CHAPITRE IV
Des routes de la Basse-Egypte , et de ses principales villes.
Le Delta étant tout coupé par des lacs et des canaux, les communications par terre y sont trèspdifficiles. Aussi n'y voit-on aucune route tracée , et une armée ne pourrait marcher pendant six mois de Tannée que sur les deux zones qui le bordent. Deux routes mènent
le long de ces zones du Kaire à la Méditerranée :
l'une va à Péluse par le côté oriental du Delta, l'autre à Alexandrie par le coté occidental. Cette dernière route est peu fréquentée, parce qu'on préfère la route par eau de Rosète ; mais l'autre est suivie par toutes les caravanes de chameaux.
Quand on sort du Kaire pour aller à Péluse , on trouve le désert à quelques pas de la ville. Des groupes de maison^ en ruine se dessinent dans la plaine blanchâtre de la Qoubeh , et l'on arrive après une heure et demie de marche au village d'El-Matarieh , oii est une source d'eau douce, qui parait être l'ancienne fontaine du soleil. L'obélisque, que l'on aperçoit au nord , sur la levée qui masque le Nil , indique l'emplacement et les ruines d'Héliopolis. Cc^t obélisque a 70 pieds de haut sur 6 pieds et demi de coté à sa
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hase : il est en granit rose, couvert d'hiéroglyphes sur trois de ses faces : la quatrième est dégradée. On va d'Héliopolis à £1-Kanqâh et à Bilbéïs par un chemin parsemé de bouquets de palmiers et d'acacias ; mais ces arbres, qui sont Tornement dé nos jardins, forment ici la lisière du désert et s'allient avec la^pauvreté h. plus hideuse.
Bilbéïs est une petite ville de 4 à 5 mille habitants, située à l'origine d'une vallée qui rompt le coteau arabique et qui conduit à Suez en tournant le mont Moqâtan. Cette vallée se dirige d'ouest en est, en se courbant légèrement au sud, et elle reçoit les eaux du Nil dans les grandes inondations. Son sol présente le même aspect que celui de la vallée du Nil ; mais comme il n'est pas aussi bien arrosé, la couche de terre, qui le recouvre, y a moins d'épaisseur et paraît moins fertile : c'est la vallée d'Héroopolis , connue dans la Bible sous le nom de terre de Gessen, la seule terre cultivable qu'il y ait entre l'Egypte et la Syrie. A l'origine de la vallée est le village d'Abaçeh , l'ancienne Thaubastum , au milieu un monticule factice formé de décombres qui paraissent être ceux d'Héroopolis, la Pithum des Hébreux^ et à son issue sur le golfe de Suez, les ruines de Sérapceum. La vallée d'Héroopolis est aujourd'hui presque déserte, et l'on n'y rencontre plus que quelques Arabes de la tribu de Tonilât , qui y font paître leurs troupeaux ; mais on y voit encore le tracé du canal qui unissait autrefois le Nil à la mer Bouge. Ce canal décrivait un arc autour de l'esplanade demi-circulaire que présente le mont Moqâtan en s'abaissant vers le désert , sortait du Nil sous Héliopolis et entrait vers Klbéïs dans la vallée d'Hé* II. 36
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en sortant de Bilbéïs, paraît d'abord bien cultivé. Les villages se succèdent sans interruption et sont liés entre eux par des champs ensemencés et par de jolis vergers; mais toute culture disparait vers celui de Souah, et il faut traverser trois lieues de désert, pour aller de Souah à Qoraim. Qoraîm est une oasis qui renferme sept à huit groupes de maisons en terre, au milieu desquels est une enceinte de boue, qui passe pour un fort et qui n'est bonne qu'à parquer des moutons. On côtoie encore quelques hameaux au-delà de Qoraîm ; mais bientôt après on ne voit plus aucune habitation, et l'on s'enfonce dans des landes stériles, par où l'on va à Salahieh.
