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sur le lac de ce nom à lest de Loubi, entre SâÊtfi et Bisan, n'a plus aucune importance militaire, parce qu'il est acculé dans un angle du lac et qu'il peut être masqué ; mais le bourg de Bisan , situé plus au sud à l'autre extrémité du lac, ea a une aussi grande que celui de Sâfad , parce qu'on ne peut aller de la vallée du Jourdain sur le littoral de la Méditerranée, qu^en défilant par l'un. ou l'autre dç ces bourgs.
On va de Bisan passer la chaîne occidentale vers Samarie ou vers Naplous : ce chen^in est très-difBcile et ne serait pas praticable à l'artillerie, Samarie ou Sébaste n'est plus aujourd'hui qu'un méchant village ouvert, situé sur une colline arrondie, au milieu d'un cercle de montagnes nues. On n'y voit plus , autour des ruines de l'ancienne ville, que quelques chaumières; mais Naplous ou Néapolis, l'ancienne Sichem, située à cinq lieues plus au sud, est une petite ville habitée par 4 à 5 mille Musulmans presque tous armigères, parmi lesquels on distingue quelques familles de Juifs Samaritains qui conservent, dans un dialecte particulier, le Pentateuque de Moïse, et qui vont tous les ans immoler l'agneau paschal sur le mont Garizin. La ville est assise au pied de ce mont dans une vallée étroite. Le terrain d'alentour qui formait jadis le petit royaume de Samarie ou d'Israël , distrait de celui de Juda, est âpre et montueux ; mais il est coupé par quelques vallons fertiles en fruits, en huile et en vin. Les montagnes ne se montrent dans toute leur nudité qu'à quelques lieues plus au sud, vers Jérusalem , où la nature semble avoir été bouleversée par des feux souterrains.
Le chemin de Bisan à Jérusalem côtoie le Jourdain
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sur sa rive droite jusque vers Jéricho , qui n'est plus aujourd'hui qu'un misérable village, environné de nopals ; d'où l'on s'élève par des gorges sinueuses et profondes sur un plateau pierreux et dépouillé d'arbres, qui forme le dos de la chaîne occidentale de la Syrie et qui sépare les eaux de la vallée du Jourdain de celles du littoral de la Méditerranée. C'est sur le bord oriental du plateau et sur un terrain inégal et rompu, s'abaissant vers le Jourdain ou plutôt vers le lac Aspbaltite, qu'est située Jérusalem ou Solyme, le berceau de la religion chrétienne. Cette ville a la forme d'un carré long incliné au sud-est , où il est bordé par un ravin , au fond duquel coule le torrent de Cédron : un simple mur crénelé et flanqué de toiu^ carrées lui sert d'enceinte. Ce mur peut avoir deux mille toiles de tour , et il est très-solidement construit en pierres de taille : il est l'ouvrage de Solyman-le-Grand, et il em* brasse dans son enceinte plusieurs collines, plus sail* lantes. autrefois qu'aujourd'hui, parce que le terrain environnant a été exhaussé par les décombres des maisons. Au nord s'élève le mont Bézétha aux deux sommets , dont l'un est le mont Golgotha ou Calvaire au pied duquel est l'église du Saint-Sépulcre, à l'ouest le mont Acra sur lequel était autrefois la tour de David et où est aujourd'hui un petit réduit flanqué de deux tours massives et nommé proprement le château , au sud le mont Sion , qui a la forme d'un croissant et qui est couronné par la cliapelle du Cénacle, et à l'est le mont Moriah , sur lequel on voyait autrefois le temple de Salomon et où l'on voit maintenant la mosquée d'Omar, composée de deux édifices qui communiquent l'un avec l'autre par un escalier de huit
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marches et que les Turks nomment El^Haram on le temple par excellence , parce qu'il est après celui de la Mekke le plus renommé chez les Musulmans. L'église du Saint-Sépulcre , l'objet de la vénération de tous les chrétiens , est composée de plusieurs édifices distincts, couronnés par une magnifique coupole, audessous de laquelle est un sanctuaire fermé ou petite chapelle qui renferme le tombeau de Jésus : c'est un sarcophage d'environ six pieds de long sur deux de large, taillé dans le roc et recouvert d'une table de marbre, qui a la forme d'un autel.
