fraîcheur; mais on ne pouvait leur parler que par signes coiiime à des sourds , ,pfircç qu'ils parlaient une langue peu connue. Leurs maisons étaient des espèces de puits, où l'on descendait par une échelle ; mais il y avait ordinairement une autre entrée, creusée en spirale et en pente douce, par où l'on faisait descendre le bétail. C'est dans ces espèces de cavernes , que l'armée passa huit jours dans la bonne chère et à l'abri du froid, et elle n'en sortit , que lorsque toutes les provisions furent consommées.

Elle prit des guides dans ces villages ; et s'élevaiit

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sur un plateau nu et dépouillé d'arbres ', où Ion ne rencontra ni hommes ni habitation, elle descendit en sept marches, de 5 parasanges chacune, sur les bords d'une rivière , que Xénophon nomme le Phase et que l'on présume être l'Araxe, quoiqu'elle ne fût large que d'un plèthre : elle fit ensuite lo autres parasanges en deux marches, et elle arriva au pied d'une montagne, sur laquelle les habitants du pays s'étaient réunis en armes, après avoir appelé à leur secours les Taoques et les Chalybes, qui habitaient les montagnes voisines. On délogea les Barbares de ces hauteurs pendant la nuit, et l'on en tua un très-grand nombre : ensuite

I. Vraisemblablement le plateau de Toprac-Kalèh. C'est ici €jue la marche des Dix-Mille est difficile à suivre. L'armée descendit-elle de ce ptatean sur TAraxe, vers Kulli, où le fleuve ii*est encore qu'un ruisseau de 3o pieds de large au plus, ou bien vers Baîranlou, k son confluent avec THarpazous? IVJais là, l'Araxe a un plus gros volume d'eau que THarpazous, et Xénophon dit cependant que le Phase, présumé être l'Araxe, n'avait qu'un plèthre de large, tandis que THarpazous en avait quatre. Xénophon ne dit pas positivement qiie Tarmée traversa le Phase, mais qu'elle alla des bords du Phase traverser THarpazous, après avoir vaincu les Taoques et les Chalybes. Peutêtre l'Harpazous n'jîst autre que l'affluent de TAraxe qui vient de Hassau-Kalèh , bu même , que l'affluent occidental de l'Euphrate , que Xénophon ne nomme pas. Mais l'affluent de Hassan- Kaléh n'est qu'un ruisseau , et l'affluent occidental de l'Euphrate était près de GymniaS, tandis que Xénophon place Gymnias h 4o parasanges de l'Harpazous. Ici, il y a évidempient erreur, et dans les noms et dans les distances, et le texte a été sans doute altéré. En supposant cette altération, l'armée aurait pu aller de Toprac-Kalèh par la route ordinaire de Kulli ou de Déli-Baba, par Hassan-Kalèh et Erzeroum à Gymnias, et celte supposition n'est pas plus invraisemblable que les autres.

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on marcha cîontre les Taoques, et l'on fit en cinq marches 3o parasanges. L'année manqua de vivres ces jours-là, parce que les Taoques habitaient des lieux fortifiés^ oïl ils avaient transporté toutes leurs provisions, et même leurs troupeaux. Il y avait un de ces postes naturellement mieux fortifié que les autres, et où les Barbares s'étaient retirés en plus grand nombre avec leurs bestiaux, quoiqu'il n'y eût point d'habitation. Ce poste n'était accessible que d'un côté, parce que sur tous les autres régnait un escarpement à pic. On l'enleva de vive force, au pas de course ; mais on y fut témoin d'un spectacle affreux : on y vit des femmes jetant leurs enfants du haut des rochers et se précipitant ensuite après eux , les hommes imitant l'exemple de leurs femmes, et un centurion grec, qui voulait retenir un de ces hommes, entraîné avec lui et tombant de rochers en rochers jusqu'au fond d'un abîme.

