‹ Voyage militaire dans l'Empire Othoman, ou, Description de ses frontières et de ses principales défenses, soit naturelles, soit artificielles, avec cinq cartes géographiquesChapitre 54 sur 84 · II. a · texte numérisé non relu

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forteresses doivent être placées aux trois angles du triangle, à peu près comme trois bastions aux angles de trois courtines ; et les trois points indiqués par la nature sont Alexandrie, Péluse et le Kaire, ou pour mieux dire, llle de Raoudâh, voisine du Kaire. Le point de Raoudâh est d'autant plus important, qu'il lie la basse à la haute Egypte et qu'il commaucfe le cours du Nil. Le Kaire est trop enfoacé dans les terres et d'ailleurs trop étendu pour pouvoir être bien fortifié. Il faudrait occuper seulement les points qui le dominent , et dégager la citadelle de toutes les constructions qui embarrassent sa défense.

Après le Kaire , Alexandrie est le point le plus important de l'Egypte : c'est le seul port de la cote, le grand entrepôt du commerce ; mais la défense de ce point exige trop de développements. Il feudrait défendre la passe du port occidental en construisant deux ouvrages nouveaux, et celle du port oriental en reconstruisant les deux forts du Phare et du Phartllon : il faudrait réparer la vieille enceinte de la ville , occuper, pour en défendre les approches, ka hauteur des obélisques de Cléopâtre et celle de la eolonne de Ponv pée, qui dominant à la fois la ville et les ports et prenant des revers sur le lac Maréotis, réduiraient l'ennemi à deux seuls fronts d'attaque et l'obligeraient à diviser son armée , s'il voulait attaquer ces deux fronts à la fois. T^ front de Touest serait facile à dé* fendre, parce que l'ennemi ne pourrait y arriver que par une chaussée resserrée entre le lac Maréotis et la mer, et celui de l'est difficile à attaquer, parce qu'il serait pris de revers par le fort de Cléopâtre et par celui du Pharillon; mais dans l'état où est maintenant

DANS l'empire OTHOMAN. l\iS

Alexandrie, elle ne pourrait être défendue qu'avec un corps d'armée. Il faudrait chicaner le terrain à l'extérieur, occuper la chaussée de l'ouest pour n'être pas tourné, se couvrir des constructions et des décombres qui embarrassent le front de l'est, appuyer sa gaudie au Pharillon , sa droite au canal du Nil y sou centre à l'enceinte des Arabes et ne considérer cette enceinte que comme un camp retranché, au milieu duquel on conserverait un corps disponible , pour l'opposer à l'ennemi, partout où il se présenterait ; et si on vou» lait assurer d'une manière sidlide et permanente la défense d'Alexandrie, il faudrait défendre les deux extrémités de là péninsule sur laquelle elle est assise , fortifier d'un côté les points de Taposiris et à\\ Mara-' bou, et de l'autre ceux de Canope et d'Aboukir. Le fort d'Aboukir est mal placé : il peut être aisément masqué , et il ne défend pas le point le plus favorable à un débarquement. Ce point est au pied d'un mamelon de table que l'on nomme la hauteur des Puits : il est le seul de la cote où une armée puisse débarquer sans danger et se former en débarquant. C'est sur cette hauteur que l'on devrait bâtir un fort, et il fau-^ drait convertir celui d'Aboukir en une simple batterie de côte : il faudrait établir une seconde batterie au fond de la baie de Canope, et border avec d'autres batteries tous les points voisins. Ces points sont presque les seuls où l'Egypte puisse être attaquée par mer avec succès , parce que seuls ils offrent un asile à une flotte de débarquement. Les villes de Rosète et de Damiète sont trop enfbfncëes dans les terres pour àé^ fendre la côte, et les forts Julien et Lesbeb trop éloignés de la mer pour défendre les bouches dû fleuve.

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Il faudrait rapprocher ces deux forts du rivage et se contenter de fermer avec des redoutes les bouches des lacs.

Péluse, avec moius d'importance maritime qu'Alexandrie, avait autrefois plus d'importance militaire; et si l'une était la clef de l'Egypte du côté de la Lybie, l'autre Tétait du côté de la Syrie; mais pour défendre Péluse, il faudrait tout recréer , parce que tout a été détruit , même la ville. Le fort de Tineh , qui défend ce point, tombe en ruine : il~ faudrait le réparer, il faudrait recreuser la bouche pélusiaque, y construire un bassin pour servir de port et fortifier les points qui domineraient ce port : il faudrait enfin re* bâtir Péluse. Il serait d'autant plus important de relever cette place, qu'elle défend la frontière de l'Egypte la plus vulnérable, et qu'on ne peut établir de forteresses dans les environs: Celles de Ratieh , d'El- Arich et les autres forts isolés, dispersés sur la lisière du désert pour défendre de ce côté l'entrée de l'Egypte, ne peuvent servir qu'à affaiblir l'armée par des garnisons et ne sont bons à rien , parce qu'ils peuvent être tournés. Il vaudrait mieux attendre l'ennemi sur la li* sière des terres cultivées et le conribattre avec toute l'armée réunie, lorsqu'il serait fatigué du passage du désert. . '. . . ,

