‹ Voyage militaire dans l'Empire Othoman, ou, Description de ses frontières et de ses principales défenses, soit naturelles, soit artificielles, avec cinq cartes géographiquesChapitre 51 sur 84 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

De la population de l'Egypte, de sa richesse et de son

gouvernement.

Telle est l'idée que l'on peut se former de l'Egypte , de ses principales communications et de ses villes les plus importantes. Ce pays n'est pas aussi étendu qu'on l'a cru. Le Delta, avec les deux zones latérales dont il est bordé, n'a pas plus de laoo lieues carrées de superficie , la vallée du Nil n'en a pas plus de 600 y et l'Egypte tout entière plus de 2000 , en y comprenant seulement les terres qui sont entre les deux chaînes et qui peuvent être arrosées par le fleuve. On évalue sa population à environ deux millions et demi d'habitants: ce qui donne laSo individus par lieue carrée, population qui paraît très-forte relativement au reste de la Turkie, mais qui est faible par rapport à la fertilité de la terre.

On distingue en Egypte plusieurs variétés de l'espèce humaine 9 presque toutes provenues des deux

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grandes races qui ont originairement peuplé ce pays : de la race noire ou africaine caractérisée par l'obliquité de son profil, ses cheveux laineux et sa peau noire, et de la race blanche ou caucasique distinguée par son profil droit, ses cheveux lisses et sa peau blanche: la première encore reconnaissable dans les Coptes qui paraissent être les habitants primitifs de rÉgypte, et l'autre dans les Grecs qui conquirent ce pays sur les Perses , dans les Arabes qui le conquirent sur les Grecs, et dans les Mamelouks et les Turks qui l'ont conquis sur les Arabes. Le type africain au menton saillant, à la lèvre épaisse, au nez épaté ^ aux jambes grêles et arquées, paraît, il est vrai^ adouci dans les Coptes; mais on reconnaît encore le type caucasique dans les Arabes aux yeux noirs et brillants, au nez aquilin, à la lèvre mince, au teint brun, quoique tanné : dans les Grecs aux yeux grands et bien fendus, à la physionomie fine et expressive , à l'élégance de la taille, aux belles proportions de tout le corps; et principalement dans les Turks et les Mamelouks , à la stature haute, aux hanches fortes, au cou épais et renflé, au visage plein et vermeil et à la physionomie mâle et altière.

Les Coptes et les Grecs sont chrétiens de religion ; mais les Arabes et les Turks, parmi lesquels il reste encore quelques Mamelouks , sont tous Musulmans. Les Arabes forment le fond de la population et habitent les campagnes. On leur donne le nom de fellahs ou cultivateurs, pour les distinguer des Arabes Bédouins qui errent dans le désert. Les Grecs habitent les villes de la côte, où ils se livrent au commerce extérieur, et les Coptes, qui font le commerce intérieur et qui sont

DANS L EMPIRE OTHOMÀN. l\l']

chargés de la perception des impôts , sont dispersés dans tout le pays. On ne voit plus de Mamelouks que dans quelques villes; mais les Turks, qui occupent aujourd'hui les principaux emplois de la milice et de l'administration, sont répandus dans toutes.

Depuis la destruction des Mamelouks, l'Egypte est gouvernée comme les autres provinces turkes par un pacha de premier rang; mais ce pacha , héritier de tout le pouvoir des Mamelouks, est plutôt le vassal que le sujet du sultan ; et quoiqu'il affecte tous les dehors de la soumission, il est presque aussi indépendant que le bey de Tunis et le dey d'Alger.

L'Egypte fiit originairement >divisée en nomes ou arrondissements, les nomes en toparchies ou cantons et les toparchies en aroures carrés de loo coudées de côté et de j 0,000 de superficie. Chaque nome avait le même nombre de toparchies et chaque toparchie le même nombre d'aroures; en sorte qu'en connaissant le nombre des aroures on connaissait toute la superficie cultivée de l'Egypte, et même le nombre de ses nomes. Il y en eut vingt-quatre dès Uorigine. Ce nombre fut réduit ensuite; mais ou conserva toujours dans chaque nome ou arrondissement une administration intermédiaire entre celle des cantons et l'administration centrale , confiée aujourd'hui à un pacha ou gouverneur général. Le pacha réunit ainsi dans ses mains tous les pouvoirs : ce qui en a fait un prince, presque indépendant du grand-seigneur.

Lors de la conquête des Turks, les terres de l'Egypte furent divisées en deux classes, en terres franches et en terres inféodées. Les premières sont celles qui composent le territoire des principales villes, telles que

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