Salahieh est une autre oasis qui renferme une dizaine de hameaux, bâtis au milieu d'un bois de palmiers de 2 à 3 lieues d'étendue. Cette oasis est sur la lisière du désert, et elle a un petit fort que les Français y avaient bâti, pour arrêter, à son entrée en Egypte, une armée venant de la Syrie. On va de Salahieh à Damiète, en se dirigeant au nord-ouest et en tournant à gauche , vers les ruines de Tanis , le lac Menzaleh ; et l'on va de Salahieh à Péluse, en le tournant à droite et en se dirigeant au nord-est. Ce lac, au lieu d'être renfermé dans un seul arc , ^ l'est dans deux , ayant leur point d'attache au promontoire qui porte le bourg de Menzaleh et leur diamètre commun dans la langue de terre qui les sépare de la mer et qui est percée sur deux points, à la bouche d'Omfaredje et à celle de Dibeh.
Damiète est à l'une des extrémités du lac, et Péluse à l'autre. Damiète occupe une langue de terre, qui s'étend entre le lac et la branche orientale du Nil,
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depuis le bourg de Farescour jusqu'au fort de Lesbeh, et elle est peuplée de f a à 1 5 mille habjtaats : elle est Tentrepôt du commerce de TÉgypte avec la Syrie ; mais elle n'a aucune importance militaire, parce qu'elle est trop éloignée de la bouche du Nil. Le fort de Lesbeh ^ construit à deux lieues plus bas pour défendre cette bouche, n'en a guère davantage, parce qu'il est trop petit et qu'il peut être tourné. .
Pëluse, dont on voit les ruines à l'autre i^xtrémité du lac Menzaleb , sur la route de Salahieh en Syrie , était mieux située militairement que Damiète; mais elle n'existe plus aujourd'hui que dans le fort de Tineh , bâti sur un canal boueux qui fermait jadis la bouche pélusiaque. La ville était plus à l'est, dans une plaine rase et nue, bordée d'un côté par des dunes et de l'autre par la mer. On n'en voit plus maintenant que l'enceinte , qui avait environ trois quarts de lieue de tour. Au milieu est un mamelon couronné de broussailles , sur lequel devait être la citadelle, et tout autour sont des colonnes couchées dans la poussière, qui annoncent son ancienne splendeur. Sésostris avait cru pouvoir fermer l'Egypte aux Arabes , en élevant un mur depuis Péluse jusqu'à Héliopolis ; mais outre que ce mur avait l'inconvénient de toutes les longues murailles, qui percées sur un point deviennent inutiles sur tous les autres , il ne pouvait pas empêcher les Arabes de pénétrer en Egypte^ puisqu'en tour-^ nant le mont Moqàtan vers Suez , ils y entraient par la vallée de l'Egarement.
Au-delà de Péluse commence le désert , où l'on ne trouve plus que les deux stations de Katieh et d'El- Arich^ jadis fortifiées par les Français et dont l'une,
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située vers le lac Strbonis au pied du mont Casius , finit l'Egypte, et l'autre, située à l'angle que fait la cote en se courbant au nord, commence la Syrie. C'est sur cette cote basse et déserte, couverte de sables mouvants, que l'on voyait autrefois le port de Rhinoco* rure et la forteresse de Raphies, celle-*di le boulevard de l'Egypte et l'autre le principal entrepôt de son commerce avec la Syrie dans les beaux temps de Tyr. Les marchandises de l'Arabie et même de l'Inde remontaient alors la mer Rouge jusqu'à Arsinoé ; d'où on. les transportait à travers l'isthme à Rhinocorure sur des chameaux , et de Rhinocorure à Tyr sur des vaisseaux. Ce fut là la première route du commerce de riude à travers l'Egypte. Le petit fort d'EI-Arich est aujourd'hui la seule station que l'on rencontre dans ce désert. L'emplacement en a été si bien choisi dans l'Oasis ou le vallon creux où il est situé, qu'une armée marchant de Syrie en Egypte doit nécessairement passer sous son feu; mais on peut le tourner^ parce qu'il n'occupe qu'une partie du vallon. Il faudrait l'agrandir, en sorte qu'il pût commander tous les puits de cette station^ et alors il pourrait remplacer Rhinocorure et Raphies, regardées jadis comme les clefs de l'Egypte.