Après les Taoques, on alla attaquer les Chalybes : c'était le peuple le plus belliqueux que l'on eût encore rencontré et qui poussait l'audçice jusqu'à croiser la pique avec les Grecs. Les Chalybes portaient des cottes de mailles ou des corselets de toile piquée qui leur descendaient jusqu^à la hanche, et d'où pendaient au lieu de basques une infinité de cordes tortillées : ils avaient la tête couverte d'un casque et portaient à la ceinture un coutelas, avec lequel ils égorgeaient leurs prisonniers : leur pique était armée d'une pointe de fer, et avait i5 coudées de long. Ces Barbares habitaient, comme les Taoques, des lieux forts : toutes les autres peuplades étaient errantes, peu nombreuses, et elles agissaient sans concert ; en sorte qu'il suffisait

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(k l^s rencoutrer, pour les vaincre. Les Chulybes seuls fireut quelque résist^an^e ; in^is relancés de bourgades eo bourgades, Us ^e retirèrent dan^ leacs montagnes et oe reparurent plus. L'armée arriva ainsi eji combattant sur les bords du fleuve Harpazous, large de 4 plèthres, qu'elle passa à gué; et ayant fait en quatre marches ao parasanges à travers des plaines habitées par les Scythins , elle atriva dans des villages où elie se tpourvut de vivres, et d'où en quatre aatres marches de 20 parasanges , elle alla à Gymnias ^ : c'était une grande ville où on lui fournit des subsistances et où on lui donna un guide, qui lui promit de la conduire en cinq marches à une montagne, du haut de laquelle elle découvrirait la mer , et qui l'y conduisit en effet : cette montagne était le mont Tékès. Dès que les soldats de l'avant-garde y furent arrivés, ils battirent des

1. La marche de Tarmée grecque depuis TalBuent oriental de TEiiphrate jusqu'à Gymnias est inexplicable, à moins de supposer que Tarméciit une pointe jusqu'à THarpazous, en remontant cet aflQuent jusqu'à ses sources vers Diadîn, et en descendant ensuite par le col de Bayozid avec je Kara-Sou svtf T^rax^ vers Baïranlou; mais alors il faudrait si^ppose.r aussi que Xénophon prit le petit ruisseau du Kara-Sou pour le Phase, et TA raxe à son confluent avec THarpazous, pour l'Uarpazous même. Il vaudrait mieux supposer tout simplement que Tarmée, emportée par son ardeur à la poursuite des Barbares, ou égarée par ses guides , tourna perpétue.llement sur elb-méme , en croyant avancer. Alors tout s'explique, et les distances se concilient; mais on retrouve les distances dç Xénophon depuis Djennès ou Oymuias jusqu'à Trébizonde par la route ordinaire de Beybout et de GumucTi-Khanéh ; d'autant plus qu'il y a près de Gumnch- Khanéh une mont.igne élevée, d'où Ton voit la mer Noiro et qui paniît être le mont Tékc's.

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mahis et poussèrent des cris de joie. Xéaopllou , qui de l'arrièro-gapde entendit ces cris, crut que l'armée était attaquée , et courut avec les cohorteis d'élite sur les flincs des colonnes pour les secourir ; mais en ap« prochant, il distingua b<<eQtôt la v(hx des soldats qui criaient la mer^ la mer. Alors cavaliers jet fantassins, soldats d'avant-garde et d'arrière-^arde, tous quittèrent leurs rangs et se mêlèrent , en s'embrassant mutuelle* ment et en sautaint au cou cle leurs géuérau^x ; et sans attendre leurs ordres ni se consulter entre eux , ils coururenit chercher des pierres et en élevèrent un trophée, qu'ils couvrirent des armes et des dépouilles de l'ennemi : puis ils donnèrent au guide, qui les avait conduits, les uns leurs bagues, les autres d'autres bijoux, et on lui donna au nom de l'armée un cheval, un vase d'argent, un habillement à la persane et dix dariqiies d'or.

