CHAPITRE III
De la zone occidentale de la Syrie, ou de la Palestine et
de la Phénicie.
Le littoral qui s'étend depuis le désert de l'Egypte , et particulièrement depuis Gaze jusqu'au mont Carmel , est l'ancienne Palestine : c'est une plaine unie , resserrée entre la Méditerranée et la chaîne occidentale de la Syrie, qui n'est coupée que par quelques
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cours d'eau descendus de cette chaîne , et qui ressemble par sa fertilité au Delta de TÉgypte.
Gaze est aujourd'hui la clef de la Syrie du côté du sud , comme Aîntâb Test du coté du nord ; mais elle n'est pas mieux fortifiée. Cette ville est située à un tiers de lieue de l'a mer dans une plaine couverte d'oliviers et au pied d'une petite colline, sur laquelle est un fort circulaire de ^o toises de diamètre , flanqué de quatre tours. Des deux côtés sont deux faubourgs qui s'étendent dans ta plaine et qui peuvent renfenrter deux à trois mille habitants. Gaze n'occupe qu'une partie de l'emplacement de la ville ancienne. Son territoire est très-fertile , et produit , comme celui de l'Egypte, des cannes à sucre et des dattes.
Le chemin de Gaze à Jaffa traverse une plaine unie, parsemée de monticules de sable. Les villages y sont dispersés sur les hauteurs , et presque partout environnés de jardins et de vergers. Les plantations sont variées : ici sont des champs de blé ou de sésame , là de coton, sur tous les» coteaux des orangers, des vignes et des oliviers. Souvent le chemin s'éloigne du rivage pour éviter les sables qui l'ont envahi , au point ^que la plupart des lieux habités qui bordaient autrefois la mer, en sont maintenant éloignés de 4 à 5ôo toises. On traverse près des ruines d'Ascalon un torrent venu des montagnes qui environnent Jérusalem , et l'on arrive dans une marche au village d'Esdod, l'ancienne Azot, et dans une autre marche au village d'Yebni, bâti sur les ruines de Jamnia près de celles d'Accaroii ; d'où l'on va au bourg de Ramié et du bourg de Ramlé à celui de Lydda , en se dirigeant à travers la plaine vers le nord -est, ou à la petite ville de Jaffa, en
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se dirigeant le long de la côte vers le nord - ouest. . Ramlé ou Rama, l'ancienne Arimâthie, est un bourg d'environ deux mille habitants, situé sur un plateau où l'on voit le minaret penché d'une vieille mosquée bâtie par Saladin, et Lydda est un autre bourg de 12 à i,5oo habitants, situé au milieu d'une plaine ridée , plantée en coton. Tout ce pays est plat ou légèrement ondulé , et l'on voit sur toutes les on* duiations du terrain des vignes et des oliviers.
Jaffa, l'ancienne Joppé, s'élève en amphithéâtre sur le rivage de la mer, et n'est fermée que d'un simple mur crénelé, flanqué de tours. Ses rues sont étroites, et ses maisons, presque toutes surmontées d'un petit dôme , sont en général mal bâties : elle n'a guère que 4 à 5 mille habitants. Deux petits forts la défendent du côté de la mer. Son port fermé par une simple jetée est comblé, et les vaisseaux ne peuvent mouiller qu'à une lieue du rivage, sur un banc de roche qui coupe les cables. La campagne tout autour est fertile et couverte de bosquets d'orangers.
On va de Jaffa à Acre par deux routes : l'une cô* toie le rivage et tourne à l'ouest le mont Carmel : l'autre le tourne à l'est. La première passe au village de Miski. et au bourg de Tentoura. De Jaffa à Miski il y a un marais à traverser : le gué est facile en été, mais dangereux en hiver. On laisse d'abord sur la droite les ruines d'Ântipatris sur les bords d'un tor* rent, venu des montagnes de Naplous, puis le village de Kacoun, bâti sur une hauteur dominant la plaine, et l'on va, à travers le terrain haché et fangeux qui environne la tour de Zêta et les ruines de Césarée, au bourg de Tentoura ; d'où l'on s'élève vers les rui-
nés du château d'Atalik, célèbre dans l'histoire des Croisades, sur la pente occidentale du mont Carmel , pour descendre à Caîfa, située au pied d'un contrefort de ce mont, à l'origine de la baie semi-circulaire qui se courbe comme un croissant jusqu'à Acre et qui reçoit les eaux du Cison et du Bélus.
L'autre route se sépare de la première vers le village de Kacoun et s'élève, vers celui de Hanieh, dans les défilés du mont Carmel que l'on tourne sur son revers oriental, pour descendre avec les eaux du Cison au village de Sabarin et du village de Sabarin à Caîfa.