Telle est la route qui mène du Kaire à Péluse, en côtoyant la branche orientale du Nil, et de Péluse en Syrie à travers le désert : voici celle «pi mène du Kaire à Alexandrie, en côtoyant sa branche occidentale. Cette route traverse ïe Nil à Boulac, vis-à-vis Embabeh, et va d'Embabeh à Orne -Dinar, situé à l'angle du Delta où se séparent les deux branches du fleuve. La vallée du Nil se resserre au-delà d'Ome- Dinar, et elle est obstruée vers Ouardan et Terraueh
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par les sables que les vents d'ouest y poussent de la Lybie et qui s'y amoncèlent en dunes. Terraneh est sar remplacement de Ternathis à l'est de la vallée des lacs de natron, séparée seulement de celle du Nil par un plateau légèrement ondulé, recouvert de graviers, de cailloux roulés et de cailloux agatisés. On monte de Terraneh sur ce plateau, en tournant à l'ouest, et r<»i descend dans la vallée par xm ravin à la tête duquel se trouve un fort ruifié, dont l'enceinte carrée, flanquée de tours rondes , a été construite avec des fragments de natron. Au fond de la vallée sont six petits tacs à la file les uns des autres, et sur la pente occidentale trois couvents coptes. Le chemin qui conduit à ces couvents, est parsemé de sables mouvants, reposant sur des bancs de roche calcaire. La vallée a six lieues de long sur 3 à 4oo toises de large, et elle est coupée parallèlement à • celle du fleuve sans eau , qui n'en est séparée que par une simple crête de hauteurs. Cette dernière vallée se dirige comme l'autre du sud-est au nord-ouest ; mais die est beaucoup plus large et elle est remplie de sables , de cailloux roulés , de bois pétrifiés , de dépouilles de poissons et d'autres substances , annonçant un ancien cours d'eau : ce qui semble indiquer que les eaux du Nil l'ont autrefois parcourue, pour aller du lac Mceris se jeter dans le lac Maréotis, qui n'était alors qu'un golfe de la Méditerranée. Le coteau^ lybique embrasse de ses rameaux cette vallée , et tout porte à croire qu'on pourrait de nouveau y amener les eaux ^u fleuve, si l'on rompait la digue du lac Mœris. La vallée du fleuve sans eau est stérile et ne produit que quelques joncs ; mais ta vallée des lacs de natron produit une espèce desouée,
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devenue de nos jours une branche importante du commerce européen. Il paraît que la formation de cette soude est due à la décomposition du sel marin opérée par lie carbonate de chaux, et que Teau, quitranssude de la partie orientale de la vallée et qui af&ue dans les lacs, y entraine cette substance : le natron s y cristallise, on le brise; et de nombreux troupeaux d'anes le transportent à Terraneh, où il est embarqué pour Alexandrie et à Alexandrie pour les posts de l'Europe.
Le coteau lybique s'éloigne du Nil au-delà de Terra neh et va se terminer à la mer au promontoire Taposiris. Toute la zone de terrain comprise entre le fleuve et le coteau est aujourd'hui couverte de sable et inculte ; mais on pourrait la rendre à la culture , si on voulait y amener comme autrefois les eaux du Nil. La route d'Alexandrie suit les bords du fleuve , et va de Terraneh à Châbour et de Châbour à Rhatnanieb. On voit entre Châbour et Rhamanieh , sur la rive droite du Nil et vers. le village de Sa-êl-Hayar , les ruines de Sais ou plutôt de son acropolis : c'est un quadrilatère en briques, de 2,160 pieds de long sur les grands côtés ct.de i,44o sur les petits, ayant 75 pieds d'élévation sur 5o d'épaisseur.