Salahieh et Bilbéis, situées sur un des flancs du Delta , Rahmanieh et Terraneb situées sur l'autre, sont les. seules places que l'on devrait fortifier eh seconde ligne, parce qu'elles lieraient le Kaire d'un côté avec Péluse, de l'autre avec Alexandrie, et qu'elles faciliteraient les communications avec le Delta , si on voulait rendre cette partie de l'Egypte accessible en tout

temps à une armée, en y ouvrant des routes; mai& alors il faudrait établir dans un point central du Delta, comme à Mitt-Kamar ou à Samanhoûd une place de dépôt qui , outre son utilité particulière, aurait encore celle de contenir les habitants de l'intérieur et de protéger la navigation du Nil.

Suez et Qosséir doivent être mi^s à l'abri d'un coup de main ; mais il ne faudrait pas songer à les défendre contre une attaque sérieuse , parce que ces places étant isolées ne peuvent être secourues, et qu'elles affaibliraient l'armée en la divisant. Les autres points , que l'on pourrait fortifier sur la mer Rouge , dans les oasis ou sur la lisière du désert, auraient les mêmes inconvénients.

Le meilleur système de défense pour l'Egypte serait donc celui que Ton établirait dans le Delta. Il faudrait le couper comme un échiquier, avec des canaux et; des chaussées, en liant les chaussées par des pontsvolants , y ouvrir des routes, sur toutes les directions jet organiser dans un point central , comme à Tantah, à Samanhoûd ou à Rahmanieh une colonne mobile, qui se portât rapidement sur tous les points de la circonférence, par où l'ennemi voudrait pénétrer. La basse Egypte ne peut être attaquée que par une armée débarquée sur la côte ou qui aurait traversé le désert de la Syrie : il faudrait recevoir avec des troupes fraîches cette armée fatiguée par la mer ou harassée par sa marche, et profiter d'une position centrale , pour se porter rapidement sur les points menacés. Il ne faut de Rahmanieh que deux ou trois marches pour se porter sur Rosète, \iur Aboukir ou sur Alexandrie, et il ne faut que quelques marches de plus pour se

porter, à travers le Delta, à Damiète et même à Saiahieh, sur la lisière du désert. Une armée nombreuse ne peut, faute de transports , venir toute réunie de la Syrie pour attaquer l'Egypte, et des corps séparés peuvent être détruits à leur sortie du désert.

Ce système de défense offre plusieurs avantages. D'abord, on pourrait, en ouvrant dans le Delta de nouveaux canaux , y adopter un système d'irrigation mieux entendu et y perfectionner la distribution des eaux , qui est le plus grand bien que l'on puisse faire à l'Egypte : ensuite, on pourrait, avec ces coupures artificielles, tenir l'ennemi dans le désert et hors des terres cultivées, et s'il voulait pénétrer dans rintérieur, le tourner sur ses flancs et lui couper ses convois: enfin , on pourrait l'empêcher de débarquer sur la cote dans la saison de ^inondation , temps où un débarquement a toujours été regardé comme sans danger, parce que toutes les communications étant stlors interrompues, il n'est pas plus aisé de marcher deTintérieur vers la c6te que de la ,côte vers l'intérieur. L'ennemi peut alors débarquer presque sans obstacle, choisir à son aise une position pour s'y retrancher et y rassembler ses moyens pendant une saison , pour agir dans une autre. C'est ce qu'ont fait tous les conquerants , qui ont envahi 1 Egypte ; mais si les communications étaient établies dans le Delta , on pourrait en tout temps marcher rapidement à l'ennemi et le rejeter dans la mer à son débarquement, ou le combattre une fois débarqué , avant qu'il eût formé sur la cote un établissement.

Ouvrir dans tout le Delta des communications, en y construisant des chaussées et des canaux , mieux re-

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partir dans ces canaux les eaux du Nil et les distribuer également dans les deux branches du fleuve, border le désert d'acacias, de sycomores et de palmiers pour empêcher Tempiètement des sables, et établir aux trois angles du. Delta trois places fortes ppur arrêter une armée d'invasion : voilà ce qu'il faudrait faire pour défendre l'Egypte et améliorer son état actuel.

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