Caïfa est une petite ville de deux à trois mille habitants , fermée par une muraille flanquée de tours et défendue du coté de la mer par un petit fort, à demiruiné. Une tour avec embrasures et créneaux, perchée sur une hauteur, domine la ville à i5o toises, et est elle-même dominée par le mont Carmel, couronné d'un pic élevé qui perce les nues, et d'où l'on croit que le prophète Elie s'éleva dans les cieux*
La baie que l'on tourne en allant de Caïfa à Acre a plus de trois lieues de tour, et termine la vallée transversale qui sépare le Carmel de l'Anti-Liban. Cette baie reçoit le Cison et le Bélus, le premier vers Caïfa, l'autre vers Acre. Le Cison baigne le pied du mont Carmel et arrose une riante vallée , d'où l'on s'élève dans la plaine d'Ësdrélon ; mai§ le Bélus, qui baigne le pied de l' Anti-Liban, coule dans un fond marécageux , et on ne peut le passer en hiver que la sonde à la main, parce qu'il roule un sable fin et mouvant, qui fut, dit-on , le premier sable employé à la fabrication du verre.
Cette vallée transversale, qui remonte jusqu'au bourg
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de Loubi vers les débouchés de la vallée longitudinale du Jourdain, renferme les deux plaines d'Esdrèlon et de Nazareth, l'une au sud, l'autre au nord du mont Thabor. La première est très-étendue et parsemée de petits villages, parmi lesquels on distingue celui de Fouli : l'autre présente un bassin environne de coteaux, au fond duquel est la petite ville de Nazareth, peuplée de troiâ à quatre mille habitants, la plupart chrétiens ou juifs, et ornée d'une belle église, dédiée à la Vierge et célèbre par sa grotte mystérieuse, où l'on descend par un escalier de marbre blanc.
Le chemin de Caïfa à Jérus^alem, par les montagnes, traverse la vallée d'Esdrèlon , et va déboucher dans la vallée du Jourdain , vers le bourg de Bisan ; d'où il monte à Naplous ou à Jérusalem; mais le chemin d'Acre à Damas passe par Nazareth, située seulement à six lieues de la première de ces villes. Ce chemin traverse, en sortant d'Acre, la vallée qu'arrose le Bèlus; d'où il s'élève sur un terrain montueux et couvert de houx, pour descendre par une pente douce à Nazareth; et laissant à droite, à trois quarts de lieue vers le sud , la gorge qui débouche dans la plaine d'Esdrèlon, il monte vers le village de. Gana sur la chaîne syrienne qui borde le Jourdain , pour aller déboucher sur ce fleuve vers le pont d'Yaçoub.
Acre ou Akka, l'ancienne Ptolémaïs, située à l'autre extrémité de la baie et à l'opposite de Caïfa , est une ville fermée de 7 à 8 mille habitants : elle est assise sur un promontoir.e , environné par la mer sur trois côtés, et défendu sur le quatrième par un fort couronné d'une tour qui lui sert de citadelle. Ce dernier front est le seul accessible du côté de la cam^jagne, et
il a été réparé dans ces derniers temps; mais les bastions, que ron y a ajoutés, ont leurs flancs trop courts, et leur projection les découvre trop au feu de Tennemi, parce que leurs angles sont trop obtus. On pourrait aisément corriger ce front ; mais on ne pourra jamais bien le défiler de la colline voisine qui le domine. Les Français, dans leur expédition d'Egypte, essayèrent vainement de brusquer cette place : ils ne purent la prendre, parce qu'ils n'avaient point d'artillerie, et que celle, qu'ils attendaient de l'Egypte , fut prise et tournée contre eux. Acre est le siège d'un pachalik, long-temps occupé par le fiaimeux Djezzar-Pacha , célèbre par sa cruauté, et elle peut en quelque sorte être regardée comme la capitale de toute la côte phénicienne qui se prolonge, du sud au nord, depuis le mont Carmel jusqu'à Laodicée.
La plaine, autour de la ville, est inégale et rompue, et elle est bordée de tous cotés par les différentes branches del' Anti-Liban, où habitent les Mutualis. Au nord d'Acre est Tyr, où l'on va en neuf heures : on marche d'abord trois heures dans la plaine , puis on monte le cap Ël-Micherfy par une rampe au haut de laquelle est une maison crénelée, servant de corps de garde, et l'on descend par un sentier, taillé dans le roc, au fond d'un ravin qui conduit par divers détours dans une petite plaine caillouteuse, coupée par un ruisseau; d'où Ton s'élève sur le cap Blanc, formé par un des contre-forts de l'Anti-Liban. Le chemin est taillé sur les flancs de la montagne : à droite est un rocher de craie, à gauche un précipice, et la mer au fond. Il serait difficile de traîner de l'artillerie sur cette corniche, à moins qu'on ne Tagrandit. Au haut de la montagne
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est le vieux fort de Calla-Chama ou le fort Ckandelley sur lequel les Mutualis avaient autrefois établi des signaux de feux, qui se répétaient jusqu'à Balbêk, leur chef-lieu. La rampe, par laquelle on descend le cap Blanc, n'est pas moins pénible quç la montée; mais dès qu'on Ta descendue, on entre dans une plaine d'environ cinq lieues de long , bordée d'un côté par la mer, et de l'autre par l' Anti-Liban.
