‹ Voyage militaire dans l'Empire Othoman, ou, Description de ses frontières et de ses principales défenses, soit naturelles, soit artificielles, avec cinq cartes géographiquesChapitre 4 sur 84 · I. Voyez la planche III, carte de la Turkie d'Asie · texte numérisé non relu

I. Voyez la planche III, carte de la Turkie d'Asie

PA.1VS l'empire OTUOMAlir.

terre, et à rextrémité du fort uue rade si peu profonde, qu'aucun bâtiment n'ose en approcher à moins de 5oo toises. Telle est la place de Derbent , regardée comme une des portes de l'Asie et peuplée de dix à douze mille habitants , la plupart Turkmans ou Lesghis, mêlés de Juifs et d'Arméniens. Près de Derbent sont les vestiges d'une ancienne muraille, qui se prolongeait, dit-on , jusque sur le Caucase et qui avait été construite par un roi persan, pour arrêter les incursions des peuples du nord. Toute la côte, depuis le Térek jusqu'à Derbent, est habitée par les Lesghis, les anciens Dahes, et forme ce que l'on nomme le Daghistan.

Les Dahes ou Lesghis ont à peu près les mêmes mœurs et les mêmes usages que les Circassiens : ils sont divisés comme eux en tribus, et les tribus le sont en villages. Chaque village a un chef subalterne, et chaque tribu un chef suprême nommé khan ; mais ce khan ne jouit que d'un pouvoir tempéré par celui des chefs subalternes, qui passent avec leurs guerriers dans une autre tribu, dès qu'ils se croient opprimés dans la leur. Les Lesghis sont aussi braves que les Circassiens, et ils sont plus industrieux. Leurs montagnes sont riches en métaux et surtout eu fer, qu'ils travaillent avec dextérité : ils fabriquent des lames de sabre très-renommées en Perse, et ils les échangent avec les Persans contre du blé : ils cultivent aussi quelques plantes potagères et plusieurs arbres à fruit, qui forment autour de quelques-uns de leurs villages des vergers, comparables à ceux des pays les mieux cultivés. Ces peuples ont l'humeur très -guerrière; et quand ils ne peuvent trouver du service chez les khans

de leur qation, ils vont en demander à ceux de la Perse ou aux pachas de la Turkie. Leur fidélité est aussi connue en Asie que celle des Suisses l'est en Europe , et jamais l'on n'a vu un soldat lesgbis trahir ses drapeaux. Les Lesghis sédentaires sont presque tous forgerons , et l'on trouve chez eux une colonie de frères Moraves qui ont conservé les mœurs allemandes, et une colonie de Génois qui y sont venus de la Tauride et qui n'ont pas encore perdu le souvenir de leur émigratioii.

Les Lesghienqes ne sont pas moins renommées pour leur beauté que les Circassiennes , et elles font l'ornement des serais de la Perse, comme les Circassiennes font celui des serais de la Turkie.

Dès qu'on a traversé la côte des Lesghis , on entre dans la vallée de i'Albanus, l'ancienne Albanie ou le Schirvan moderne, et l'on va en tournant vers l'est à Bakou sur la mer Caspienne, ou en tournant vers l'ouest à Chamaki, située au pied des montagnes, qui forment les dernières branches du Caucase. L'ancienne Chamaki est au pied d'une colline, sur laquelle on avait bâti la citadelle; mais cette ville est maintenant abandonnée, et elle a été remplacée par la nouvelle Chamaki, située à sept lieues ausudouest de l*ancienne , au débouché des montagnes des Lesghis et au milieu d'une grande plaine, fertile en toute sorte de fruits. La ville nouvelle forme un grand parallélogramme de plus d'une lieue de périmètre , flanqiié de tours carrées. Toutes ses rues sont tirées au cordeau, bordées d'allées d'arbres, et l'on voit à leur angle d'intersection une vaste place, où l'on pourrait faire manœuvrer une armée. La nouvelle ville paraît encore

DABTS LEBIPfRE OTHOMAN. ^7

déserte, et elle ne sera jamais bîeq peuplée , parce que l'air y est mal-sain. Les environs de Cfaamaki sont agréablement diversifiés; mais la plaine, qui s'étend au sud jusqu'au Kour et à l'est jusqu'à Bakou, est une steppe nue, où l'on ne voit que des bruyères et des marais.

Bakou est située au sud de l'isthme d'une péninsule, qui s'avance dans la mer Caspienne et qui défend sa rade contre les vents du nord : c'est une denû*lune de trois quarts de lieue de circonférence, formée d'un double mur flanqué de tours. Bakou est le meilleur poi't de la mer Caspienne, et l'entrepôt naturel du commerce de la Géorgie avec la Perse.

Quand on va de Bakou directement en Perse, on passe le Kour à son embouchure vers la ville de Salian, où il se divise en deux branches, avant de se jeter dans la mer, et l'on traverse les landes du Mogan. Ces landes sont habitées par les Kaisévanis, peuples nomades qui se croient issus des Tartares turkmans, mais qui paraissent l'être des anciens Albaniens, dont ils ont conservé l'ignorance et la simplicité. Ils ont encore les mêmes armes qu'ils portaient, lorsqu'ils combattirent contre Pompée : ce sont des arcs, des javelines , avec des boucliers de cuir et des cottes de mailles, faites avec des annetons de cuivre. Us ne connaissent point l'usage des monnaies, et ils vivent sans crainte et sans souci du produit de leurs troupeaux, au milieu de campagnes couvertes de réglisses^ de roseaux et de romarins. Ici sont des collines toujours verdoyantes, là des mares d'eau et des fossés bourbeux : s'enfonce*t-on dans la plaine , ce n'est plus qu'une vaste bruyère , à travers laquelle le fleuve ser-

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pente , avant de se perdre dans la mer. Il serait trèsdangereux de s'engager dans cette plaine avec une armée, et Thamas-Kouli-KIian faillit y périr avec la sienne, à la poursuite des Lesghis. Pompée même s'y arrêta devant les Dahes dans la guerre contre Tigrane; et ce fut à l'embouchure du Kour qu'il posa les bornes de l'empire romain, comme il les avait posées à ses sources dans la guerre contre Mithridate.

Au sortir des landes du Mogan, la>route traverse, vers Ardébil , la chaîne des montagnes qui bordent la rive droite de l'Araxe, descend de ces montagnes à Khalkal , et de Khalkal à Menzil avec le KisiUOusen , pour aller par Casbin déboucher sur le plateau de la Perse, vers Téhéran; ou bien tournant à Menzil directement à l'est, elle va par le défilé de Roudbar, avec le Kisil-Ousen, à Rescht, sur le littoral du Ghilan. Il parait que le Kisil-Ousen est l'Amardus des anciens; à moins que l'on n'aime mieux croire que l'Amardus est la petite rivière de Casbin. Telle est la route qui conduit directement en Perse et qui tourne le Caucase à l'est.

Celle qui le traverse, vers son centre, part d'Eka-t théringrad ou de Mosdok, et remonte le Tér^ jus^ qu'à ses sources. Le Térek , né au sommet du Caucase et fier de son origine, roule avec impétuosité dans une gorge profonde; d'où il ne sort que pour entrer dans la grande plaine de la Kabarda. C'est dans cette plaine et sur un mamelon isolé, qui la domine, que l'on voit la forteresse de Yladi-Kaucas, carré long, flanqué de tours aux angles. Cette forteresse parait plus solidement construite que les autres forteresses de la ligne, et elle est située au pied de la grande

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