‹ Voyage militaire dans l'Empire Othoman, ou, Description de ses frontières et de ses principales défenses, soit naturelles, soit artificielles, avec cinq cartes géographiquesChapitre 48 sur 84 · VOTA.GE MILITAIRE · texte numérisé non relu

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bie f et elle a cet avantage sur Suez , qu'elle épargne aux vaisseaux venant de l'Océan une navigation de cent lieues. Le port de Bérénice, beaucoup plus au sud, à peu près sous la latitude de Syène, était encore mieux situé que celui de Qosséîr. La côte autour de ces deux ports est d'une pauvreté hideuse ; mais la mer y abonde en poissons , en coquillages et en coraux : c'est vraiment une cote d'Icthyophages.

Renne, située aux débouchés des routes de Bérénice et de Qosséîr, est sur la rive droite du Nil, et Tentyra sur la rive gauche. De toutes les villes, qui bordent le fleuve sur l'une ou l'autre rive, depuis Tentyra jusqu'à Siouth, telles qqe Hau, Farchout, Samahoûd, Girgeh , Achmin , Tantah , Aboutig , la première offre la meilleure position de passage, parce qu'elle est assise sur une éminence qui domine toute la vallée ; mais Girgeh est la ville la plus importante par sa population et son commerce. Le Nil vient battre jusqu'au pied de ses maisons, et il n'y a pour le repousser ni digue , ni muraille. Siouth n'est fermée , comme Girgeh, que par un simple mur ;• mais elle occupe un plus beau site : elle est sur une éminence. qui n'est qu'ià une demi-lieue de la chaîne lybique et qui sépare la haute Egypte de la moyenne, nommée Eptanomide. Cette ville offre un superbe emplacement pour une forteresse.

La chaîne arabique, en allant de Siouth au Kaire, serre le Nil et ne laisse sur sa rive droite, vers la petite ville de Cheïk-Abad, qu'une zone de terrain très -étroite, tandis que la chaîne lybique s'éloigne peu à peu du fleuve et laisse sur la rive gauche, où sont les villes de Manfalout, de Malaouï et de

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Mynieh , une bande de terrain qui va toujours en s'élargissant et qui devient enfin trop étendue, pour pouvoir être inondée. Cest pour suppléer aux inondations du fleuve , que l'on a creusé sur cette rive le canal Joseph. Ce canal , un des plus anciens de TÉgypte, sort du Nil près de Mélaouï et porte les eaux du fleuve dans le Fayoum : il ressemble à une rivière bien encaissée , et divise la vallée en deux zones. Celte de Touest a été presque entièrement envahie par les sables que les vents y poussent de la Lybie , et dont les anciens désignaient la marche sous l'emblème de Typhon , entrant dans le lit d'Isis et souillant sa couche. Toute cette zone est stérile et offre l'image du chaos ; tnais la zone orientale est très -fertile et présente la belle plaine de Mynieh , une des plus riches: de l'Egypte. Une infinité de petits canaux lient le car nal Joseph avec le Nil, et L'on pourrait aisément dis* pu ter à une armée ce terrain coupé , si elle n'avait la facilité de le tourner par la lisière du désert.

Les deux chaînes sont rompues au-dessous de Kénisouêf , l'une par la vallée des charriots qui conduit autour du mont Kolsoun à la mer Rouge, et l'autre par la gorge d'Ilahoûn qui conduit le long du canal Joseph dans le bassin du Fayoum , au milieu duquel est la ville de Médineh. Ce bassin est environné vers l'ouest par un rameau demi-circulaire de la chaîne lybique, et il a cela de particulier qu'il est creusé comme la vallée du Nil et qu'il s'incline vers ses cotés. La chaussée, qui y porte les eaux du canal Joseph à travers la gorge d'Ilahoûn , les soutient jusqu'au centre ■du bassin ; d'où elles s'écoulent par de petits canaux jusqu'à sa circonJPérence. Il paraît que le lac Mœris eu.

couvrait autrefois toute la surface et qu'il a'est retipé peu à peu vers louest dans le lac Karoun, en lai&sant à la culture les champs qu'il abandonnait. Ce lac n'est bordé vers sa partie occidentale que par une digue peu élevée faite de main d'honome , et il est probable que c'est par ce côté qOe les eaux du Nil pénétraient autrefois dans la vallée du fleuve sans eau et dans celle des lacs de Natron ; d'où elles s'écoulaient par le lac Maréotis dans la Méditerranée. Du moins la direction de ces deux vallées semble prouver que leur point d'attache était au lac Mœris, et leur déboviché au lac Maréotis. Le sol qui leur sert de base est ren«fermé dans les rameaux de la chaîne lybique , et rien n'a pu s'opposer au passage du fleuve par cette issue, que la main de l'homme. Le lac Mo&ris n'a donc point été, comme on l'a cru, un lac creusé des mains de l'homme,, mais simplement un lac digue : il n'eût pas été possible de creuser un lac au milieu de ces atter-* rissements bas, où l'on aui*ait de la peine à creuser un puits. Ce lac avait jadis 36oo stades de tour ou environ 72 lieues : au milieu s'élevaient deux pyramides» de cent toises de haut , à moitié cachées sous l'eau. Le palais , élevé sur ses bord^» , était composé de doqze pavillons li^ ensemble par des galeries dont les Grecs amis du merveilleux avaient fait un labyrinthe inex<* tricable, parce que tous les appartements communiquant de l'un à l'autre par des issues secrètes, on ne pouvait y entrer ni en sortir sans guide. Il parait que le lac Mœris était destiné à recevoir les eaux du Nil , lorsque l'inondation était trop forte, çt à les rendre^ au fleuve , lorsqu'elle était trop faible. On a même prétendu que les eaux coulaient pendant six mois du fleuve