Deux grandes rues coupent Jérusalem en sens opposé. L'une va de l'ouest à l'est depuis le château jusqu'à la mosquée d'Omar': c'est la rue àix Bazar. L'autre va du nord au sud depuis le palais de Pilate jusqu'au mont Sion : c'est la rue de la Colonne ou la f^ofe douloureuse y qui passe au pied du mont Calvaire. Plusieurs autres petites rues traversent la ville en divers sens ; mais elles sont toutes mal pavées , tortueuses et étroites. Les plus sales, et surtout les plus voisines du mont Sion sont plus particulièrement habitées par les Juifs : les autres le sont indià^tinctement par les Juifs, les Chrétiens et les Musulmans. Les maisons de toutes ces rues sont en général très-petites, la plupart en saillie et presque toutes surmontées d'un dôme ou couvertes d'une terrasse; en sorte qu'en parcourant la ville, on croit marcher dans les corridors ou dans les galeries d'une vaste prison. Point de mouvement, presque point de bruit, si ce n'est aux approches du bazar ou autour des écoles des petits enfants. On sort de la ville par quatre portes principales : au nord est la porte de Damas , qui con-
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duit à la grotte de Jérémie ' et au sépulcre des rois * , à l'ouest la porte de JafFa , qui mène aussi à Bethléem, au sud la porte de David, qui est sur la crête du mont Sien et d'où l'on descend dans la vallée de Josapbat, et à l'est la porte dorée qui donne sur le parvis de la mosquée d'Omar et qui est aujourd'hui fermée, mais à côté de laquelle on en a ouvert une autre plus petite, d'où l'on descend par le jardin de Gethsémani dans le vallon de Cédron, au-delà duquel s'élève la montagne des Oliviers , comme une immense pyramide. Le torrent de Cédron coule dans un ravin profond où l'on montre le tombeau d'Absalon et qui s'ouvre vers le sud dans la vallée de Josaphat, bordée d'autres tombeaux et parsemée de quelques bouquets d'oliviers. Partout ailleurs le terrain s'élève graduellement vers le nord, où il forme une espèce de glacis naturel, presqu'au niveau des murs de la ville, mais inégal et rompu. De ce coté rien ne couvre les approches de Jérusalem qui, malgré ses murs élevés et ses superbes tours, ne pourrait pas résister à un siège conduit avec de l'artillerie. Si on voulait la défendre, il faudrait couronner toutes les hauteurs, enfermer dans ses murs tout le mont Sion qui n'y est
I. La grotte de Jérémie est à un quart de lieue de la ville : c'est un vaste souterrain d'environ 20 pieds de haut , soutenu par des piliers taillés dans le roc , et au-devant duquel est une petite mosquée ombragée par quelques arbres.
• 2. Le sépulcre des rois est à une demi- lieue de la ville: c'est une grotte de dix à douze pieds de profondeur, précédée d'un péristyle agréablement sculpté, et divisée eii plusieurs salles, où Ton voit des sarcophages vides.
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enfermé quà demi, bâtir une citadelle sur la montagne des Oliviers , et étendre la ville vers le nord jusqu'au sépulcre des rois. Jérusalem n'a guère d'autre eau que celle de ses citernes, et sa seule fontaine, celle de Siloé , sortie du pied du mont Sion , tarit souvent en été. On lui donne 112 à i5 mille habitants, parmi lesquels il y a 5 à 6 mille chrétiens de différentes sectes, autant de Juifs et ^ à 3 mille Musulmans, et elle est gouvernée par un pacha de second rang , ou même quelquefois par un simple motsélirriy dépendant du pacha d'Acre ou de celui de Damas.
Vue des hauteurs qui environnent le château , Jérusalem présente une espèce de terrasse ou de plateforme, inclinée tie l'ouest à l'est, au-dessus de laquelle s'élèvent les dômes et les minarets des mosquées, tous surmontés par la croix et la vaste coupole du Saint- Sépulcre ; mais vue de la montagne <les Oliviers , la perspective en est moins uniforme, et l'on distingue les lignes qui séparent ses principales rues et quelques espaces vides, où s'élèvent des églises et des mosquées. Les environs dé la ville ne sont guère plus variés, et présentent sur un rayon de près de deux lieues le même aspect et 4a même nudité : partout un sol pierreux et rougeâtre, qui n'offre quelque végétation et quelque verdure que dans les bas -fonds. Rien n'est plus triste que la ville et les dehors de Jérusalem.