Rhamanieb, située au-dessous de Sais, sur }a rive gauche du fleuve, est une position très-importante ; et si le Kaire est naturellement le centre des opérations militaires pour toute l'Egypte , Rhamanieh l'est pour toute la côte, et même pour toute la basse Egypte, parce qu'on peut de ce point se porter rapidement sur tous les autres ; mais en comparant militairement les deux positions de Rhamanieh et de Sais, on ne peut
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s'empêcher de reconnaître que si la première a plus d'importance pour la défense d'Alexandrie, l'autre isn a davantage pour celle du Delta.
Deux chemins conduisent de Rhamanieh à Alexandrie. Le premier tourne à l'ouest au sortir de Rhamanieh , passe à Dainanhour ; et côtoyant le canal d'Alexandrie jusqu'à l'estrémité de la chaussée, construite entre leis lacs Madieh et Maréotis , il va de là directement à Alexandrie, à travers une plage sablonneuse et couverte de monceaux de décombres , semblables à des collines. Les Anglais , dans leur dernière guerre contre les Français, ayant coupé la levée qui porte le canal et inondé toute la plage, avaient isolé Alexandrie, et ils l'auraient rendue au désert, d'où Alexandre l'avait tirée, si la levée n'avait pas été depuis reconstruite par les Turks. L'autre chemin de Rhamanieh à Alexandrie côtoie le Nil sur sa rive gauche jusqu'à Rosète et va de Rhamanieh à Déïrout et de Déïrout à Aboumandour. Aboumandour, et surtout la mosquée qui couronne ce village, occupent le site élevé de Bolbitine , site riant et pittoresque, qui offre au nord la mer en perspective , à l'ouest un désert aride et poudreux , et à l'est une rive fleurie, où la nature étale tout ce qu'elle a de richesse et de fraîcheur. C'est sur cette rive fleurie qu'est située Rosète, nommée par les Turks Reschid. Cette ville est l'entrepôt du commerce du Kaire avep Alexandrie et peut avoir dix à douze mille habitants. Ses jardins, plantés d'orangers, de citronniers et de cédrats, contrastent avec la nudité du désert qui les environne. Le fort Julien , situé à une lieue et demie au-dessous de Rosète, défend la bouche occidentale. du Nil, comme le fort
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Lesbeh défend sa bouche orientale. Os deux bouches sont obstruées par des bancs de sable mouvant et ne sont accessibles qu'à des barques du pays .^ connues sous le nom de djermes.
Le chemin d'Alexandrie se détourne à Rosète vers l'ouest: la plage sablonneuse, qu'il parcourt, se courbe d'abord comme un arc entre la mer et les lacs Edkoû et Madieh, depuis la bouche du Nil jusqu'au pro* montoire d'Aboukir , et se prolonge ensuite en ligna droite entre la mer et les lacs Madieh et MaréoHs , depuis le promontoire d'Aboukir jusqu'à Alexandrie, et même* jusqu'au promontoire Taposiris et à la tour des Arabes. Ce chemin traverse sur des bacs les deux bouches des lacs £dkoû et Madieh ; et laissant à droite sur une des pointes du promontoire d'Aboukir le fort de ce nom et sur une autre les ruines de Canope, il va par le camp de César à Alexandrie, et d'Alexandrie par la tour du Marabou à celle des Arabes, l'aCtérage ordinaire des bâtiments, qui viennent d'Europe en Egypte.