Tyr, ou comme prononcent les Arabes Tsaur, est au milieu de cette plaine, sur une péninsule qui se détache de la côte et qui a la figure d'un triangle, dont chaque côté peut avoir 5 à 600 toises. Les anciens représentaient cette ville sous la forme d'une jeune fille nageant, dont les pieds touchent à la terre et qui étend sa tête et ses bras sur la vaste mer. L'isthme qui l'attache au continent , est un sable mêlé de coquilles et d'autres matières rapportées ; mais la péninsule est un roc presque nu, présentant un plan uni d'environ une lieue de superficie: ce qui semble prouver que l'isthme n'est autre chose que la jetée construite par Alex^mdre pour lier l'île au continent. La ville actuelle n'est plus qu'un bourg de 1 2 à 1 5oo habitants, feniié par un simple mur, et n'occupe plus que le tiers de la presqu'île, au lieu que la ville ancienne en. occupait toute la superficie. Son port est un bassin d'environ yS toises de diamètre. Le goulet, par oïl l'on y entre, n'en a que 10 au plus, et paraît très-étroit : il était jadis fermé par une chaîne : il n'est plus aujourd'hui défendu que par deux tours. Deux lignes de rochers à fleur d'eau , partant de l'isthme de la péninsule et en représentant assez bien les bras, cou-« vrent deux grandes rades qui sont les meilleures de toute
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la côte. Les vaisseaux peuvent toujours mouiller dans Tune des deux, quand ils ne sont pas dans l'autre à l'abri des vents traversiers.
En allant de la presqu'île sur la côte , on trouve d'abord sur l'isthme une vieille tour de construction arabe, et puis à un tiers de lieue au-delà un monticule isolé , que l'on prendrait de loin pour une butte factice, mais qu'on reconnaît de près pour un rocher naturel de 70 toises de circonférence sur 6 d'élévation : on le nomme le rocher de Machouka. Il y a sur ce rocher une petite mosquée, surmontée d'un dôme blanchâtre, qui paraît avoir été bâtie sur les fondements du temple d'Hercule , et dans la tour arabe une fontaine, dont la source n'est pas connue, mais qui parait venir d'un aqueduc, dont on aperçoit encore les vestiges. Cet aqueduc se dirige d'abord à l'est vers Machouka , puis il se replie au sud et serpente pendant près d'une lieue dans la plaine, jusqu'aux réservoirs connus sous le nom àe puits de Salomon. Ces réservoirs sont au nombre de trois, et ils sont enfermés dans un massif de maçonnerie, que l'on a élevé de 18 pieds au-dessus du niveau du sol, pour élever d'autant la colonne d'eau qui sort de chaque réservoir et pouvoir la conduire au rocher de Machouka, dont le niveau est supérieur à celui de la plaine. On voit en effet que Faquéduc était très-élevé depuis les réservoirs jusqu'au rocher, et qu'il était à fleur de terre depuis le rocher jusqu'à la presqu'île. La plupart de ses arcades sont aujourd'hui rompues, et l'eau s'échappe dans la plaine avec une telle abondance , qu'elle fait tourner plusieurs moulins , avant d'aller à quelques pas de là se précipiter à gros bouillons dans la mer : c'est une des plus
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belles sources de la Syrie, et elle est comparable à celle d'Édesse en Mésopotamie. Il parait que Ton avait construit l'aqueduc pour la conduire jusqu'à la vieille Tyr et que Ton avait ensuite continué cet aqueduc jusqu'au rivage, quand la. nouvelle Tyr eût été bâtie.
PàUeo^TyT ^ ou la vieille Tyr, devait être au pied du rocher de Machouka et s'étendre de là jusqu'à la mer. Peut-être même s'étendait-elle jusqu'aux puits de Salomon, et renfermait-elle, comine Babylone, dans son enceinte, autant de champs que de groupes de maisons. Son port devait être creusé entre la côte et l'île , avant qu'on les eût unies l'une à l'autre par une jetée. Une allée d'arbres toujours verts conduisait du rivage au temple d'Hercule.
Tyr était, avant Alexandre, un des plus grands comptoirs de l'Asie, et elle échangeait les bois du Liban, lés tapis de la Perse, les parfums de l'Arabie et les tissus de l'Inde, contre le lin de l'Egypte, la pourpre de l'Archipel , le cuivre de l'Asie- Mineure et l'or de l'Hespérie. L'emplacement, qu'elle occupait, était le mieux abrité de la côte , et c^est encore le seul aujourd'hui oîi l'on pût former un établissement maritime. C'est le seul où la nature ait ébauché un port ; mais il faudrait que , Fart achevât l'ouvrage de la nature, que l'on perçât l'isthme de la péninsule et que l'on confondit les deux rades en une «eule, à laquelle on pourrait donner plus de profondeur, parce que le fond n'est, jusqu'à une certaine distance, qu'un sable mouvant, apporté par la mer. Les deux rangées de rochers, qui s'avancent de chaque côté de la péninsule parallèlement au rivage , formeraient des jetées naturelles que l'on pourrait encore prolonger et