L'armée grecc]ue se crut alors sauvée et hors d^ tout danger ; et après avoir si long-temps combattu pour vivre, e^le voulut aussi coofibattre pour piller et pour s'enrichir : c'est le genre de guerre que le sojdat fait avec le plus d'ardeur, parce que son pr^mi^er besoin, au milieu des périls sans cesse nenaissants de son état, n'est pas de vivre , mais de jouir. Il lui fallut âJiors changer de maniènede combattre: eUe n'avait jusquelà combattu que -sur une ligne pleine en phalaiige ou sur tfne ligne rompue en colonnes, elle attaqua dep^uis en petites colonnes séparées entre elles , alignées ou échelonnées ' : c'est la meilleure manière de combattre

I. Ils formaient alors autant de carrés ou coloniv^, qu'il y avait d*énomoties, et cVst ce que ron nommait combattre eu

contre des troupes indisciplinées, parce que ces trou-r pes se portant ordinairement en masses sur le froni ou sur les flancs , une année rangée sur une ligne peu profonde ne peut pas aisément leur résister. Il faut opposer à ces masses irrégulières des carrés plus ou moins grands , se flanquant les uns les autres , pour qu'ils ne puissent jamais être pénétrés ni entamés. C'est avec ces petits carrés que les Grecs vainquirent les Barbares dans l'Arménie, comme les Russes y ont vaincu de nos jours les Turks; et au lieu de se presser les uns contre les autres , comme lorsqu'ils combattaient en phalange , ils s'éparpillèrent pour se prêter à la nature du terrain , et pour atteindre des ennemis qui fuyaient encore plus vite qu'ils n'attaquaient.

I/armée se reposa dans un village près du mont Tékès : puis elle fit en trois marches lo parasanges à travers le pays des Macrons, et elle arriva le premier jour sur les bords d'une petite rivière, dont les Macrons occupaient la rive opposée, pour lui en disputer le passage; mais ces Barbares étant entrés en pourparlers , on s'arrangea avec eux ; et loin de s'opposer à la marche de l'armée, ils la facilitèrent, en lui fournissant des vivres et en lui donnant des guides, qui la conduisirent en trois jours au pays des Colques. Là était une montagne élevée, mais accessible, sur le sommet de laquelle les Colques étaient rangés en bataille. L'armée marcha à eux, formée en colonnes par

colonnes par énomoties: c'est Tordre, avec lequel on combattait, quand on avait peu de troupes. J'ai fait connaître dans un autre ouvrage l'énomotie grecque et sa composition, ainsi quo les différentes manières de combattre des Grecs.

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cohortes, toutes les cohortes formant ensemble 80 colonnes de 100 hommes chacune, précédées par lin corps de 600 hommes armés à la légère et flanquées par deux autres corps semblables ' ; et dès qu elle fut arrivée sur la montagne, elle chargea les Barbares au pas de course , et les mit en fuite. Il y avait sur cette montagne plusieurs villages, et autour de ces villages beaucoup de ruches : les soldats s'y gorgèreut de miel : ce qui leur donna la dyssenterie et le transport au cerveau , au point qu'ils ne pouvaient plus se soutenir et qu'ils paraissaient plongés dans une espèce d'ivresse. Ce fut une consternation générale, pareille à celle que l'on éprouve, après la perte d'une bataille; mais ail bout de quelques jours le mal disparut, et l'armée ayant continué sa routé, descendit en deux marches de 7 parasanges sur la mer Noire, à Trébizonde, colonie grecque, où se retrouvant, comme dans une nouvelle patrie, elle célébra des jeux gymniques et fit des sacrifices aux dieux, pour les remercier de son retour.

L'armée s'arrêta pendant un mois à Trébizonde ; et pour ne pas y perdre son temps, elle fit des excursions dans les contrées voisines, où elle amassa beaucoup de butin : elle pilla même une ville, qui était comme la métropole des Drilieiis ; et après avoir embarqué tous ses malades, elle partit chargée de dépouilles pour Cérasonte, où elle alla dans trois marches, en côtoyant la mer. Là, on fit le dénombrement de tous les hommes présents sous les armes , et on en

1. C'était la marche en phalange, avec des intervalles dans te» files, la plus propre à Tattaque dans les terrains rompus.