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dans le lac , et pendant six autres mois du lac dans le fleuve»

Le Fayoum , arrosé par le canal Joseph ^ e&i un des cantons les plus fertiles de TÉgypte, et le rosier y vient en sillons comme la vi^gne ; mais ce canton a Tincoq* vénient d'être exposé auK incursions d^s Arabes errant dans la Lybie; et, pour fermer la vallée du Nil à ces Arabes, il faudrait fermer la gorge dllahoûu par, quelque ouvrage de fortification» On passe maintenant à l'entrée de cette gorge le canal Joseph sur un pont de pierre composé de trois arches et construit sur un radier solide. Ce point , très important sous le rapport militaire, est aujourd'hui sans défense.

La chaîne lybique se rapprocha» du Nil au-delà du pont d'Ilahoûn ; et c'est sur les premiers gradins de la chaîne, depuis Meîdouq jusqu'à Djizeh, que l'on voit cette multitude de pyramides, qui ont &it de tout temps l'admiration des voyageurs. Toutes ces. pyramides diffèrent les unes des autres par leurs, formes ; mais les trois dernières, les plus rapprochées de Dji* zeb, sont les plus grandes, et \^ autres ne paraisse^ près d'elles que comme des buttes de sable , dispersées sur la lisière du désert,

Memphis était située vers le point le plus resserré de la vallée, et elle en occupait tout le coté occidea** tal : elle avait envii*on trois lieues de circuit, et le palais des Pharaons, dont on voit encore les vestiges , occupait seul un tiers de son enceinte. L<e Nil la bai-^ gnait d'un coté, et un ($ma|, qui en est dérivé ^ la séparait de l'autre dq coteau lybique. A l'ouest de ce canal et sur'^la croupe arrondie du coteau, est une aire semi*circulaire, nommée la plaine des Momies ,

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oîi les Metnphisiens avaient placé leurs tombeaux , et à l'est du Nil, sur sa rive droite , la vallée de V Égarement qui rompt, comme celle de Qosséïr, la chaîne arabique et conduit à la mer Rouge en 26 heures : c'est le point où le Nil se rapproche le plus du golfe arabique, et où Ton pourrait peut-être creuser un canal pour unir le fleuve à ce golfe. La vallée de TÉgarement s'ouvre au village de Bézétin et aboutit au puits d'Ël-Touareh sur l'emplacement de Clysma , à 6 lieues au sud de Suez. Les montagnes, dont elle est bordée , sont d'une pierre coquiilière , d'abord blanchâtre, puis jaune et enfin comme noire et annonçant un mélange de fer. Le fonds de la vallée est ferme ; et comme les pentes sont douces, le chemin est partout uni et facile.

Les deux chaînes s'ouvrent au-delà de Memphis, s'éloignent l'une de l'autre et vont, en s'abaissant vers la Méditerranée, finir l'une au mont Casius, l'autre au promontoire Taposiris. Le terrain , qu'elles embrassent et qui forme l'Egypte inférieure, a la figure d'un triangle , aux angles duquel sont le Kaire , Péluse et Alexandrie.

Le Kaire est situé au pied du mont Moqâtan, à un quart de lieue du Nil et à l'angle du coude que fait la chaîne arabique, en se détournant vers l'est. Le mont Moqâtan a la foraie d'une pyramide tronquée , et paraît coupé à son sommet comme une table rase. Le château du Kaire est bâti sur ses flancs, et occupe la crête brisée d'un mamelon pelé et rocailleux : il a un quart de lieue de tour et il est fermé d'un bon mur; mais son enceinte est encombrée de vieux édifices qui en gêneraient la défense, et il est dominé par d'au-

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très branches du Moqâtau. On y monte par un double escalier taillé dans le roc, et il renferme un puits dea8o pieds de profondeur sur 4^ de circonférence, où l'on descend par un escalier à colimaçon d'une pente très-douce : cest le puits connu sous le nom de Joseph.

La ville , que les Arabes nomment EUKcura ou la Victorieuse, s'étend au-dessous du château sous la forme d'un croissant : elle est fermée d'un simple mur, flanqué de tours, de près de 3 lieues de circuit, et on lui donne aSo mille habitants ; mais malgré son étendue et sa population , elle n'a de remarquable que quelques places publiques , qui deviennent des lacs pendant l'inondation du Nil , et des jardins le reste de l'année. Ses mosquées , dont quelques-unes se font remarquer par leur grandeur, sont des masses informes, ressemblant plutôt à des citadelles qu'à des temples : ce sont ordinairement de grands carrés, avec des coupoles au centre et des portiques sur les côtés.