Le fort d'Aboukir, situé à l'extrëmité du promontoire de ce nom , est mal placé di ne peut défimdre la rade voisine : il devrait être converti en une simple batterie de côte ; et si on voulait te coinserver , il faudrait le transporter sur une hauteur, placée à aSo toises plus au sud vers le lac Madieh , parce qu'il au* rait alors le double avantage de défendre le passage du lac et la rade d'Aboukir. Cette rade est la plus belle de l'Egypte ; mais elle n'est pas fermée et ne peut l'être. Les ruines de Canope sont à i % cents toises plus à l'ouest sur une autre rade, et Ton trouve, à 7,5oo toises plus loin, le camp de César, qui n'est
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plus éloigné que de 2,aoo toises du cap Lochias, oîi oommeDce Fenceinte de la vieille Alexandrie.
Alexandrie s'étendait autrefois depuis ce cap jusqu'à la petite île de Phare, située entre le lac Maréotis et la mer. Alexandre, maître de FÉgypte, voulut en faire le centre du commerce du monde ; mais il lui feUait un port. Les bouches du Nil , obstruées par des sables mouvants, n'en offraient aucun. Le seul, que la nature eût ébauché sur cette cote plane, relégué loin du fleuve et dans un désert, ne pouvait être aperçu cjue par un œil observateur. La petite île de Phare le cachait. Alexandre le découvrit et résolut d'y bâtir une ville. Il en traça lui-même le plan, et lui donna la forme de la chlamyde macédonienne. Elle s'éleva rapidement : on l'environna d'un mur de 3o stades de long sur lo de large et 80 de tour. Le lac Maréotis la baignait au sud, la mer au nord. Deux grandes rues larges d'un plèthre et se coupant à angles droits, divisaient la ville en quatre quartiers et présentaient à leur angle d'intersection une superbe place, entourée de portiques, d'où l'on apercevait les quatre portes de la ville , figurées par quatre arcs de triomphe.
Le port fut divisé en deux bassins par un môle de sept stades de long, joignant le rivage à l'île de Phare et l'île de Phare à un îlot voisin , sur lequel on éleva une tour de signaux. A l'ouest était le port Eunostus et à l'est le grand port , séparé du premier par le môle, que l'on perça de deux coupures à ponl-levis, pour laisser passer les bâtiments de l'un dans l'autre. Autour du grand port était le quartier de Bruchion , le plus beau de la ville , qui s'étendit progressivement jusqu'au cap Lochias et qui renferma par la suite te
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palais royal, le musée, la bibliothèque ptolémaïde et le temple où le corps d'Alexandre fut déposé dans un cercueil d'or. A l'ouest et autour du port Eunostus était le faubourg de Nicopolis , et autour de ce fau* bourg celui de Nécropolis, au lieu même où l'on mon* tre encore les catacombes d'Alexandrie : ce sont des grottes souterraines taillées dans le roc et ornées de niches, dans lesquelles on plaçait les bières de sycomore renfermant les corps embaumés. On y descendait par un escalier , et elles différaient par là de celles de Mempliis et de Thèbes qui, étant creusées dans les flancs de la montagne, avaient presque toutes une entrée latérale.
L'enceinte d'Alexandrie fut resserrée lors de' la conquête des Arabes et réduite à la moitié de son pourtour : elle fut encore réduite lors de la conquête des Turks, et elle n'occupe plus aujourd'hui que la jetée qui joignait le rivage à l'île de Phare et qui a été élargie par des atterrissements; mais on reconnaît encore les vestiges des deux premières enceintes. On ne trouve plus dans l'enceinte moderne aucun monument ancien, tandis qu'on voit encore, dans l'enceinte arabe, au fond du grand port, les deux obélisques de Cléopâtre, et dans l'enceinte macédonienne la Colonne dite de Pompée, quoiqu'elle ait été érigée en l'honileur de Dioclétien.