A deux lieues au sud de la ville et sur le revers oriental du même plateau est Bethléem oîi naquit Jésus , et à sept lieues au sud de fiethléem y Hébron où mourut Abraham. Bethléem est un bourg de deux à trois mille habitants, moitié Musulmans et moitié chrétiens, situé à la tête d'un vallon qui présente au
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milieu d'un terrain nu et maoïeloné un paysage agréable, parce qu'il est parsemé de vignes, d'oliviers et de figuiers-nains. On y voit un couvent de moines chrétiens, ressemblant par ses murs élevés plutôt à une citadelle qu'à une maison religieuse ; et c'est dans l'enceinte de ce couvent qu'est une église ancienne, bâtie par Saintes-Hélène, au-dessous de laquelle on montre encore la grotte et la crèche qui servit de ber^ ceau à Jésus.
Hébron^ nommé par les Arabes El-Kalil ou le Bienr Aimé , est un autre bourg de trois à quatre mille \m*^ bitants, presque tons Musulmans, situé comme Betbléem sur le revers oriental de la chaîne, mais plus rapproché du lac Asphaltite, et sur un terrain moins nu et plus varié, coupé par des collines qui' portent sur leurs pçntes des oliviers et des vignes, et sur leurs sommets des pins et des chênes verts. On voit à Hébron une~ mosquée, où l'on montre encore le tom-^ beau d'Abtaham , et un vieux fort dont on fait remon^ ter la fondation ati temps des Croisades.
Hébron, Bethléem et Naplous sont habités par des peuplades armigèreis , très^renommées^ pour leur bra^ voure et jouissant à l'abri de leurs montagnes d'une sorte d'indépendance : elles ne payent aux Turks que le tribu consenti par elles, et elles se gouvernent d'après leurs usages et leurs coutumes. Ce canton de la Syrie, si long-temps habité par les Juife qui lui donnèrent leur nom, l'est encore aujourd'hui par leurs descendants, qUi ont conservé les mêmes formes du corps et les mêmes tileiits du visage. On les distingue des Arabes et des Tupks, qui les environnent de tovL* tes parts , à la rectitude de leur profil et à la beauté
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de leur face , et Ton reconnaît aisément qu'ils y sont venus de la haute Asie et qu'ils sont la tige de ce peuple singulier qui s'est répandu de proche en proche sur toute la surface du globe. Les divers pays, qu'il habite aujourd'hui , ont pu dégrader son caractère moral; mais ils n'ont pas changé sa constitution physique : il a conservé son type originel jusque sous le tropique et sous le pôle, au Kaire comme à Pétersbourg, et les femmes juives sont encore reconnaissables dans tout l'univers à la coupe de leur visage et à. la beauté de leurs yeux. On dirait que le climat n'a pu mordre sur une race d'hommes aussi fortement trempée ; et si parmi les autres peuples on reconnaît aisément les Juifs à leur physionomie éteinte et quelquefois abjecte, c'est qu'ils n'osent lever les yeux sur les autres hommes , dans la crainte de rencontrer dans chacun d'eux un ennemi. Ce peuple, méprisé de tous les autres pour sa croyance, tandis qu'il ne devrait l'être que pour ses vices, puisqu'il croit toujours à l'unité de Dieu et à sa providence , vit presque partout dans l'oppression et ne peut vivre que d'une industrie précaire, qui a presque partout altéré ses mœurs ; mais ses vices ne sont pas l'ouvrage de la nature , ils sont uniquement celui des gouvernen^ents qui l'oppriment, et il faut espérer qu'il recouvrera un jour avep ses droits sa dignité et ses vertus antiques. Le Messie, qu'il attend, est le prince qui lui rendra sa liberté.
Le lac Asphaltite , qui borde à l'est la Judée et qui termine au sud la zone orientale de la Syrie, est environné de tous côtés de montagnes et ressemble au cratère d'un volcan. On lui donne 20 lieues de long sur 3 de large.
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On monte aisément d'Hébron, de Jérusalem et de Naplous sur la crête nue et pierreuse de la chaîne occidentale de la Syrie, d'où l'on descend sur le littoral de la Méditerranée par les cols de cette chaîne. Le col de Naplous débouche sur le littoral de la Méditerranée entre le mont Carmel et JafTa , celui de Jérusalem entre JafFa et Ascalon, et celui d'Hébron entre Ascalon et Gaze.
Gaze terjmine la zone occidentale de la Syrie qui commence au golfe d'Alexandrète , comme Hébron termine sa zone orientale qui commence au plateau d'Antioche. Après avoir parcouru l'une de ces zones du nord au sud , il faut parcourir l'autre du sud au nord.