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trouva encore 8,600 : les autres avaient péri par la ligueur du froid ou par le fer de lennemi. On -partagea alors tout l'argent pi*oveuar>t de la vente des prisonniers, et on en préleva le dixième poar en faire iiné offrande aux dieux.

L'armée prit trois jours de repos à Cérasonte, et alla de Gérasonte à Cotyore, à travers le pays des Mosâynèques : c'était un peuple sauvage, mai# brave, ijU'on ne put vaincre cju'en le divisant. On se battit avec un parti contre l'autre, et l'on triompha aisément de tous. Les Mossynèques avaient un trèsheau teint; mais ils étaient presque tous trapus, rondelets et àurchargés d'embonpoint. Les principaux d'entre eux se peignaient le corps et avaient trouvé l'art de pdintiller des fleurs sur leur peau et d'y exécuter d'autres dessins. Ces hommes n'avaient aucune pudeur, et loin de cacher leurs amours dans l'ombre, ils s'y livraient publiquement. Les guerriers portaient d'une main uti bouclier de la forme d'une feuille de lierre, et de l'autre un javelot de six coudées de long, avec une hache de fer. Letir tête était couverte d'un casqUe de cuir, sur lequel s'élevait ert spirale une tresse dé crin qui lui donnait l'apparence d'une tiare. Ils étàiciit vétUs d'Utié tunique descendarit jusqu'au genou, et faite d'une toile de laine grossière et velue, pareille à celle d'une couverture de lit. Quand ils parurent au catîip des Grecs, comme ils habitaient la côte, ils y Viiirent presque tous dans leurs pirogues. Ces pirogues étaient faites d'un seul tronc d'arbre et portaient chacune trois hommes, un pour la diriger, et deux pour combattre. Ceux-ci sautèrent lestement à terre, posèrent leurs armes en faisceau, les reprirent ensuite

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et se rangèrent en bataille sur plusieurs file^. Un d'entre eux préluda de la voix , et tous ensemble entonnant tin chant guerrier, ils traversèrent les rangs de l'année grecque ; car leur usage était d'aller au cotnbat en èhantant, afin que la mesure réglant leur pas^ les em [bêchât de le ralentir ou de l'accélérer, et que lénrf$ files ne pussent pas se rompre, avant qu'ils eussent croisé le javelot avec l'ennemi : puis ils s'a* varicèrent accompagnés de quelques Grecs, attirés par l'espoir dd pillage , vers tin lieu fort et élevé, qui était comme la métropole du pays, et dont les deux partis se disputaient la possession. L'ennemi les laissa ap* proclier sans se montrer; et quand ils furent très-près de la ville , il fit une sortie , les dispersa , en tua un grund nottibre et avec èUx plusieurs Grecs, et poursuivit ensuite les fuyards jusqu'au camp ; mais dès qu'il eut découvert l'armée grecque qui allait à leur secours , il âe replia et rentra dans la ville: Les vainqueui^ cdupèrent la tête aux morts et la montrèrent aux Gr^cs , en (chantant et en dansant tout à la foks : ce qui irrita tellement l'armée grecque, qti'elle demanda à marcher de suite contre les Barbares. Elle se forma éti colonnes par cohortes, les troupeà légères dans les intervalles et les Mossynèques sur les flancs , et elle marcha d'abord lenteméilt et bien alignée vens les glacis lie la ville, où l'ennemi rangé eq bataille, reçut le premier choc, et puis au pas accéléré, jusqu'aux premières maisons, où l'ennemi déjà rallié recommença le combat; mais ayant été partout repoussé, il évacua la ville que les Grecs pillèrent et remirent ensuite à leurs alliés. On trouva dans la place toutes sortes de provisions, et entre autres des châtaignes,

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