L'île de Phare est devenue de nos jours une presqu'île qui se courbe vers l'ouest jusqu'au cap des Figuiers et qui se prolonge vers l'est, sur des brisants, jusqu'au rocher portant jadis la tour des signaux. Cette tour avait 4oo pieds d'élévation, et elle était divisée en plusieurs étages ou galeries, soutenues par des co-
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lonnes de marbre blanc. Au faite était un miroir d'acier poli , disposé de manière qu'on y apercevait l'image des vaisseaux éloignés , avant qu'ils fussent visibles à l'œil. Le marbre blanc, dont la tour du Phare était revêtue, la faisait distinguer de loin pendant le jour, et on y allumait des feux pendant la nuit , pour avertir les navigateurs de l'approche d'une côte qui se dérobe à la vue et se confond avec l'horizon :
Ostendit phariis ^Egypti littora flammis....
A la place de cette tour merveilleuse , on ne voit plus aujourd'hui qu'un fort carré, qui croise ses feux avec un autre petit fort, nommé Pharillon, situé à l'opposite sur la pointe du cap Lochias; et ce sont ces deux forts qui défendent l'entrée du grand port, eu* core mieux défendue par les rochers à fleur d'eau dont la côte est bordée. Alexandrie n'a pas d'autres ouvrages extérieurs , et elle n'est fermée elle-même que d'une simple enceinte flanquée de tours. Elle a donc une faible importance comme place de guerre; mais elle en a une très-grande sous le rapport maritime et commercial, parce qu'elle offre le seul port de l'Egypte et qu'elle est l'entrepôt du commerce de ce pays avec l'Europe. On lui donne une population de 3o à 4o mille habitants. Alexandrie n'a pas. d'autre eau pour boire, que celle qu'elle tire du Nil par le canal de Rahmanieh.
Le grand port, ou le port oriental, a trop peu de fond et ne peut recevoir que des frégates. Le port Eunostus, ou le port occidental, qui pourrait recevoir des vaisseaux ile ligne, a trop peu d'eau à son ouverture, et on ne peut les y faire entrer sans les alléger.
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11 faudrait le recreuser et rouvrir rislhme qui unit la terre ferme à la presqu'île du Phare , pour passer de l'un de ces ports dans l'autre et pouvoir y entrer ou en sortir avec tous les vents. Alexandrie aurait alors tout ce qu'on peut désirer pour un établissement maritime, un port bien fermé et une grande rade.
L'attérage tout autour est dangereux. Une ligne de rochers cachés sous l'eau et se proiongeai^t du cap Lochias à la presqu'île du Phare « et de la presqu'île du Phare à l'îlot du Marabou, forme le premier plan de cette cote qui est très-basse et sur laquelle il n'y a plus d'autre point de reconnaissance que la colonne de Pompée. A l'ouest est le port Eunostus et à l'est le grand port. Il faut en entrant dans le premier éviter la pointe de la presqu'île du Phare et ranger la côte occidentale. L'accès de l'autre est plus Esicile; mais le mouillage y est moins sûr. Ce dernier port a la forme d'un demi-cercle, dont le fort du Phare et celui du Pharillon occupent les deux extrémités. On voit à droite en entrant la ville actuelle sur un remblai, derrière la ville sur un terrain plus élevé la colonne de Pompée et au fond du port les deux obélisques de Cléopâtre. La couleur blanchâtre du rivage, les ruines qui le couvrent , la nudité du terrain qui l'environne, l'aspect hideux de la: ville et de ses habitants, tout con triste le voyageur qui aborde sur cette cote et qui ne reconnaît la riche Egypte, que lorsqu'il arrive à Rosète sur les bords du Nil, oit il croit voir une terre nouvelle, un nouveau ciel et de nouveaux habitants.
Le désert commence aux portes d'Alexandrie. A trois iieues à l'ouest est la tour du Marabou , et à huit lieues
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plus loin la tour des Arabes, carré bastionué, situé à l'entrée du golfe Plintinite, sur le promontoire Taposiris qui termine l'Egypte du coté de la Lybie , comme le promontCMre Casius la termine du coté de la Syrie.