CHAPITRE IIL
Du Delta ou de la Basse-Egypte.
A trois lieues au-dessous du Kaire, le Nil se divise en deux branches et embrasse le Delta de l'Egypte. Le Delta a la forme d'ua triangle qui semble encadré au milieu du désert, entre la vallée du Nil et la Mé* diterranée. A l'angle et au point où se divisent les deux branches , est Daraoueh , vis-à-vis l'ancienne Cercasore : sur la branche orientale Banha, Mit-Kamar, Abousir, Samanhoûd, Mansoura, Farescour, Damiète : sur la branche occidentale Ouardan, Terraneh, Châbour, Rahmanieh, Fouah, l'ancienne Métélis, Deïrbut, Bérinbal et Rosète : au milieu, entre les deux branches ou sur les canaux qui en dérivent, Ménouf, Mélik , Tautah , Méhalleh-Kébir ; et à l'extrémité du lac qui borde le iDelta sur la Méditerranée, Bourlos.
DANS l'empire OTHOMAW. 397
Tous ces lieux, même les plus considérables, sont ouverts ou simplement fermés d'une enceinte en terre et n'ont aucune importance militaire, parce qu'ils peuvent tous être tournés ; mais ceux de l'intérieur pourraient en avoir une très-grande , s'ils étaient liés entre eux par des digues, parce qu'ils pourraient servir, lors de l'inondation, de places de dépôt, et en tout temps de places d'armes, pour contenir les habitants du pays : les autres ne sont bons qu'à protéger la navigation du fleuve.
Les Français, durant leur expédition en Egypte, avaient formé le projet de bâtir à la pointe du Delta sur l'emplacement de Daraoueh une ville nouvelle, nommée de leur nom Francopolis : ils auraient élevé des digues tout autour pour soutenir de vastes quais, et ils auraient creusé vers la partie septentrionale un large fossé qui aurait eu le double avantage de séparer la ville du Delta et de maintenir l'équilibre des eaux entre les deux branches du Nil. Trois ponts auraient conduit sur les rives opposées. L'un à l'orient du fleuve, l'autre à l'occident , le troisième sur le Delta , et tous les trois à des allées toujours vertes de sycomores et de palmiers, qui en bordant le Nil auraient été comme les Champs-Elysées de la nouvelle ville française.
II paraît que le Delta n'était autrefois qu'un golfe de la Méditerranée, parallèle au golfe Arabique, et qu'il a été formé par les alluvions successives du fleuve. Ce ne fut d'abord qu'un limon usurpé sur la mer : le temps le raffermit et le rendit propre à la culture. Ainsi le soc fendit des plaines, qui jadis dans leur sein {voyaient flotter des pavillons.
Hérodote prétend que les différentes branches du Nil ont été l'ouvrage de l'art , tandis qu'elles parais* sent être celui de la nature. Les Égyptiens ont pu faire quelques coupures au fleuve ; mais il est aisé de distinguer le travail de Thommc de celui des eaux livrées à leur pente naturelle : les branches du Nil ont dû être formées, comme celles du Danube et du Pô. Il y en avait sept autrefois : elles sont maintenant réduites à deux, unies vers leur origine par le canal de Ménouf, où enti^ent les bateaux , quand ils veulent éviter la branche occidentale, dont la navigation est quelquefois dangereuse. Les autres branches n'existent plus que dans quelques canaux d'irrigation, comme dans les canaux de Moès et d'Achmoûn à la droite de la branche de Damiète, et dans cenx de Kacinen et de Tébanieh à la gauche ; mais leurs bouches sont en* core bien marquées, la bouche Pélusiàque dans celle de Tineh, la Tanitique dans celle d'Omfaredje, la Mendésienne dans celle de Dibeh, la Phathmitique dans la bouche de Damiète, la Sébennitique dans celle de Bourlos, la Bolbitine dans celle de Rosète et la Canopique dans celle du lac Madieh. La branche Pélu* siaque passait autrefois à Atribis, à Bubaste, à Pha* cuse, et allait se jeter dans la Méditerranée à l'extrémité orientale du lac Menzaieh, vers les ruines de Péluse. La branche Tanitique et ta Mendésienne passaient, l'une à Tauis, l'autre à Mcndès, et allaient se jeter dans la mer, la première vers la partie orientale du lac Men* zaleh, et la seconde vers la partie occidentale. La branche Phathmitique pamt s'être conservée dans celle de Damiète, la Sébennitique dans le canal de Téba* nieh, aboutissant au lac de Bourlos, et la Bolbitine
DANS l'cmpibe otboman. Sgg
dans la branche de Rosète. La branche Canopîque, la plus occidentale de toutes , a été engloutie dans le lac Madieh. Toutes ces branches étaient autrefois navigables : il n'y a plus aujourd'hui que celles de DSmiète et de Rosète qui le soient ; mais on pourrait rouvrir la plupart des autres, si le pays était rendu à la civilisation.
Il est vraisemblable que les sept branches du Nil recevaient autrefois chacune un égal volume d'eau ; mais que ce volume ayant diminué dans les unes et augmenté dans les autres, la mer a remonté dans le lit des branches les plus appauvries, a refoulé leurs eaux et s'est répandue dans les terres , pour y former les lacs et les lagunes qui bordent aujourd'hui le littoral de l'Egypte; à moins que l'on naime mieux croire que la mer en se retirant a laissé ces lacs enfermés dans les terres. C'est ainsi que se sont formés à l'est de la branche de Damiète le lac Menzaleb, à l'ouest de celle de Rosète le lac Madieh, et entre les deux le lac de Bourlos. Tout l'intérieur du Delta est une vaste plaine, coupée seulement par des digues ou des buttes factices, sur lesquelles s'élèvent les villes, les bourgs et les villages, comme des îles au milieu de la mer.