Le Kaire, vu dans son intérieur, ne justifie pas les descriptions pompeuses des voyageurs. Il renferme cependant plusieurs quartiers, dont Tarchitecture a quelque chose d'imposant : c'est la ville de l'Orient, qui par ta grandeur de ses maisons ressemble le plus à nos villes du midi de l'Europe, et surtout à celles d'Italie. Si l'on veut en avoir une idée, que l'on se figure un amas confus de maisons à plusieurs étages, avec des portes basses et des grilles de bois en guise de fenêtres, des rues étroites et non pavées, des hommes marchant gravement dans ces rues, les uns avec des habits amples, les autres avec une simple chemise bleue assujettie sur les reins par une ceinture, des femmes er-

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raiit comme de» ombres avec uo linceul aoir ou bleu autour du qorps et un voile sur le visage, appliqué comme un manque, des enfants presque nus ou couverts de haillons, la foule se pressant autour des marchés 9 et partout ailleurs une vaste solitude : tel est l'aspect que le Kaire présente aux voyageurs.

A un quart de lieue da la ville et sur la rive droite du Nil est Fostafl- Cette ville remplaça Memphis sous les Califes et n'est plus aujourd'hui quun simple faui)ourg, d'où sortent le kalidje ou canal qui conduit l'eau du fleuve à la ville , et l'aquéduc qui la porte au château. Fostad est maintenant connu sous lo nom de Vieux-Kaire.

Vis-à-vis Fostad et sur la* rive gauche du Nil est la petite ville de Djizeh. Les trois grandes pyramides n'en sont plus qu'à deux lieues ; et des terrasses des maisons, on les aperçoit comme des montagnes qui percent les nues. La distance où elles sont les fait paraître bleuâtres comme le ciel qui les environne, et leur rend le fini et la pureté des angles que les siècles ont dévorés. C'est le point de vue, d'où il faut les voir: de plus près, elles ne paraissent que comme des masses informes, d'une pierre grossière à face <]uadt^ngulaire. La plus élevée a 448 pieds de hauteur perpendiculaire sur 7*^8 de côté vers sa base, et elles se terminent toutes en une plate-forme, du haut de laquelle ou joiiit de la plus bellis perspective '.Le coteau, sur lequel

I . Ces pyramides étaient vraisenoblablement d<»s tombeaux et non des observatoires, comipe quelques-uns l'ont cru ; car pourquoi réunir tant d'observatoires sur un même lieu , tandis que le Moqâtan présentait dans le voisinage d'autres points plu» élevés?

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elle^ posent, est inculte et sablonneux; mais la plaine, qui s'étend du pied de ce coteau jusqu'à Djizeh, est très -fertile et produit le . chartame , dont la fleur, connue dans le commerce sous le nom de safranon, -donne une couleur rouge orangée, qui fait' la base du rouge végétal.

Entre Fostad et Djizeh est l'île de Baoudâh, à la pointe de laquelle est le Mékias ou Nilomètre, colonne graduée qui marque la hauteur de l'inondation. Quand le fleuve s'est élevé de t6 coudées égyptiennes, de ao pouces l'une, des crieurs publics vont l'annoncer au Kaire. Alors on coupe la digue qui ferme le kalidje, et le fleuve $'y précipite au bruit des acclamations publiques : c'est une fête pour toute la ville.

L'île de Kaoudâh offre un site bien plus propre que celui du Kaire à recevoir une citadelle. Cette île a près d'une lieue de tour, et l'on pourrait y construire un grand polygone, auquel les deux bras du Nil serviraient de fossé; mais ce polygone aurait l'inconvénient de pouvoir être tourné par la rive gauche. Memphis^ qui était à environ quatre lieues plus au sud et qui occupait tout le côté occidental de laval*lée , ne pouvait l'être que par la rive droite ; et comme cette rive n'offre qu'une zone très-étroite, il était facile d'en défendre le 'passage. C'est sans doute pour cette raison que les Perses avaient bâti au-dessus de Fostad le château de Babylone, dont on voit encore les ruines. I^s Romains tenaient dans ce château une des deux légions, destinées à la défense de l'Egypte : l'autre était répartie entre Péluse et Alexandrie.

Le faubourg de Boulac est au-dessous de celui de Fostad et sur la même rive, à peu près à la même dis-

tance du Kaire. Ces deux faubourgs lui servent de port , le premier pour les bateaux qui montent le Nil, l'autre pour ceux qui le descendent. Boulac, Fostad et Djizeh se groupent de loin avec le Kaire, et présentent l'aspect le plus imposant ; mais à mesure que l'on approche , chaque objet se détache , et au lieu d'une ville immense, on n'aperçoit plus qu'une ville ordinaire avec trois grands faubourgs.

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